La grande Révolution française, démocratique bourgeoise et pré-socialiste

dimanche 4 décembre 2016.
 

La Révolution française est marquée par la concomitance de plusieurs phénomènes : une crise de la royauté absolutiste débouchant sur une révolution bourgeoise, une insurrection radicale et massive des pauvres qui permet la précédente et la dépasse, une auto-organisation de la société civile, une remise en cause idéologique et politique préparée par les Lumières et luttes précédentes… dans le cadre d’une période révolutionnaire internationale puissante.

En ce début de 21ème siècle, l’analyse de la Révolution française brille par son actualité pour plusieurs raisons :

- La droite continue son offensive idéologique contre les années 1789 1794 La révolution française vue par Nicolas Sarkozy Quel réac !

- Une nouvelle génération d’historiens apporte des éclairages nouveaux sur cette période. Pour les militants politiques, la question essentielle est la suivante : comment la dynamique des aspirations populaires et la défense des acquis face à la contre-révolution a mené la Révolution plus loin que le seul renversement de la monarchie et des restes du mode de production féodal ?

- En 1793, les classes privilégiées ont perdu la maîtrise du pouvoir politique pour la première fois dans l’histoire humaine, particulièrement dans un grand pays

- Les premiers fondements du socialisme ont été posés par les Egaux (babouvistes) sur la base de leur expérience durant la Révolution française. "Il faut la continuer, cette révolution, jusqu’à ce qu’elle soit devenue la révolution du peuple " (Babeuf)

(Article en cours de réécriture)

A) Une révolution devenue explosive pour avoir trop tardé

A1) L’éradication de l’héritage féodal a trop tardé par rapport au stade de développement de la société marchande pré-capitaliste

Les conditions d’une révolution bourgeoise du type anglais ou hollandais sont réunies en France dès le 16ème siècle. Le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de La Boétie en indique la maturité possible. Le combat farouche des arriérés de la Sainte Ligue catholique puis des dévots, l’assassinat de Henri IV puis l’écrasement des protestants laissent place à une royauté absolutiste centralisée, puissante, gallicane, totalitaire face aux opposants mais fragile et parfois contestée.

Dans la seconde moitié du 18ème siècle, les grands souverains d’Europe promeuvent des réformes pour éviter l’explosion de contradictions économiques, sociales et culturelles ; tel est le cas de Charles III d’Espagne, Frédéric II de Prusse, Marie-Thérèse d’Autriche, Catherine II de Russie, Gustave III de Suède.

Elevé par des conservateurs bigots, Louis XVI tente quelques améliorations mais son univers mental et la réaction nobiliaire le rendent incapable de bousculer les ordres féodaux pour construire une France plus moderne.

Louis XVI, "monarque éclairé" ayant reçu "une éducation des Lumières" Nouveau bobard des "historiens" libéraux

Les parlements sont là pour bloquer toute initiative royale qui pourrait remettre en cause le partage moyenâgeux de la société entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent. Tel est le cas du Parlement de Paris en mars 1776, soulevé contre Turgot « Le service personnel du clergé est de remplir toutes les fonctions relatives à l’instruction, au culte religieux et de contribuer au soulagement des malheureux par ses aumônes. Le noble consacre son sang à la défense de l’Etat et assiste de ses conseils le souverain. La dernière classe de la nation qui ne peut rendre à l’Etat des services aussi distingués, s’acquitte envers lui par les tributs, l’industrie et les travaux corporels. »

Louis XVI essaie de prendre quelques initiatives qui échouent. Ainsi, ses ministres optent très tôt pour supprimer les péages entre provinces qui pénalisent considérablement le commerce intérieur ; mais il faudrait rembourser leurs propriétaires... or, l’Etat a peu d’argent... donc rien ne se fait.

A2) Contexte international révolutionnaire

La longue période révolutionnaire des années 1765 à 1802 est marquée par des soulèvements massifs et violents des pauvres, bien plus que d’autres périodes révolutionnaires plus récentes. Notons :

- les nombreuses insurrections d’esclaves (Martinique, Guyane, Guadeloupe, Haïti...)

- l’immense révolte en Russie de serfs, cosaques et ouvriers en 1773 1775

- en 1775, guerre des farines en France, révolte paysanne en Bohême...

- 2 au 10 juin 1780 Emeutes de Londres (Gordon Riots) aussi exemplaire de la période que celle de l’Oural

- les mobilisations et insurrections de populations très opprimées comme les Indiens d’Amérique du Nord (Pawnees, Iroquois, Miamis...), les Indiens d’Amérique du Sud (révolte de Tupac Amaru en 1784 au Pérou...), les Irlandais, les Polonais, des peuples européens soumis à l’empire ottoman (Epire...), des peuples soumis aux Chinois (Yao)

- l’insurrection de la Transylvanie en 1784, celle des des comuneros en Nouvelle Grenade (Colombie, Équateur, Panama, Vénézuéla, Guyana, Trinidad et Tobago).

