8 juin 1783 Volcan Laki Eyjafjöll en éruption : Contribution du climat au déclenchement de la Révolution française

mercredi 22 mars 2017.
 

1) Laki Eyjafjöll : Le volcan qui a contribué à déclencher la Révolution française

L’éruption du Laki commença le 8 juin 1783. Au début elle fut explosive, puis elle continua en émission de lave pendant des mois, jusqu’en février 1784. Les cendres recouvrirent l’île, et de 50% à 80% des animaux d’élevage moururent. La famine qui suivit décima environ 20% de la population islandaise. Mais ce n’est pas tout.

En cet été 1783, un anticyclone puissant et centré durablement sur le nord de l’Atlantique envoya les fumées vers le reste de l’Europe, comme au printemps 2010. Il faut savoir que l’ on estime que 122 millions de tonnes de dioxyde de soufre furent émis dans l’atmosphère, l’équivalent de trois fois les émissions industrielles annuelles en Europe et l’équivalent d’une éruption comme celle du Mont Pinatubo en 1991 tous les 3 jours.

L’émission de dioxyde de soufre coïncidant avec des conditions climatiques inhabituelles provoqua un épais brouillard sulfuré qui se répandit à travers l’Europe occidentale, provoquant des milliers de morts durant 1783 et l’hiver 1784. Un nuage de poussière recouvrit les 2/3 de la France et se déposa en partie au sol.

Les années qui ont suivi l’éruption du Laki en 1783 furent marquées par des phénomènes météo extrêmes, dont des sécheresses et des hivers très rigoureux, puisqu’on disait que le pain et la viande gelaient sur la table de la cuisine et les corbeaux en plein vol. On vit une accentuation du petit âge glaciaire. La ligne de grain orageux qui traversa la France du sud au nord, en été 1788, détruisit presque toutes les récoltes du pays. On pesa des grêlons de 10 livres (5 kgs). La situation des paysans fut si désespérée que la révolution éclata en 1789.

Ces modifications climatiques et le volcan Laki ne sont peut-être pas seuls en cause, mais les historiens admettent que leur influence fut considérable dans les événements politiques qui mirent fin à la royauté. On estime que le nuage de cendre modifia le régime des moussons en Afrique, faisant baisser le niveau du Nil et l’irrigation de la plaine céréalière d’Egypte.

Source : La Tribune de Genève

2) 1787 1788 1789 Inondations, sécheresse, grêle, ouragans, grand froid : le mauvais temps accroit la crise économique et sociale

Aux causes structurelles et conjoncturelles déjà analysées s’ajoute un élément dont l’importance ne peut être négligé : de 1787 à 1789 un temps épouvantable pour un royaume encore essentiellement agricole. Les caprices du petit âge glaciaire, des volcans et du climat engendrent de mauvaises récoltes, des hausses de prix importantes et un climat d’insatisfaction, de révolte même dans certaines villes et régions.

2a) Rapport de l’Avocat Général Séguier (13 décembre 1788)

“La « première cause » (de la crise économique et sociale) est le peu de produit de la récolte faite cette année. Elle a été si mauvaise que dans quelques cantons on n’a pas recueilli la moitié d’une année ordinaire en gerbes et en grains ; dans d’autres, on n’en a recueilli que très peu ou point du tout. « Deuxième cause » : les pluies et les inondations de 1787 ; la grêle et la sécheresse de 1788. Les pluies en 1787 ont empêché d’ensemencer une partie des terres ; la sécheresse de 1788 n’ a pas permis la pleine croissance des blés”

2b) Exemple d’Ezy sur Eure

Il tomba dans le pays et dans les environs une quantité prodigieuse d’eau pendant le mois d’octobre et la moitié de celui de novembre de cette année 1787. Le dix huit du mois de novembre nous eusmes une gelée très forte qui dura jusqu’au trois décembre, qui fut terminée par un dégel accompagné de pluie et la nuit du cinq au six de ce mois il tomba une pluie si abondante accompagnée d’éclair et de tonnerres qui dura depuis une heure jusqu’à cinq heures du matin, que le six au soir nous fumes assaillis par une inondation telle que depuis longtemps on en avait vu une semblable. Elle dura jusqu’au douze au soir ; on ne pouvait aborder à l’église qu’a l’aide d’un bateau qui se promenait par les rues avec le bateau du pain a ceux qui n’en avaient point. Plusieurs personnes firent des pertes considérables... Ce pays ci ne faisait qu’une seule pièce d’eau qui s’étend jusqu’aux parcs d’Anet, en sorte qu’on pouvait quitter l’un pour aller à l’autre que par le secours d’un bateau que l’on ne faisait aborder qu’avec beaucoup de difficultés à cause de la trop grande rapidité de l’eau. Les petits ponts du parc d’Anet furent entraînés par les eaux. (NUGUES, Curé d’EZY)

2c) Exemple d’un village du Beaujolais

« La mauvaise récolte survenant après les inondations de 1787, la sécheresse de l’été 1788 entraînent une hausse des prix et cette sous-production rurale déclenche une sous production industrielle et le chômage... C’est vrai surtout du textile... La région lyonnaise en est victime... Les paysans manquent de semences en raison de la récolte de blé déficitaire, l’hiver est précoce et rude. Le froid commence à la Saint Martin (11 novembre 1788) et dure jusqu’au 14 février 1789 : la terre est gelée à trente pouces (un mètre environ) de profondeur... le Rhône, la Saône, les rivières gèlent et les moulins cessent de moudre » (Louis TRENARD).

