La CAGOULE, organisation fasciste française

mardi 21 octobre 2014.
 

Plan

1) Le contexte des années 1934 1935

2) Juin 1936 : Le PNR se dissout au profit d’une organisation fasciste secrète, l’OSARN

3) Les liens de la Cagoule avec le grand patronat

4) La Cagoule, une machine de guerre

5) La Cagoule, sa direction, son influence et sa galaxie de structures de masse

6) La Cagoule, son implantation et ses liens dans l’armée

7) La Cagoule aux côtés du fascisme international. Les actions subversives de la Cagoule

8) Du 15 au 16 novembre 1937, échec du coup d’état fomenté par la Cagoule

9) Les Cagoulards aux côtés d’Hitler pendant la guerre

10) Eugène Schueller et L’Oréal durant l’Occupation et la Collaboration

11) D’anciens Cagoulards dans la Résistance ?

12) A la Libération, les cagoulards s’en sortent admirablement bien

13) Quelques acteurs de la Cagoule et leur devenir : Schueller, Bettencourt...

Liens :

L’Oréal, les 200 familles, le fascisme et la violence dans les années 1930 (quelques notes)

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

Multinationale BMW : la famille Quandt rattrapée par son passé nazi

1945 2010 : 65 ans ans après la mort d’Hitler La dénazification ratée du Capital…

1) Le contexte des années 1934 1935

La crise économique de 1929 1933 secoue toutes les sociétés européennes. Plutôt que de partager une partie de ses richesses, dans tous les pays, le grand patronat et les banques financent des organisations fascistes capables d’intimider sinon exterminer les militants syndicalistes et progressistes. La droite, l’Eglise, l’armée et la police (Banque de France, majorité des médias...) sont traversées par un climat de sympathie vers cette solution autoritaire.

Début 1934, la droite française et ses médias aux ordres lancent une grande campagne de déstabilisation du gouvernement radical. Le 6 février 1934, les ligues d’extrême droite marchent sur le Parlement. Durant les durs affrontements de cette journée, les principaux dirigeants d’Action française (royalistes, principale force de l’extrême droite) ne sont même pas présents. Cela sert de prétexte à des éléments radicaux liés au grand patronat comme Eugène Deloncle pour fonder une autre organisation.

Dès ce moment-là, Eugène SCHUELLER, membre influent du grand patronat et de la droite, joue un rôle central dans le développement d’un fascisme français. Il bénéficie pour cela du groupe capitaliste dont il est le créateur et qui comprend : l’Oréal, Monsavon, les vernis Valentine, le shampoing Dop ainsi que plusieurs journaux et revues.

Du Portugal à la Hongrie, de la Norvège à la Grèce, le climat politique de l’automne 1935 pue la peste brune. En septembre 35, le parti nazi proclame les lois antisémites de Nuremberg ; la croix gammée flotte sur le Reich et sur les camps de concentration gérés par les SS qui terminent le génocide de la gauche allemande. Octobre 35 : les troupes de Mussolini envahissent l’Ethiopie. Novembre 35 : le fascisme catholique belge réussit une démonstration de force.

En France, partis de gauche et syndicats ouvriers mobilisent la rue (grande manifestation du 14 juillet 1935) et progressent dans l’opinion. Une bonne partie du grand patronat s’impatiente de ne pouvoir nettoyer cette vermine rouge qui menace les profits ; aussi l’argent ne manque pas aux activistes qui fondent en décembre 1935 le Parti National Révolutionnaire autour d’Eugène Deloncle. C’est particulièrement le cas de 97 membres de la 17ème section (16ème arrondissement de Paris) des Camelots du Roi, une des meilleures troupes de choc de l’extrême droite française.

Quel est l’objectif de ce PNR d’après sa déclaration en préfecture ? « D’organiser une action sociale pour le redressement économique et social du pays et de lutter contre les influences intérieures ou extérieures ou tout groupement qui s’opposerait à la réalisation de ce programme. »

La Phalange, organisation fasciste traditionaliste espagnole, représente le modèle préféré, l’interlocuteur préféré du PNR. Parmi ces animateurs, signalons autour d’Eugène Deloncle : Jean Filliol, Jacques Corrèze, Gabriel Jeantet, Armand Crespin, Aristide Corre, Fernand Jakubiez.

2) Juin 1936 : Le PNR se dissout au profit d’une organisation fasciste secrète, l’OSARN

Pourquoi un mouvement légal comme le PNR décide-t-il de disparaître pour se fondre dans une structure clandestine très hiérarchisée ? Seul le rappel du contexte des mois de mai à juillet 1936 permet d’en comprendre les raisons.

1er mai 1936 : Imposantes manifestations ouvrières auxquelles le patronat répond en licenciant ici et là des salariés qui ont chômé ce jour-là.

6 mai 1936 : Le Front populaire sort vainqueur du 2ème tour des élections législatives.

11 mai : Les usines Bréguet du Havre se mettent en grève pour la réintégration de deux ouvriers licenciés pour cause de 1er mai chômé (satisfaction au bout de 24 heures). Jusqu’au 20 mai, un mouvement de grève se généralise sur tout le pays.

24 mai : La manifestation en hommage à la Commune rassemble au chant de l’Internationale 600000 personnes à Paris.

4 juin : Léon Blum devient président du conseil, avec le soutien du PCF ; il appelle trois femmes au gouvernement.

Pour éviter que l’explosion sociale ne débouche sur un processus révolutionnaire encore plus dangereux, le patronat signe les Accords de Matignon (premiers congés payés, semaine de 40 heures…).

La coupe est pleine pour les 200 familles et pour tous ceux qui veulent casser cette « Anti-France ». Sur qui s’appuyer pour cela ? Evidemment sur les ligues et sur les influents journaux d’extrême droite.