De 1773 à 1802, la plus longue période de poussée populaire, démocratique et révolutionnaire qu’ait connue l’histoire humaine

A3) Guerre d’indépendance américaine et révolution atlantique

En soutenant les insurgents américains contre les Britanniques, la royauté française multiplie sa dette publique et légitime les fondements idéologiques d’une révolution démocratique bourgeoise (droits de l’homme, constitution...).

Le contexte créé par cette lutte pousse à des mobilisations démocratiques et parfois sociales contre les régimes oppressifs :

2 au 10 juin 1780 Emeutes de Londres (Gordon Riots)

Les révolutions de Genève, levain de la Révolution française

La révolution batave de 1781 à 1787

La révolution brabançonne (1787 à 1790)

En 1789, l’avènement du capitalisme est mûr dans toute l’Europe occidentale fragilisant les privilégiés féodaux au moment où éclatent des rébellions générales de pauvres.

Excellent connaisseur du sujet, Jean Jaurès note fort justement « Il n’y a pas à proprement parler de Révolution française, il y a eu une révolution européenne qui a la France à son sommet. »

A4) Les émeutes en France dans les années 1761 à 1789

L’historien Jean Nicolas a réalisé un travail remarquable sur les mouvements sociaux durant cette période, notant 3350 « émotions populaires », c’est-à-dire des émeutes sociales généralement spontanées, violentes, formées de « communes gens ». Parmi celles-ci, 40% se déroulent en milieu urbain et impliquent le plus de participants, 20% dans les bourgs de 500 à 2000 habitants, 40% pour le milieu rural. « L’émeute partie de la campagne peut atteindre la ville, et inversement, surtout s’il s’agit d’une émeute de subsistances ».

Parmi ces 3550 émotions notons :

-  955 rébellions contre la gabelle, taxe sur le sel prélevée par les fermiers généraux 26 mai 1755 : Mandrin meurt, roué vif

-  Pour 18%, des émeutes de subsistance, pour ne pas mourir de faim (attaques de gros propriétaires terriens, de monastères, de moulins, de marchands de grain…). Il s’agit surtout de femmes qui demandent la fixation d’un prix maximal.

-  Pour 14% des résistances à l’appareil d’Etat (à la police, maréchaussée, armée, exercice de la justice, dépôts de mendicité…)

-  Pour 5% des conflits du travail assortis de grèves

-  Pour 5% des luttes contre les seigneuries (défense par les paysans de leurs communs contre la clôture des terres, de leurs droits collectifs…)

Le royaume de Louis XVI connaît surtout une flambée d’insurrections dans les années 1780 comme l’histoire humaine en a peu connue. Soudain, durant les quatre premiers mois de 1789, le phénomène s’étend dans toutes les provinces, se radicalise, s’allonge dans le temps et se massifie encore plus avec 310 émeutes sérieuses sur lesquelles nous disposons d’informations. Parmi les 635 émeutes de la faim entre 1761 et 1789, 58 éclatent en 1788 et 231 durant les quatre premiers mois de 1789 (11 en janvier, 16 en février, 99 en mars, 105 en avril). Même phénomène concernant les insurrections paysannes contre les seigneuries (parfois achetées par des bourgeois).

A5) L’Ancien régime en crise

La combativité sociale résumée ci-dessus rend difficile le fonctionnement d’une société fondée sur l’inégalité sociale, particulièrement une société comme la royauté française du 18ème siècle minée par ses propres contradictions.

La royauté absolutiste représente une société de transition entre le mode de production féodal et le mode de production capitaliste. Elle favorise la croissance économique pré-capitaliste et la classe bourgeoise qui l’initie mais elle maintient un système de répartition des fonctions et des revenus protégeant les ordres hérités de la féodalité (clergé, noblesse).

* A 51) Sur les causes structurelles de la Révolution française

* A 52Clergé, noblesse et bourgeoisie du Siècle des Lumières à 1789

- 1) Poussée des forces productives et de la bourgeoisie partiellement bridée par une féodalité attardée
- 2, 3, 4) Le clergé, la noblesse, la bourgeoisie

* A 53 Crise de l’Ancien régime en 1787 1789... vers les Etats Généraux

- 1) 1788 en France : le gouvernement du royaume est dans l’impasse (crise de domination, crise de direction, crise idéologique, crise financière, crise institutionnelle, crise économique)
- 2) 1787 1788 1789 Inondations, sécheresse, grêle, ouragans, grand froid : le mauvais temps accroit la crise économique et sociale
- 3) La "réaction féodale" joue un rôle important dans l’impasse politique et financière de l’Etat qui va conduire à la convocation des Etats généraux et à la Révolution

* A 54 1788 1789 Une situation prérévolutionnaire : Journée des Tuiles, Assemblée de Vizille (21 juillet 1788), Etats de Franche-Comté, Etats de Bretagne

B) 1789 L’année magnifique

B1) 1789 restera dans l’histoire comme synonyme et symbole de révolution.

