Jésus, révolutionnaire, fils de Dieu ou mythe ?

dimanche 17 décembre 2017.
 

- A) Pourquoi cet article sur Jésus ? (Jacques Serieys)
- B) Et si on avait occulté le combat politique de l’homme de Nazareth ?
- C) Peut-on nier l’existence historique de Jésus ? (par l’Opus Dei)
- D) Le personnage historique de Jésus, un mythe construit de toute pièce

A) Pourquoi cet article sur Jésus ? (Jacques Serieys)

Plusieurs messages reçus en forum sur notre site demandaient quelle est notre position sur l’existence historique de Jésus. Il est vrai que des recherches et des ouvrages de qualité ont été publiés sur le sujet ces dernières années.

Dans l’immédiat, voici :

A1) Quelques liens vers des articles de notre site sur ce sujet

Je propose tout d’abord à nos lecteurs un texte essayant de décrire la Palestine à cette époque. La caractéristique essentielle me paraît être une mobilisation populaire énorme sur plusieurs dizaines d’années avec des péripéties locales nombreuses et bouleversements très importants. Cela peut expliquer et même justifier plusieurs évènements décrits dans les évangiles ainsi que le nombre de personnes présentes sans que les écrits de l’époque n’y fassent référence. Cela pose en même temps problème quant à la cohérence de justification de la venue effective du Messie qui surplombe ces évangiles.

Société, guerillas et révoltes juives jusqu’à Hérode

Ni les évangiles, ni les épitres ne permettent de certifier l’existence de jésus comme "fils de Dieu". Par contre, il me paraît possible d’analyser son fondement idéologique indépendamment de la cohérence de justification de la venue effective du Messie qui les surplombe.

Historicité de Jésus 2 : Trois arguments apportent, à défaut d’une preuve matérielle impossible à obtenir, une présomption positive (Mordillat et Prieur)

Les évangiles : un religiosité humaniste, morale, égalitaire, révolutionnaire

A2) Cinq articles défendant des points de vue contradictoires

Historicité de Jésus 3 Une invention pour Nicolas Bourgeois

B) La vie méconnue de Jésus

Par Christian Makarian, L’Express

Et si, derrière l’image du Christ et son message de paix, on avait occulté le combat politique de l’homme de Nazareth ?

Un livre - Le Zélote. La vie et l’époque de Jésus de Nazareth (Arènes) - vient brusquement remettre en question la figure apaisante, fraternelle, universelle, du Christ et rallume une ancienne polémique en offrant une lecture inattendue et très actuelle de la vie de Jésus.

Etait-il le "bon berger", celui qui faisait paître ses brebis dans de verts pâturages et qui laissait tout pour sauver une seule d’entre elles ? N’était-il pas davantage un révolté qui rêvait de renverser l’ordre établi, de mettre fin à la domination romaine et de chasser du Temple de Jérusalem la caste des grands prêtres ? Sera-t-il jamais une figure paisible, sacralisée par l’aspiration à la paix d’un monde en furie, l’incarnation d’un Dieu réconcilié avec le genre humain, l’inventeur insurpassable du message d’amour ?

N°1 des ventes aux Etats-Unis

En peu de temps, son ouvrage est devenu n° 1 des ventes de livres aux Etats-Unis, puis best-seller dans 25pays. Grâce à une thèse qui, sans être résolument nouvelle, soulève de bonnes questions auxquelles il faut apporter des réponses claires. Pour Aslan, Jésus est avant tout un juif qui s’inscrivait pleinement dans son temps, le Ier siècle de l’ère définie par sa naissance, qui cherchait à relier sa parole et son action au message des grands prophètes (Elie, Elisée, Michée, Amos, Isaïe, Jérémie...), tous convaincus que Dieu viendrait un jour libérer Israël. "Comme les zélotes, estime l’auteur, il [Jésus] reconnaissait que le règne de Dieu n’exigeait pas simplement une transformation intérieure tendant à la justice et à la rectitude, mais un retournement complet de l’ordre politique, religieux et économique de la période".

