Le FN de Marine Le Pen cherche un vote d’adhésion (Analyse de sa stratégie 3)

lundi 6 novembre 2017.
 

Depuis le référendum de 2005 sur le TCE et la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles de 2007, le FN réajuste sa stratégie de conquête du pouvoir. Depuis 2010, les médias jouent un rôle important dans cette stratégie.

L’image du FN dans l’opinion se modifie peu à peu et les résultats électoraux, sans être spectaculaires, nécessitent une analyse attentive.

La synthèse de ces trois parties permet de comprendre les différentes raisons de l’image positive que peut malheureusement renvoyer le FN pour une partie de la population.

Cette troisième partie fait suite aux deux précédentes que l’on retrouve avec les liens suivants

http://www.gauchemip.org/spip.php?a... partie consacré surtout à l’historique

http://www.gauchemip.org/spip.php?a... partie concernant l’idéologie du FN.

Cette troisième partie traite du repositionnement stratégique du FN, de son rapport avec les médias, de l’évolution de son image dans la population et des raisons de son ascension. L’étude se termine par des ressources multisupports sur l’extrême droite.

V - Le nouveau positionnement stratégique du FN : continuité et rupture.

Marine Le Pen a une double mission : d’une part conserver des adhérents et un électorat très conservateur, traditionaliste et en partie ancien et d’autre part affermir et développer un nouveau potentiel d’adhérents et d’électeurs plus adaptés au monde moderne et plus populaire, en faisant de la sorte que le vote FN ne soit plus simplement un vote protestataire mais aussi un vote d’adhésion à son système de valeurs dont nous avons passé en revue la teneur, la notion d’ordre et de nation occupant une place centrale.

Gollnisch fait la promotion de thèmes satisfaisant la première catégorie et Marine Le Pen se charge d’une modernisation du FN attendu depuis plusieurs années par les plus jeunes générations. Bruno Gollnisch, s’appuie sur la "presse amie" Minute, Rivarol, Présent, Marine Le Pen intervient surtout sur les grands médias classiques.

Il lui est nécessaire de concilier une certaine continuité avec les valeurs traditionalistes incarnées par son père et, en même temps, amorcer une certaine rupture avec le passé. On peut donc parler de stratégie bipolaire.

D’où la double réponse de Nonna Mayer, spécialiste de l’extrême droite, au webzine Délits d’Opinion à la question : "La normalisation que Marine Le Pen est en train de réaliser est-elle la voie à suivre pour mieux installer le parti sur l’échiquier politique français ?" qui commence sa réponse par : "Tout dépend ce que vous entendez par normalisation". (Source : http://www.delitsdopinion.com/2expe... )

Il lui faut notamment se débarrasser du boulet fasciste, colonialiste, xénophobe qui entache l’histoire de l’extrême droite en France et en Europe. Finis donc les dérapages contrôlés et incontrôlés au relent antisémite, la tolérance de saluts ou enseignes nazis, la présence de skinheads dans les défilés du FN.

C’est ainsi que Marine Le Pen a exclu le conseiller régional du FN en Rhône-Alpes, Alexandre Gabriac qui avait été photographié en faisant le salut nazi sans revenir sur sa décision malgré la demande de modération de son père. Cet événement a eu une double utilité : bien montrer à l’opinion que ne FN n’a rien à voir avec les nazis et bien montrer que c’est elle maintenant la patronne du FN et non plus son père dont elle n’est pas la subordonnée. Il s’agit là d’un acte de rupture symbolique. Cette décision a été extrêmement médiatisée.

Mais trop d’indépendance par rapport à son père pourrait aussi déstabiliser une partie de l’électorat paternel. Il faut donc doser. D’où le titre dans le magazine Le Point du 11 mai 2011 "Marine Le Pen, à la merci de son père !" (http://www.lepoint.fr/politique/la-... ).

Cette mise au point était indispensable pour respecter un principe idéologique de base du FN : le respect de l’autorité, surtout paternelle.

Le 27 avril 2011, le journal Le Parisien titrait : Marine Le Pen ne veut plus de skinheads dans les défilés du FN. ( http://www.leparisien.fr/election-p... ). Un Webzine écrivait alors : "le FN fait peau neuve". C’est en effet ce genre de réaction qui est attendue.

Mais après cette introduction générale sur la forme, examinons plus précisément quels sont les éléments stratégiques utilisés par le FN pour modifier la représentation négative d’une partie de l’opinion publique à son égard.

Avant le congrès du FN de janvier 2011,.dans une interview accordée à France en 2, le 14 janvier 2011, le spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), répond à la question de la continuité. "Sur le plan idéologique, la continuité idéologique avec Jean-Marie Le Pen est-elle assurée ?". Que dit-il ? "Pour l’instant, Marine Le Pen n’a pas dévié par rapport aux fondamentaux du FN sur la préférence nationale, la volonté de sortir de l’Europe, l’opposition à l’immigration, la dénonciation du système de la "bande des quatre", la protection sociale de l’Etat pour les plus démunis à condition qu’ils soient Français de souche entre guillemets, et l’opposition à « l’islamisation »...Marine Le Pen n’a pas entamé à ce jour de repositionnement du FN. Elle y songe sans doute mais sa capacité à le faire dépendra de l’ampleur de son éventuelle victoire". http://info.france2.fr/politique/le...

Or depuis, elle est devenue présidente du FN avec environ deux tiers des voix. Passons maintenant en revue les ajustements stratégiques récents du FN.

1 - Immigration : continuité et ajustement.

D’un côté, la fermeté : Sarkozy est trop laxiste. " Nicolas Sarkozy n’a pas de réelle volonté politique de s’attaquer à l’immigration, laquelle n’a probablement jamais été aussi forte en France et favorise une islamisation du pays, affirme Marine Le Pen" (http://www.defrancisation.com/marin... )

De l’autre, un langage "humaniste" : le déplacement à Lampedusa en Italie, de Marine Le Pen, a été extrêmement médiatisé. Nombreux médias ont rapporté ce propos : " Je leur ai dit que si je n’écoutais que mon coeur, je les prendrais dans ma barque, mais ma barque va couler. Je préfère leur dire la vérité. Nous n’avons plus les moyens financiers d’accueillir ces personnes, en matière de santé comme de logement".La "fermeté est plus humaine que le laxisme", a-t-elle encore dit. (Francs 24 http://www.france24.com/fr/20110314... ).

On retrouve ici un argument de la droite classique : on ne peut pas accueillir des immigrés si l’on n’a pas les moyens de les loger, etc. Le différentialisme est ici masqué par des propos qui semblent rationnels.

Au terme brutal d’expulsion, elle utilise l’expression plus classique de "gestion de l’immigration" qui est alors reliée à la notion de souveraineté nationale. "

Restaurer la souveraineté nationale, cela signifie d’abord sortir du carcan étouffant et destructeur de Bruxelles dans lequel on nous a enfermé malgré nous et qui nous prive de toute marge de manœuvre dans des champs entiers de l’action politique : la monnaie, la législation, la maîtrise de nos frontières, la gestion de l’immigration…" (http://www.frontnational.com/?p=6295 )

2- Anti islamisme : continuité et amplification.

En invoquant l’image d’occupation à propos des prières de rue, Marine Le Pen agit sur quatre registres : attirer l’attention des médias en utilisant des propos provocateurs, envoi d’un signal à destination des adhérents du FN et d’un électorat plus ou moins islamophobe, se pose en championne de la laïcité, en filigrane désapprouve l’occupation allemande de la deuxième guerre mondiale. On constate sur cet exemple une réelle habilité dans sa stratégie de communication.

Un article du Figaro du 12/12/2010 décrivait bien l’offensive de Marine Le Pen à Lyon : "Il y a quinze ans on a eu le voile, il y avait de plus en plus de voiles. Puis il y a eu la burqa, il y a eu de plus en plus de burqa. Et puis il y a eu des prières sur la voie publique (...) maintenant il y a dix ou quinze endroits où de manière régulière un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires », a dénoncé la vice-présidente du Front national, en campagne pour succéder à Jean-Marie Le Pen à la tête du parti. « Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire »... « Certes y’a pas de blindés, y’a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants », a poursuivi Marine Le Pen"

3- Antilibéralisme affiché et prétendue défense des travailleurs.