Les civilisations humaines ont toujours connu des luttes sociales engagées par les pauvres contre les riches ainsi que des luttes démocratiques pour une citoyenneté plus élargie, plus réelle. Parfois, rapport de force social et pouvoir politique progressiste ont pu coïncider. Les mobilisations des pauvres des cités grecques antiques permettant la civilisation resplendissante du 5ème siècle avant notre ère sont connues de même que celles de la plèbe romaine pour améliorer leur représentation politique, pour un droit plus juste... Citons deux exemples moins connus, l’Egypte et la Chine antiques :

Egypte antique : Révolution sociale au 3ème millénaire avant notre ère

Egypte antique : Première grève connue de l’histoire le 29 décembre 1167 avant notre ère

Wang Mang, précurseur du socialisme ? devient empereur de Chine le 10 janvier an 9

Houang Tchao et ses insurgés prennent Chang’an

Le Moyen Age a connu ses mouvements révolutionnaires de même que les 16è, 17è et 18è siècles :

Moyen Age : De 1378 à 1385, une période de luttes, révoltes et soulèvements

La révolution des paysans de 1525

22 octobre 1647 Naples en révolution proclame la république

La Révolution française présente cependant des aspects fondamentalement différents et d’importance historique :

- > Le concept de révolution s’impose dès le printemps 1789 au sens d’une rupture institutionnelle, juridique et sociale avec la société précédente. 1789 restera dans l’histoire comme symbole d’une révolution qui fait table rase du passé (12 siècles de monarchie et de pouvoir seigneurial) tout en construisant immédiatement un autre type de société qui s’avèrera un système viable en progrès sur le précédent. Cet exemple marquera la stratégie du mouvement ouvrier et socialiste durant tout les 19ème et 20ème siècles.

- > De nombreux animateurs posent ce mouvement en cours au sein de la plus importante nation d’Occident comme ayant un caractère universel

- > La participation politique massive du peuple au processus révolutionnaire de 1789 à 1794 lui donne une radicalité et une puissance tout à fait nouvelles :

- le peuple est en révolution car les féodaux se crispent dans la défense de leurs privilèges

27 janvier 1789 Soulèvement à Rennes des jeunes Bretons du Tiers-état face aux ratonnades nobles

- Dès le début d’année 1789 le peuple est en révolution pour discuter de ses cahiers de doléances dans chaque paroisse rurale, chaque quartier urbain.

Cahiers de doléances de 1789 (tiers-état, clergé, noblesse, Etats généraux)

- le peuple est en révolution car les températures sont basses et le bois cher, car les enfants ont faim et les denrées de base très chère.

8 juin 1783 Volcan Laki Eyjafjöll en éruption : Contribution du climat au déclenchement de la Révolution française

1789 restera dans l’histoire comme symbole d’une révolution profondément populaire

« J ’avoue que j’ai tremblé toutefois que j’ai vu la portion basse du peuple en émotion. Et j’ai tremblé parce que je la connais, parce que je sais quelle est sa haine contre ce qui est aisé. » (Restif de la Bretonne, Les nuits de Paris, tome 2, 1788)

B2) Une insurrection radicale et massive des pauvres

Hannah Arendt : "La pauvreté est plus que le simple manque, c’est l’état de besoin constant et de misère aigüe dont l’ignominie particulière réside dans son pouvoir déshumanisant ; pauvreté avilissante parce qu’elle place les hommes sous les ordres absolus de leur corps, c’est à dire sous l’autorité absolue de la nécessité... C’est sous l’emprise absolue de cette nécessité que la foule se rua pour prêter main-forte, inspira la Révolution française, la lança en avant, avant de la conduire à sa perte finale, car cette foule était celle des pauvres."

Les témoignages de privilégiés ayant connu cette période insistent sur la radicalité des pauvres face aux riches. Mirabeau distingue le "petit Tiers" du "gros Tiers" avant l’ouverture des Etats Généraux en 1789. Son royaliste compatriote provençal, Laurent Lautard affirme dans ses Esquisses historiques « Tout fut perdu quand les classes inférieures de la population se mirent à faire de la politique avec leurs ignorances et leurs passions ».

Les points de vue ci-dessus correspondent à la mémoire de mon village d’Entraygues où 1789 est marqué par le soulèvement simultané des mendiants pour survivre, des bourgeois face au comte, des opprimés politiques (familles écrasées par l’Etat en raison de leur défense de la démocratie communale, en raison de leurs opinions religieuses ou autres...) face à la royauté.

Printemps 1789, la crise prérévolutionnaire s’aggrave : émeutes de Marseille, Aix, Besançon et Amiens, émeute Réveillon (28 avril)

B3) Printemps 1789 : Les Etats Généraux prennent la tête du combat politique face à l’absolutisme arriéré

Louis XVI a convoqué les Etats Généraux pour obtenir d’eux des décisions difficiles concernant les impôts supplémentaires nécessaires. Principal problème : les privilégiés (nobles, religieux, bourgeois propriétaires de terres nobles) ne paient pas d’impôt et défendent l’épée à la main et le juge en soutien leurs avantages. Le roi vit tellement sur une autre planète entre ses prières, ses serrures, ses chasses et les cabales de la Cour qu’il n’imagine pas offrir ainsi une coordination nationale aux aspirations politiques de la bourgeoisie et aux multiples luttes populaires locales.

