Colonisation française du Niger et du Tchad par la colonne Voulet Chanoine Joalland : un crime contre l’humanité

jeudi 18 décembre 2014.
 

12 novembre 1898 : L’armée française entre dans Ouagadougou.. 22 avril 1900 : Le drapeau français flotte sur le Tchad 25 juillet 1900 : Le domaine attribué à la France entre Niger et Tchad devient le 3ème Territoire militaire. Comment cette conquête s’est-elle réalisée ?

Le texte ci-dessous s’appuie sur le livre que tout progressiste doit lire "Les fils de rois" basé sur une lecture rigoureuse des archives militaires.

1 Ouagadougou

En juillet 1898, le capitaine Voulet, chef du détachement chargé de marcher sur le Tchad, a prévenu par écrit ses supérieurs : « Il serait présomptueux de ma part de prendre quant aux régions à l’Est de Say d’autres engagements que celui d’assurer le succés ». Voulet, comme son second Chanoine, « tiennent des raisonnements sur les avantages de la terreur, prétextant que la guerre la plus « humanitaire », est la plus courte, donc la plus impitoyable. Ils avaient tous deux la prétention de gagner le cœur de leurs soldats en laissant libre cours à leurs plus bas instincts ».

Fin octobre 1898, en zone déjà colonisée, la troupe Voulet Chanoine stationne « à Ségou. Aucun nouveau commandant de région n’aurait cru bon de déroger aux coutumes de ses prédécesseurs. L’un d’eux eut six femmes attitrées dont cinq avaient de dix à quinze ans ». Comment les soldats se répartissaient-ils les femmes ? « La sélection s’effectuait ainsi : les femmes étaient rassemblées sur la place d’appel et, suivant son grade et son ancienneté, en commençant par les Européens, chacun choisissait la « moussa » qui lui plaisait... »

« Le 12 novembre, à 9 heures, le détachement entra dans Ouagadougou. Le retour de l’ancien conquérant pétrifia les indigènes... ». En 1896, « il faisait achever ses porteurs trop fatigués pour pouvoir aller plus loin. Blancs et Noirs de sa mission étaient tous des voleurs : les céréales et le bétail les attiraient. En plein jour, sur les grands chemins, dans les marchés et aux marigots, les uns après les autres, en riant, ils violaient toutes les femmes jeunes et gardaient les plus belles... Le jeune officier à la recherche de l’empereur Mog’Naba ... faisait décapiter les vaincus quand il ne maniait pas la lame lui-même : les vaincus s’allongeaient devant lui et tendaient le cou, faute d’avoir su répondre. Partout, villages dévastés et incendiés signalaient son passage... Voulet avait fait tuer et éventrer des femmes enceintes dont il avait examiné, disait-on, à l’aide de sa canne ou de sa cravache, le contenu palpitant des entrailles. A Lergo... il avait fait décapiter quarante innocents ».

A Ouagadougou, la colonne prit le temps de grossir et de pourvoir à son ravitaillement : bœuf à bosse du Niger, moutons, chevaux, toiles, mil... « En quittant Koupéla le 24 novembre pour s’enfoncer dans le Gourma ... Chanoine ne pouvait plus suivre la ligne télégraphique car sa construction avait déjà saigné le pays et il ne restait plus assez d’hommes valides pour porter plus avant la voix de la civilisation ». Il remonta donc vers Say et Sansonné-Haoussa.

2) Sansanné Haoussa

Le 5 janvier 1899, la colonne Voulet Chanoine campa à Sansanné Haoussa. A l’intérieur du campement, sur une île malsaine, « se trouvait le plus extraordinaire ramassis d’êtres humains : tout d’abord huit cents porteurs mossis parqués dans un espace entouré d’une haie d’épines. Puis les prisonniers capturés en cours de route, de Say à Sansanné Haoussa, ou lors des reconnaissances, entassés dans une autre enceinte ».

« La dysenterie rongeait les porteurs. Depuis qu’ils étaient sur ce tas de sable au bord du fleuve, ils avaient passé leurs nuits à trembler de détresse et de froid, nus, sans abri, sans même une couverture... Ils étaient, cela va sans dire sous-alimentés... Le docteur Henric les maintenait en quarantaine, car ils répandaient une odeur infecte ».

« Qu’on me foute la paix avec cette négraille ! hurlait le capitaine Chanoine... des porteurs ? Je vais vous en trouver, moi, des porteurs ! Il était aussitôt parti avec ses cavaliers. Quand ils étaient rentrés, ils ramenaient une centaine de gaillards hébétés. Ils avaient aussi pris quelques femmes, comme ça, pour se changer les idées ».

« Les razzias opérées dans les villages pour se procurer des porteurs se multiplièrent. A ses tirailleurs, Voulet avait appris à mettre un point d’honneur à rapporter le plus gros butin possible, le plus grand nombre de femmes, et surtout de réserve de mil ou de riz. .. quatre vingt prisonniers furent attachés au moyen de lanières qui les étranglaient presque. Ceux qui faiblissaient ou refusaient d’avancer étaient abattus. ».