La majorité de la population française n’a pas une opinion très favorable concernant l’économie de marché. Ainsi, à l’affirmation : "la liberté d’entreprendre et le libre marché sont les meilleurs moyens d’assurer l’avenir du monde", à peine plus d’un tiers (36 %) des Français répondent oui, 50 % répondent non et 14 % ne se prononcent pas, selon une étude de GlobScan 2005, intitulée "20-Nation Poll on Free Market System". La France est placée 20ème sur 20 et ce résultat est jugé "époustouflant" par Victoria Curzon Price dans son petit document disponible en ligne : L’antilibéralisme français, ou la Révolution inachevée. ( http://www.rotary1780.org/fichier-d... ). Observons que ce résultat précède de trois ans la crise financière de 2008. Le Front National va exploiter cette réalité idéologique en construisant une nouvelle résonance. Il a compris qu’un discours trop favorable au libéralisme n’était pas électoralement productif.

Le Nouvel Observateur du 14 février 2011 indiquait : "La présidente du Medef a fortement critiqué le programme de Marine Le Pen sur Europe 1 “A la question ‘qu’est ce qui me séduirait chez Marine Le Pen ?’, [je réponds] rien”, a déclaré Laurence Parisot au micro de Jean-Pierre Elkabbach et Thierry Guerrier. Pour la présidente du Medef, Marine Le Pen a “une vision obsolète des enjeux du monde d’aujourd’hui, surtout sur le plan économique”. “Elle est dans une sorte de délire frontalier, à vouloir remettre des douaniers partout. (…) Quand j’entends que le FN pense qu’une sortie de l’euro permettrait à notre pays de retrouver sa croissance et même son espérance, c’est extraordinairement dangereux, a-t-elle ajouté http://www.observatoire-parlement.o...

Cette critique avait déjà été formulée à l’encontre du FN en décembre 2010, notamment concernant l’abandon de l’euro. Le magazine Marianne indiquait à juste titre le 15 décembre 2010 : "A l’évidence, le Medef donne un coup de pouce involontaire mais magistral à Marine Le Pen dans son combat contre Bruno Gollnish pour conquérir la présidence du Front national" (http://www.marianne2.fr/hervenathan... ).

Alors que le FN réclamait il y a encore peu de temps la suppression de l’impôt sur le revenu, se posant ainsi comme un des partis politiques les plus ultralibéraux de France, cette intervention permet à Marine Le Pen de se poser comme candidate anti patronale, défendant les petits contre les gros. Mais cette stratégie vient de très loin : tous les historiens qui ont étudié l’extrême droite en France ou en Europe connaissent par coeur cette stratégie classique de conquête des " classes laborieuses".

En effet, en réponse, Marine Le Pen répliquait, par exemple, le 13/02/2011 : "C’est absolument normal ! La représentante du grand capital mondialisé a vu juste : le projet du Front National s’inscrit en rupture totale avec les dogmes ultralibéraux qui guident toute la pensée du Medef, et de ses relais politiques UMP et PS. Nous la rassurons : « rien ne plaît » au Front national dans le projet économique du Medef, qui consiste à mettre nos travailleurs en concurrence déloyale avec le monde entier, à nous enfermer dans le carcan européen, et à priver notre pays d’une arme utilisée par 95% des pays du monde : la monnaie….Cette attaque démontre que le Front national incarne une alternative crédible, cohérente, qui inquiète tant l’oligarchie au pouvoir qu’elle se sent obligée de grogner et de montrer les crocs." http://www.frontnational.com/?p=6457

Comme dit ci-dessus, ce démarquage par rapport au Medef avait déjà été affirmé en décembre 2010. Cela permet ainsi au FN de se positionner avec encore plus de force comme parti "anti établissement".

" Les critiques de Laurence Parisot révèlent le vrai clivage : d’un côté le front mondialiste, ultralibéral et libre-échangiste, avec le Medef comme tête de proue et l’UMPS à la barre ; de l’autre le Front National, résolument en rupture, du côté des intérêts de l’industrie, des PME et des travailleurs français." (http://www.frontnational.com/?p=6177 ) En réalité, le FN reste un parti pro capitaliste et ne remet pas en cause les énormes inégalités de revenus existant entre une partie du patronat (qui ne se résume pas aux patrons du CAC 40) et les salariés.

Un article de La tribune du 25/03/2011 intitulé : Marine Le Pen veut défendre les petits contre les gros résume bien l’entreprise de séduction envers les salariés. "« Faut-il faire semblant de ne pas voir qu’apparaissent dans notre pays, comme du temps de Zola, ceux que l’on appelle les "travailleurs pauvres", c’est-à-dire les travailleurs honnêtes et courageux que des salaires de misère acculent par exemple à coucher dans leur voiture ? » tonne Marine Le Pen, lors d’un meeting le 11 mars dernier, à Bompas, dans les Pyrénées-Orientales. Et de décliner dans la foulée une série de remèdes miracles pour panser les plaies d’une population meurtrie par la crise : sortie de l’euro (« pour rendre du pouvoir d’achat aux Français ») ; défense des services publics ; préservation des acquis sociaux (avec « la priorité pour les Français ») ; baisse immédiate de la TIPP compensée par « une surtaxation des profits des grandes compagnies pétrolières et gazières ».... Un mélange de bric et de broc, qui doit encore faire l’objet d’un programme, avant la présidentielle de 2012. " (Source : Cantonales : des cartes pour comprendre le vote Front National http://www.latribune.fr/actualites/... )

" En se référant à Jaurès ou à une thématique plus sociale, Mme Le Pen "reprend un vocabulaire destiné à capter l’attention en milieu populaire car ils savent que la +haine des arabes ne suffit pas à faire bouillir la marmite", dit l’eurodéputé... A nous de les déloger de là !", fait valoir le quasi-candidat Front de gauche pour 2012. "S’ils disent, comme nous, qu’il faut défendre les services publics, il va falloir répondre à la question : qui paye ? Le capital ou le travail ?" (http://www.lcp.fr/actualites/politi...)

Dans un article intitulé : Marine Le Pen ouvre un nouveau front, Laurent Bouvet indique : "Le discours classique, c’est celui de la protestation anti-élitaire, anti-européenne et anti-immigrés. Le populisme lepéniste, père ou fille, reste un nationalisme qui cherche des boucs-émissaires selon un procédé éculé. Rien de nouveau ici ni dans le discours ni sans doute en termes d’impact dans l’opinion ou l’électorat – l’essentiel est déjà fait. L’évolution qu’elle poursuit, c’est celle qu’elle a elle-même entreprise il y a quelques années en faisant bouger le discours économique et social de son parti vers… la gauche ! « À chaque fois qu’un secteur est transféré du public vers le privé, cela se traduit par une régression de l’égalité et par une explosion des coûts. Je suis donc pour un service public des transports, de l’éducation, de la santé, des banques et des personnes âgées. Et je suis également pour l’intervention de l’État dans des secteurs stratégiques : énergie, communications, télécommunications et médias. Je réfléchis par ailleurs à une révolution fiscale qui rétablirait notamment l’équilibre entre le capital et le travail. » (Entretien, Causeur, janvier 2011 http://www.telos-eu.com/fr/article/... )

Cette offensive de Marine Le Pen trouve une résonance dans un titre tel que : "Marine Le Pen, l’ouvrière" (par exemple : Marianne http://www.marianne2.fr/Marine-Le-P... ) ou " Marine Le Pen plébiscitée par les ouvriers", ou encore "Marine Le Pen séduit les ouvriers". Le nombre de médias relevés sur Internet ayant titré ces titres est considérable pour ne pas dire effarant.

Mais il y a un problème : le niveau en mathématiques des journalistes s’étant fait écho des sondages sur cette question, ne dépasse pas vraisemblablement le niveau d’une classe de CM2. Ainsi,l’article précédent de Marianne indique : " Maurice Szafran revient sur le sondage Ifop pour le JDD qui montre que 36% des ouvriers voteraient pour Marine Le Pen en 2012" mais il ne s’agit pas de 36 % de l’ensemble des ouvriers de France ou des ouvriers du corps électoral mais de 36 % des électeurs du Front National : en clair, d’après ce sondage 36 % des électeurs du Front National seraient des ouvriers, ce qui ne veut absolument pas dire la même chose. Nous verrons plus loin comment corriger ces chiffres.

