La grande Révolution française, démocratique bourgeoise et pré-socialiste

mardi 11 décembre 2018.
 

Le but de cet article est de défendre une analyse de la Révolution française s’appuyant sur des travaux déjà réalisés, en particulier par des historiens se réclamant du socialisme historique.

J’emploie dès mon titre trois outils théoriques pour caractériser les années 1789 à 1799 en France : "Révolution" "démocratique bourgeoise" et "pré-socialiste". Je vais clarifier en quoi ils définissent la Révolution française dans mes trois premières parties.

A) Une grande révolution

A1) Quelle définition de la révolution ?

Toutes les définitions données de ce mot paraissent construites pour rendre compte de la Révolution française tant son poids historique est important.

La définition du Grand dictionnaire Encyclopédique Larousse bénéficie d’une grande reconnaissance, par exemple sur wikipedia : « changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d’un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place, prend le pouvoir et réussit à le garder »

L’anarchiste Pierre Kropotkine a proposé une définition qui me paraît mieux circonscrire le sujet : « Une révolution, c’est le renversement rapide, en peu d’années, d’institutions qui avaient mis des siècles à s’enraciner dans le sol et qui semblaient si stables, si immuables, que les réformateurs les plus fougueux osaient à peine les attaquer dans leurs écrits. C’est la chute, l’émiettement en un petit nombre d’années, de tout ce qui faisait jusqu’alors l’essence de la vie sociale, religieuse, politique et économique d’une nation, le renversement des idées acquises et des notions courantes sur les relations si compliquées entre toutes les unités du troupeau humain. C’est enfin l’éclosion de conceptions nouvelles, égalitaires sur les rapports entre citoyens, – conceptions qui bientôt deviennent des réalités et alors commencent à rayonner sur les nations voisines, bouleversent le monde et donnent au siècle suivant son mot d’ordre, ses problèmes, sa science, ses lignes de développement économique, politique et moral ». (Pierre Kropotkine)

Marx étudie surtout la question des causes et du rôle des révolutions dans l’histoire. « À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. » Cela correspond aux causes de la Révolution française avec les forces productives matérielles de la société entrant en contradiction avec les formes sociales, économiques et juridiques de la féodalité maintenues dans l’absolutisme. Cependant, d’une part le passage du mode de production esclavagiste au mode de production féodal ne s’effectue pas selon un processus aussi limpide, d’autre part le passage du mode de production féodal au mode de production capitaliste ne s’est pas réalisé dans la majorité des pays par une révolution comme Gramsci l’avait bien analysé (il emploie le concept de révolutions passives).

A2) Une grande révolution dont la dynamique pèse encore deux siècles plus tard

La Révolution est caractérisée comme "Grande révolution" par l’anarchiste Kropotkine comme par le bolchevik Lénine. Elle fait l’objet d’ouvrages fouillés par des républicains (Quinet, Michelet, Aulard), des socialistes (Louis Blanc, Fourier, Buchez, Proudhon, Jaurès, Laponneraye, Cabet, Georges Lefebvre) comme des communistes ( Mathiez, Soboul, Mazauric) ; même Daniel Guérin et Daniel Bensaïd ont apporté leur contribution. Que de références à la Révolution française chez Bolivar, Blanqui, Garibaldi, Gramsci ou Chavez ! Après la prise du palais d’hiver à Saint Pétersbourg, les insurgés chantent la Marseillaise, élèvent une statue à Robespierre et baptisent Marat un de leurs premiers navires de guerre.

Qui a porté une telle révolution ? Pour l’essentiel, le peuple lui-même pour satisfaire ses besoins (d’où par exemple les premières mesures nationales de protection sociale) et par ses propres formes d’auto-organisation. C’est pour cela qu’elle reste non seulement la révolution anti-féodale la plus radicale de l’histoire mais aussi la révolution populaire la plus massive et la plus longue avec des formes de lutte et des expériences dessinant un avenir bien au-delà d’une révolution bourgeoise installée.

Elle est marquée par la concomitance de plusieurs phénomènes : une crise de la royauté absolutiste débouchant sur une révolution démocratique bourgeoise, une insurrection radicale et massive des pauvres qui permet la précédente et la dépasse, une auto-organisation de la société civile, une remise en cause idéologique et politique préparée par les Lumières et luttes précédentes… dans le cadre d’une période révolutionnaire internationale puissante.

La Révolution a donné à la République française sa fête nationale, sa devise, son hymne et autres emblèmes, de nombreux noms de rues... Elle imprègne le fond culturel des citoyens d’où l’importance pour des progressistes souhaitant être compris et au coeur des luttes, de faire référence à ce passé, à ses conséquences positives dans le présent et à ses éclairs d’avenir. J’ai vécu l’importance de ce lien en mai 1968 et ne suis pas prêt de l’oublier.

En ce début de 21ème siècle, il est étonnant de constater à quel point l’analyse de la Révolution française reste un enjeu politique :

- La droite continue son offensive idéologique contre les années 1789 1794 La révolution française vue par Nicolas Sarkozy Quel réac !

Lors du bicentenaire, j’ai vu un inspecteur tenir une conférence publique, dont l’annonce a été relayée par l’institution, dénonçant la Révolution avec les trois fleurs de lys à la boutonnière. Depuis l’Education nationale a fréquemment relayé des bêtises conservatrices, dans les manuels comme par ses "inspecteurs :

Fuite du roi Louis XVI jusqu’à Varennes (21 juin 1791) : Lettre ouverte à Madame Jalta, Messieurs Carnat et Lauby, Inspecteurs pédagogiques régionaux d’histoire et de géographie de l’Académie de Paris. Ignorance ou falsification ?

A3) Une révolution à analyser dans le détail pour ne pas passer à côté de la réalité

Jean Jaurès l’avait déjà noté dans son ouvrage magistral Histoire socialiste de la Révolution française. Pour lui, "La Révolution française a été, en son fond, l’avènement politique de la classe bourgeoise". Cependant, "la complication presque infinie de la vie humaine ne se laisse pas réduire brutalement, mécaniquement, à une formule économique" d’autant que par divers aspects, elle a aussi "préparé l’avènement" du socialisme.

La complexité presque infinie de la vie humaine s’avère toujours bien plus importante durant les crises révolutionnaires qu’en toute autre période.

Ainsi, la période 1789 à 1799 demande à être analysée dans le temps avec au moins trois phases :

- la révolution bourgeoise de 1789 à 1792 portée par le mouvement populaire

- la révolution plébéienne du 10 août 1792 à la fin juillet 1794 (chute de Robespierre) durant laquelle le peuple pèse directement sur les choix politiques

- la révolution bourgeoise en cours d’installation contre le mouvement populaire et contre les royalistes durant la Convention thermidorienne, le Directoire (puis le Consulat et le Premier Empire).

Il est également nécessaire d’analyser la Révolution française dans l’espace. Dans mon Nord-Aveyron natal, il est facile de noter des communes rurales sans véritable mouvement populaire où la révolution est bourgeoise par les familles aisées qui achètent des terres, accaparent les fonction municipales et s’imposent en fait pour une très longue période allant jusqu’à la Restauration légitimiste et orléaniste, le Second Empire et les débuts de la Troisième république. Par contre, dans des communes plus liées au développement économique et culturel, la Révolution prend un aspect montagnard marqué avec une auto-organisation populaire très importante.