Le gouvernement de Front populaire réagit vite. Le 18 juin, sur proposition de son ministre de l’intérieur Roger Salengro, il dissout les ligues et projette la nationalisation des gazettes fascisantes. La police enquête sur les réseaux d’extrême droite dont le PNR.

Dans ces conditions, les dirigeants du Parti National Révolutionnaire préfèrent dissoudre leur mouvement légal et le fondre dans une structure clandestine : l’Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale. Après l’échec du 6 mai 1934, seule une milice secrète peut apparaître apte dans la mouvance fascisante française à renverser la république. Grâce à cette clandestinité, les liens avec Mussolini, avec la phalange, avec le grand patronat et des chefs militaires, avec divers groupes fascisants nationaux et locaux en seront facilités. La création d’une petite armée insurrectionnelle pourra être poursuivie à l’ombre des châteaux et des caves, même si le nouveau gouvernement trouve des policiers pour obtenir des informations.

3) Les liens de la Cagoule avec le grand patronat

L’Action française perd en juin 36 une partie de ses éléments les plus actifs. Elle se moque dans ses journaux de l’amateurisme et de la folie du secret imprégnant cette OSARN ("des conspirateurs d’opéra comique") qui accueille ses transfuges. Elle donne à la nouvelle organisation le surnom par lequel elle passera à la postérité (la Cagoule) et à ses adhérents celui de cagoulards.

Aux yeux du grand patronat et des officiers supérieurs prêts à renverser la « gueuse » (la république), c’est l’OSARN qui fait le bon choix.

Juillet 1936 : Le coup d’état tenté en Espagne par les généraux putschistes (dont Franco) avec le soutien de l’Eglise, d’une grande partie du patronat et de la droite, renforce la crédibilité d’un projet armé pour protéger la « France traditionnelle » face au socialisme.

Le patronat français, allié de la Cagoule, organisation fasciste et terroriste (cliquer sur ce titre pour accéder à l’article)

4) La Cagoule, une machine de guerre

Sa structure présente un aspect très militaire.

La revue L’Histoire a présenté dans son numéro 159 un excellent résumé sur la question : « A la base, la cellule ou groupe de combat de sept à douze hommes pourvus d’un fusil-mitrailleur Schmeisser, un fusil semi-automatique Beretta, un fusil de guerre, deux fusils de chasse, des armes légères et des grenades… trois cellules forment une unité, trois unités un bataillon, trois bataillons un régiment, deux régiments une brigade, trois brigades une division ». Même si les effectifs de l’OSARN proprement dite ne paraissent pas avoir dépassé 3000 hommes sur Paris plus 3000 en province, cela représente cependant une force militaire certaine. Chaque cellule familiarise ses hommes au maniement de leurs armes, aux techniques de combat de rue, aux informations utiles pour le grand jour où ils prendront le pouvoir.

« Même modèle militaire au niveau de l’état-major qui se divise en quatre bureaux. Le 1er bureau a une fonction de direction et de discipline… Le 2ème bureau ou service de renseignements, dirigé par le docteur Félix Martin, collecte et recoupe toutes les informations nécessaires à la bonne exécution du coup d’état : itinéraires des différentes cellules, plans des ministères, de l’Elysée et des appartements de certains ministres, moyens de défense du Palais Bourbon, armement des communistes… Le 3ème bureau veille à l’entraînement des nouvelles recrues et doit mettre sur pied le plan d’insurrection. Le 4ème bureau s’occupe du transport, du matériel et du ravitaillement des troupes, ainsi que d’un service ambulancier et médical ».

Le secret constitue le principal atout de survie de l’OSARN. Chaque adhérent prête serment de fidélité, d’obéissance et de secret absolu au groupe. Chaque adhérent prend un pseudonyme. Des signes de reconnaissance, des phrases mots de passe permettent d’établir sans risque les liens nécessaires. Le fichier central est codé. Le cloisonnement des groupes va également contribuer à la longévité de la Cagoule : en principe, chaque membre ne connaît que son supérieur direct.

La Cagoule développe le sentiment d’appartenance de ses adhérents par des rites initiatiques fortement marqués par le mimétisme :

• la cagoule comme le Ku Klux Khan (exemple de Nice)

• le serment de fidélité, bras droit levé, comme les fascistes italiens et allemands

• la devise Ad majorem Galliae (pour la plus grande gloire de la France), imitation du jésuite Ad majorem Dei gloriam.

Son uniforme comprend veste de similicuir, culotte de cheval, casque de l’armée.

5) La Cagoule, sa direction, son influence et sa galaxie de structures de masse

Le Comité directeur de la Cagoule ne comprend que cinq à six membres : Eugène Deloncle, son frère Henri Deloncle, Jacques Corrèze, Jean Filliol, Gabriel Jeantet (plus le général Duseigneur). Passent par eux les discussions avec d’autres groupes d’extrême droite, construction de l’organisation, alliances ou accords avec l’Italie mussolinienne, Espagne franquiste et Allemagne nazie, achats d’armes, finances, opérations spéciales ...

Dans l’état d’éclatement et d’absence de perspectives que connaît la nombreuse extrême droite française en 1936 1937, cette direction cagoularde réussit à démultiplier ses forces en intégrant des chefs de réseaux sans que les adhérents de ceux-ci en soient informés.

Son audience dans la jeunesse traditionaliste lui vaut la sympathie de groupes comme celui du 104, Rue de Vaugirard, internat des Pères maristes (Pierre Guillain de Bénouville, Claude Roy, André Bettencourt, François Dalle, François Mitterrand...)

Trois groupes sont caractéristiques de l’hégémonie de la Cagoule sur l’extrême droite en province :

* le Groupement militaire patriotique à Toulouse qui assure les liens avec l’Espagne franquiste

* les Chevaliers du glaive de Joseph Darnand et François Durand de Grossouvre à Nice qui assurent le trafic d’armes avec l’Italie mussolinienne.

