1er juillet 1766 : le chevalier de la Barre (19 ans) est torturé puis décapité par le totalitarisme clérical

mercredi 8 novembre 2017.
 

Jean-François de La Barre est né en 1747 à Férolles-en-Brie. Orphelins, pauvres, les deux frères La Barre sont recueillis par leur tante, abbesse de Willancourt. Elle tient salon et reçoit les personnalités de la ville. Les enfants de ces notables sont une petite bande bruyante, chahuteuse et volontiers anticléricale.

Le 9 août 1765, le crucifix de bois qui ornait le Pont-Neuf est légèrement tailladé.

L’émotion qui soulève les braves gens d’Abbeville est canalisée par Mgr de la Motte, évêque d’Amiens, qui lance un monitoire ordonnant aux fidèles de révéler au juge séculier, tout ce qu’ils pourraient savoir de l’affaire, sous peine d’excommunication.

Tous les dimanches, les curés haranguent ainsi les paroissiens ; la tension monte. Personne n’a rien vu, mais plusieurs se souviennent que de jeunes fêtards n’ont pas salué la procession religieuse lors de la Fête-Dieu dernière. Trois noms reviennent : Gaillard d’Etallonde, Jean-François de La Barre et Moisnel.

Devant la menace, Gaillard d’Etallonde s’enfuit en Hollande. La Barre reste, où pourrait-il aller sans argent ? Et puis, pour le 9 août il a un alibi. Qu’à cela ne tienne, lorsqu’on découvre, après perquisition dans sa chambre de l’abbaye, trois livres interdits dont le Dictionnaire Philosophique de Voltaire, voilà le coupable idéal.

L’abbesse de Willancourt fait intervenir ses relations, le chevalier tente l’appel à Paris, rien n’y fait. Le 4 juin 1766, le Parlement de Paris statue sur le crime d’impiété pour les trois compères. Moisnel, âgé de quinze ans est condamné à une amende, d’Etallonde est en fuite, il ne reste plus que le chevalier de La Barre.

Il subit donc la torture des brodequins pour lui extorquer des aveux. Il est finalement condamné par le tribunal de police d’Abbeville (sentence confirmée par le Parlement de Paris) à être torturé, décapité et brûle en place publique pour avoir « chanté une chanson impie, passé près d’une procession sans enlever son chapeau qu’il avait sur la tête, ni s’agenouiller et rendu le respect à des livres infâmes dont le Dictionnaire philosophique du sieur Voltaire ».

Le 1er juillet 1766, après avoir subi à nouveau la question (torturé), le chevalier est décapité et son corps jeté aux flammes avec l’exemplaire saisi du Dictionnaire Philosophique.

Voltaire déjà âgé, se dépensa sans compter pour tenter de le faire réhabiliter (ainsi que le jeune Gaillard d’Etallondes, 16 ans). Il écrivit environ 160 lettres contre cet « assassinat juridique ».

Parmi les deux dernières lettres rédigées avant sa mort, deux phrases méritent notre attention (dont celle où il demande à Condorcet et D’Alembert de poursuivre son combat sur ce point) :

-> Quelle abominable jurisprudence que de ne soutenir la religion que par les bourreaux !

- > Pouvez-vous soutenir l’humanité contre ces cannibales ? La philosophie peut-elle réparer les maux affreux qu’a faits la superstition ?

Ni Voltaire, ni les autres philosophes des Lumières ne parvinrent à faire réhabiliter le jeune François. Il le fut par la Convention le 25 Brumaire AN II (15 novembre 1794).

Jacques Serieys


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