Face à cette offensive de séduction, la CGT a réagi. Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a affirmé que la présidente du Front national Marine Le Pen "avait choisi son camp, celui des employeurs" et que le parti d’extrême droite ne soutenait jamais les conflits sociaux. "Lorsque des salariés se battent pour leur emploi, empêchent la disparition de leur entreprise, se battent pour une augmentation des salaires, se battent pour empêcher (...) le recul de l’âge de départ en retraite, (...) le Front national n’est jamais venu appuyer ces revendications", a affirmé le dirigeant syndical sur Europe 1.Pire, il y a eu des déclarations dénonçant les manifestations, par exemple sur les retraites, nous avons été qualifiés à l’époque d’émeutiers et Mme Le Pen s’étonnait que le président de la République ne mette pas fin très tôt, plus tôt, à ces énormes manifestations", a-t-il continué. "Donc on voit bien qu’à ces moments de tension, là aussi, Mme Le Pen a choisi son camp et c’est le camp des employeurs", a insisté M. Thibault, ajoutant que le FN n’est "pas un parti politique comme les autres". (source : le Figaro article intitulé : CGT : Le Pen dans le camp des employeurs 22/03/2011

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2... )

D’une manière analogue, face a cette offensive de Marine Le Pen, Jean Sandait rappelait dans son article Front National : Un parti radicalement antiouvrier du journal Lutte ouvrière du 11 mars 2011 : "... En effet, au moment où les travailleurs étaient en lutte contre le report de l’âge de la retraite à 62 ans, on pouvait y lire, quelque temps auparavant : « Nous préconisons le retour à 65 ans de l’âge légal de la retraite, pour tenir compte de la réalité des parcours (entrées tardives sur le marché du travail, périodes de chômage...) après quarante annuités de cotisation. Par ailleurs, nous donnerons la liberté aux Français de travailler au-delà s’ils le désirent. » Ainsi encore, et jusqu’à une date récente, le FN dénonçait l’impôt sur la fortune, l’ISF, comme étant un « trompe-l’œil, davantage symbolique qu’utile, facteur de délocalisation des capitaux dans le cas de participations dans des entreprises à faible résultat ». Récemment, Le Pen (père), président « d’honneur » du Front National, déclarait sur France-Inter : « le Front National a toujours été (...) pour la réduction du nombre considérable de fonctionnaires dans notre pays ». Effectivement, le programme du Front National affirme vouloir « diminuer le poids de l’État français, que ce soit au niveau des réglementations, mais aussi de ses dépenses : non-remplacement des départs en retraite des fonctionnaires, privatisation de certains services, introduction du mérite ».

( http://www.lutte-ouvriere-journal.o... )

En effet, pour que le FN soit quelque peu crédible sur ses prétentions de défense des travailleurs, il eût fallu qu’il témoignât d’un minimum de solidarité avec les mouvements sociaux impulsés par les différentes associations et les syndicats représentatifs. À défaut même d’une participation de sa part aux manifestations multiples et variées, le FN n’a même pas voulu faire preuve de neutralité bienveillante à l’égard de ces mouvements, bien au contraire.

4 - Attaques anti syndicales.

Les tentatives de pénétration du mouvement syndical par le Front National ne sont pas nouvelles. On peut se reporter à l’article de Juliette Broder (ancienne résistante, décédée le 02/12/2009 à 85 ans) intitulé L’extrême droite infiltre l’hexagone pour s’informer comment dans les années 1990, le FN a créé plusieurs syndicats. " Dès 1985, le FN a compris qu’il fallait, s’il voulait avoir une assise populaire, qu’il lance une vaste offensive sur le terrain social en créant ses propres syndicats, en infiltrant les syndicats en place et en les dénonçant sous le mot d’ordre ‘traître aux travailleurs français’" (http://www.archivesolidaire.org/scr... )

Ce rappel permet de relativiser les événements récents concernant le conflit entre le FN et les syndicats actuellement. Fabien Engelmann, , a été exclu le 06 /2011 de la CGT, et son syndicat de Nilvange (Moselle) dissous suite à sa décision de s’être présenté comme candidat aux dernières cantonales sous l’étiquette Front national. Daniel Durand-Decaudin, candidat aux cantonales du FN est soumis à une procédure d’exclusion par la CFDT.

De même, la Fédération défense de Force Ouvrière a décidé de retirer à Annie Lemahieu son mandat de déléguée régionale après avoir appris par La Voix du Nord qu’elle était candidate Front national aux élections cantonales dans le Nord.

Pour justifier ces exclusions, les syndicats ont notamment invoqué la défense par le FN du principe de la préférence nationale qui est en contradiction avec le droit français et le droit européen et donc avec les statuts de ces organisations.

La CGT a élaboré un document à destination principalement de ses adhérents concernant le Front National et qui traite en particulier, au niveau du droit, cette question de préférence nationale. Concernant ce document voir : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Evidemment le FN riposte en parlant de discrimination politique antirépublicaine.

Cela lui permet surtout de présenter les syndicats comme sectaires, antidémocratiques, noyautés par la "baronnie syndicale" complice du patronat. "Il semblerait que le fait de représenter un mouvement politique légalement reconnu dans le cadre d’une élection démocratique serait donc devenu intolérable aux yeux de ces baronnies syndicales... qui ne font ni plus ni moins qu’emboîter le pas de Laurence Parisot, qui ne cesse elle aussi de dénigrer le Front national, donnant ainsi un parfait exemple de la collusion entre les « élites » syndicales et le Medef.... . Il (le FN ) défend l’existence de syndicats puissants, réellement du côté des travailleurs français car ceux-ci ne supportent plus la trahison systématique des syndicats officiels, les petits arrangements avec les copains du pouvoir, et aspirent légitimement à ce que le système syndical respire enfin !"

(Source : Communiqué de Presse de Franck BRIFFAUT, Secrétaire départemental du FN dans l’Aisne, Conseiller Régional de Picardie et Membre du Comité Central du Front National. http://www.frontnational.com/?tag=l... )

Le FN se présente ainsi comme victime de discriminations et décide de créer le Cercle national de défense des travailleurs : " Face aux discriminations politiques qui sévissent au sein de certaines organisations syndicales françaises et face aux exclusions dont sont victimes des militants du FN, nous avons décidé de créer une association de défense des intérêts sociaux, moraux et juridiques de ceux -ci.

Ce Cercle National de Défense des Travailleurs Syndiqués, qui n’est pas un syndicat, leur permettra de se regrouper, indépendamment de leur appartenance syndicale, pour assurer une défense et une riposte aux intolérables atteintes aux principes démocratiques dont se rendent coupables les grandes centrales syndicales." (http://www.frontnational.com/?p=6583 )

Pas un syndicat ? Alors pourquoi, au moment où cet article a été écrit, sur le site intitulé : "site - emploi.com" voit-on apparaître "Cercle National de Défense des Travailleurs Syndiqués, syndicat du Front National" ?

En réalité la conception du syndicalisme de Marine Le Pen n’a pas grand-chose à voir avec le syndicalisme moderne interprofessionnel.

" Il faut changer de discours dans ce pays. Quand nous arriverons au pouvoir, l’idée est de créer des forces corporatistes, des unions de personnes par branches professionnelles qui défendront leur métier, comme cela se fait en Allemagne. Il s’agit de s’organiser au sein de chaque filière, privée ou publique, sans position politique. Il y a quinze ans, on avait déjà réfléchi sur le sujet, mais à l’époque le choix avait été fait de ne pas livrer son contenu pour ne pas s’exposer un peu plus." (http://www.marine-le-pen.com/syndic... )

Les syndicats notamment la CGT sont présentés alors comme faisant collusion avec le Medef et trahiraient l’intérêt des travailleurs (vieille thématique utilisée par l’extrême droite depuis 1920).

"A force de fréquenter les cocktails mondains, les allées du pouvoir, et de succomber à ses tentations, Bernard Thibault a perdu tout contact avec la réalité des travailleurs. Membre de la Caste, il a les réflexes de la Caste…Dans ces conditions, très logiquement les Français sentent l’arnaque, et fuient des syndicats qui ne regroupent plus que 7% des travailleurs, le taux le plus faible d’Europe.... Les travailleurs français ne supportent plus la trahison systématique des syndicats officiels" (http://www.frontnational.com/?tag=l... )

On retrouvait ce même type "d’arguments" en octobre 2010 lorsque Marine Le Pen déclarait : "Qu’on ne s’y trompe pas : ni le gouvernement, ni les partis de gauche, ni les syndicats, tous soumis aux exigences du Medef et des marchés financiers, ne sont en mesure de proposer une réforme des retraites ambitieuse et juste" (http://www.frontnational.com/?p=5935 ).

Considérons un secteur particulier mais important : celui de l’enseignement.

Marine Le Pen accuse les syndicats d’enseignants d’être responsables des difficultés de fonctionnement de l’école. "Nous pensons que l’école souffre avant tout de l’abandon des élites dirigeantes, et d’un laissez-aller général, entretenu par des syndicats plus soucieux de tester sur nos enfants leurs théories pédagogistes que de chercher à les instruire." (http://www.frontnational.com/?p=3849 ).