4 et 5 mai 1789 : Ouverture des Etats généraux à Versailles

Du 5 mai au 16 juin, les Etats généraux sont bloqués parce que le Tiers Etat refuse le vote par ordre (où il perd 1 voix contre deux) et veut un vote par tête ( qui leur permettrait d’être majoritaires).

17 juin 1789 Les députés du Tiers état se proclament Assemblée nationale (considérant qu’ils représentent 96% de la population), appellent les députés du clergé et de la noblesse à les rejoindre (ce qui advient pour le bas-clergé et un quart des nobles), s’octroient le vote de l’impôt

Le Roi mécontent, ferme la salle de réunion des députés du Tiers qui se réunissent en ville dans la Salle du Jeu de Paume et jurent de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France.

20 juin 1789 Serment du Jeu de Paume, symbole du combat pour la souveraineté populaire

Aiguillonné par les durs de la Cour, Louis XVI ordonne la dispersion des députés réunis du Tiers Etat. Malgré ordres royaux et soldats, l’Assemblée gagne cette épreuve de force.

23 juin 1789 : "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes"

Finalement, le 27 juin, le Roi accède à la demande du Tiers ; il ordonne la réunion des trois ordres durant les Etats Généraux. Le 9 juillet, les députés s’instituent Assemblée nationale constituante. Le vote par tête est validé.

Au fil des jours, des informations et des combats à mener la population prend l’habitude de s’organiser elle-même, de se défendre elle-même, de débattre en assemblée générale locale.

L’auto-organisation populaire en 1789

B4) Révolution populaire massive et combat politique des députés

A plusieurs reprises de 1789 à 1793, lorsque les députés sont bloqués par la royauté, c’est la mobilisation massive de la population sous forme d’émotion spontanée non maîtrisable qui permet à la révolution de franchir une nouvelle étape.

Ainsi, le 12 juillet, Louis XVI renvoie son populaire ministre d’Etat, Jacques Necker, profitant du rapport de force imposé par les régiments étrangers d’élite qu’il a massés sur Paris. La mobilisation bourgeoise et populaire se développe rapidement

Lors de ces émotions populaires, il ne fait pas bon posséder une voiture à chevaux ou être habillé en privilégié. Les témoignages sur le 14 juillet 1789 à Paris, par exemple, confirment cela.

Au petit matin du 14 juillet « sans ordre donné, sans invitation, sans signal, Paris retentit du son de toutes ses cloches et de tous ses tambours… ». Des dizaines de milliers de personnes se dirigent vers des points différents et contradictoires : districts, places, rues, quartiers décisifs (Saint Antoine, Saint Denis…), barrières d’octroi (surveillance des régiments postés à l’extérieur de la ville et accueil de nombreux soldats rejoignant l’insurrection), armureries, Hôtel des Invalides (pour ses armes), Hôtel de Ville (où se tient le Comité Permanent des Electeurs), Bastille…

Que font ces groupes ? Ils surveillent les déplacements de troupes, assurent une certaine police tout en confisquant les voitures et effets de riches passant dans leur secteur ; les biens de tous ces « suspects » sont ensuite portés à disposition du Comité permanent.

Les témoignages de contemporains sont très intéressants pour comprendre la base sociale de l’insurrection et son état d’esprit, par exemple concernant la foule massée devant l’Hôtel de Ville. Il s’agit d’un milieu populaire non armé qui craint sans cesse la trahison des riches assemblés (bourgeois et nobles) « l’opinion générale, si prompte à saisir toutes les interprétations malignes, surtout dans les moments de troubles et d’alarmes, supposait une intelligence entre les administrateurs de l’Hôtel de Ville (bourgeois électeurs pour la députation) et les ennemis de la liberté... Tous les membres du Comité permanent étaient dans un danger immédiat, et ils ne l’ignoraient pas. Chacun d’eux, s’il avait l’occasion de traverser la foule qui couvrait la place, qui remplissait les salles et les corridors de l’Hôtel de Ville, venait rapporter des propos sinistres et des menaces qu’il avait entendues. Il ne s’agissait pas moins que de mettre le feu à l’Hôtel de Ville et d’égorger le prévôt des marchands, les échevins, les membres du Comité permanent et même tous les électeurs. »

14 juillet 1789 : la prise de la Bastille symbolise la fin définitive de la monarchie "absolue" et l’accélération du processus populaire révolutionnaire

Après la prise de la Bastille, le rapport de forces politique du roi est affaibli. Il rappelle Necker et ordonne aux régiments de quitter la région parisienne. Dans les semaines qui suivent, des milliers de villages connaissent leur prise de la bastille.