Un contenu politique affirmé

Partant, la réinterprétation que propose Aslan consiste à oublier tout ce qu’enseigne le catéchisme traditionnel pour laisser surgir sous les mêmes mots un autre texte, profondément corrosif et au contenu politique affirmé. Ce qui le conduit très loin, notamment à faire de l’homme de Nazareth un véritable leader révolutionnaire qui applique un principe implacable : "Le règne de Dieu ne peut être installé sans l’anéantissement des dirigeants en place." Il n’est pas jusqu’aux Béatitudes, ces promesses splendides - au nombre de huit dans l’Evangile de Matthieu - faites aux démunis ("Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux. [...] Heureux les affligés, car ils seront consolés"), qui ne soient réinterprétées dans le sens d’un programme résolument politique. Ce Jésus-là prend facilement les traits d’un Mahomet, chef de guerre, interprétation dont les chrétiens ne sauraient s’offusquer, puisque, contrairement à l’islam, la foi chrétienne ne consiste pas en une récitation de la seule version autorisée.

Qui étaient ces zélotes auxquels Aslan veut rattacher Jésus ? A proprement parler, leur existence historique n’est documentée que dans la décennie 60, phase de troubles intenses, soit bien après la mort de Jésus. Leur révolte va entrer dans l’Histoire en provoquant par mesure de rétorsion un événement catastrophique et irréversible, la destruction, en 70, du Temple de Jérusalem par les Romains sur ordre de l’empereur Titus. L’historien juif Flavius Josèphe, auquel on doit en grande partie la connaissance de ce mouvement (dont il était l’adversaire), les présente comme un quatrième parti au sein du monde juif de l’Antiquité. Les sadducéens constituent la classe sacerdotale supérieure, dotée de tous les privilèges ; ils négocient leur position avec les Romains, qui s’appuient sur eux. Les esséniens, à l’opposé, abritent le courant puriste, retiré de la cité, isolé dans le dépouillement du désert et concentré sur ses rites parfois presque ésotériques. Les pharisiens, eux, représentent la classe moyenne des villes, se préoccupent de l’application des principes de la Torah (les cinq premiers livres de la Bible ou Pentateuque) dans la vie quotidienne, ce qui se traduit par le développement d’une véritable loi orale et par la contestation des prérogatives que préservent jalousement les sadducéens.

"Un accès de fièvre" comparable à la Révolution française

Les pharisiens (dont l’apôtre Paul était un parfait représentant jusqu’à sa conversion sur le chemin de Damas) donneront naissance, après la dispersion du peuple juif, au judaïsme rabbinique qui se confond jusqu’à nos jours avec le destin du peuple juif. Dans ce paysage en pleine accélération dramatique, les zélotes (du grec zêlotai, traduction de l’hébreu qanna’im, qui signifie "zélés") se réclament de grands personnages bibliques, justiciers et réformateurs intransigeants. Proches d’une définition de la foi qui est aussi celle des pharisiens, ils se distinguent de ces derniers par leurs méthodes d’action, radicales voire fanatiques, car ils combattent activement les Romains et considèrent que la détermination guerrière la plus absolue est un moyen de précipiter l’avènement du Messie. En 66, un sacrifice païen effectué devant la synagogue de Césarée sert d’étincelle à la révolte juive, qui s’étend à Jérusalem. Les zélotes, qui parviennent à rassembler leurs compatriotes, infligent une sévère défaite à la XIIe légion romaine et prennent temporairement le contrôle de la Ville sainte. Le philosophe et historien Ernest Renan assimilera ce soulèvement à "un accès de fièvre qu’on ne peut comparer qu’à celui qui saisit la France durant la Révolution". La réplique romaine sera effroyable et se soldera par la destruction complète du Temple et la dissémination des juifs.