Quiconque a une connaissance, même approximative, du milieu enseignant sait très bien que les syndicats d’enseignants se gardent bien de sortir de leurs prérogatives en préconisant telle ou telle méthode pédagogique à leurs adhérents et à l’ensemble de la profession. Quant au soit-disant laisser-aller c’est oublier, d’une part que les enseignants sont tenus d’appliquer une réglementation nationale concernant les règles disciplinaires, et d’autre part qu’ils seraient eux-mêmes victimes de ce genre d’attitude en ne pouvant plus contrôler leurs classes. Il s’agit ici de propos idéologiques se référant mécaniquement à la notion d’ordre (le laxisme responsable de tous les maux)

Bref : d’un côté tous les vassaux des marchés financiers syndicats inclus, de l’autre les chevaliers de l’Ordre juste au service glorieux des travailleurs : le Front National. Encore une fois, ce manichéisme ultra – simpliste est récurrent à l’extrême droite. La stratégie consiste à se placer en dehors du champ politique et social comme nous l’avons vu plus haut. La "bande des quatre" peut-être indéfiniment élargie... Une fois de plus, en s’attaquant à la quasi totalité du mouvement syndical français, le Front National aura du mal à convaincre qu’il est un ardent défenseur des salariés.

5 - Politique de communication ciblée.

5. 1- Lettre aux professeurs et aux parents d’élèves (11/02/2011)

Dénonciation des problèmes de discipline, de la crise d’autorité, du "pédagogisme" soutenu par les syndicats, niveau qui baisse, etc. On retrouve ici, dans un champ particulier, une application de conceptions idéologiques vues au chapitre IV.

Les 15 000 suppressions de postes par an sont déplorées mais "une meilleure répartition des professeurs" permettrait sans doute de résoudre le problème ! En fait aucune création de postes n’est vraiment souhaitée par FN. Seul point positif : la dénonciation, à juste titre, de la diminution du nombre d’heures d’enseignement du français depuis de nombreuses années. (Source : http://www.frontnational.com/?p=3849 ) De la même manière, on ne trouve aucune mesure de création de postes dans la rubrique plus détaillée éducation et formation. (http://www.frontnational.com/?page_... )

On pourrait rapprocher cette lettre de la Lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkozy septembre 2007. On pouvait lire, entre autres constats : " L’inégalité devant le savoir et devant la culture s’est accrue, alors même que la société de la connais¬sance imposait partout dans le monde sa logique, ses critères, ses exigences. Les chances de promotion sociale des enfants dont les familles ne pouvaient pas transmettre ce que l’école ne transmettait plus se sont réduites." http://media.education.gouv.fr/file...

Quelles mesures constructives l’auteur de cette lettre a-t-il pris depuis ? Suite aux milliers de suppressions de postes d’une ampleur sans précédent par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, trois ans plus tard, on peut lire dans Le monde de l’éducation du 14 février 2011 :

"La France dernière de l’OCDE pour l’encadrement des élèves " (l’OCDE comprend 34 pays) http://www.lemonde.fr/education/art...

Entre les paroles et les faits : un abîme ou plutôt une radicale contradiction !

5.2 - Lettre aux fonctionnaires (23/02/2011)

Le Front National veut donner ici une autre image de l’État que celle qui lui est le plus souvent attribuée : un État fort par sa police, son armée, sa justice. "L’Etat fort, c’est ensuite un Etat protecteur, qui se donne les moyens de développer pour tous l’économie et l’emploi. L’Etat fort, c’est enfin un Etat solidaire, garant notamment des services publics auxquels nous sommes tous tellement attachés. Il n’y a pas d’Etat fort, sans fonction publique formée, organisée, cohérente et motivée." (Source : http://www.frontnational.com/?p=6497 )

Subitement, le FN deviendrait le défenseur de l’État social, de l’État-providence pourtant encore très décrié par lui il y a pas très longtemps. Mais à côté de ce discours, il en existe un autre : le fameux discours contre l’assistanat vu plus haut. Le discours du FN peut varier en fonction de sa cible électorale mais cela ne constitue pas une stratégie particulière : double langages, voire multi - langages est une pratique courante dans le marketing politique.

5. 3 -Lettre aux préfets. (Révélée par la presse le 19/04/2011)

Le magazine Marianne a publié à ce propos un article intitulé : "Marine Le Pen drague les préfets". Cette lettre invoque essentiellement l’affaiblissement de l’État causée par la politique Sarkozyenne http://www.marianne2.fr/Exclusif-co...

Le Post (http://www.lepost.fr/article/2011/0... ) donne le lien permettant d’accéder au contenu de la lettre : http://www.lepoint2.com/sons/pdf/fn2.pdf

Cette lettre a fait l’objet d’une réponse du représentant de l’association des préfets qui invoque la neutralité de leur fonction par rapport aux prises de positions politiques : http://www.lexpress.fr/actualite/po...

Là encore, une médiatisation assez étendue a été réalisée. Derrière cette initiative, il est suggéré, en filigrane, que le Front National est prêt à prendre le pouvoir et à contrôler l’appareil d’État.

5. 4 - Lancement d’un nouveau magazine pour les électeurs égarés :

Il s’agit de Nations Presse Magazine dont le premier numéro a été publié en décembre 2009. http://npmag.info/l.php?uuid=a2f87c...

"Tout est fait, sans grande nouveauté, pour tenter de ramener au bercail frontiste les égarés en 2007 chez Nicolas Sarkozy, ces électeurs socialement modestes qui sont encore le noyau dur de l’électorat FN."

(http://www.rue89.com/jean-yves-camu... )

5.5 - Un pas vers la communauté juive.

Il avait été prévu que Marine Le Pen soit invitée à Radio-J en mars 2011. " Pour Louis Aliot, l’antisémitisme c’était le “verrou de la diabolisation” qui empêchait le FN de devenir un parti de gouvernement." (http://droites-extremes.blog.lemond... ) mais finalement, suite à de vives critiques, Radio-J a annulé le 9 mars cette invitation. (http://www.lemonde.fr/politique/art... )

Cette démarche ciblée est à rapprocher d’une stratégie européenne de l’extrême droite envers d’Israël. Voir l’article : "Contre l’islam, l’extrême droite européenne avec Israël" ( http://www.rue89.com/2010/12/23/con... )

6 - Brouillage des repères gauche-droite. Récupérations sémantiques.

Comme le fait remarquer Alexis Corbière dans un article du 05/05/2011, http://www.gauchemip.org/spip.php?a... , le Figaro du 21 juin 1996 rapportait les propos de Bruno Gollnish : " : « Celui qui impose à l’autre son vocabulaire, lui impose ses valeurs, sa dialectique et l’amène sur son terrain à livrer un combat inégal ». Référence à Jaurès, Georges Marchais, opposition médiatisée à Laurence Parisot, etc. font partie d’une stratégie de brouillage contribuant à jeter la confusion dans l’esprit d’un électorat populaire. Marine Le Pen utilise maintenant un vocabulaire traditionnellement utilisé par la gauche antilibérale.

Ce brouillage se superpose à un "essorage sémantique" Ambiant néolibéral. Ainsi François Brune, en présentant l’ouvrage d’Eric Hazan LQR. La propagande du quotidien écrit : "Omniprésent, ce discours opère sur les esprits un véritable « essorage sémantique » : il vide les mots de leur sens, en particulier ceux qui armaient la résistance ou l’utopie émancipatrices. Dès lors, quiconque est imprégné de cette novlangue que l’auteur nomme « langue de la Cinquième République » (Lingua Quintae Respublicae ou LQR) a plus de mal à ne pas se soumettre à l’ordre néolibéral. Car on ne combat pas les maîtres en se laissant gagner par leur langage." (http://1libertaire.free.fr/LQR01.html ) Ce brouillage idéologique calé sur une phraséologie de type antilibéral, anti Medef, a pour but, par exemple, de rendre inaudible une phrase de Jean-Luc Mélenchon comme celle-ci : Marine Le Pen joue le rôle de chienne de garde du capital. (http://www.gauchemip.org/spip.php?a... )

7 - Le nouveau programme économique du FN

Nous ne ferons pas une analyse détaillée et critique du programme économique du FN qui a été très bien faite ailleurs : voir l’article - dossier : Front National, demandez le programme. sur ce site : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

En outre, la revue. Alternatives économiques, dans son numéro de mai 2011, a consacré à son sujet un article de trois pages intitulé : Front National : la grande illusionComme nous le rappelions plus haut, le recours récent du FN à des économistes procède plus d’un bricolage préélectoral sous-tendu par une cohérence idéologique que par une démarche d’analyse économique.