Enfin, la Révolution française demande à être analysée dans les différentes composantes de la société : paysans, sans-culottes urbains, bourgeoisie, clergé, noblesse de robe, noblesse d’extraction...

B) La Révolution française "démocratique bourgeoise"

Je commencerai par deux remarques de méthode :

- premièrement la possibilité de donner une nature de classe à un évènement doit être traitée avec des pincettes car tout évènement porte en lui des contradictions nombreuses

- deuxièmement, toute révolution dépend de son contexte historique. Par exemple, l’idéologie des révolutions de l’époque médiévale ne sort pas d’une grille de lecture religieuse.

Moyen Age : Société, Communes, soulèvements populaires et millénarisme

Hussites et taborites tchèques : révolution médiévale flamboyante

B1) La révolution française comme révolution démocratique bourgeoise dans ses causes

Le concept de "révolution démocratique bourgeoise" peut constituer un outil de clarification de la réflexion historique car il est vrai que la crise du mode production féodal de type absolutiste en raison du développement économique pré-capitaliste et capitaliste, en raison du cadre national unificateur promu par celui-ci donne un bon cadre de compréhension des causes structurelles de la Révolution française.

Sur les causes structurelles de la Révolution française

Les conditions d’une révolution bourgeoise du type anglais ou hollandais sont réunies en France dès le 16ème siècle. Le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de La Boétie en indique la maturité possible. Le combat farouche des arriérés de la Sainte Ligue catholique puis des dévots, l’assassinat de Henri IV puis l’écrasement des protestants laissent place à une royauté absolutiste centralisée, puissante, gallicane, totalitaire face aux opposants mais fragile et parfois contestée.

Dans la seconde moitié du 18ème siècle, les grands souverains d’Europe promeuvent des réformes pour éviter l’explosion de contradictions économiques, sociales et culturelles ; tel est le cas de Charles III d’Espagne, Frédéric II de Prusse, Marie-Thérèse d’Autriche, Catherine II de Russie, Gustave III de Suède.

Elevé par des conservateurs bigots, Louis XVI tente quelques améliorations mais son univers mental et la réaction nobiliaire le rendent incapable de bousculer les ordres féodaux pour construire une France plus moderne.

Louis XVI, "monarque éclairé" ayant reçu "une éducation des Lumières" Nouveau bobard des "historiens" libéraux

Les parlements sont là pour bloquer toute initiative royale qui pourrait remettre en cause le partage moyenâgeux de la société entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent. Tel est le cas du Parlement de Paris en mars 1776, soulevé contre Turgot « Le service personnel du clergé est de remplir toutes les fonctions relatives à l’instruction, au culte religieux et de contribuer au soulagement des malheureux par ses aumônes. Le noble consacre son sang à la défense de l’Etat et assiste de ses conseils le souverain. La dernière classe de la nation qui ne peut rendre à l’Etat des services aussi distingués, s’acquitte envers lui par les tributs, l’industrie et les travaux corporels. »

Louis XVI essaie de prendre quelques initiatives qui échouent. Ainsi, ses ministres optent très tôt pour supprimer les péages entre provinces qui pénalisent considérablement le commerce intérieur ; mais il faudrait rembourser leurs propriétaires... or, l’Etat a peu d’argent... donc rien ne se fait.

B2) La révolution française comme révolution bourgeoise par le contexte international des années 1786 à 1792

Guerre d’indépendance américaine, révolution atlantique, mise en place du mode de production capitaliste et révolution plébéienne

En soutenant les insurgents américains contre les Britanniques, la royauté française multiplie sa dette publique et légitime les fondements idéologiques d’une révolution démocratique bourgeoise (droits de l’homme, démocratie représentative, constitution...).

Le contexte créé par cette lutte crée des déséquilibres, des aspirations, des mobilisations démocratiques et nationales que plusieurs historiens ont englobé dans le concept de "révolution atlantique" qui a pour terreau la révolution industrielle, l’émergence du mode de production capitaliste en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord. :

Les révolutions de Genève, levain de la Révolution française

La révolution batave de 1781 à 1787

La révolution brabançonne (1787 à 1790)

Excellent connaisseur du sujet, Jean Jaurès note fort justement « Il n’y a pas à proprement parler de Révolution française, il y a eu une révolution européenne qui a la France à son sommet. »

La bourgeoisie a besoin de faire sauter les barrières limitant la "liberté du commerce" comme les octrois entre provinces françaises ainsi que la liberté d’entreprendre entravée par le système des corporations. Elle revendique l’égalité des droits et les libertés individuelles. En proclamant les droits de l’homme, la liberté et l’égalité, elle ouvre une brèche d’espoirs qui n’est pas encore refermée deux siècles plus tard.

En 1789, l’avènement du capitalisme est mûr dans toute l’Europe occidentale fragilisant les privilégiés féodaux au moment où éclatent des rébellions générales de pauvres.

L’affirmation par la bourgeoisie de 1789 à 1792 du passage entre l’Ancien régime féodal et une nouvelle société fondée sur l’égalité des droits et la souveraineté populaire, donne aux paysans et aux couches populaires l’espoir d’une amélioration réelle de leurs conditions de vie et de reconnaissance sociale. Dans le contexte d’une guerre difficile contre les royautés européennes, nécessitant la mobilisation maximum de ces paysans et couches populaires, la Révolution française accouche des années 1793 et 1794 durant lesquelles pour la première fois dans l’histoire les classes possédantes perdent la maîtrise du pouvoir politique.

B3) La révolution française comme révolution démocratique bourgeoise par des forces sociales motrices en 1789

Jean Jaurès a magnifiquement traité cette question dans son ouvrage intitulé Histoire socialiste de la Révolution française.

Il étudie concrètement les forces sociales impliquées dans les évènements dans les grandes villes de province et en conclut le rôle majeur de la bourgeoisie.

Nantes : du développement économique (18è siècle) à la Révolution française (Jaurès HS7)

Barnave, le Dauphiné, la bourgeoisie et l’analyse historique de 1789

Marseille : du développement économique (18ème siècle) à la Révolution française (Jaurès HS6)

Bordeaux, de la bourgeoisie révolutionnaire de 1789 aux Girondins de 1792 1793

Lyon durant la Révolution française

Son analyse générale du processus révolutionnaire au plan national n’en est que plus claire.

Mouvement industriel (2ème moitié du 18ème) et Révolution française

La bourgeoisie française, arrivée à maturité économique, cause de la Révolution française

Des Lumières à la Révolution française, des idées reflets de la nécessité historique

B4) La révolution française comme révolution démocratique bourgeoise par son personnel politique dirigeant de 1789 à 1792

L’assemblée constituante comme l’Assemblée législative ne comptent pas d’élus provenant des milieux populaires (petits paysans, ouvriers). Il émanent surtout de milieux professionnels ayant vécu les contradictions de l’Etat royal absolutiste et dont l’ascension sociale est limitée par l’ordre féodal en place.

Au 11 septembre 1789, la Constituante (1789 à 1791) compte 1009 députés s’exprimant lors du vote sur le veto suspensif. L’étude de leur origine sociale fait apparaître :

- 361 parlementaires au service de l’Etat ou des collectivités territoriales avant 1789.

- en ajoutant ceux au service de l’Etat (ou des collectivités) dans le domaine de la Justice aux avocats, nous arrivons à un total de 470 pour les métiers du droit (soit 72% du Tiers Etat).

- Parmi les élus de la noblesse, 255 sont des militaires (soit 82% de leur ordre).