C’est donc à ce courant extrémiste que Reza Aslan veut faire adhérer Jésus, en s’appuyant sur de nombreux indices, effectivement troublants, mais en empruntant un chemin biographique qui ne manquera pas d’être critiqué (voir l’interview du frère Olivier-Thomas Venard, page 58). Certaines des paroles du Christ restent jusqu’à ce jour mystérieuses, voire dérangeantes : "N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive." Mais le choix d’Aslan, qui consiste à se passer de l’interprétation spirituelle pour en rester au mot à mot, produit des effets de distorsion. Pour les chrétiens, cette parole à consonance guerrière est la définition même du combat intérieur, du déchirement des âmes semblable à celui que produirait une lame. La suite de ce passage suffit à la montrer : "Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille" (Matthieu X, 35-36). Il n’y a là rien qui s’apparente à une guerre, mais tout d’un conflit sur la foi qui divisera, en effet, le monde juif d’une maison à l’autre et séparera douloureusement les chrétiens et les juifs. Sinon, pourquoi Jésus aurait-il dit à ses disciples : "Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups" (MatthieuX,16) ?

Disciples zélotes

Plus solide est la mention, dans l’entourage de Jésus, de certains disciples qui présentent toutes les caractéristiques des zélotes - Simon le Zélote et Judas Iscariote -, mais leur appartenance semble, en l’occurrence, clairement assumée par les Evangiles.

Dans un autre livre récemment paru, Jésus (Seuil), le théologien suisse Hans Küng, camarade d’études d’un certain Joseph Ratzinger, rappelle fort utilement que "Jésus est en personne le programme du christianisme". C’est pourquoi il y aura encore de nombreuses polémiques sur la vie méconnue de Jésus, sur ses paroles énigmatiques, sur ses années de silence... Blaise Pascal a résumé au mieux le débat, qui ne s’éteindra pas : "Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire." Le christianisme poursuit sa course, tant il est vrai qu’il est fondé sur la liberté de chacun et qu’à ce titre il demeure tout aussi subversif après deux millénaires.

C) Historicité de Jésus 1 Peut-on nier l’existence historique de Jésus ? (par l’Opus Dei)

Actuellement, les analyses historiques les plus rigoureuses sont d’accord pour affirmer en toute certitude — y compris en faisant totalement abstraction de la foi et du recours aux sources historiques chrétiennes pour éviter toute méfiance éventuelle — que Jésus de Nazareth a existé, a vécu dans la première moitié du Ier siècle, était juif, a passé la majeure partie de sa vie en Galilée, a formé un groupe de disciples qui l’ont suivi, a suscité de fortes adhésions et espérances par ce qu’il disait et par les faits admirables qu’il réalisait, a été au moins une fois en Judée et à Jérusalem, à l’occasion de la fête de la Pâque, a été regardé avec méfiance par certains membres du sanhédrin et avec suspicion par l’autorité romaine, moyennant quoi il a fini par être condamné à la peine capitale par le procureur romain de Judée, Ponce Pilate, est mort cloué sur une croix. Une fois mort, son corps a été déposé dans un tombeau, mais au bout de quelques jours son cadavre ne s’y trouvait plus.

Le développement contemporain de la recherche historique permet d’établir ces faits comme étant prouvés, ce qui n’est pas peu de chose concernant un personnage d’il y a vingt siècles. Il n’existe pas d’évidence rationnelle permettant d’assurer avec plus de certitude l’existence de personnages tels qu’Homère, Socrate ou Périclès, pour ne citer que quelques-uns des plus connus, que celles apportées par les preuves de l’existence de Jésus. Et même les données objectives, vérifiables de façon critique, que nous possédons sur ces personnages sont presque toujours des détails.

Le cas de Jésus est différent, non seulement en raison de la trace profonde qu’il a laissée, mais aussi parce que les informations fournies à son sujet par les sources historiques dessinent une personnalité et soulignent des faits qui vont au-delà de l’imaginable et de ce que peut être disposé à accepter quelqu’un qui pense qu’il n’existe rien au-delà du visible et de l’expérimentable. Les données invitent à penser que Jésus était le Messie qui devait venir gouverner son peuple comme un nouveau David et, plus encore, que Jésus était le Fils de Dieu fait homme.

Pour accueillir vraiment cette invitation, il faut compter sur l’aide divine, gratuite, qui donne une splendeur à l’intelligence et la rend capable de percevoir dans toute sa profondeur la réalité dans laquelle elle vit. Il s’agit d’une lumière qui ne défigure pas cette réalité, mais permet de la capter avec toutes ses nuances réelles, dont beaucoup échappent au regard ordinaire. C’est la lumière de la foi.