B5) La grande peur

Dans les derniers jours de juillet 1789, le milieu populaire vit une période d’agitation immense. Les nouvelles concernant la réaction aristocratique et la prise de la Bastille se répandent par le pays, souvent déformées par la transmission orale. Après une année de famine, les blés sont prêts à moissonner mais des dizaines de milliers de mendiants parcourent les chemins en quête d’un quignon de pain ; il ne faudrait pas que des brigands ( ou des soldats ou des étrangers) payés par les nobles, viennent les couper avant. Il suffit d’un incident pour que les paysans s’arment puis se coordonnent entre paroisses pour protéger leurs biens, se faisant souvent mutuellement peur. Même les villes sont touchées. Le 22 juillet à Paris, l’intendant Berthier de Sauvigny et son beau-père Foulon de Doué, accusés de vouloir affamer le peuple, sont pendus en place de Grève.

A Ruffec (28 juillet 1789), des moines mendiants sont pris par un bûcheron pour des brigands. La population s’arme et appelle au secours les villages voisins. La nouvelle parcourt monts et plaines à la vitesse de l’éclair atteignant en deux jours vers le Nord Civray et Chatellerault, vers l’Ouest Saintes, vers l’Est Confolens et Montluçon, vers le Sud Angoulême, Limoges, Cahors, Brive. Le 31 juillet, le branle-bas de combat touche Toulouse et Rodez, puis Lombez, Pamiers, Saint Girons, Saint Gaudens, enfin Foix et Tarbes le 5 août. Certains rassemblements armés (fourches, faux, bâtons, piques…) comprennent 10000 et même 15000 hommes (à Agen par exemple).

Grande peur paysanne (19 juillet au 6 août 1789), révolution municipale : double pouvoir et nouveau pouvoir

Aucun brigand n’est trouvé mais les paysans mesurent leur force immense. Leur grande peur de juillet devient début août la grande peur des possédants. Dans d’innombrables petits terroirs, les habitants reprennent possession des communaux, envahissent les forêts seigneuriales, brûlent châteaux, abbayes, mais aussi maisons bourgeoises jouant la même fonction, détruisant particulièrement les registres de propriété, d’impôts et de dettes. La bourgeoisie, attachée au droit de propriété, prend peur et presse le rythme des réformes, surtout symboliques. Pour calmer cette explosion fulgurante, l’Assemblée constituante vote l’abolition des droits seigneuriaux le 4 août sans préciser les conditions exactes.

4 août 1789 Abolition des droits seigneuriaux par l’Assemblée nationale

B6) Déclaration des droits de l’homme de 1789

Elle voit le jour durant l’été 1789 en un moment où d’une part l’explosion sociale et démocratique pousse les députés à tenter de la calmer, d’autre part de nombreux privilégiés (y compris parmi les députés) craignent de voir une telle déclaration servir de point d’appui et de justification pour de nouvelles revendications.

Pour n’être ni trop allusif, ni trop long, je renvoie le lecteur à mon article sur le sujet :

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (votée le 26 août 1789)
- 1) La Déclaration de 1789 comme fruit de l’évolution historique
- 2) La Déclaration de 1789 comme rupture dans l’évolution historique
- 4, 5, 6) Le débat de l’’Assemblée constituante sur la Déclaration
- 7) Du 20 au 26 août : rédaction définitive et principaux débats
- 9) 10) Comparaison avec la Déclaration d’indépendance américaine
- 11) Déclaration dans sa version originale

Notons que parmi les grands droits de l’homme (liberté d’opinion, d’expression...) les députés placent celui de résistance à l’oppression qui justifie la prise de la bastille et les incendies de châteaux.

28 août 1789 Naissance du clivage droite gauche

26 septembre 1789 L’Assemblée constituante confisque un quart des hauts revenus pour éponger la dette publique

10 octobre 1789 L’Assemblée discute de la nationalisation des biens du clergé pour rembourser la dette publique

B6) Les cinq et six octobre 1789

Comme à la veille du 14 juillet, la révolution est en train de s’enliser entre les couloirs de l’Assemblée et ceux du palais de Versailles. Comme pour le 14 juillet, c’est une mobilisation populaire qui crée un rapport de force permettant de passer à une étape supérieure.

Laissons la plume à Michelet « La pitié, inerte, passive chez les hommes, plus résignés aux maux d’autrui, est chez les femmes un sentiment très actif, très violent, qui devient parfois héroïque et les pousse impérieusement aux actes les plus hardis.

Il y avait, au 5 octobre, une foule de malheureuses créatures qui n’avaient pas mangé depuis trente heures. A sept heures du matin, elles entendirent battre la caisse et elles ne résistèrent pas. Une petite fille avait pris un tambour au corps de garde et battait la générale. C’était lundi ; les Halles furent désertées, toutes partirent. Il y avait des marchandes, des portières, des filles publiques, compatissantes et charitables, comme elles le sont souvent. Il y avait un nombre considérable de femmes de la Halle.