- les entrepreneurs (93) et gros propriétaires terriens (53) atteignent le nombre de 146.

Presque tous les élus du Tiers Etat font partie de la bourgeoisie provinciale ayant fait des études, propriétaires de leurs maisons cossues et souvent de terres, aspirant à la mise en place d’un Etat reconnaissant le mérite professionnel plutôt que la naissance. Les élus des départements présentent à peu près le même profil.

Ces députés du Tiers Etat se ressentent comme mis en danger par l’approfondissement de la révolution populaire. Aussi, ils prennent à plusieurs reprises des décisions pour réprimer la poursuite des mobilisations paysannes.

Lors de conflits entre entrepreneurs et salariés, ils prennent systématiquement position au profit des patrons. Les débats autour de la loi Le Chapelier sont tout à fait éclairants sur ce point.

La loi Le Chapelier de 1791, symbole de répression bourgeoise et non de république progressiste

B5) La révolution française comme révolution démocratique bourgeoise par ses conséquences en France et en Europe

Personne ne peut nier que la Révolution française se termine par la mise en place d’une société plus compatible avec les intérêts de la bourgeoisie que ce n’était le cas avant 1789 :

- suppression des droits de douane entre provinces

- suppression des corporations

- mise en place d’un Etat national correspondant aux besoins du marché et de la nouvelle société

La Convention thermidorienne, le Directoire, le Consulat et le Premier empire constituent des étapes permettant à la bourgeoisie de casser le processus révolutionnaire populaire et d’asseoir une société de type capitaliste.

3 mars 1795 : Le rétablissement de la Bourse symbolise la contre-révolution initiée après le 9 thermidor

Le Directoire (1795 1799), république bourgeoise bousculée entre royalistes et jacobins

En considérant l’ensemble de la période 1789 1815, il ne fait pas de doute que la France a profondément transformé l’Europe dans le sens de l’affaiblissement de la féodalité laissant place au mûrissement d’une société capitaliste :

- affirmation d’une constitution en France, dans les treize Républiques-Sœurs et dans les territoires liés à l’empire

- généralement les privilèges féodaux sont abolis (sauf en Allemagne où Napoléon ménage les princes)

- L’égalité entre les citoyens est garantie.

- L’Etat est laïcisé et un Code Civil promulgué.

- Après la chute de l’empire, ces acquis sont conservés et des forces vont continuer à se battre pour empêcher un retour aux anciennes formes de domination sociale et politique .

C) La révolution française "pré-socialiste"

J’ai déjà abordé dans un article la trajectoire de Marx et de la pensée marxiste concernant l’analyse de la Révolution française.

Marx, marxisme et Révolution française

Aussi, je me limite ici :

- à deux rappels (B1 et B2) concernant la période de soulèvements populaires dans laquelle s’intègre la Révolution française, soulèvements dont les exigences sociales dépassaient largement les objectifs de la bourgeoisie

- à trois parties (B3, B4 et B) introduisant la façon dont des théoriciens marxistes et anarchistes ont traité les aspects pré-socialistes de 1789 à 1794.

C1) Contexte international de soulèvement populaire révolutionnaire

Les historiens théorisant l’unité des révolutions atlantiques (particulièrement Etats-Unis et France) comme révolutions bourgeoises passent à côté d’un aspect fondamental des années 1765 à 1802 à savoir des soulèvements massifs et violents des pauvres, bien plus que d’autres périodes révolutionnaires plus récentes. Notons :

- les nombreuses insurrections d’esclaves (Martinique, Guyane, Guadeloupe, Haïti...)

- l’immense révolte en Russie de serfs, cosaques et ouvriers en 1773 1775

- en 1775, guerre des farines en France, révolte paysanne en Bohême...

- 2 au 10 juin 1780 Emeutes de Londres (Gordon Riots) aussi exemplaire de la période que celle de l’Oural

- les mobilisations et insurrections de populations très opprimées comme les Indiens d’Amérique du Nord (Pawnees, Iroquois, Miamis...), les Indiens d’Amérique du Sud (révolte de Tupac Amaru en 1784 au Pérou...), les Irlandais, les Polonais, des peuples européens soumis à l’empire ottoman (Epire...), des peuples soumis aux Chinois (Yao)

- l’insurrection de la Transylvanie en 1784, celle des des comuneros en Nouvelle Grenade (Colombie, Équateur, Panama, Vénézuéla, Guyana, Trinidad et Tobago).

De 1773 à 1802, la plus longue période de poussée populaire, démocratique et révolutionnaire qu’ait connue l’histoire humaine

C2) Les émeutes en France dans les années 1761 à 1789

En France même, toute la période de montée vers 1789 est marquée par une combativité populaire de plus en plus exigeante et de plus en plus radicale.

L’historien Jean Nicolas a réalisé un travail remarquable sur les mouvements sociaux durant cette période, notant 3350 « émotions populaires », c’est-à-dire des émeutes sociales généralement spontanées, violentes, formées de « communes gens ». Parmi celles-ci, 40% se déroulent en milieu urbain et impliquent le plus de participants, 20% dans les bourgs de 500 à 2000 habitants, 40% pour le milieu rural. « L’émeute partie de la campagne peut atteindre la ville, et inversement, surtout s’il s’agit d’une émeute de subsistances ».

Parmi ces 3550 émotions notons :

-  955 rébellions contre la gabelle, taxe sur le sel prélevée par les fermiers généraux 26 mai 1755 : Mandrin meurt, roué vif

-  Pour 18%, des émeutes de subsistance, pour ne pas mourir de faim (attaques de gros propriétaires terriens, de monastères, de moulins, de marchands de grain…). Il s’agit surtout de femmes qui demandent la fixation d’un prix maximal.

-  Pour 14% des résistances à l’appareil d’Etat (à la police, maréchaussée, armée, exercice de la justice, dépôts de mendicité…)

-  Pour 5% des conflits du travail assortis de grèves

-  Pour 5% des luttes contre les seigneuries (défense par les paysans de leurs communs contre la clôture des terres, de leurs droits collectifs…)

Le royaume de Louis XVI connaît surtout une flambée d’insurrections dans les années 1780 comme l’histoire humaine en a peu connue. Soudain, durant les quatre premiers mois de 1789, le phénomène s’étend dans toutes les provinces, se radicalise, s’allonge dans le temps et se massifie encore plus avec 310 émeutes sérieuses sur lesquelles nous disposons d’informations. Parmi les 635 émeutes de la faim entre 1761 et 1789, 58 éclatent en 1788 et 231 durant les quatre premiers mois de 1789 (11 en janvier, 16 en février, 99 en mars, 105 en avril). Même phénomène concernant les insurrections paysannes contre les seigneuries (parfois achetées par des bourgeois).

C3) Marxisme et analyse de la Révolution française comme socialiste

Plusieurs grands acteurs et théoriciens de tradition marxiste ont analysé la Révolution française (particulièrement la Convention montagnarde de 1793 et 1794) comme « pré-socialiste ».

Tel est le cas par exemple d’August Bebel, souvent nommé le « Pape du socialisme allemand », né en 1840, membre de l’Association Internationale des Travailleurs en 1867, connu comme premier théoricien du féminisme. Voici ce qu’il écrit en 1889 pour le centième anniversaire de 1789 dans un article pour un journal autrichien Suivant l’exemple de la Grande révolution, il (le prolétariat) va instaurer un nouvel ordre des choses dans lequel il n’y aura plus ni opprimés ni maîtres, qui réalisera dans les faits et la réalité ce que les hommes de 89 et de 93 ne pouvaient encore qu’expérimenter. Je rappelle qu’Engels ne meurt qu’en 1895.