D’ailleurs, la plupart des économistes cités, se défendent de partager le "programme économique" du FN. ( http://www.slate.fr/story/36809/pro... )

Je me contenterai de faire les observations suivantes : Les thèmes économiques abordés par le FN sont subordonnés ou assujettis à ses thèmes idéologiques. Par exemple la critique des délocalisations découle de sa critique du mondialisme et de son affirmation du souverainisme plus que de leurs conséquences en termes social (fermeture d’entreprises provoquant du chômage, etc.). Le protectionnisme est intimement lié à la lutte contre l’immigration et à son nationalisme. Son enfermement nationaliste conduit le FN à nier toute possibilité de régulation économique internationale comme aurait pu le permettre, par exemple, la charte de La Havane boycottée par les Américains après la deuxième guerre mondiale. (Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte... )

Ses affirmations relatives aux taxations et aux nationalisations de certaines sociétés restent vagues et non chiffrées. En niant l’existence de classes aux intérêts antagonistes, en ne faisant pas de la lutte contre les inégalités de revenus une priorité, en faisant de l’économie de marché une réalité intangible, le FN ne peut être crédible concernant les ambitions sociales de son programme économique.

Le financement des mesures sociales annoncées n’est pas du tout explicité : qui va payer ? Comme le rappelait Jean-Luc Mélenchon dans l’article mentionné ci-dessus : " Il ne faut pas se contenter de dénoncer l’ultralibéralisme comme le fait Marine Le Pen. Il faut aller à la source du partage des richesses. Ce n’est pas l’immigré le problème, c’est le banquier, le financier...".

Au lieu de promouvoir une solidarité, une cohésion sociale entre les travailleurs, le FN ne cesse de mettre en opposition des catégories sociales les unes contre les autres : l’immigré contre le travailleur français, l’assisté contre celui qui se lève tôt le matin, le chômeur qui travaille au noir contre le travailleur honnête pauvre, la famille française qui a du mal à se loger contre la famille étrangère qui trouve plus facilement à trouver et à payer un logement grâce à la multitude de ses allocations, etc. Ce genre de dénonciation trouve un écho et se nourrit dans la frustration, l’agressivité rentrée de couches populaires à faible niveau de conscience politique et mal informées des réalités sociales vécues par leurs semblables (et ce n’est pas méprisant que de dire cela). En alimentant ainsi l’agressivité et l’ignorance de certains travailleurs entre eux, le FN fait la promotion du désordre social et non de l’ordre social.

VI - Le FN et les médias.

1 - La "rente journalière" versée par les médias au FN depuis 25 ans.

La mise en musique des thèmes idéologiques du Front National se construit et se développe selon trois plans sonores que nous allons examiner successivement.

Le premier plan, est constitué d’une sorte de basse continue relativement discrète et languissante. Lorsque Jean-Marie Le Pen invoquait le boycott médiatique dont son parti était l’objet, il n’avait pas tort. En effet la présence sur les antennes d’un représentant du Front National jusqu’à une période relativement récente était assez rare.

Mais alors se pose une question qui peut prendre la forme d’une énigme : comment expliquer que le FN ait pu atteindre des scores électoraux de 12 ou 15 % depuis de nombreuses années ? Par l’action de ses forces militantes ? Par la propagation de ses idées lors des campagnes électorales ? Oui, probablement en partie, mais ces moyens sont très limités, inférieurs à ceux du PCF dont les résultats électoraux sont quatre fois moins importants.

En fait, l’explication est ailleurs et échappe aux observateurs, car la cause du phénomène est omniprésente. Chaque heure, chaque jour, à chaque bulletin d’information, la radio-télévision abreuve les auditeurs de faits délictueux en tous genres (crimes conjugaux, agressions dans les établissements scolaires, dans les cités, corruptions à tous niveaux, escroquerie, cambriolages, agressions envers les forces de l’ordre, incendie criminel, etc.). À cela s’ajoute les attentats ou les dangers d’attentats, les reportages sanglants sur les conflits internationaux, les catastrophes industrielles, les crises financières, etc. Tout cela contribue à entretenir un climat d’insécurité permanente, de désordre chronique qui entre en résonance avec les thématiques du FN centrées sur l’ordre, la sécurité. La diffusion des idées du FN lors de campagnes électorales ne joue donc qu’un rôle d’amorçage, la machine médiatique se chargeant alors de l’entretien et de l’amplification des thèmes anxiogènes. Évidemment, les partis de gauche n’utilisant pas ces thématiques mais des arguments nécessitant plus de raison que d ’émotion ne bénéficient pas, bien au contraire, de cette politique médiatique fondée sur la peur et l’émotion.

2 – La récupération des thèmes du FN par l’équipe de Nicolas Sarkozy depuis 2005.

Le second plan sonore s’articule sur le premier en reprenant les principales thématiques orchestrales et en amplifie les résonances. En récupérant les thèmes du FN, Nicolas Sarkozy a capté, dans un premier temps, une partie de l’électorat de Jean-Marie Le Pen. Patrick Buisson a probablement joué un rôle de premier plan dans cette stratégie. Citons wikipédia : "Ayant prédit la victoire du « non » à 55 % au référendum français sur le traité constitutionnel européen, il (Patrick Buisson ) est approché par Nicolas Sarkozy en 2005, alors ministre de l’Intérieur, qui en fait un de ses proches conseillers.... Sans poste officiel à l’Élysée, à sa demande, il demeure cependant un collaborateur très écouté du nouveau président de la République, et quitte l’antenne de LCI. Dès lors, Patrick Buisson guide les choix de Nicolas Sarkozy, notamment sur la création du ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration 5ou encore dans la conquête du vote Front national via l’élaboration d’un discours sécuritaire ad hoc6. À la tête du cabinet Publifact, Patrick Buisson a facturé en 2008 à l’Élysée un total de 130 autres factures pour des conseils, dont une quinzaine de sondages réalisés par OpinionWayet publiés par Le Figaroet LCI, pour un prix de 392 288 euros. Selon la Cour des comptes, le total de ses prestations a atteint la somme de 1,5 million d’euros pour l’année 2008."

Mais il faut savoir que Patrick Buisson est un ancien journaliste d’extrême droite et il a même dirigé le journal Minute pendant un an. " Lorsqu’il dirige Minute à de 1986 à 1987, il œuvre alors au rapprochement de toutes les droites1, déclarant que « Le Pen, le RPRet le PR, c’est la droite" (source de ces deux citations : wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Patric... )

Marine Le Pen, dans une interview reproduite dans plusieurs journaux a d’ailleurs indique " Je crois que M. Buisson a donné à Nicolas Sarkozy les clés du coffre en lui disant : « Voilà de quoi il faut parler pour être entendu par les électeurs de J.M Le Pen. » Ces conseillers sont là pour lui faire tenir un discours qui est censé être un discours attractif pour l’électorat national." (Source : le FN doit s’élargir pour arriver au pouvoir http://www.rue89.com/2010/11/01/mar... )

En effet, Marine Le Pen avait précisé à un autre moment la proximité de Buisson avec le FN : " Interrogée vendredi sur Canal+, la présidente du FN a déclaré que « Patrick Buisson vient de chez nous, par conséquent, il en a conservé un certain nombre de convictions. Le problème c’est qu’il n’arrive pas à les faire appliquer par Nicolas Sarkozy, manifestement ».". (http://resistanceinventerre.wordpre... ) Il résulte de cette stratégie de Nicolas Sarkozy une occupation massive de l’espace médiatique par les thèmes du FN : identité nationale, insécurité, immigration, Islam, etc. que ces thèmes soient traités d’une manière critique ou non, dans des domaines aussi variés que la composition de l’équipe de France de football ou l’importance de Charles Martel dans l’histoire de France, etc. qui sont traités à longueur d’émissions, de colonnes. La résonance des marqueurs idéologiques du FN se trouve ainsi démultipliée dans l’espace médiatique qui devient une véritable chambre d’écho.

Dans un deuxième temps ce n’est plus Nicolas Sarkozy qui va bénéficier de cette symphonie sécuritaire et identitaire mais le FN lui-même, mais ce, decrescendo car la récupération finit par être démasquée et usée. C’est donc le troisième plan sonore suivant qui va s’amplifier. Nous utilisons ici, comme éléments d’analyse parmi d’autres, des résultats de l’étude de l’IFOP sur les régionales 2010 (pourquoi ne FN remontent : http://www.gauchemip.org/spip.php?a... )

3 - L’offensive médiatique de Marine Le Pen depuis 2010.

Aux deux plans sonores précédents se superpose un troisième plan, celui constitué par la composition orchestrale du FN lui-même et exécutée par les instrumentistes de l’orchestre médiatique. La symphonie jouée depuis 2007 intitulée : La dédiabolisation du Front National va crescendo depuis 2010.