Au fond de la place, se tenait la cavalerie de la garde nationale. Les femmes ne s’étonnèrent point. Elles chargèrent la cavalerie, l’infanterie à coups de pierres ; on ne put se décider à tirer sur elles ; elles forcèrent l’Hôtel de Ville, entrèrent dans tous les bureaux. D’autres femmes, affamées, sauvages, criaient : Du pain et des armes ! Les hommes étaient des lâches, elles voulaient leur montrer ce que c’était que le courage... Tous les gens de l’Hôtel de Ville étaient bons à pendre, il fallait brûler leurs écritures, leurs paperasses... Et elles allaient le faire, brûler le bâtiment peut-être... »

Les témoignages sur l’irruption des femmes à l’Assemblée nationale, parmi les soldats du roi durant la nuit puis au palais de Versailles valent leur pesant d’or. En tout cas, le six octobre, l’immense cortège reprend la route de Paris, y amenant le roi, la reine et le dauphin qui ne pourront en sortir, subissant définitivement le poids du rapport de force populaire.

6 octobre 1789 Rien ne résiste aux femmes en révolution

2 novembre 1789 "Tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation" (Jean Jaurès)

Cette année bien chargée se termine par un chantier colossal : la réorganisation territoriale complète de la nation avec, en particulier, la création de 36000 communes.

Décret du 14 décembre 1789 relatif à la constitution des municipalités

C) 1787 à 1792 Dynamique de la révolution française

C1) Résumé du processus

Malgré les conditions objectives dégagées dans notre première partie, la Révolution française aurait pu ne pas éclater. Son explosion spectaculaire s’explique par trois mouvements sociaux et politiques massifs, radicaux, et contradictoires :

- la réaction de la noblesse qui veut conserver ses revenus par la valorisation des droits féodaux à un moment où leur extinction paraît inéluctable. Non seulement elle provoque une mobilisation contre elle des bourgeois et des paysans mais en n’acceptant pas de compromis sur les impôts, elle met en crise l’Etat royal, son seul soutien possible.

- une révolution bourgeoise pour créer une nation moderne, donnant toute sa place aux édiles municipaux et aux acteurs économiques plutôt qu’aux châtelains don quichotesques, sans barrières douanières intérieures, avec une assemblée nationale élue votant et contrôlant le budget, particulièrement les folies financières de la Cour royale...

- une révolution populaire extrêmement puissante, au moins pour pouvoir acheter du pain, pour supprimer les droits féodaux les plus vexatoires...

Dans ces conditions, le roi et son cabinet vont essayer de s’appuyer :

- dans un premier temps sur la bourgeoisie et le peuple pour résoudre la crise financière imposée par les privilégiés (convocation des Etats généraux)

- dans un deuxième temps sur la noblesse, le haut clergé et l’armée pour stopper la dynamique de la révolution bourgeoise

- dans un troisième temps sur un compromis entre noblesse, clergé et bourgeoisie dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle.

Toutes ces solutions n’ayant pas débouché le roi, la reine et leurs proches vont tenter la solution militaire (fuite de Varennes) en lien avec l’empereur autrichien et son armée. L’échec complet de cette opération ne laisse plus que deux forces réelles dans la champ social et politique : la bourgeoisie et les milieux populaires. Dans le contexte d’une guerre face aux puissances royales d’Europe doublée d’une guerre civile face aux chouans et à une partie importante des catholiques conservateurs, la bourgeoisie doit s’appuyer sur le peuple qui devient en 1793 1794 la force motrice essentielle de la révolution.

Dès que les armées révolutionnaires l’emportent aux frontières comme à l’intérieur, la bourgeoisie s’organise pour liquider les hommes qui ont porté l’alliance avec le peuple (Robespierre, Saint Just...) et trouver un compromis des classes dominantes (Convention thermidorienne, Directoire, Consulat, Empire).

Une fois dégagé les grandes lignes du processus révolutionnaire, revenons un peu sur ces différentes étapes.

C2) 1789 à 1791 La monarchie en sursis : Arrêter la révolution, par la répression ? le compromis ?

Dès le printemps 1789, nobles et prélats les plus conservateurs ( par exemple le Garde des sceaux, Charles Louis François de Paule de Barentin) comprennent la puissance de l’orage social en train de se lever. Ils tentent donc la répression (par exemple 300 tués et 1000 blessés par l’armée à Paris le 27 avril ; pendaisons publiques de meneurs...).

Les décisions des élus du Tiers Etat outrepassant les limites des décisions attendues par le roi, celui-ci casse toutes leurs décisions puis les interdit de réunion. Les trois séances des 17, 20 et 23 juin imposent au niveau politique le rapport de force social construit nationalement.