Tel est également le cas de Rosa Luxembourg dont voici un extrait significatif lors du centième anniversaire de 1793 :

L’année 1793 ! Cent ans sont passés depuis ce temps auquel les ennemis du peuple travailleur, les tsars, les rois, la noblesse, les princes, les patrons d’usine et tous les autres riches (les capitalistes) ne peuvent songer encore aujourd’hui sans éprouver de la terreur. Leurs âmes tremblent dès que l’on prononce ce mot : l’année 1793 !

Pourquoi cela ? Parce que, dans ces années-là, le peuple travailleur en France, et particulièrement dans sa capitale, Paris, s’est débarrassé pour la première fois du joug multi-séculaire et a entrepris de tenter d’en finir avec l’exploitation et de commencer une vie nouvelle et libre.

Les dirigeants du peuple, comme les membres de l’administration municipale et les montagnards souhaitaient ardemment la complète libération économique du peuple. Ils aspiraient sincèrement à la réalisation de l’égalité formelle de tous devant la loi, mais aussi à une réelle égalité économique. Tous leurs discours et tous leurs actes étaient basés sur une idée : dans la république populaire, il ne devrait y avoir ni riches ni pauvres ; la république populaire, cela veut dire que l’État libre bâti sur la souveraineté populaire ne pourrait rester longtemps en place si le peuple, souverain politiquement, se trouvait dépendant des riches et dominé économiquement.

La tentative bien trop précoce du prolétariat français d’enterrer dès 1793 la bourgeoisie fraîchement éclose devait avoir une issue fatale. Mais après cent ans de règne, la bourgeoisie s’affaiblit sous le poids des ans. Enterrer cette vieille pécheresse est aujourd’hui une bagatelle pour le prolétariat débordant d’énergie.

En l’an 1793, le peuple de Paris a réussi à détenir le pouvoir entre ses mains pour une courte durée (Rosa Luxembourg)

C4) Les théoriciens de l’anarchisme et la Révolution française : Kropotkine

Pour Pierre Kropotkine, La Grande Révolution (1789-1793) a réussi de 1789 à 1794 par l’action combinée de deux courants, les idées des Lumières portées en particulier par la bourgeoisie et l’action massive des milieux populaires pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Il analyse bien l’importance des émeutes de la période 1771 à 1789 dans la désagrégation du corps social. Il comprend un aspect décisif de la rupture entre Girondins et Montagnards ; les premiers voulaient terminer la Révolution en cassant les structures d’auto-organisation et même d’autogestion que représentaient de nombreuses communes alors que les seconds s’appuyaient sur celles-ci.

Deux grands courants préparèrent et firent la Révolution. L’un, le courant d’idées, – le flot d’idées nouvelles sur la réorganisation politique des États, – venait de la bourgeoisie. L’autre, celui de l’action, venait des masses populaires – des paysans et des prolétaires dans les villes, qui voulaient obtenir des améliorations immédiates et tangibles à leurs conditions économiques. Et lorsque ces deux courants se rencontrèrent, dans un but d’abord commun, lorsqu’ils se prêtèrent pendant quelque temps un appui mutuel, alors ce fut la Révolution.

Une révolution, c’est le renversement rapide, en peu d’années, d’institutions qui avaient mis des siècles à s’enraciner dans le sol et qui semblaient si stables, si immuables, que les réformateurs les plus fougueux osaient à peine les attaquer dans leurs écrits. C’est la chute, l’émiettement en un petit nombre d’années, de tout ce qui faisait jusqu’alors l’essence de la vie sociale, religieuse, politique et économique d’une nation, le renversement des idées acquises et des notions courantes sur les relations si compliquées entre toutes les unités du troupeau humain. C’est enfin l’éclosion de conceptions nouvelles, égalitaires sur les rapports entre citoyens, – conceptions qui bientôt deviennent des réalités et alors commencent à rayonner sur les nations voisines, bouleversent le monde et donnent au siècle suivant son mot d’ordre, ses problèmes, sa science, ses lignes de développement économique, politique et moral ».

C5) Daniel Guérin

La Révolution française a été la première manifestation historique, cohérente et sur une vaste échelle, d’un nouveau type de démocratie. Le système de démocratie directe découvert spontanément par les sans-culottes était tout à fait différent de la démocratie libérale telle que la concevait la bourgeoisie... La grande révolution était en même temps qu’une révolution bourgeoise, un embryon de révolution prolétarienne... De la Commune de 1793 à celle de 1871 et de celle-ci aux soviets de 1905 et 1917, la filiation est évidente.

...Pas de pagaille dans cette gestion par le peuple, inédite et improvisée. Il suffit pour s’en convaincre de feuilleter les procès-verbaux des sociétés populaires, les comptes rendus des séances du Conseil général de la Commune.... Mais en même temps, les difficultés, les contradictions de l’autogestion font leur apparition...

C6) L’analyse de la Révolution française aujourd’hui

A5) L’Ancien régime en crise

La combativité sociale résumée ci-dessus rend difficile le fonctionnement d’une société fondée sur l’inégalité sociale, particulièrement une société comme la royauté française du 18ème siècle minée par ses propres contradictions.

La royauté absolutiste représente une société de transition entre le mode de production féodal et le mode de production capitaliste. Elle favorise la croissance économique pré-capitaliste et la classe bourgeoise qui l’initie mais elle maintient un système de répartition des fonctions et des revenus protégeant les ordres hérités de la féodalité (clergé, noblesse).

* A 51)

* A 52 Clergé, noblesse et bourgeoisie du Siècle des Lumières à 1789

- 1) Poussée des forces productives et de la bourgeoisie partiellement bridée par une féodalité attardée
- 2, 3, 4) Le clergé, la noblesse, la bourgeoisie

* A 53 Crise de l’Ancien régime en 1787 1789... vers les Etats Généraux

- 1) 1788 en France : le gouvernement du royaume est dans l’impasse (crise de domination, crise de direction, crise idéologique, crise financière, crise institutionnelle, crise économique)
- 2) 1787 1788 1789 Inondations, sécheresse, grêle, ouragans, grand froid : le mauvais temps accroit la crise économique et sociale
- 3) La "réaction féodale" joue un rôle important dans l’impasse politique et financière de l’Etat qui va conduire à la convocation des Etats généraux et à la Révolution

* A 54 1788 1789 Une situation prérévolutionnaire : Journée des Tuiles, Assemblée de Vizille (21 juillet 1788), Etats de Franche-Comté, Etats de Bretagne

C) 1789 L’année magnifique

C1) 1789 restera dans l’histoire comme synonyme et symbole de révolution.