Le webzine électron libre décrivait assez bien, en mars 2011, la situation actuelle en titrant :"Marine Le Pen adoubée par les médias comme Ségolène Royal en 2007". Il faisait par exemple remarquer : "En accueillant Marine Le Pen sur le plateau du grand journal de Canal+, Michel Denisot a battu son record d’audience avec 2,18 millions de téléspectateurs et 10,8% de parts de marché."

Et en effet, que Marine Le Pen fasse sonner les cymbales en se rendant à l’île italienne de Lampedusa ou qu’elle fasse une déclaration fracassante sur "l’occupation" de rue par des musulmans en prière, ou encore, bien que séjournant en Indonésie, elle exclut un élu du FN indiscipliné, alors aussitôt toute la presse et les médias audiovisuels couvriront avec éclat "l’événement". Marine Le Pen joue deux partitions : l’une avec un phrasé de droite conservatrice l’autre avec un phrasé de gauche destiné à couvrir la voix tumultueuse et fracassante de Jean-Luc Mélenchon.

VII - Les causes de l’ascension du Front National.

Nous sommes maintenant en mesure de déterminer clairement pourquoi le FN progresse ou peu progressé électoralement.

1 - Causes économiques.

L’ultralibéralisme, le libre échangisme ont provoqué une précarité généralisée notamment dans le domaine de l’emploi, une insécurité, une instabilité frappant tous les secteurs de la société. Stagnation du pouvoir d’achat, endettement des ménages et de l’État sont des exemples de cette instabilité et de la montée des incertitudes. Les délocalisations, la désindustrialisation ont provoqué de nombreuses destructions d’emplois et de qualifications professionnelles. Nombreux jeunes diplômés de l’enseignement supérieur sont obligés de s’exiler aux États-Unis ou ailleurs pour trouver de l’emploi à la hauteur de leur qualification. Le déclassement professionnel est devenu monnaie courante. L’Europe libérale, la régionalisation ont remis en cause d’une manière excessive les prérogatives habituelles de l’État et de la nation, provoquant ainsi des réactions nationalistes.

L’immigration ne s’est pas accompagnée de la mise en place de structures d’accueil adaptées, d’une politique de l’emploi cohérente provoquant la création de ghettos et de réflexes identitaires. Ainsi, l’intégration des travailleurs immigrés est devenue de plus en plus problématique et a provoqué ainsi des réactions de rejet.

2 - Causes sociologiques et psychologiques.

Ces problèmes économiques se sont accompagnés comme nous l’avons vu de problèmes sociologiques : crise de la famille, délitement des rapports sociaux s’accompagnant d’une perte de la conscience de classe ou tout simplement de la communauté d’intérêts entre les salariés, crise d’identité au niveau professionnel et culturel, etc. L’ultraproductivisme s’accompagne du stress au travail et engendre des troubles psychologiques multiples. La précarité provoque l’anxiété, le repli sur soi, l’agressivité. L’exaltation de la compétition détruit les rapports de solidarité et de fraternité, et oppose les individus les uns aux autres. Le déclassement professionnel provoque des frustrations, du ressentiment. Ces deux types de causes ont été vus plus en détails précédemment

3 - Le phénomène de résonance des thématiques développées par FN.

C’est là qu’il faut voir la cause profonde et structurelle du développement du Front National. Nous avons fait l’inventaire de ses résonances plus haut en passant en revue les thématiques idéologiques du FN.

4 - L’oeuvre de la machine médiatique.

Nous avons vu ci-dessus comment en fonctionnant sur trois niveaux, en trois couches, les médias de masse faisaient la promotion du FN. Là encore, il s’agit d’une cause structurelle.Sans même s’en rendre compte, la plupart des journalistes font la promotion du FN. Alors qu’ils en auront été les artisans principaux, ces mêmes journalistes déploreront la victoire possible du FN aux prochaines élections.

5 - La conversion du PS au libéralisme libre-échangiste.

Comme il n’existe plus de différence fondamentale entre les doctrines économiques défendues par le PS et la droite classique, la confusion des repères gagne du terrain et l’opposition droite gauche devient, pour une part croissante de l’électorat, artificielle ou dépassée, d’autant que la voix de la vraie gauche, celle du front de gauche, est astucieusement assourdie par les médias. Les cohabitations passées ont aussi contribué à créer ce brouillage.

6 - L’impuissance et l’épuisement de la politique gouvernementale.

Le président actuel n’a pas tenu les promesses qu’il avait formulées notamment en termes de pouvoir d’achat et d’emploi. En outre, la récupération des thématiques du FN atteint ses limites et a perdu de son efficacité face à Marine Le Pen, sauf peut-être chez les plus de 75 ans qui ont voté massivement pour Sarkozy.

7 - La division de la gauche de la gauche.

L’absence d’un programme unitaire fédérant toutes les forces politiques à gauche du PS rend peu crédible, aux yeux d’une grande majorité de la population, chacune des composantes de cet autre gauche : NPA, FASE, Front de gauche, pour ne citer que les principales. Comment de tels partis pourraient-ils gouverner ensemble la France alors qu’ils ne sont même pas capables, malgré de nombreuses convergences, de se mettre d’accord sur un même programme ? D’où la nécessité de l’existence d’un programme partagé élargi pour dépasser cette situation désastreuse qui fait stagner Jean-Luc Mélenchon à 5 - 6 % des intentions de vote..

8 - Les points aveugles de la politique du front de gauche.

Nous ne considérons ni le parti de gauche, ni le PCF comme l’Immaculée Conception, Le front de gauche abandonne à l’extrême droite ou à la droite des thèmes ou des concepts dont il devrait se saisir en les reconsidérant : l’ordre, la responsabilité individuelle, la sécurité, la nation. Ses propositions économiques face à la mondialisation et au libre échangisme sont insuffisantes et manquent de clarté. Il est étonnant que la charte de La Havane ne soit jamais évoquée. Ses propositions pour la lutte contre la corruption sont très insuffisantes (je l’avais déjà mentionné ce point ailleurs) alors que la valeur "honnêteté" arrive en tête des sondages sur les valeurs partagées par les Français. (Par exemple : http://www.ipsos.fr/ipsos-public-af... )

Sa proposition de régulariser tous les sans-papiers, sans conditions, peut constituer un véritable repoussoir électoral détruisant la quasi-totalité de sa crédibilité pour au moins 75 % des Français. En effet, seul un Français sur quatre est d’accord avec cette proposition et au plus un Français sur trois pour ceux faisant partie des sympathisants ou des électeurs du NPA, PCF, PG. Cela constitue le meilleur cadeau fait au Front National. Cette fuite en avant masque l’absence d’une politique réfléchie et humaniste de l’immigration. Ce qui ne signifie absolument pas un quelconque ralliement aux thèses de l’UMP ou du FN. Évidemment, la droite et l’extrême droite s’engouffrent dans cette brèche béante. Cela explique sans doute pour une autre part la stagnation à 5 % ou 6 % des intentions de vote pour Jean-Luc Mélenchon.

Le programme partagé devrait répondre entre autres, thème par thème, à ceux utilisés par le FN et dont nous avons fait un inventaire, sans évidemment se réduire à cela ! La vraie gauche doit affirmer ses valeurs face à cette droite conservatrice de l’ordre social établi. Les valeurs développées par Jacques Généreux, cofondateur du parti de gauche, dans son excellent ouvrage Le socialisme néomoderne sont tout à fait à la hauteur du défi. Cet auteur trop ignoré a le grand mérite de ne pas sombrer dans une conception purement économiste : il prend en compte aussi les dimensions philosophiques et socio - psychologiques dans l’élaboration de son projet de société alternative. Cet ouvrage constitue un antidote radical à l’idéologie du Front National

VIII - L’évolution de l’image et de la popularité du FN.

1 - Rappel des résultats électoraux.

On peut trouver l’ensemble des résultats électoraux du FN sur wikipédia à : http://fr.wikipedia.org/wiki/Front_...) , dans la rubriques résultats électoraux. De 1974 à 1981, le FN obtient des scores inférieurs à 1 %. En capitalisant les voix obtenues au niveau national, on a les résultats suivants, en pourcentages des suffrages exprimés. Sur 22 élections de 1984 à 2011, (en comptant les deux tours de chaque présidentielle)

le FN obtient plus de 4 % et moins de 10 % des voix dans 6 élections ; le FN réalise un score supérieur ou égal à 10 % et inférieur à 15 % dans 10 élections ; il obtient un score supérieur ou égal à 15 % et inférieur à 18 % dans 6 élections ; il ne réalise jamais un score supérieur ou égal à 18 %. Le nombre maximum de voix obtenues a été de 5 525 032 au deuxième tour des élections présidentielles de 2002. (17,8 % des voix). Aux dernières élections cantonales de 2011, il avait obtenu 15,06 % des voix au premier tour et 11,57 % des voix au second tour. Il n’y a pas d’évolution linéaire croissante du nombre de suffrages obtenus mais des hauts et des bas causés par différents facteurs : divisions internes, concurrence stratégique de la droite classique, poussée des voix des partis écologistes,....