Louis XVI recule le 23 juin pour mieux réprimer en juillet ; il appelle sur Paris plusieurs régiments d’élite étrangers. L’insurrection du 14 juillet balaie cette volonté répressive. Comprenant que l’appui sur l’armée ne peut être sa seulle option, le roi va user de manœuvres diverses pour tromper l’opinion. Notons-en quelques-unes lors de l’ouverture des Etats Généraux :

- baratin paternaliste en père de la nation

- marginalisation sociale des élus du Tiers Etat dans les institutions (prééminence du Roi entouré de gardes empanachés, magnificence de la noblesse et du haut clergé, vêtement noir de la tête aux pieds pour eux)

- hiérarchie protocolaire vexatoire imposée aux ordres en fonction de leur place dans la hiérarchie féodale

Durant les mois et années suivants, il déploie tout autant d’astuce :

- jouant parfois la montre et l’esquive (non signature par le roi de décrets pris par l’Assemblée ...)

- tentant sans cesse de corrompre des meneurs révolutionnaires par l’argent du trésor royal, Mirabeau en étant le pire exemple.

- donnant un jour l’impression de céder pour mieux bloquer le lendemain (lendemains du 14 juillet, du 6 octobre…)

- couvrant la constitution de bandes armées royalistes comme les Chevaliers du poignard

Chevaliers du poignard et générosité des révolutionnaires (28 février 1791)

-  Déclarant la guerre à l’Autriche tout en lui demandant de l’aider à rétablir en France la royauté absolutiste

C3 L’essai d’un compromis avec le roi, tactique essentielle de l’Assemblée : la fête de la Fédération

Beaucoup de députés sont affolés par la poussée du mouvement social, particulièrement dans les campagnes et par la radicalisation permanente de la révolution au plan politique.

Lors de leur élection au printemps 1789, les députés du Tiers Etat ont pour objectif de réformer la France sans porter atteinte à la royauté. La puissance du mouvement social paysan les pousse à chercher une formule de compromis avec la royauté pour rétablir l’ordre et l’harmonie sociale.

En l’année 1790, la France connaît des affrontements sociaux importants mais presque toute la classe politique, des élus municipaux aux députés et jusqu’à l’entourage du roi croient en la possibilité d’un compromis.

Une première fête de la Fédération se déroule à Lyon le 30 mai 1790 comprenant défilé des gardes nationales et grand messe. Le serment prononcé symbolise bien l’effort de compromis qui anime la bourgeoisie dans toute la France à ce moment-là.

Le 14 juillet 1790, une fête nationale de la fédération se déroule à Paris, un an jour pour jour après la prise de la Bastille. 100000 gardes nationaux défilent. Lafayette prête serment en leur nom « Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi et de protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la circulation des grains et des subsistances dans l’intérieur du royaume, la prescription des contributions publiques sous quelque forme qu’elle existe, et de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité ». Le président de l’Assemblée lui emboîte le pas au nom des députés et des électeurs. Le roi lui-même leur répond « Moi, roi des Français, je jure d’employer le pouvoir qui m’est délégué par la loi constitutionnelle de l’État, à maintenir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par moi et à faire exécuter les lois ».

C4) Répression des milieux ruraux

Durant les six derniers mois de 1789 et encore en 1790 et 1791, l’alliance des possédants permet à des seigneurs de prélever encore des taxes supprimées ailleurs. Si les paysans contestent, les nobles peuvent arrêter et même tuer l’un d’eux sans risque. Si les paysans contestent encore, dans de nombreux départements ruraux, le Conseil permanent lance ses Gardes nationales pour mater les récalcitrants. Tel est le cas par exemple en Aveyron où l’affrontement entre le seigneur de Bournazel et les paysans se termine par la défaite de ces derniers .

Cependant, les émeutes rurales prolongent la grande peur, de mois en mois, d’un département à l’autre. Comme l’analyse parfaitement Yves-Marie Bercé, 1789 a réveillé les "réserves insurrectionnelles" de chaque terroir. Elles « sommeillaient depuis des décennies, sinon des siècles, dans des communautés ayant de fortes consciences collectives » (Jean-Clément Martin).

En Corrèze se développe une nouvelle insurrection paysanne en 1790, marquée par des incendies de châteaux et maisons de grands propriétaires. Une répression sanglante leur répond (12 morts, 55 emprisonnements, 2 pendaisons après procès...). Durant un an, le débat fait rage en Bas Limousin :

- les uns faisant valoir la nécessité d’ordre, de respect de la loi, de sanction des meneurs à distinguer des braves paysans

- les autres s’appuyant sur la Déclaration des droits de l’homme de 1789 pour argumenter la légitimité de la révolte

La polémique monte jusqu’à Paris où la droite (abbé Maury) et les partisans d’un compromis royauté révolution (Mirabeau) soutiennent les défenseurs de l’ordre ; la gauche (Vergniaud, Morellet...) fait valoir les causes (mauvaises récoltes, injustices, droits bafoués) pour demander la fin des poursuites et la reconnaissance des droits des paysans.