Les civilisations humaines ont toujours connu des luttes sociales engagées par les pauvres contre les riches ainsi que des luttes démocratiques pour une citoyenneté plus élargie, plus réelle. Parfois, rapport de force social et pouvoir politique progressiste ont pu coïncider. Les mobilisations des pauvres des cités grecques antiques permettant la civilisation resplendissante du 5ème siècle avant notre ère sont connues de même que celles de la plèbe romaine pour améliorer leur représentation politique, pour un droit plus juste... Citons deux exemples moins connus, l’Egypte et la Chine antiques :

Egypte antique : Révolution sociale au 3ème millénaire avant notre ère

Egypte antique : Première grève connue de l’histoire le 29 décembre 1167 avant notre ère

Wang Mang, précurseur du socialisme ? devient empereur de Chine le 10 janvier an 9

Houang Tchao et ses insurgés prennent Chang’an

Le Moyen Age a connu ses mouvements révolutionnaires de même que les 16è, 17è et 18è siècles :

Moyen Age : De 1378 à 1385, une période de luttes, révoltes et soulèvements

La révolution des paysans de 1525

22 octobre 1647 Naples en révolution proclame la république

La Révolution française présente cependant des aspects fondamentalement différents et d’importance historique :

- > Le concept de révolution s’impose dès le printemps 1789 au sens d’une rupture institutionnelle, juridique et sociale avec la société précédente. 1789 restera dans l’histoire comme symbole d’une révolution qui fait table rase du passé (12 siècles de monarchie et de pouvoir seigneurial) tout en construisant immédiatement un autre type de société qui s’avèrera un système viable en progrès sur le précédent. Cet exemple marquera la stratégie du mouvement ouvrier et socialiste durant tout les 19ème et 20ème siècles.

- > De nombreux animateurs posent ce mouvement en cours au sein de la plus importante nation d’Occident comme ayant un caractère universel

- > La participation politique massive du peuple au processus révolutionnaire de 1789 à 1794 lui donne une radicalité et une puissance tout à fait nouvelles :

- le peuple est en révolution car les féodaux se crispent dans la défense de leurs privilèges

27 janvier 1789 Soulèvement à Rennes des jeunes Bretons du Tiers-état face aux ratonnades nobles

- Dès le début d’année 1789 le peuple est en révolution pour discuter de ses cahiers de doléances dans chaque paroisse rurale, chaque quartier urbain.

Cahiers de doléances de 1789 (tiers-état, clergé, noblesse, Etats généraux)

- le peuple est en révolution car les températures sont basses et le bois cher, car les enfants ont faim et les denrées de base très chère.

8 juin 1783 Volcan Laki Eyjafjöll en éruption : Contribution du climat au déclenchement de la Révolution française

1789 restera dans l’histoire comme symbole d’une révolution profondément populaire

« J ’avoue que j’ai tremblé toutefois que j’ai vu la portion basse du peuple en émotion. Et j’ai tremblé parce que je la connais, parce que je sais quelle est sa haine contre ce qui est aisé. » (Restif de la Bretonne, Les nuits de Paris, tome 2, 1788)

B2) Une insurrection radicale et massive des pauvres

Hannah Arendt : "La pauvreté est plus que le simple manque, c’est l’état de besoin constant et de misère aigüe dont l’ignominie particulière réside dans son pouvoir déshumanisant ; pauvreté avilissante parce qu’elle place les hommes sous les ordres absolus de leur corps, c’est à dire sous l’autorité absolue de la nécessité... C’est sous l’emprise absolue de cette nécessité que la foule se rua pour prêter main-forte, inspira la Révolution française, la lança en avant, avant de la conduire à sa perte finale, car cette foule était celle des pauvres."

Les témoignages de privilégiés ayant connu cette période insistent sur la radicalité des pauvres face aux riches. Mirabeau distingue le "petit Tiers" du "gros Tiers" avant l’ouverture des Etats Généraux en 1789. Son royaliste compatriote provençal, Laurent Lautard affirme dans ses Esquisses historiques « Tout fut perdu quand les classes inférieures de la population se mirent à faire de la politique avec leurs ignorances et leurs passions ».

Les points de vue ci-dessus correspondent à la mémoire de mon village d’Entraygues où 1789 est marqué par le soulèvement simultané des mendiants pour survivre, des bourgeois face au comte, des opprimés politiques (familles écrasées par l’Etat en raison de leur défense de la démocratie communale, en raison de leurs opinions religieuses ou autres...) face à la royauté.

Printemps 1789, la crise prérévolutionnaire s’aggrave : émeutes de Marseille, Aix, Besançon et Amiens, émeute Réveillon (28 avril)

B3) Printemps 1789 : Les Etats Généraux prennent la tête du combat politique face à l’absolutisme arriéré

Louis XVI a convoqué les Etats Généraux pour obtenir d’eux des décisions difficiles concernant les impôts supplémentaires nécessaires. Principal problème : les privilégiés (nobles, religieux, bourgeois propriétaires de terres nobles) ne paient pas d’impôt et défendent l’épée à la main et le juge en soutien leurs avantages. Le roi vit tellement sur une autre planète entre ses prières, ses serrures, ses chasses et les cabales de la Cour qu’il n’imagine pas offrir ainsi une coordination nationale aux aspirations politiques de la bourgeoisie et aux multiples luttes populaires locales.

4 et 5 mai 1789 : Ouverture des Etats généraux à Versailles

Du 5 mai au 16 juin, les Etats généraux sont bloqués parce que le Tiers Etat refuse le vote par ordre (où il perd 1 voix contre deux) et veut un vote par tête ( qui leur permettrait d’être majoritaires).

17 juin 1789 Les députés du Tiers état se proclament Assemblée nationale (considérant qu’ils représentent 96% de la population), appellent les députés du clergé et de la noblesse à les rejoindre (ce qui advient pour le bas-clergé et un quart des nobles), s’octroient le vote de l’impôt

Le Roi mécontent, ferme la salle de réunion des députés du Tiers qui se réunissent en ville dans la Salle du Jeu de Paume et jurent de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France.

20 juin 1789 Serment du Jeu de Paume, symbole du combat pour la souveraineté populaire

Aiguillonné par les durs de la Cour, Louis XVI ordonne la dispersion des députés réunis du Tiers Etat. Malgré ordres royaux et soldats, l’Assemblée gagne cette épreuve de force.

23 juin 1789 : "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes"

Finalement, le 27 juin, le Roi accède à la demande du Tiers ; il ordonne la réunion des trois ordres durant les Etats Généraux. Le 9 juillet, les députés s’instituent Assemblée nationale constituante. Le vote par tête est validé.

Au fil des jours, des informations et des combats à mener la population prend l’habitude de s’organiser elle-même, de se défendre elle-même, de débattre en assemblée générale locale.

L’auto-organisation populaire en 1789

B4) Révolution populaire massive et combat politique des députés

A plusieurs reprises de 1789 à 1793, lorsque les députés sont bloqués par la royauté, c’est la mobilisation massive de la population sous forme d’émotion spontanée non maîtrisable qui permet à la révolution de franchir une nouvelle étape.

Ainsi, le 12 juillet, Louis XVI renvoie son populaire ministre d’Etat, Jacques Necker, profitant du rapport de force imposé par les régiments étrangers d’élite qu’il a massés sur Paris. La mobilisation bourgeoise et populaire se développe rapidement

Lors de ces émotions populaires, il ne fait pas bon posséder une voiture à chevaux ou être habillé en privilégié. Les témoignages sur le 14 juillet 1789 à Paris, par exemple, confirment cela.

Au petit matin du 14 juillet « sans ordre donné, sans invitation, sans signal, Paris retentit du son de toutes ses cloches et de tous ses tambours… ». Des dizaines de milliers de personnes se dirigent vers des points différents et contradictoires : districts, places, rues, quartiers décisifs (Saint Antoine, Saint Denis…), barrières d’octroi (surveillance des régiments postés à l’extérieur de la ville et accueil de nombreux soldats rejoignant l’insurrection), armureries, Hôtel des Invalides (pour ses armes), Hôtel de Ville (où se tient le Comité Permanent des Electeurs), Bastille…

Que font ces groupes ? Ils surveillent les déplacements de troupes, assurent une certaine police tout en confisquant les voitures et effets de riches passant dans leur secteur ; les biens de tous ces « suspects » sont ensuite portés à disposition du Comité permanent.