* l’Union des enfants d’Auvergne de François Méténier, influente parmi les ingénieurs et le personnel d’encadrement des usines Michelin de Clermont-Ferrand

L’influence de la Cagoule sur tous les militants fascistes des Ligues d’extrême droite se vérifie par un grand nombre d’indices :

* l’implication d’un cadre des Jeunesses Patriotes comme Jean Bassompierre (faculté de droit d’Assas)

* en Alsace-Lorraine, c’est Maurice Cochinaire (Nancy), responsable des Camelots du Roi pour tout l’Est de la France jusqu’en 1936 qui crée et dirige la cagoule sur cette même région. .

Au niveau national, le principal relais de l’OSARN est constitué par sa vitrine légale : L’Union des Comités d’Action Défensive officiellement créée en novembre 1936 sous la direction du général Edmond Duseigneur assisté du duc Pozzo di Borgo venu des Croix de feu.

Parmi les objectifs déclinés par l’UCAD dans sa déclaration en préfecture, notons celui-ci : S’efforcer de combattre la confiance trop absolue en un développement sans frein de la démocratie dont la limite géographique est le communisme.

L’UCAD chapeaute par ailleurs le Centre d’information et de coopération, le Cercle d’études nationales (animé par Armand Crespin) et le Comité de rassemblement antisoviétique (de Marcel Bucard).

6) La Cagoule, son implantation et ses liens dans l’armée

La Cagoule comprend un nombre important d’officiers de réserve parmi ses membres.

Le général Duseigneur devient rapidement le numéro 2 de la Cagoule remplaçant Eugène Deloncle lorsque celui-ci est absent. Georges Cachier, lieutenant-colonel de réserve et administrateur d’usine, commande l’important « 3e bureau » (opérations, instruction des recrues) chargé de préparer le coup d’état. Le 2ème bureau de la Cagoule (renseignement) est en lien permanent avec le 2ème bureau de l’armée pour des informations concernant l’activité de communistes ou d’agents soviétiques ; lors du procès de la Cagoule, cet organe de l’armée assumera cette relation auprès du juge d’instruction « Le docteur Martin a fourni au deuxième bureau une documentation utile et appréciée ».

Le maréchal Franchet d’Espérey, auréolé de sa gloire acquise durant la première guerre mondiale (bataille de la Marne… Commandant des armées d’Orient…), met son poids moral au service de la Cagoule auprès de financeurs potentiels comme auprès de militaires.

Le maréchal Pétain met en contact Eugène Deloncle avec le commandant Georges Loustanau-Lacau, son directeur de cabinet au Conseil supérieur de la Défense nationale qui a mis sur pied une organisation anticommuniste non officielle au sein de l’armée : le réseau Corvignolles. Celui-ci a organisé dans toute les unités des officiers « sûrs » pour repérer les communistes, les signaler à l’autorité supérieure, muter les soldats et dissoudre les cellules. D’après Loustanau-Lacau, 150 à 200 cellules auraient ainsi été dissoutes en un an et demi.

Le général Giraud, autre « gloire » de l’armée, entretient des liens fraternels avec la Cagoule et promet son aide.

Parmi les contacts « sûrs » de la Cagoule dans l’armée se trouvent plusieurs des principaux chefs de celle-ci, auxquels elle apportera préalablement à sa tentative de coup d’état de novembre 1937 des informations :

• le général Georges du haut état-major (adjoint du généralissime Gamelin et futur commandant des armées du Nord)

• le général Dufieux, inspecteur général de l’infanterie

• le général Jeannel chef d’état-major du généralissime Gamelin

Le témoignage le plus intéressant sur les liens entre la cagoule et les autorités militaires au plus haut niveau a été apporté par le général de division Lavigne-Delville. Lors du procès de la Cagoule, il déclare avoir eu connaissance du complot de celle-ci et avoir assisté à plusieurs réunions entre celle-ci et des militaires. Il précise par exemple « Je maintiens qu’en ma compagnie, il (Eugène Deloncle) a vu les autorités militaires que j’avais tout lieu de croire mandatées implicitement ou explicitement par leurs chefs qui eux étaient des autorités militaires… Au cours de ces conversations, j’ai trouvé entre les officiers et Deloncle une confiance réciproque. J’en ai conclu qu’il les avait vus plus souvent que moi. »

7) La Cagoule aux côtés du fascisme international. Les actions subversives de la Cagoule

Pour le grand historien Robert O. Paxton, un certain nombre de cadres cagoulards « ont émargé aux fonds secrets de l’Allemagne et de l’Italie à la fin des années 30 » (La France de Vichy, 1940-1944).

La première action subversive de la Cagoule sur le terrain politique français se veut un coup d’éclat : assassiner Léon Blum le 11 février 1936 ; mais l’opération rate.

La seconde réussit avec l’assassinat le 23 janvier 1937 de Dimitri Navachine, « directeur de la Banque commerciale pour l’Europe du Nord, assassiné à coups de baïonnette par Jean Filliol. Cette mort a valeur de symbole : Navachine était un juif communiste, franc-maçon et très lié avec le gouvernement de Front populaire. »

Dès le début de la guerre d’Espagne, la Cagoule s’active aux côtés des franquistes : livraison d’armes, « sabotage de voies ferrées reliant la France à l’Espagne, intimidation de partisans des républicains, destruction de navires ravitaillant les antifranquistes… sabotage d’avions destinés aux républicains sur l’aérodrome de Toussus le Noble dans la nuit du 28 au 29 août 1937. »

« La Cagoule… est entièrement responsable de l’assassinat de Carlo et Nello Rosselli. Ces deux intellectuels antifascistes italiens gênaient Mussolini qui demande aux cagoulards leur élimination en échange de fusils semi-automatiques. L’opération est minutieusement préparée et exécutée le 9 juin 1937 à Bagnoles de l’Orne. L’enquête permet de déterminer avec certitude la responsabilité de l’OSARN dans le crime : d’après les aveux de Jakubiez (qui a participé à cette action), c’est Filliol qui a donné les coups mortels. »

Parmi les assassinats perpétrés par la Cagoule, il faut également coter ceux contre certains de ses propres cadres. Sont ainsi éliminés Léon Jean-Baptiste en octobre 1936 et Maurice Juif le 8 février 1937, pour des raisons obscures.