2 – Modifications de l’image du FN et évolution de la structure de l’électorat favorable au FN.

Un sondage de l’Ipsos après les cantonales de 2011 indique ceci : "...L’image du FN a malgré tout évolué dans le sens d’une plus forte institutionnalisation. Ainsi, par rapport à 2003, il est certes toujours considéré comme « d’extrême-droite » mais moins qu’il y a 8 ans (72 %, -10 points). Il n’est plus non plus considéré comme « dangereux pour la démocratie » que par 57 % des Français (contre 68 % en 2003). Les Français sont même aujourd’hui une majorité (54 %) à considérer qu’il est un parti « utile » (+10 points).

C’est notamment auprès de ses propres sympathisants que l’évolution de l’image du FN est la plus spectaculaire : seulement un tiers d’entre eux considère aujourd’hui que c’est un parti « d’extrême-droite » (ils étaient 57 % à le penser en 2003). Le sentiment de respectabilité est renforcé par le souhait majoritaire de ces mêmes sympathisants de voir leur parti s’allier avec l’UMP (surtout au niveau local, de façon plus mesurée au niveau national).

Par ailleurs, si les sympathisants de gauche soulignent toujours et globalement dans les mêmes proportions que précédemment le caractère extrémiste et dangereux du FN, son image auprès des sympathisants UMP évolue assez sensiblement : ces derniers ne sont par exemple plus que 54 % à le considérer comme dangereux pour la démocratie, alors qu’ils étaient 67 % à le penser en 2003.Source : http://www.ipsos.fr/ipsos-public-af...

Le FN progresse dans les catégories populaires et actives alors que l’électorat sarkozyste se replie chez les inactifs selon un sondage de l’IFOP transcrit par le magazine Marianne. Selon ce même sondage, le nombre d’ouvriers votant FN passerait de 25 % en 2010 à 37 % en 2011, ce qui montrerait l’impact de l’ajustement stratégique du FN depuis 2010.

Pour une photographie récente de l’électorat frontiste on peut se reporter à : http://www.marianne2.fr/%20http:/ww... . Ces résultats amènent ce même magazine se poser la question : le vote FN, un vote social ? http://www.marianne2.fr/Le-vote-FN-...

Mais par-delà ces commentaires de presse, mieux vaut se reporter aux études complètes suivantes : Baromètre d’image du Front National :

janvier 2010 : http://www.tns-sofres.com/_assets/f...

janvier 2011 : http://www.tns-sofres.com/_assets/f...

Et nous allons voir que les interprétations des sondages par les journalistes sont sujets à caution et induisent des conclusions très biaisées.

Cette radiographie de la SOFRES est assez précise car elle passe en revue une partie des thèmes abordés précédemment. Et on peut ainsi se rendre compte quantitativement, quel est le niveau de résonance des des idées du FN dans l’opinion. Concernant le niveau d’adhésion aux idées du FN, elles ont diminué de 26 % en 2006 à 18 % en 2006 mais remonte à 22 % en 2011 : Marine Le Pen a gagné 4 points en un an. Mais nous sommes encore loin de la vague "bleu marine" clamée par certains médias. L’offensive médiatique de Marine Le Pen vu précédemment au paragrapheVI– 3 est donc relativement efficace selon ce sondage.

Concernant la composition sociologique de l’électorat du FN, on constate en 2010 comme en 2011 : 10 % sont des employés et 27 % sont des ouvriers, soit 37 % au total. Les voix favorables ou FN globalement passant de 18 à 22 %, les pourcentages d’employés favorables au FN est donc : 1,8 % en 2010 et 2,2 % en 2011 par rapport à la population totale.

Quant aux ouvriers le pourcentage passe de 4,9 % en 2010 à 5,9 % en 2011 par rapport à la population totale. En réunissant employés et ouvriers : le total passe de 6,7 % en 2010 à 8,1 % en 2011.

Si l’on veut maintenant calculer le pourcentage de ces voix FN par rapport à la population employée et la population ouvriers il faut tenir compte des faits suivants : il y à 11 % d’employés et 19 % d’ouvriers dans la population totale en 2010 comme en 2011.

On obtient les résultats suivants : 16,4 % des employés sont favorables au FN en 2010 et 20 % en 2011. Pour les ouvriers, 25,8 % sont favorables au FN en 2010 et 31 % en 2011. Ainsi près d’un ouvrier sur trois voterait FN en 2011. En réunissant ces deux catégories un seul groupe : employés et ouvriers, on obtient alors : 22,3 % sont favorables au FN en 2010 et 27 % en 2011 (en pourcentage du groupe).

Mais Jean-Luc Mélenchon a parfaitement raison de rappeler que les ouvriers s’abstiennent de plus en plus et que ce genre de sondage doit être relativisé : " Quand cette tambouille est servie à propos du vote ouvrier attribué au FN, les cuisiniers oublient toujours de mentionner qu’ils ne parlent que des ouvriers qui votent. Mais 70 % des ouvriers ne votent plus dans la plupart des scrutins. Si l’on ramène le score du FN à l’ensemble des ouvriers inscrits et pas seulement à ceux qui votent, on n’est pas à 30 % mais à 10 % voire moins." (http://www.gauchemip.org/spip.php?a... "

Quant à la catégorie des cadres et des professions intermédiaires, elle passe de 22 % à 24 % de l’électorat du FN sur cette même période

Les inactifs et retraités constituent le pourcentage le plus élevé des électeurs du FN : cette catégorie passe de 41 % à 39 %. Mais ces résultats sont trompeurs, car les inactifs et retraités représentent 37 % de la population totale. En utilisant la même méthode de calcul, on obtient alors : 19,9 % des retraités sont favorables au FN en 2010 et 23,2 % en 2011. Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait croire, par rapport à leur groupe respectif, les retraités sont moins favorables au FN que les ouvriers. Nous envisageons un article consacré aux sondages qui expliqueraient comment interpréter correctement les résultats par les calculs mathématiques appropriés.

Mais au-delà de ces calculs techniques, se posent des questions plus fondamentales : quel est la fiabilité scientifique des sondages ? Quels sont les effets de la manière de poser les questions sur les résultats ? À qui appartient les instituts de sondage ? Quelles sont les relations entre ces instituts et le pouvoir politique ? Quels sont les effets de la publication d’un sondage sur les intentions futures de vote ?

3 - Perspectives

Les événements récents en Afrique du Nord, l’affaire DSK sont autant d’événements favorables pour la progression des idées du FN qui se surajoutent à la dynamique décrite précédemment. Ces événements contribuent à donner un sentiment de désordre généralisé qui entre en résonance avec les thématiques du FN.

Ce sentiment de désordre ne traverse pas forcément uniquement l’électorat de droite mais aussi l’électorat de gauche. En témoigne par exemple deux articles d’Alexis Corbière, membre du PG, publiés sur ce site où le mot désordre apparaît plusieurs fois. "Affaire DSK : In-cro-yable ! Sidérant. Nous sommes vraiment dans l’ère des grands désordres" http://www.gauchemip.org/spip.php?a... Et sur le site du même auteur on peut aussi lire : "Les grands désordres… de DSK à Le Pen, et quelques autres" "Le désordre général qui s’étale sous nos yeux ne doit pas nous tétaniser, bien au contraire. Nous devons y puiser l’énergie qui nous tournera vers l’avenir. Ce spectacle n’est que la confirmation que de grands bouleversements sont en cours. Ils prendront des formes spectaculaires et grandioses, et d’autres plus ridicules. Les vieilles habitudes militantes ne permettront pas de répondre aux crises de ce siècle naissant" http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Ce n’est évidemment pas quelqu’un comme Alexis Corbière qui se laissera charmer par les sirènes du FN, mais on peut imaginer que certains électeurs de gauche de base puissent y succomber.

Après sa phase de construction idéologique 1972 - 1984 ; sa première phase de déploiement électoral 1984 - 1990 et sa deuxième phase d’ajustement stratégique et de déploiement électoral : 1991 - 2007 ; le Front National ajuste sa stratégie de dédiabolisation et de séduction des couches populaires pour prendre le pouvoir en 2012.