Les témoignages de contemporains sont très intéressants pour comprendre la base sociale de l’insurrection et son état d’esprit, par exemple concernant la foule massée devant l’Hôtel de Ville. Il s’agit d’un milieu populaire non armé qui craint sans cesse la trahison des riches assemblés (bourgeois et nobles) « l’opinion générale, si prompte à saisir toutes les interprétations malignes, surtout dans les moments de troubles et d’alarmes, supposait une intelligence entre les administrateurs de l’Hôtel de Ville (bourgeois électeurs pour la députation) et les ennemis de la liberté... Tous les membres du Comité permanent étaient dans un danger immédiat, et ils ne l’ignoraient pas. Chacun d’eux, s’il avait l’occasion de traverser la foule qui couvrait la place, qui remplissait les salles et les corridors de l’Hôtel de Ville, venait rapporter des propos sinistres et des menaces qu’il avait entendues. Il ne s’agissait pas moins que de mettre le feu à l’Hôtel de Ville et d’égorger le prévôt des marchands, les échevins, les membres du Comité permanent et même tous les électeurs. »

14 juillet 1789 : la prise de la Bastille symbolise la fin définitive de la monarchie "absolue" et l’accélération du processus populaire révolutionnaire

Après la prise de la Bastille, le rapport de forces politique du roi est affaibli. Il rappelle Necker et ordonne aux régiments de quitter la région parisienne. Dans les semaines qui suivent, des milliers de villages connaissent leur prise de la bastille.

B5) La grande peur

Dans les derniers jours de juillet 1789, le milieu populaire vit une période d’agitation immense. Les nouvelles concernant la réaction aristocratique et la prise de la Bastille se répandent par le pays, souvent déformées par la transmission orale. Après une année de famine, les blés sont prêts à moissonner mais des dizaines de milliers de mendiants parcourent les chemins en quête d’un quignon de pain ; il ne faudrait pas que des brigands ( ou des soldats ou des étrangers) payés par les nobles, viennent les couper avant. Il suffit d’un incident pour que les paysans s’arment puis se coordonnent entre paroisses pour protéger leurs biens, se faisant souvent mutuellement peur. Même les villes sont touchées. Le 22 juillet à Paris, l’intendant Berthier de Sauvigny et son beau-père Foulon de Doué, accusés de vouloir affamer le peuple, sont pendus en place de Grève.

A Ruffec (28 juillet 1789), des moines mendiants sont pris par un bûcheron pour des brigands. La population s’arme et appelle au secours les villages voisins. La nouvelle parcourt monts et plaines à la vitesse de l’éclair atteignant en deux jours vers le Nord Civray et Chatellerault, vers l’Ouest Saintes, vers l’Est Confolens et Montluçon, vers le Sud Angoulême, Limoges, Cahors, Brive. Le 31 juillet, le branle-bas de combat touche Toulouse et Rodez, puis Lombez, Pamiers, Saint Girons, Saint Gaudens, enfin Foix et Tarbes le 5 août. Certains rassemblements armés (fourches, faux, bâtons, piques…) comprennent 10000 et même 15000 hommes (à Agen par exemple).

Grande peur paysanne (19 juillet au 6 août 1789), révolution municipale : double pouvoir et nouveau pouvoir

Aucun brigand n’est trouvé mais les paysans mesurent leur force immense. Leur grande peur de juillet devient début août la grande peur des possédants. Dans d’innombrables petits terroirs, les habitants reprennent possession des communaux, envahissent les forêts seigneuriales, brûlent châteaux, abbayes, mais aussi maisons bourgeoises jouant la même fonction, détruisant particulièrement les registres de propriété, d’impôts et de dettes. La bourgeoisie, attachée au droit de propriété, prend peur et presse le rythme des réformes, surtout symboliques. Pour calmer cette explosion fulgurante, l’Assemblée constituante vote l’abolition des droits seigneuriaux le 4 août sans préciser les conditions exactes.

4 août 1789 Abolition des droits seigneuriaux par l’Assemblée nationale

B6) Déclaration des droits de l’homme de 1789

Elle voit le jour durant l’été 1789 en un moment où d’une part l’explosion sociale et démocratique pousse les députés à tenter de la calmer, d’autre part de nombreux privilégiés (y compris parmi les députés) craignent de voir une telle déclaration servir de point d’appui et de justification pour de nouvelles revendications.

Pour n’être ni trop allusif, ni trop long, je renvoie le lecteur à mon article sur le sujet :

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (votée le 26 août 1789)
- 1) La Déclaration de 1789 comme fruit de l’évolution historique
- 2) La Déclaration de 1789 comme rupture dans l’évolution historique
- 4, 5, 6) Le débat de l’’Assemblée constituante sur la Déclaration
- 7) Du 20 au 26 août : rédaction définitive et principaux débats
- 9) 10) Comparaison avec la Déclaration d’indépendance américaine
- 11) Déclaration dans sa version originale

Notons que parmi les grands droits de l’homme (liberté d’opinion, d’expression...) les députés placent celui de résistance à l’oppression qui justifie la prise de la bastille et les incendies de châteaux.

28 août 1789 Naissance du clivage droite gauche

26 septembre 1789 L’Assemblée constituante confisque un quart des hauts revenus pour éponger la dette publique

10 octobre 1789 L’Assemblée discute de la nationalisation des biens du clergé pour rembourser la dette publique

B6) Les cinq et six octobre 1789

Comme à la veille du 14 juillet, la révolution est en train de s’enliser entre les couloirs de l’Assemblée et ceux du palais de Versailles. Comme pour le 14 juillet, c’est une mobilisation populaire qui crée un rapport de force permettant de passer à une étape supérieure.

Laissons la plume à Michelet « La pitié, inerte, passive chez les hommes, plus résignés aux maux d’autrui, est chez les femmes un sentiment très actif, très violent, qui devient parfois héroïque et les pousse impérieusement aux actes les plus hardis.

Il y avait, au 5 octobre, une foule de malheureuses créatures qui n’avaient pas mangé depuis trente heures. A sept heures du matin, elles entendirent battre la caisse et elles ne résistèrent pas. Une petite fille avait pris un tambour au corps de garde et battait la générale. C’était lundi ; les Halles furent désertées, toutes partirent. Il y avait des marchandes, des portières, des filles publiques, compatissantes et charitables, comme elles le sont souvent. Il y avait un nombre considérable de femmes de la Halle.

Au fond de la place, se tenait la cavalerie de la garde nationale. Les femmes ne s’étonnèrent point. Elles chargèrent la cavalerie, l’infanterie à coups de pierres ; on ne put se décider à tirer sur elles ; elles forcèrent l’Hôtel de Ville, entrèrent dans tous les bureaux. D’autres femmes, affamées, sauvages, criaient : Du pain et des armes ! Les hommes étaient des lâches, elles voulaient leur montrer ce que c’était que le courage... Tous les gens de l’Hôtel de Ville étaient bons à pendre, il fallait brûler leurs écritures, leurs paperasses... Et elles allaient le faire, brûler le bâtiment peut-être... »

Les témoignages sur l’irruption des femmes à l’Assemblée nationale, parmi les soldats du roi durant la nuit puis au palais de Versailles valent leur pesant d’or. En tout cas, le six octobre, l’immense cortège reprend la route de Paris, y amenant le roi, la reine et le dauphin qui ne pourront en sortir, subissant définitivement le poids du rapport de force populaire.