Dans son article " Antisémitisme et anti-maçonisme Histoire secrète de L’Oréal", Thierry Meyssan écrit "En un an et demi, l’OSARN formalise ses relations avec le gouvernement de Benito Mussolini en Italie, puis avec celui d’Adolf Hitler en Allemagne. Pour leur compte, il achemine des armes à Francisco Franco en Espagne et élimine des réfugiés politiques en France. En échange, il obtient un appui financier et logistique considérable."

L’Allemagne nazie fournit d’excellents fusils Schmeisser à La Cagoule.

Enhardis, le 11 septembre 1937, les cagoulards font sauter à la bombe le siège de la Confédération Générale du Patronat Français et celui de l’Union des Industries Métallurgiques dans le but de faire accuser les communistes. Deux gardiens de la paix en faction décèdent. Qui a monté le coup ? L’Union des Enfants de Gergovie, groupe de Clermont Ferrand lié à la Cagoule, dont Pierre Michelin est chef de section. Maurice Duclos, cagoulard et futur proche de De Gaulle, a fourni les explosifs. La presse de droite détourne l’attention et tonne contre syndicalistes, communistes et socialistes. Ainsi Le Temps écrit « La vérité est que la campagne marxiste des syndicalistes contre la société actuelle et contre l’ordre établi sont à l’origine de toute cette affaire… »

8) Du 15 au 16 novembre 1937, échec du coup d’état fomenté par la Cagoule

Le projet planifié par l’OSARN est assez simple :

* faire croire aux généraux amis que les communistes prévoit un putsch pour la nuit du 15 au 16 novembre.

* provoquer un coup d’état militaire ce soir-là pour protéger la France contre cette action des communistes

* lancer dans le même temps les bataillons de la Cagoule à l’assaut des bâtiments abritant le pouvoir en se présentant comme défenseurs de la patrie face aux rouges.

Selon Pierre Péan ( Le Mystérieux Docteur Martin, p. 140), Deloncle avait rencontré dès novembre 1936 le général Henri Giraud (accompagné d’autres officiers supérieurs dont Charles de Gaulle) qui avait promis son aide en cas de soulèvement communiste ; les cagoulards se rangeraient sous ses ordres en échange. Très satisfait, Giraud « est évidemment d’accord pour travailler avec les gens de l’OSARN et souhaite la meilleure réussite à l’entreprise de Deloncle et Duseigneur »

Début novembre 37, les généraux Georges, Dufieux et Jeannel sont dans la confidence concernant le coup d’état projeté par les communistes. D’autres liens sont assurés.

Dans la nuit du 15 au 16 novembre, toutes les forces de l’OSARN sont à leurs postes de combat pour s’emparer de l’Elysée, de Matignon, des ministères, des points stratégiques de la capitale... D’autres groupes disposent de l’adresse, parfois même des plans des appartements de personnalités à arrêter ou exécuter.

Tout ce beau monde attend l’ordre d’Eugène Deloncle. Les minutes passent ; les heures passent. Et Eugène Deloncle ne donne pas l’ordre attendu. En l’absence de toute action des militaires, la Cagoule n’a effectivement pas les moyens de renverser la république dirigée par le Front populaire. D’autres cagoulards comme Filliol poussent cette nuit-là à lancer l’opération sans l’armée... mais Deloncle ne donne toujours pas l’ordre attendu. Au petit matin, les milliers de conspirateurs rentrent chez eux.

Durant la semaine suivante, la policedécouvre une partie de l’opération projetée. Le 19 novembre 1937, elle met la main sur un dépôt d’armes. L’existence du complot visant à renverser la république est alors révélée publiquement par le ministre socialiste de l’Intérieur Marx Dormoy ( actif ministre de l’intérieur du front Populaire qui sera assassiné en 1941 par d’anciens Cagoulards). Le 23 novembre, près de 120 personnes sont inculpées pour complot contre la sûreté de l’État.

La revue Le Monde2 apporte des informations intéressantes concernant l’armement de la Cagoule découvert :

« A chaque brigade correspondait un dépôt d’armes sans compter les trois dépôts centraux.

« A Paris, on a découvert au total 7740 grenades, 34 mitrailleuses, 195 fusils Schmeisser, 85 fusils Beretta, 148 fusils de chasse, 300938 cartouches, 166 kilos d’explosifs. La plupart de ces armes étaient entreposées dans des caves où des maçonneries secrètes avaient été pratiquées, grâce aux moyens financiers d’origine inconnue dont disposait le CSAR (autre nom de l’OSARN). Au 37 de la rue Ribera par exemple, sous une pension de famille, un déclic faisait pivoter une paroi pour découvrir un poste de commandement capitonné de carton insonore, muni d’un téléphone clandestin.

« En banlieue, on trouva des dépôts à Annet-sur-Marne, Limeil-Brévannes, Villemomble, et dans l’Aisne à Attilly. En dehors des armes classiques, la Cagoule disposait d’engins explosifs à retardement et de portemines lançant des liquides aveuglants. »

Ces armes provenaient de cambriolages dans les casernes et surtout d’importations étrangères de Suisse, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne (fusils Schmeissel) et surtout de Belgique.

Mais la guerre approche et le procès de la Cagoule n’aura en fait jamais lieu réellement. D’importantes caches d’armes seront découvertes ici et là, par exemple dans le château de Saint-Vincent-le-Paluel, brûlé en 44 par les Allemands, où les Cagoulards avaient entreposé, avec l’accord du prince de Croÿ, dans le souterrain, un stock considérable d’armes.