Source de cette partie B :

http://fr.be.opusdei.org/art.php?p=21602

D) Le personnage historique de Jésus, un mythe construit de toute pièce

Source : http://www.slate.fr/story/104227/ci...

La plupart des historiens universitaires spécialistes de l’antiquité pensent que le Nouveau Testament (les évangiles) sont « de l’histoire transformée en mythologie religieuse ». En d’autres mots, ils estiment qu’autour du début du premier siècle un rabbin controversé nommé Yeshua ben Yosef a gagné un certain nombre d’adeptes et que sa vie et ses enseignements ont fourni les éléments de départ de ce qui est devenu le Christianisme.

Dans le même temps, ces universitaires reconnaissent que de nombreuses histoires bibliques, une vierge qui donne naissance à un enfant, les miracles, la résurrection... sont une reprise de thèmes mythiques courants au Moyen-Orient à la même époque.

Depuis plus de 200 ans, un grand nombre de théologiens et d’historiens a cherché dans les textes anciens inclus dans la bible ou pas, à découvrir l’homme Jésus à travers le mythe. L’hypothèse selon laquelle Jésus n’aurait jamais existé et serait un mythe construit pour donner un socle à une religion naissante est très minoritaire encore aujourd’hui. C’est sans doute lié au fait que pendant des siècles tous les chercheurs sérieux sur les origines du christianisme étaient eux-mêmes chrétiens.

Mais un nombre croissante d’universitaires s’interroge maintenant ouvertement sur la réalité historique de Jésus. Et ils avancent plusieurs arguments pour douter de la réalité de l’existence du personnage. Voilà cinq de leurs arguments.

- 1- Aucune preuve matérielle du premier siècle confirme l’existence de Yeshua ben Yosef. Selon les termes de Bart Ehrman, Professeur de l’Université de Caroline du nord : « Qu’est-ce que disent les auteurs païens de l’époque de Jésus sur lui ? Rien. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’existe pas la moindre mention de Jésus par ces contemporains païens. Il n’y a pas de trace de naissance, de transcription de procès, de certificat de décès. Il n’y a pas la moindre expression d’intérêt, pas de calomnies, pas de références passées, rien. Même dans tout le premier siècle, il n’y a quasiment pas de référence à Jésus par une source non juive ou non chrétienne ».

- 2- Plus frappant encore, les premiers auteurs du Nouveau Testament semblent ignorer la plupart des détails de la vie de Jésus. Paul semble ne pas avoir été informé de sa naissance d’une mère vierge. Aucun mage, aucune étoile à l’est, aucun miracle. Paul ne fait pas référence à l’autorité de Jésus même pour prouver ce qu’il avance. Il ne présente jamais les 12 apôtres comme des disciples et en fait ne dit jamais que Jésus a des disciples, que Jésus fait des miracles et que Jésus donne des enseignements. Pierre et Jean qui sont sensés être des personnages importants des débuts du christianisme sont considérés comme insignifiants par Paul qui s’oppose à eux et ne les considère pas comme de vrais Chrétiens !

- 3- Même les évangiles ne se revendiquent pas comme des récits de première main. Nous savons maintenant que les quatre évangiles qui se sont vus donnés les noms des apôtres Mathieu, Marc, Luc et Jean n’ont pas été écrits pas eux. La désignation des noms donnés à ces évangiles s’est faite aux deuxième siècle, environ 100 ans après les débuts supposés du Christianisme.

- 4- Les évangiles, les seuls récits « historiques » de la vie de Jésus, se contredisent à de très nombreuses reprises.

- 5- Les chercheurs modernes, ils sont nombreux depuis plusieurs décennies, qui affirment avoir finalement découvert des traces du « vrai » Jésus décrivent en fait des personnes très différentes. On trouve pêle-mêle un philosophe cynique, un religieux juif orthodoxe charismatique, un Pharisien libéral, un rabbin conservateur, un zélote révolutionnaire, un pacifiste non violent. Une liste complète se trouve ici.


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