6 octobre 1789 Rien ne résiste aux femmes en révolution

2 novembre 1789 "Tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation" (Jean Jaurès)

Cette année bien chargée se termine par un chantier colossal : la réorganisation territoriale complète de la nation avec, en particulier, la création de 36000 communes.

Décret du 14 décembre 1789 relatif à la constitution des municipalités

C) 1787 à 1792 Dynamique de la révolution française

C1) Résumé du processus

Malgré les conditions objectives dégagées dans notre première partie, la Révolution française aurait pu ne pas éclater. Son explosion spectaculaire s’explique par trois mouvements sociaux et politiques massifs, radicaux, et contradictoires :

- la réaction de la noblesse qui veut conserver ses revenus par la valorisation des droits féodaux à un moment où leur extinction paraît inéluctable. Non seulement elle provoque une mobilisation contre elle des bourgeois et des paysans mais en n’acceptant pas de compromis sur les impôts, elle met en crise l’Etat royal, son seul soutien possible.

- une révolution bourgeoise pour créer une nation moderne, donnant toute sa place aux édiles municipaux et aux acteurs économiques plutôt qu’aux châtelains don quichotesques, sans barrières douanières intérieures, avec une assemblée nationale élue votant et contrôlant le budget, particulièrement les folies financières de la Cour royale...

- une révolution populaire extrêmement puissante, au moins pour pouvoir acheter du pain, pour supprimer les droits féodaux les plus vexatoires...

Dans ces conditions, le roi et son cabinet vont essayer de s’appuyer :

- dans un premier temps sur la bourgeoisie et le peuple pour résoudre la crise financière imposée par les privilégiés (convocation des Etats généraux)

- dans un deuxième temps sur la noblesse, le haut clergé et l’armée pour stopper la dynamique de la révolution bourgeoise

- dans un troisième temps sur un compromis entre noblesse, clergé et bourgeoisie dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle.

Toutes ces solutions n’ayant pas débouché le roi, la reine et leurs proches vont tenter la solution militaire (fuite de Varennes) en lien avec l’empereur autrichien et son armée. L’échec complet de cette opération ne laisse plus que deux forces réelles dans la champ social et politique : la bourgeoisie et les milieux populaires. Dans le contexte d’une guerre face aux puissances royales d’Europe doublée d’une guerre civile face aux chouans et à une partie importante des catholiques conservateurs, la bourgeoisie doit s’appuyer sur le peuple qui devient en 1793 1794 la force motrice essentielle de la révolution.

Dès que les armées révolutionnaires l’emportent aux frontières comme à l’intérieur, la bourgeoisie s’organise pour liquider les hommes qui ont porté l’alliance avec le peuple (Robespierre, Saint Just...) et trouver un compromis des classes dominantes (Convention thermidorienne, Directoire, Consulat, Empire).

Une fois dégagé les grandes lignes du processus révolutionnaire, revenons un peu sur ces différentes étapes.

C2) 1789 à 1791 La monarchie en sursis : Arrêter la révolution, par la répression ? le compromis ?

Dès le printemps 1789, nobles et prélats les plus conservateurs ( par exemple le Garde des sceaux, Charles Louis François de Paule de Barentin) comprennent la puissance de l’orage social en train de se lever. Ils tentent donc la répression (par exemple 300 tués et 1000 blessés par l’armée à Paris le 27 avril ; pendaisons publiques de meneurs...).

Les décisions des élus du Tiers Etat outrepassant les limites des décisions attendues par le roi, celui-ci casse toutes leurs décisions puis les interdit de réunion. Les trois séances des 17, 20 et 23 juin imposent au niveau politique le rapport de force social construit nationalement.

Louis XVI recule le 23 juin pour mieux réprimer en juillet ; il appelle sur Paris plusieurs régiments d’élite étrangers. L’insurrection du 14 juillet balaie cette volonté répressive. Comprenant que l’appui sur l’armée ne peut être sa seulle option, le roi va user de manœuvres diverses pour tromper l’opinion. Notons-en quelques-unes lors de l’ouverture des Etats Généraux :

- baratin paternaliste en père de la nation

- marginalisation sociale des élus du Tiers Etat dans les institutions (prééminence du Roi entouré de gardes empanachés, magnificence de la noblesse et du haut clergé, vêtement noir de la tête aux pieds pour eux)

- hiérarchie protocolaire vexatoire imposée aux ordres en fonction de leur place dans la hiérarchie féodale

Durant les mois et années suivants, il déploie tout autant d’astuce :

- jouant parfois la montre et l’esquive (non signature par le roi de décrets pris par l’Assemblée ...)

- tentant sans cesse de corrompre des meneurs révolutionnaires par l’argent du trésor royal, Mirabeau en étant le pire exemple.

- donnant un jour l’impression de céder pour mieux bloquer le lendemain (lendemains du 14 juillet, du 6 octobre…)

- couvrant la constitution de bandes armées royalistes comme les Chevaliers du poignard

Chevaliers du poignard et générosité des révolutionnaires (28 février 1791)

-  Déclarant la guerre à l’Autriche tout en lui demandant de l’aider à rétablir en France la royauté absolutiste

C3 L’essai d’un compromis avec le roi, tactique essentielle de l’Assemblée : la fête de la Fédération

Beaucoup de députés sont affolés par la poussée du mouvement social, particulièrement dans les campagnes et par la radicalisation permanente de la révolution au plan politique.

Lors de leur élection au printemps 1789, les députés du Tiers Etat ont pour objectif de réformer la France sans porter atteinte à la royauté. La puissance du mouvement social paysan les pousse à chercher une formule de compromis avec la royauté pour rétablir l’ordre et l’harmonie sociale.

En l’année 1790, la France connaît des affrontements sociaux importants mais presque toute la classe politique, des élus municipaux aux députés et jusqu’à l’entourage du roi croient en la possibilité d’un compromis.

Une première fête de la Fédération se déroule à Lyon le 30 mai 1790 comprenant défilé des gardes nationales et grand messe. Le serment prononcé symbolise bien l’effort de compromis qui anime la bourgeoisie dans toute la France à ce moment-là.

Le 14 juillet 1790, une fête nationale de la fédération se déroule à Paris, un an jour pour jour après la prise de la Bastille. 100000 gardes nationaux défilent. Lafayette prête serment en leur nom « Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi et de protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la circulation des grains et des subsistances dans l’intérieur du royaume, la prescription des contributions publiques sous quelque forme qu’elle existe, et de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité ». Le président de l’Assemblée lui emboîte le pas au nom des députés et des électeurs. Le roi lui-même leur répond « Moi, roi des Français, je jure d’employer le pouvoir qui m’est délégué par la loi constitutionnelle de l’État, à maintenir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par moi et à faire exécuter les lois ».

C4) Répression des milieux ruraux

Durant les six derniers mois de 1789 et encore en 1790 et 1791, l’alliance des possédants permet à des seigneurs de prélever encore des taxes supprimées ailleurs. Si les paysans contestent, les nobles peuvent arrêter et même tuer l’un d’eux sans risque. Si les paysans contestent encore, dans de nombreux départements ruraux, le Conseil permanent lance ses Gardes nationales pour mater les récalcitrants. Tel est le cas par exemple en Aveyron où l’affrontement entre le seigneur de Bournazel et les paysans se termine par la défaite de ces derniers .