Avant d’aborder la guerre, il me paraît important d’insister sur la force du fascisme français durant ces années 1934 à 1940. Seule la force du mouvement ouvrier et de la gauche française ont pu l’empêcher de prendre le pouvoir au moment où Hitler dirigeait l’Allemagne, Mussolini l’Italie, Salazar le Portugal... et où Franco écrasait les Républicains. D’après le colonel de La Rocque, Loustaunau-Lacau (animateur des réseaux fascistes dans l’armée) lui proposa d’intégrer son parti (le PSF) dans un projet collectif ( Louis Marin, Doriot, Maurras, comte de Paris...) de prise du pouvoir (sous les ordres du maréchal Franchet d’Espérey).

9) Les Cagoulards aux côtés d’Hitler pendant la guerre

Certains Cagoulards combattent avec détermination en 1940 dans les rangs de l’armée française face aux armées allemandes et italiennes.

Une fois, la victoire fasciste acquise et Pétain installé au pouvoir, d’anciens cadres de l’OSARN joue un rôle décisif dans la création des structures fascistes et collaborationnistes du nouveau régime.

En septembre 1940, Eugène Deloncle et Eugène Schueller se lancent dans la constitution d’une organisation fasciste pro-hitlérienne : le Mouvement social révolutionnaire pour la Révolution nationale "avec le soutien de l’ambassadeur du Reich, Otto Abetz, et l’approbation personnelle du chef de la Gestapo, Reinhardt Heydrich".

Programme du MSR « Nous voulons construire la nouvelle Europe en coopération avec l’Allemagne nationale-socialiste et toutes les autres nations européennes, libérés comme elles du capitalisme libéral, du judaïsme, du bolchévisme et de la franc-maçonnerie (…) régénérer racialement la France et les Français (…) donner aux juifs qui seront conservés en France un statut sévère les empêchant de polluer notre race (…) créer une économie socialiste (…) qui assure une juste distribution des produits en faisant augmenter les salaires en même temps que la production ».

En 1941, les représentants du Troisième Reich à Paris imposent une fusion du Rassemblement National Populaire de Déat avec ce MSR. Cependant, celui-ci reprend rapidement son autonomie ; il est vrai qu’il rend des services considérables aux nazis.

Le 22 juin 1941, la Wehrmacht (armée allemande) se lance à l’assaut de l’Union soviétique. Quinze jours plus tard, le 8 juillet 1941, Deloncle et Schueller font partie des fondateurs (avec Déat et Doriot) de la Légion des Volontaires français (dont tous les membres prêtent serment d’allégeance au führer) qui part combattre le bolchévisme sur le front de l’Est. Cette LVF est intégrée dans la Wehrmacht ( Infanterieregiment 638) ; il s’agit du numéro hautement symbolique du régiment dans lequel servit Adolf Hitler pendant la Première Guerre mondiale.

En août 1941, Darnand crée le Service d’Ordre Légionnaire (prémisse de la Milice) dont Jean Bassompierre prend la direction et rédige le programme.

A l’automne, des Cagoulards servent de supplétifs des nazis dans leur haine antisémite. "L’Obersturmführer S.S. Hans Thomas avait été chargé en septembre 1941 d’assurer la liaison entre l’AMT VI de la Gestapo et ses collaborateurs français, Deloncle, Filiol et consorts en vue de l’exécution du plan "Cristal n.2" visant la destruction par la dynamite des synagogues de Paris. Les produits explosifs demandés par Thomas à son gendre de la main gauche, Reinhard Heydrich, furent réceptionnés par la Gestapo fin septembre et remis aussitôt à Eugène Deloncle tout en lui recommandant de veiller au secret absolu de cette opération. L’opération fut réalisée par Deloncle, Filiol et leurs comparses dans la nuit du 2 au 3 octobre. Sept édifices en tout furent profanés et endommagés dans le courant de la nuit." ( Roger Lenevette - Le parti national breton dans le Morbihan)...

Jean Filiol et et Jacques Corrèze créent un groupe spécial pour cela avec l’aide du du SS Theo Dannecker, représentant Adolf Eichmann : la Communauté française, définie par eux comme "Association secrète de spoliation des biens juifs et maçonniques". Pourquoi ? "Le Juif destructeur de tout ordre établi, étranger à toutes les croyances comme à tous les territoires, a apporté partout en France la corruption. Le Franc-maçon a puissamment aidé le juif dans cette oeuvre exerçant partout une dictature odieuse." Ce groupe organise la spoliation des juifs souvent au profit personnel de ses membres.

Durant toute la guerre, d’anciens cagoulards jouent un rôle très actif en France dans la persécution des Juifs et dans l’extermination des Résistants. Joseph Darnand est le chef de la Milice française dès sa création le 5 janvier 1943. Jean Filiol, commande la Franc-garde de la Milice dans le Limousin. Jean-Marie Bouvyer, complice du meurtre des frères Rosselli en 1937, devient chef du service d’enquête du Commissariat général aux questions juives...

Durant toute la guerre, d’anciens cagoulards combattent aux côtés des troupes hitlériennes, particulièrement au sein de la division SS Charlemagne (Jean Bassompierre en commande un régiment en mars 1945 sur le Front de l’Est).

10) Eugène Schueller et L’Oréal durant l’Occupation et la Collaboration

La direction de la Cagoule (sous ses noms successifs PNR, OSARN, OSAR, CSAR) s’était fréquemment réunie dans le bureau d’Eugène Schueller avant 1940. Devenu un des cadres nationaux du MSR après 1940, celui-ci met le siège social de l’Oréal à Paris au service de l’organisation pour les réunions de direction.