2d) Exemple d’un village du Gard actuel : Saint-Victor-de-la-Coste en Languedoc rhodanien

« (En 1788 et 1789), la crise est générale dans tout le pays. Aux orages de mai 1788, qui ont surtout touché l’Albigeois, le Biterrois et le nord du diocèse de Nîmes, a succédé la terrible grêle de juillet, puis celle d’août (...). Le 17 juillet (1788), la vallée du Rhône et les Cévennes sont particulièrement touchées.

En septembre (1788), ce sont les inondations qui ravagent les vallées, parmi lesquelles figurent la région de Bagnols et la plaine du Rhône. Le déficit peut atteindre le quart des récoltes.

Un froid excessif s’abat alors sur la province en décembre 1788 et janvier 1789, puis les orages, qui touchent durement la province en juin et août et provoquent de nouvelles inondations à l’automne. Le prix moyen du (blé) atteint à Béziers le niveau-record de 15 livres en 1789. Il sera à 16 livres en 1790 ».

Source : Élie Pélaquier, De la maison du père à la maison commune, Saint-Victor-de-la-Coste en Languedoc rhodanien (1661-1799), Montpellier, 1996, p. 45.

2e) Printemps 1788

Le climat de printemps présente une grande importance pour les paysans car c’est le moment où l’on sème, où les grains germent puis donnent une plante, où l’on repique, où la récolte s’annonce. Cela demande en particulier un bon équilibre entre la chaleur du soleil et l’eau tombée du ciel.

Or, la France subit au printemps 1788 une sècheresse particulièrement forte avec un déficit en pluie en avril mai (40 % dans le nord de la France, 40 à 60 % dans l’Ouest et le Sud-Ouest, plus de 80 % dans le Sud et le Sud- Est) et des températures élevées. Cette sécheresse a pour conséquences de mauvaises récoltes.

2f) Eté 1788

L’été 1788 connaît à la fois sècheresse, violents orages et ouragans de grêle, en particulier les 12 et 13 juillet : arbres fruitiers arrachés ( 1000 pommiers déracinés à Montivilliers), récoltes hachées... On peut se faire une idée des conséquences sur les chaumières rurales quand on sait que le toit du château de Rambouillet (résidence royale) a été détruit (tuiles et ardoises) et 11749 carreaux cassés.

"Les pays affectés par cet orage n’offraient plus que le spectacle de pays totalement ruinés et détruits par la grêle. Tout fut enterré, haché, abîmé, déraciné ; les toits découverts, les vitres brisées, les vaches et les moutons tués ou blessés ; le gibier, la volaille périrent" (Messier. Extraits des Mémoires de Mathématiques et de Physique de 1788).

2g) Les ouragans de l’été 1788 amènent de nouvelles inondations. Exemple de Touques près de Trouville

« L’année 1787 fut très pluvieuse. Il y eu à peine huit jours sans pluie. (Elle fut suivie) "d’un hiver rigoureux". Le 28 juin 1788, « L’eau est devenue si rapide qu’elle a renversé presque de fond en comble une maison et le petit pont qui partage la paroisse de Saint-Pierre avec celle de Saint-Thomas (1). » Le curé, qui évoque une tornade, note sept à huit pieds d’eau (environ deux mètres) dans la « Grande rue de Touques », la rue Louvel et Brière aujourd’hui. « Des pans de murs ont été renversés, des meubles emportés et des étoffes enlevées de chez les marchands. Il y eut une si grande avalasse... que peut-être jamais il n’est arrivé une telle catastrophe dans le bourg de Touques. » Ces inondations sans commune mesure eurent de lourdes conséquences sur l’économie locale : « Les salines sont totalement diminuées par rapport aux eaux qui les détruisent... Les foins, perdus, doivent être brûlés sur place. »

2h) Hiver 1788 à 1789

Cet hiver est marqué par un froid particulièrement rigoureux puisque plusieurs "records météorologiques" tiennent encore en 2009.

Notons quelques minimales : moins 37 à Belfort, - 31 en Alsace, - 26 en Lorraine, -25 en Touraine, -24 en Bourgogne et dans le Jura, -23 dans les Ardennes, en Picardie, la vallée de la Saône et Orléans, -22 à Paris, Lyon, Rouen, Alençon, en Vendée... Le Midi est également touché avec - 18 dans la Drôme, -16 à Bordeaux, -15 à Pau, -14 à Toulouse, -13 à Marseille...

La capitale connaît 86 jours de gelée nécessitant un approvisionnement en bois de chauffage largement insuffisant.

2i) Conséquences du mauvais temps sur les prix

Lorsque les récoltes sont insuffisantes, les prix montent inévitablement, ce processus étant renforcé par ceux qui accaparent pour vendre ensuite au meilleur prix. Les prix enflent dès août 1788. La hausse du froment atteindra 127 % en 1789, 136 % pour le seigle puis 150 à 165 % pour la première quinzaine de juillet 1789.

Le prix du bois à brûler augmente de 91%.

Source : Crise de l’Ancien régime et convocation des Etats Généraux (5 juillet 1788) Article de Jacques Serieys


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