Cependant, les émeutes rurales prolongent la grande peur, de mois en mois, d’un département à l’autre. Comme l’analyse parfaitement Yves-Marie Bercé, 1789 a réveillé les "réserves insurrectionnelles" de chaque terroir. Elles « sommeillaient depuis des décennies, sinon des siècles, dans des communautés ayant de fortes consciences collectives » (Jean-Clément Martin).

En Corrèze se développe une nouvelle insurrection paysanne en 1790, marquée par des incendies de châteaux et maisons de grands propriétaires. Une répression sanglante leur répond (12 morts, 55 emprisonnements, 2 pendaisons après procès...). Durant un an, le débat fait rage en Bas Limousin :

- les uns faisant valoir la nécessité d’ordre, de respect de la loi, de sanction des meneurs à distinguer des braves paysans

- les autres s’appuyant sur la Déclaration des droits de l’homme de 1789 pour argumenter la légitimité de la révolte

La polémique monte jusqu’à Paris où la droite (abbé Maury) et les partisans d’un compromis royauté révolution (Mirabeau) soutiennent les défenseurs de l’ordre ; la gauche (Vergniaud, Morellet...) fait valoir les causes (mauvaises récoltes, injustices, droits bafoués) pour demander la fin des poursuites et la reconnaissance des droits des paysans.

L’hiver suivant, le soulèvement paysan reprend et s’étend géographiquement des Charentes au Lot, atteignant même l’Auvergne et l’Aquitaine. Là comme dans d’autres régions, les décrets de l’Assemblée constituante maintenant le rachat des droits seigneuriaux et les redevances dues aux propriétaires de terres suscitent une contestation plus ou moins violente mais permanente. Assez souvent, les nouvelles municipalités appuient les paysans, surtout face aux seigneurs. L’autorité publique se délite et ne sera rétablie que par les décisions de la Convention nationale supprimant les droits seigneuriaux sans rachat.

Des dizaines de châteaux flambent ; les émissaires nationaux ne peuvent que constater le délitement de l’autorité publique dans cette lutte de classes radicale.

Ce sera seulement durant la Convention montagnarde (1793 1794) que la révolution populaire imposera vraiment son rapport de forces, le combat cessant faute de combattants avec l’émigration importante des nobles et grands bourgeois vers l’étranger ou les grandes villes.

C5) Répression dans l’armée : l’affaire de Nancy

Tout pouvoir politique dans une société d’injustices de classe a besoin d’une armée disciplinée au seul service des possédants. Les soldats de l’Ancien régime devaient supporter bien des aléas ; en 1789 1792, ils apportent leur part à la révolution. Le cas de Nancy est le plus connu, à juste titre.

Les soldats du régiment suisse de Châteauvieux font partie de la garnison qui s’empare de sa caserne en août 1790 tant la solde se fait attendre. Ils choisissent un Comité de 5 pour diriger leur lutte. Le 31 août, le gouverneur des Trois Evêchés (proche du roi mais appliquant les désirs de l’Assemblée) nommé François Claude Amour du Chariol, marquis de Bouillé, les écrase au prix de 300 morts et blessés.

Le conseil militaire instruit l’accusation de 138 soldats et les condamne tous, dans un premier temps, à la peine de mort. Le 4 septembre, la sanction est modifiée pour tenir compte de l’émotion générale : emprisonnement pour 72 ; trente ans de galère pour 41 ; pendaison pour 22, contumace pour 2 en fuite, supplice de la roue (immédiatement appliqué) pour le principal meneur, André Soret.

L’Assemblée constituante célèbre le marquis de Bouillé qui a écrasé les mutins. Plusieurs fêtes sont organisées à Paris et en province en l’honneur des soldats restés fidèles et morts le 31 août face aux contestataires.

La fuite du roi à Varennes modifie la perception du marquis de Bouillé dans l’opinion et même à l’Assemblée. Les Jacobins prennent partie pour les soldats condamnés aux galères à présent défendus par Jean-Marie Collot d’Herbois qui obtient leur réhabilitation. De Brest, les soldats suisses marchent durant 25 jours pour rejoindre Paris où ils sont accueillis comme des héros le 15 avril 1792.

C6) Eté 1791 : la Révolution au carrefour de ses contradictions

En cette année 1791, la Révolution peut encore évoluer :

- en une monarchie constitutionnelle

- ou une république appuyée sur le mouvement social et démocratique en cours.

La dynamique de la révolution comme le contexte politico-militaire vont conduire au second choix.

D) La dynamique de la Révolution française de Varennes à Valmy

D1) Importance de la fuite de Varennes sur le cours de la révolution

Le 21 juin 1791, Louis XVI tente de rejoindre l’armée du marquis de Bouillé pour préparer une attaque militaire vers Paris en liaison avec l’armée autrichienne de son beau-frère. Il est arrêté en Argonne par une mobilisation citoyenne extraordinaire.

21 juin 1791 La fuite de Louis XVI s’arrête à Varennes

L’Assemblée constituante, expression des classes possédantes nobles et bourgeoises, protège le roi en prétendant qu’il a été enlevé par l’aile contre-révolutionnaire de la Cour ; ainsi, elle peut décréter son rétablissement dans l’intégralité de ses droits de souverain du pays. Le mouvement populaire parisien n’est pas dupe.

Le 15 juillet, le club des Cordeliers demande le jugement du roi et l’organisation d’un nouveau pouvoir politique. Il appelle à un rassemblement sur le Champ de Mars le 17 juillet pour la signature massive d’une pétition développant ces points. A cette date et au lieu prévu, une foule immense se groupe. Les bourgeois libéraux de la mairie de Paris, en particulier Bailly, sentent qu’ils doivent immédiatement casser ce mouvement avant qu’il ne fasse tâche d’huile en milieu populaire. La garde nationale sous les ordres de Lafayette avance derrière le drapeau rouge signifiant "Attention, nous allons tirer" ; ils tirent dans le tas des pétitionnaires, souvent venus en famille. Une cinquantaine de morts et une centaine de blessés jonchent rapidement le sol.

De ce massacre naît une coupure définitive entre d’un côté la bourgeoisie libérale, de l’autre le mouvement populaire parisien qui va instituer en 1793 le premier pouvoir réellement populaire de l’histoire humaine.

17 juillet 1791 Fusillade du Champ de Mars

Deux révolutions en une. Une révolution devenue explosive pour avoir trop tardé

PARTIES D, E et F à suivre dans les jours prochains.

Jacques Serieys

Bibliographie :

http://denis-collin.viabloga.com/ne...

- Une nouvelle génération d’historiens apporte des éclairages nouveaux sur cette période. Pour les militants politiques, la question essentielle est la suivante : comment la dynamique des aspirations populaires et la défense des acquis face à la contre-révolution a mené la Révolution plus loin que le seul renversement de la monarchie et des restes du mode de production féodal ?

- En 1793, les classes privilégiées ont perdu la maîtrise du pouvoir politique pour la première fois dans l’histoire humaine, particulièrement dans un grand pays

- Les premiers fondements du socialisme ont été posés par les Egaux (babouvistes) sur la base de leur expérience durant la Révolution française. "Il faut la continuer, cette révolution, jusqu’à ce qu’elle soit devenue la révolution du peuple " (Babeuf)


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