Le 15 juin 1941, dans son discours au congrès du MSR (Palais de la Mutualité), il appelle à « une révolution préliminaire à la fois d’épuration et de redressement » qui ne peut « être que sanglante. Elle consistera tout simplement à fusiller vite cinquante ou cent grands personnages »

En bon représentant du grand patronat le plus rétrograde, Schueller veut profiter de la victoire nazie pour en finir avec le salaire payé au temps de travail et en revenir au salaire à la tâche. En bon ami des phalangistes, il pense aussi à une évolution corporatiste des entreprises fondée sur l’intéressement des salariés.

Aussi, il rédige et publie un livre " La Révolution de l’économie " ( qui figure sur les listes d’ouvrages favorables établis par la Propaganda Staffel , le service chargé par les autorités allemandes de la propagande et du contrôle de la presse française pendant l’Occupation ). Il y écrit notamment :

"la cause essentielle du désastre économique c’est le salaire au temps (..) le système qui consiste à payer les travailleurs à l’heure sans qu’intervienne dans l’estimation de leur rétribution la notion capitale du produit de leur travail" " la seule solution au problème qui m’est apparue a été dans la proportionnalité du salaire à la production même de l’entreprise, c’est à dire dans la transformation du salaire au temps en salaire au produit." (Cité par P.-M Gallois)

On peut aussi lire, dans l’ouvrage du célèbre industriel :

"Je sais bien que nous n’avons pas la chance des nazis, arrivant au pouvoir en 1933. Ils avaient le temps. Ils ont pu mettre deux ans, trois ans à s’organiser. Nous n’avons pas les cadres que les Allemands avaient à cette époque. Nous n’avons pas la foi du national-socialisme. Nous n’avons pas le dynamisme d’un Hitler poussant tout le monde."

La Révolution de l’économie, éditée avec les discours d’Hitler dans la collection La Révolution mondiale chez Denoël, sera rééditée chez d’autres éditeurs - et ce durant toute l’Occupation. "

Probablement à la suite d’un attentat des ex-Cagoulards contre Laval et Déat, Eugène Deloncle perd la confiance des dignitaires nazis en France. Le 18 mars 1942, Eugène Schueller se rend à l’ambassade du Reich pour conserver les meilleures relations possibles.

11) D’anciens Cagoulards dans la Résistance ?

Dès l’été 1940, quelques anciens cagoulards peu influents (Duclos, Fourcaud) rejoignent De Gaulle à Londres. De 1940 à 1942, quelques autres cagoulards contribuent à nouer des contacts discrets entre militaires opposés à la Collaboration avec l’Allemagne. Pour des hommes élevés dans un nationalisme essentiellement anti-allemand, cela n’est pas étonnant, même pour des fascistes français. Après la défaite nazie de Stalingrad et l’entrée en guerre des Etats Unis, Hitler et Mussolini ne peuvent plus gagner la guerre. L’évolution de Cagoulards vers les Etats Unis et de Gaulle se renforcent. J’espère qu’un jour des historiens sérieux clarifieront les intérêts, enjeux et liens complexes expliquant le double jeu de nombreux ex Cagoulards. L’article de Wikipedia concernant La Cagoule pendant la guerre paraît rédigé par un descendant de cagoulard ; je ne suis d’accord avec aucun de ses dires ; je vous le livre ci-dessous pour information :

" Beaucoup de cagoulards étaient de fervents nationalistes, antiallemands et hostiles à toute compromission avec l’occupant. La lutte pour la libération de la patrie devient donc une priorité, d’autant qu’en 1940 beaucoup voient dans le régime Nazi (pacte germano-soviétique) et leurs alliés de Vichy (avec des personnalités comme le socialiste Déat ou l’ancien communiste Doriot) une aventure internationaliste, voire "de gauche". Les retournements d’alliance de juin 1941 viendront trop tard pour ceux qui se sont engagés contre l’occupant, d’autant que la nouvelle croisade européenne contre le bolchevisme des Nazis présentera un aspect supranational peu compatible avec l’idéologie cagoularde.

Pour ces adeptes du complot et de l’action clandestine, la Résistance est une option naturelle. Et on trouvera des anciens de la cagoule parmi les premiers résistants...

Pendant la guerre le réseau d’influence de la Cagoule semble donc s’étendre à la fois au cœur de la France libre et dans le régime de Vichy. C’est ainsi par exemple que le 20 août 1940, Maurice Duclos envoyé en France par De Gaulle, peut rencontrer des proches collaborateurs du Maréchal Petain par l’intermédiaire de Gabriel Jeantet.

L’ancien cagoulard Georges Groussard fonde les groupes de protection du maréchal Pétain mais aussi le réseau de Résistance « Gilbert » alors que Jacques Lemaigre-Dubreuil, ancien financier de L’Insurgé, le journal de La Cagoule, soutient le général Giraud, quand Jacques Corrèze, après avoir combattu sur le front de l’Est rentre en France au sein d’un réseau de la résistance."

Un mot pour conclure concernant ce Jacques Corrèze : Entré dès 1941 dans la Légion des Volontaires Français qui combat dans l’armée hitlérienne en URSS, on le retrouve encore dans la division SS Charlemagne en juillet 1944. Il a probablement participé aux contacts entre anciens cagoulards, américains et gaullistes en Espagne fin 1943 ; cela n’en fait pas un Résistant.

12) A la Libération, les cagoulards s’en sortent admirablement bien

Eugène Schueller bénéficie de telles complicités que, non seulement il n’est pas inquiété mais se voit reconnu comme résistant ; il obtient à ce titre la Croix de Guerre, la rosette de la Résistance et la Croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Il est vrai qu’à partir de l’automne 1943, moment où Hitler a déjà perdu la guerre sur le front de l’Est, certains ex-Cagoulards ont pris contact avec les Etats Unis et De Gaulle.