L’hiver suivant, le soulèvement paysan reprend et s’étend géographiquement des Charentes au Lot, atteignant même l’Auvergne et l’Aquitaine. Là comme dans d’autres régions, les décrets de l’Assemblée constituante maintenant le rachat des droits seigneuriaux et les redevances dues aux propriétaires de terres suscitent une contestation plus ou moins violente mais permanente. Assez souvent, les nouvelles municipalités appuient les paysans, surtout face aux seigneurs. L’autorité publique se délite et ne sera rétablie que par les décisions de la Convention nationale supprimant les droits seigneuriaux sans rachat.

Des dizaines de châteaux flambent ; les émissaires nationaux ne peuvent que constater le délitement de l’autorité publique dans cette lutte de classes radicale.

Ce sera seulement durant la Convention montagnarde (1793 1794) que la révolution populaire imposera vraiment son rapport de forces, le combat cessant faute de combattants avec l’émigration importante des nobles et grands bourgeois vers l’étranger ou les grandes villes.

C5) Répression dans l’armée : l’affaire de Nancy

Tout pouvoir politique dans une société d’injustices de classe a besoin d’une armée disciplinée au seul service des possédants. Les soldats de l’Ancien régime devaient supporter bien des aléas ; en 1789 1792, ils apportent leur part à la révolution. Le cas de Nancy est le plus connu, à juste titre.

Les soldats du régiment suisse de Châteauvieux font partie de la garnison qui s’empare de sa caserne en août 1790 tant la solde se fait attendre. Ils choisissent un Comité de 5 pour diriger leur lutte. Le 31 août, le gouverneur des Trois Evêchés (proche du roi mais appliquant les désirs de l’Assemblée) nommé François Claude Amour du Chariol, marquis de Bouillé, les écrase au prix de 300 morts et blessés.

Le conseil militaire instruit l’accusation de 138 soldats et les condamne tous, dans un premier temps, à la peine de mort. Le 4 septembre, la sanction est modifiée pour tenir compte de l’émotion générale : emprisonnement pour 72 ; trente ans de galère pour 41 ; pendaison pour 22, contumace pour 2 en fuite, supplice de la roue (immédiatement appliqué) pour le principal meneur, André Soret.

L’Assemblée constituante célèbre le marquis de Bouillé qui a écrasé les mutins. Plusieurs fêtes sont organisées à Paris et en province en l’honneur des soldats restés fidèles et morts le 31 août face aux contestataires.

La fuite du roi à Varennes modifie la perception du marquis de Bouillé dans l’opinion et même à l’Assemblée. Les Jacobins prennent partie pour les soldats condamnés aux galères à présent défendus par Jean-Marie Collot d’Herbois qui obtient leur réhabilitation. De Brest, les soldats suisses marchent durant 25 jours pour rejoindre Paris où ils sont accueillis comme des héros le 15 avril 1792.

C6) Eté 1791 : la Révolution au carrefour de ses contradictions

En cette année 1791, la Révolution peut encore évoluer :

- en une monarchie constitutionnelle

- ou une république appuyée sur le mouvement social et démocratique en cours.

La dynamique de la révolution comme le contexte politico-militaire vont conduire au second choix.

D) La dynamique de la Révolution française de Varennes à Valmy

D1) Importance de la fuite de Varennes sur le cours de la révolution

Le 21 juin 1791, Louis XVI tente de rejoindre l’armée du marquis de Bouillé pour préparer une attaque militaire vers Paris en liaison avec l’armée autrichienne de son beau-frère. Il est arrêté en Argonne par une mobilisation citoyenne extraordinaire.

21 juin 1791 La fuite de Louis XVI s’arrête à Varennes

L’Assemblée constituante, expression des classes possédantes nobles et bourgeoises, protège le roi en prétendant qu’il a été enlevé par l’aile contre-révolutionnaire de la Cour ; ainsi, elle peut décréter son rétablissement dans l’intégralité de ses droits de souverain du pays. Le mouvement populaire parisien n’est pas dupe.

Le 15 juillet, le club des Cordeliers demande le jugement du roi et l’organisation d’un nouveau pouvoir politique. Il appelle à un rassemblement sur le Champ de Mars le 17 juillet pour la signature massive d’une pétition développant ces points. A cette date et au lieu prévu, une foule immense se groupe. Les bourgeois libéraux de la mairie de Paris, en particulier Bailly, sentent qu’ils doivent immédiatement casser ce mouvement avant qu’il ne fasse tâche d’huile en milieu populaire. La garde nationale sous les ordres de Lafayette avance derrière le drapeau rouge signifiant "Attention, nous allons tirer" ; ils tirent dans le tas des pétitionnaires, souvent venus en famille. Une cinquantaine de morts et une centaine de blessés jonchent rapidement le sol.

De ce massacre naît une coupure définitive entre d’un côté la bourgeoisie libérale, de l’autre le mouvement populaire parisien qui va instituer en 1793 le premier pouvoir réellement populaire de l’histoire humaine.

17 juillet 1791 Fusillade du Champ de Mars

PARTIES D, E et F à suivre dans les jours prochains.

Jacques Serieys


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