L’étude précédente montre que sa stratégie de conquête du Pouvoir doit être prise au très sérieux, d’autant que, aux dernières élections cantonales, le FN a atteint des scores supérieurs à 40 % dans certaines communes. En outre, la progression des voix obtenues entre les deux tours aux régionales de 2010 (phénomène inédit pour ce type d’élection) et aux cantonales de 2011 montrent une mobilisation des abstentionnistes en faveur du FN au deuxième tour. Mais il faut en même temps se garder d’exagérer démesurément les chances de succès du FN, en se laissant piéger par la résonance amplificatrice de certains médias en quête de sensationnel.

IX - Ressources documentaires sur l’extrême droite.

1- Articles publiés sur le site du PG de Midi-Pyrénées. . Front National : demandez le programme http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

France/extrême droite : Front national, le retour ? Article du 11/04/ 2011 de Alain Bihr. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Marine Le Pen : régression sociale au programme… et réflexions sur la « nature » actuelle du FN 18/04/2011. Article de Alexis-Corbiere http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

François Duprat, l’homme qui a donné des idées et des hommes à Le Pen et Sarkozy 18/04/2011. Interview de Joseph Beauregard et Nicolas Lebourg http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

La cagoule Bettencourt, etc. de Jacques Serieys avec d’autres liens dans cet article : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Extrême droite, fascisme et nationalisme révolutionnaire de Nicolas Lebourg http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

L’extrême droite au coeur de l’Élysée du site SarkoFrance http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Le 1er mai « deux en un » de Marine Le Pen du site Médiapart http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Alerte ! La classe ouvrière serait passée à l’extrême droite ! C’est le bobard méprisant des belles personnes de Mélenchon http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

L’UMP recycle l’extrême droite http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Pourquoi le FN remonte (étude IFOP des régionales 2010 http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

L’extrême droite comme si vous y étiez : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Hénin Beaumont : extrême droite en tête au premier tour des municipales : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

2 - Etudes publiées sur le Web concernant l’extrême droite.

La France et l’homme africain : sur l’histoire de l’extrême droite : http://lafranceetlhommeafricain.blo...

http://lafranceetlhommeafricain.blo...

http://lafranceetlhommeafricain.blo...

Histoire de l’extrême droite :

- Plusieurs vidéos sur le site de LCP http://www.lcp.fr/recherche/extreme...

- Documentaire vidéo sur curiosphère http://www.curiosphere.tv/hist_geo/...

E n tapant : extrême droite vidéos sur Google, on obtient une foule de documents : par exemple celui-ci :

extrême droite européenne et japonaise réunies au Japon. Présence de Jean-Marie Le Pen http://www.france24.com/fr/20100813... (vidéo)

L’écologie et le FN : Les deux FN, qui partagent depuis Barrès et Maurras certaines racines avec l’écologisme

http://www.liberation.fr/tribune/01...

Les pieds-noirs et le Front National http://tempspresents.wordpress.com/...

Conceptions idéologique du Front National. Politique étrangère. CEVIPOF http://www.cevipof.com/fichier/p_pu...

Idéologies : Vous avez dit extrême droite ? (En Europe) http://jcdurbant.wordpress.com/2009...

Électorat :

http://www.lepost.fr/article/2011/0...

Les armées secrètes de l’OTAN et l’extrême droite en Europe pendant la guerre froide : documentaire sulfureux diffusé par Arte. Vidéo de 54 mn disponible à : http://mai68.org/spip/spip.php?arti...

Long article de l’historien Daniele Ganser sur ce thème :

http://www.lepost.fr/article/2011/0...

Livre de l’auteur :

http://www.voltairenet.org/achat-en...

3- Sites Internet spécialisés sur l’étude de l’extrême droite.

Fragments sur le temps présent http://tempspresents.wordpress.com animé par Nicolas Lebourg

RésistanceS.be http://www.resistances.be

Ras l’ front : http://www.raslfront.org info sur cette association : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ras_l’front

4 - Publications, émissions, vidéos de spécialistes de l’extrême droite

D’Alain Bihr

L’Actualité d’un archaïsme, Lausanne, Éditions Page deux, 1998 http://www.revue-lebanquet.com/repo...

Le spectre de l’extrême droite : les Français dans le miroir du Front national http://books.google.fr/books ?

De Sylvain Crépon

La nouvelle extrême droite, Enquête sur les jeunes militants du Front National.

Éditions l’Harmattan

http://www.oboulo.com/nouvelle-extr... vidéo : enjeux avant le congrès du FN http://www.dailymotion.com/video/xg...

La lepénisation des esprits risque de débuter maintenant http://www.liberation.fr/politiques...

L’extrême droite sur le terrain des anthropologues. Une inquiétante familiarité : http://socio-anthropologie.revues.o... (dont Relativisme différentialiste et xénophobie )

De Jean-Yves Camus

Métamorphose de l’extrême droit en Europe : étude du monde diplomatique

http://www.monde-diplomatique.fr/20...

vidéo de novembre 2005 : l’antisémitisme d’extrême droite (60 minutes) http://www.akadem.org/sommaire/them...

livre : Le processus de normalisation des droites radicales en Europe

http://www.cairn.info/resume.php?ID...

De Erwan Lecoeur

Le FN en reconquête ? Émission de France Culture http://www.franceculture.com/emissi... Dictionnaire de l’extrême droite : http://www.evene.fr/livres/livre/er... L’intégrale des vidéos de cet auteur : http://www.dailymotion.com/video/xf... Article : Un " néo-populisme ", comme recours à la " crise du sens " http://www.protestants.org/index.ph... et vidéo sur ce thème : http://reversus.fr/2010/11/29/le-fr... Livre : Un néopopulisme à la française http://www.editionsladecouverte.fr/...

De Nicolas Lebourg

Web documentaire sur François Duprat :

http://iemailblog.blogspot.com/2011...

Emission sur France Culture : http://www.franceculture.com/emissi...

De Zeev Sternhell

Maurice Barrès et le nationalisme français : la France entre nationalisme et fascisme, préface de Raoul Girardet, Paris, Armand Colin, 1972 ; rééd. Presses de Sciences Po, 2000

La droite révolutionnaire (1885-1914). Paris, Éditions du Seuil 1978

Les origines françaises du fascisme, Gallimard « Folio Histoire », 1998.

Ni droite ni gauche, Éditions du Seuil, 1983 l’idéologie fasciste en France ; Éditions Complexe, « Historiques », 2000

Naissance de l’idéologie fasciste, Paris, Gallimard, 1989 ; 1994, « Folio Histoire »

L’éternel retour : contre la démocratie, l’idéologie de la décadence, Paris,

Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1994.

5 - Autres livres sur l’extrême droite

L’extrême droite en France de Jean-Christian Petitfils, Paris, Presses univ. de France, Collection : Que sais-je ? 2118

L’Extrême droite en France et en Belgique de Pascal Delwit, Jean-Michel de Waele, Andrea Rea

http://books.google.fr/books?id=spl...’araign%C3%A9e++Front+National&source=gbs_similarbooks_s&cad=1

L’Europe de l’extrême droite de 1945 à nos jours :

http://books.google.com/books?vid=I...

Bibliothèque de livres numérisés sur l’extrême droite :

http://www.google.fr/search?q=Extr%...

Bibliographie sur l’extrême droite :

http://www.edi.admin.ch/frb/00505/0...

6 - Extrême droite en Europe.

vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=AP8-...

les Échos :

http://www.lesechos.fr/economie-pol...

Marianne :

http://www.marianne2.fr/Pourquoi-l-...

Le post :

http://www.lepost.fr/article/2011/0...

Rue 89 :

http://www.rue89.com/2010/12/23/con...

7 - Thèses sur l’extrême droite.

FN et catholicisme

http://theses.univ-lyon2.fr/documen...

Culture, civilisation, identité selon le FN

http://theses.univ-lyon2.fr/documen...

Élaboration d’une théorie des représentations culturelles des identités politiques. L’exemple de la politique culturelle du Front national de 1986 à 1998. par Audrey FONTANA Thèse de doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication

Les modalités de l’institutionnalisation d’un parti poltique : le cas du Front national Birenbaum Guy Lagroye Jacques (Dir.) Thèse de doctorat : Science politique, Paris 1, 1992, 2 vol. (741 p.)

Thèse le vote Front National en Alsace université de Strasbourg

http://www.afsp.msh-paris.fr/activi...

Race et culture. Les sciences sociales face au racisme Mickaël VAILLANT

http://ecoledoctorale.sciences-po.f...

Front national : sens et symboles tests de Erwan Lecoeur

http://ash.univ-tours.fr/360/0/fich...

Fin de la dernière partie.

Hervé Debonrivage


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