Après guerre, " L’Oréal devient le refuge des vieux amis... André Bettencourt rejoint la direction du groupe. Avec l’aide de l’Opus Dei, une confrérie catholique franquiste, Henri Deloncle (frère d’Eugène) développe L’Oréal-Espagne où il emploie Jean Filliol ; après Henri, ce sera Louis, fils d’Eugène. Quant à Jacques Corrèze, il devient patron de l’Oréal-États-Unis et agent général pour l’Amérique latine. En 1950, André Bettencourt épouse Liliane, la fille unique d’Eugène Schueller.

Rue Saint-Dominique, le bureau d’André Bettencourt lorsqu’il dirigeait la PropagandaStaffel, devient une résidence de l’Opus Dei. Robert Mitterrand (marié à une nièce d’Eugène Deloncle) s’installe rue Dufrenoy dans l’immeuble qui abritera le siège de l’Opus en France. Cette œuvre est politiquement dirigée par Jean Ousset..." (Thierry Meyssan)

François Dalle, ex du 104, patron de l’usine Monsavon pendant l’Occupation, remplacera Eugène Schueller comme PDG de L’Oréal en 1957, et ce jusqu’en 1985.

On va retrouver d’anciens cagoulards sur la fin de la guerre d’Algérie aux côtés de l’OAS, à Ordre Nouveau, au PFN avec Le Pen...

Prenons le cas de Gabriel Jeantet. Il participe à la rédaction du journal étudiant d’Action française avant de passer à l’OSARN avec ceux qui veulent réellement renverser la république et prendre le pouvoir ; recherché par la police suite à la tentative de coup d’Etat de la Cagoule (1937), il est protégé dans l’Italie mussolinienne. En 1940, il entre au cabinet civil de Pétain et anime le mensuel France, revue de l’État nouveau. De décembre 1943 à février 1944, il participe à des liens pour négocier la paix avec les Etats Unis et la Grande-Bretagne. A la Libération, il est interné pour son action pétainiste mais est décoré de la croix du combattant volontaire de la Résistance. Il sera plus tard membre du bureau politique d’Ordre Nouveau aux côtés de Jean Marie Le Pen avant de militer au Parti des Forces Nouvelles... Je lis dans divers articles de Wikipedia une référence obligée à Gabriel Jeantet " ancien résistant". Que mon lecteur se fasse son avis.

En 1977, la droite française craint une victoire de l’Union de la gauche aux législatives de mars 1978. Qui s’engage alors pour créer le quotidien J’informe ? les Bettencourt et L’Oréal, aux côtés de Michelin, Paribas et plusieurs groupes pétroliers.

13) Quelques acteurs de la Cagoule et leur devenir : Schueller, Bettencourt...

* Eugène SCHUELLER. Né le 20 Mars 1881. En 1907, il crée l’entreprise L’Oréal a été créé, en 1907. En 1928, il absorbe Monsavon, puis les vernis et peintures Valentine, les shampoings Dop, le magazine Votre Beauté ainsi que d’autres périodiques. Financeur principal de la Cagoule, il continue à travailler politiquement dans le milieu pétainiste avec Eugène Deloncle et d’autres cagoulards en 1940. C’est ainsi qu’il est un des fondateurs du fasciste et collaborationniste MSR, avec le soutien de l’ambassadeur du Reich, Otto Abetz, et l’approbation personnelle du chef de la Gestapo, Reinhardt Heydrich. Les réunions de la direction du MSR se tiennent au siège de L’Oréal (14, rue Royale à Paris).

Le 22 juin 1941, le Reich attaque l’Union soviétique. Deloncle et Schueller décident de créer la Légion des volontaires français (LVF) pour combattre le bolchévisme sur le front de l’Est et de la placer sous l’autorité de Jacques Corrèze.

Grâce au témoignage d’André Bettencourt et de François Mitterrand, Eugène Schueller est relaxé à la Libération au motif qu’il aurait aussi été résistant. L’Oréal devient le refuge des vieux amis. André Bettencourt rejoint la direction du groupe. Avec l’aide de l’Opus Dei, Henri Deloncle (frère d’Eugène) développe L’Oréal-Espagne où il emploie Jean Filliol. Quant à Jacques Corrèze, il devient patron de l’Oréal-États-Unis. En 1950, André Bettencourt épouse Liliane, la fille unique d’Eugène Schueller.

* ANDRE BETTENCOURT n’a que 17 ans en 1936. Après la défaite de 1940, placé sous la triple tutelle du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, de la Wehrmacht et de la Gestapo, il devient le patron français de la PropagandaStaffel...

De 1940 à 1942 il dirige l’hebdomadaire collaborationniste La Terre Française où il laisse libre cours à son antisémitisme " Pour eux [les Juifs], l’affaire est terminée. Ils n’ont pas la foi. Ils ne portent pas en eux la possibilité d’un redressement. Pour l’éternité, leur race est souillée par le sang du juste. Ils seront maudits de tous…

Et encore, dans un éditorial prémonitoire daté de 1941 :

" Un jour, trente ans plus tard, les juifs s’imagineront pourtant gagner la partie. Ils avaient réussi à mettre la main sur Jésus et l’avaient crucifié. En se frottant les mains, ils s’étaient écriés : " que son sang retombe sur nous et nos enfants ". Vous savez d’ailleurs de quelle manière il est retombé et retombe encore. Il faut que s’accomplissent les prescriptions du livre éternel ".

A Vichy, il partage son bureau avec Jean Ousset, le responsable du mouvement de jeunesse de la Légion française des combattants de Joseph Darnand.

Fin 1942, André Bettencourt est envoyé par Eugène Schueller « aryaniser » la société Nestlé en Suisse, dont le patron de L’Oréal est devenu l’un des actionnaires principaux. A la Libération, il reçoit la Croix de guerre 1939-1945, la rosette de la Résistance et la Croix de chevalier de la Légion d’honneur alors qu’aucune preuve réelle ne prouve son action en ce sens. Son bureau Rue Saint Dominique de la PropagandaStaffel devient une résidence de l’Opus Dei. Il crée le Journal agricole, pour les anciens lecteurs du pétainiste La Terre française. Devenu Indépendant et Paysan comme beaucoup d’anciens pétainistes il sera plusieurs fois député et ministre sous les 4ème et 5ème République. Marié avec la fille d’Eugène Schueller qui devient Liliane Bettencourt, plus grande fortune française.

* JEAN FILLIOL se vante comme les précédents d’être un chrétien pratiquant militant. Fils d’un sergent de carrière comme Deloncle est le fils d’un officier de marine. Professionnellement, il s’insère comme cadre commercial chez Hachette. Le 6 février 1934, c’est lui qui dirige la charge des Camelots du Roi vers l’Assemblée nationale. En février 36, son groupe tente d’assassiner Blum qui est blessé. C’est encore lui qui assassine Navachine de sa baïonnette qu’il avait raccourcie pour plus de facilité. C’est probablement encore lui qui réussit la provocation du cinéma de Clichy. C’est encore lui qui assassine les frères Rosselli. C’est encore lui qui dirige l’opération de Toussus le Noble détruisant les avions destinés à l’Espagne républicaine. C’est encore lui qui fait sauter les deux immeubles du Patronat en 1937. Après l’échec du coup d’état de la cagoule, il passe en Espagne aux côtés des franquistes.

Début 1941, Filliol revient en France pour participer au MSR avec ses vieux amis cagoulards les Eugène, Deloncle et Schueller. Il s’active dans la sinistre Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme, est affecté par son ami Joseph DARNAND à la Franc-garde de la Milice au début de 1944 dans le Limousin avant de prendre la tête du sinistre deuxième bureau de la Milice (renseignement, interrogatoires, torture...) à Limoges. Son service sera impliqué dans le choix d’Oradour sur Glane comme village martyr, brûlé avec ses habitants. Lorsque le régime pétainiste s’effondre et que les armées alliées atteignent le Rhin, Filliol continue encore à monter des maquis blancs pro-hitlériens en France depuis l’Allemagne. Comme les miliciens français qui forment la dernière défense du bunker de Hitler, Filliol lutte jusqu’au bout. D’Allemagne, il réussit à rejoindre Darnand dans le Nord de l’Italie pour combattre la Résistance italienne. En 45, tous ses compagnons sont fait prisonniers ; malgré sa blessure assez grave, il traverse le Midi puis les Pyrénées pour atteindre l’Espagne où Schueller en fait son sous-directeur de L’Oréal. Il finira sa vie dans la péninsule ibérique où Franco le protège de trois condamnations à mort.

* JOSEPH DARNAND, militant d’Action Française depuis 1923, président du comité directeur de ses anciens combattants puis responsable de la Cagoule pour le Sud-ouest de la France. Arrêté en 1938, il bénéficie d’un non-lieu. En 1940, il prend la direction de la Légion française des combattants sur Nice et fait partie comme Deloncle, Mèténier, Martin et autres cagoulards des organisateurs des Groupes de Protection. Il fonde sur les Alpes Maritimes le premier Service d’Ordre Légionnaire. lorsque le SOL est étendu à toute la France, Darnand en prend la direction à Vichy.

Le 30 janvier 1943, le SOL devient la Milice, toujours sous les ordres réels de Darnand. Ses services sont fort appréciés des nazis ; en août 1943, il est nommé SS-Frw-Obersturmführer (lieutenant) de la Waffen-SS. Le 30 décembre 1943, à la demande des Allemands, il est nommé par Pétain « secrétaire-général au maintien de l’ordre » sur toute la France. Comptant environ 35000 hommes, la Milice va perpétrer un grand nombre de crimes qu’il serait trop long de rappeler ici. Darnand combat en Allemagne dans la division SS Charlemagne puis en Italie contre les Résistants. Arrêté par les Britanniques, il sera fusillé le 10 octobre 1945.

* Henri MARTIN, dit le DOCTEUR MARTIN. Né en 1895. Médecin à la Salpétrière, longtemps actif dans l’Action française (secrétaire général adjoint pour la région parisienne), conseiller de Henri Dorgères dirigeant du mouvement paysan fascisant des « chemises vertes", nous avons déjà signalé son rôle éminent à la tête du service de renseignements de la Cagoule. Après le coup d’état projeté de novembre 37, il s’enfuit pour l’Italie avant d’être grâcié par le radical Daladier qui le nomme capitaine médecin. En 1940, il entre dans les pétainistes Groupes de Protection avec Mètenier. En cavale lors du procès de la cagoule en 1948, il participe dans les années 1950 au réseau clandestin Grand O contre la 4ème République aux côtés des généraux Lionel-Max Chassin et Paul Cherrière. Il est un des instigateurs du premier putsch d’Alger. Recherché pour sa participation à la « Semaine des barricades » à Alger en janvier 1960, puis pour son rôle dans le Putsch des Généraux du 23 avril 1961, proche de l’OAS, il est arrêté puis condamné à 10 ans de travaux forcés. Il est le père de Danièle Martin mariée à Pierre de Villemarest.

* JEAN DEGANS, deviendra le responsable national du deuxième service (renseignement, interrogatoires...) de la Milice et sera le supérieur hiérarchique de Paul Touvier. Directeur des renseignements généraux, il travaille main dans la main avec la Gestapo. Il porte la responsabilité de l’assassinat de Jean Zay puis combattra jusqu’au bout en 1945, menant des actions de sabotage. Bénéficiant de protections diverses, à ma connaissance il échappera à toutes les recherches.

Jacques Serieys

à suivre

L’Oréal, les 200 familles, le fascisme et la violence dans les années 1930 (5 septembre 1935 : les fascistes attaquent la Maison du Peuple d’Argenteuil et la Maison des Syndicats de Levallois, tirent à Valmondois)

[La Cagoule tombe le masque]


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