« Le 9 janvier, le chef des Kourteï contemplait, impuissant, les cadavres de cent un hommes, femmes, enfants percés de coups de lance et de baïonnette... Sur les ordres de Voulet, les tirailleurs avaient rapporté les mains ou les têtes des ennemis, afin que l’on puisse contrôler, preuves à l’appui, les chiffres qu’ils avançaient ».

« Le sort de Sansanné Haoussa fut décidé. On commença par s’y fournir régulièrement et gratuitement, en légumes, en mil, en volailles et en poissons. Ensuite, quand les greniers et les jardins furent vides, que l’or se fit plus rare, on s’en prit aux jardiniers, à leurs enfants et, bien évidemment aux femmes. Celles-ci payèrent un lourd tribut. On en pendit quelques-unes, puis d’autres encore, enfin quelques dizaines après en avoir largement usé par escouades entières ».

3) La colonne en marche

« Le vendredi 13 janvier, la saison sèche commencée, l’armée passa de l’autre côté du fleuve pour marcher au Nord-Est. L’immense caravane occupait un front de plusieurs kilomètres... au centre du dispositif avançait le convoi des animaux de bât ainsi que le gros des porteurs... à droite marchaient les femmes ; elles allaient pour la plupart dans le plus simple appareil, portant sur la tête les ustensiles de cuisine et la vaisselle... A gauche, les troupeaux piétinaient ; des bergers foulbés, enlevés avec leurs bêtes, menaient bœufs, vaches, veaux et quelques chèvres... »

« Derrière la colonne, le long du Niger, de grands bâtons étaient plantés dans le sol. Des pécheurs, autrefois, y auraient mis leurs filets à sécher. Désormais, fichées au sommet de ces pieux, c’étaient des têtes qui pourrissaient au soleil, dévorées par les mouches... Liboré dut fournir chevaux, moutons et bœufs, ses habitants avaient été massacrés et les hameaux alentour incendiés ».

« La marche sur Hamdallaye fut terrible. La colonne s’étirait sous un soleil brûlant... en zone sahélienne... Quand un porteur venait à faiblir, un unique avertissement lui était signifié, sous la forme d’une grêle de coups. Inévitablement, le malheureux chancelait quelques mètres plus loin. Un coup de sabre ou une balle de révolver marquait pour lui la fin du voyage... A l’avant, Voulet ne daignait même pas se retourner sur ce piètre spectacle ».

« Hamdallaye fut pillé et brûlé après que les hommes exaspérés eurent massacré vingt cinq femmes et enfants. Voulet systématisa la politique de la terre brûlée : le 25 janvier, il dépêchait Peteau avec l’ordre de tout détruire dans un rayon de quinze kilomètres jusqu’au moindre grain de mil ».

« Le 27, la mission déboula à Dounga. Le soir, autour des feux, puis plus tard sous les tentes, ce fut à nouveau la bamboula. On fit ripaille, on se « maria »... Le nombre de femmes « autorisées » était passé de deux cents à huit cents, peut être mille »...

4) Les autorités françaises informées par plusieurs rapports

En avril 1899, la colonne Voulet Chanoine ravageait le centre du continent depuis déjà 6 mois. « La terre d’Afrique bruisse de mille échos ». Des rapports en informaient les autorités françaises comme celui du commandant Crave le 19 mars ou de « Monsieur Peteau » début avril. Le 17 avril, un rapport de Melle Corvin parvint au ministère des Colonies. Jusqu’à présent, le gouverneur du Soudan temporisait : « la prudence conseillait d’attendre les révélations verbales du commandant Crave, de faire la part des inexactitudes, des témoignages de deuxième main, de ne pas accuser Voulet à la légère ». Le 18 avril, il reçut un deuxième rapport du capitaine Granderye. Il affirmait que Voulet justifiait les réprésailles par l’action de Touaregs belliqueux ; or, il n’y avait aucun Touareg dans cette région. Prétexte.

« C’est pour excuser ses meurtres, son pillage et ses incendies... L’esprit des populations est excellent puisque, après les pillages commis par la colonne Chanoine, au lieu de s’enfuir elles sont restées tranquilles dans leurs villages ruinés, se contentant de réclamer, et encore timidement... A Kakou, les habitants hommes et femmes ont été déshabillés et laissés entièrement nus. Tout le mil encore sur pied a été coupé et brûlé pour ne laisser aucune réserve aux habitants... Dans le Tarodi, les cadavres des porteurs tués par ordre commençaient déjà à jalonner la route suivie par la colonne... Sur la rive gauche, toute la région a été mise à feu et à sang. Beaucoup de villages ont été brûlés... A Sansanné Haoussa ... environ quatre vingt dix à cent vingt femmes et enfants furent assassinés à coups de baïonnette parce que les femmes étaient trop vieilles et les enfants trop petits pour suivre la colonne... A Hamdallaye, brûlé et pillé, vingt-cinq femmes nues noires et de petits enfants ont été massacrés à coups de baïonnette... A Karma, le capitaine Chanoine fit réunir tous les hommes sous prétexte de faire un cadeau au chef ; il en emmena 40 et fit exécuter 50 autres... Quant aux porteurs, chaque fois que l’un d’eux ne peut plus suivre, on l’abat à coups de sabre ou de baïonnette pour économiser les balles... A Say, une vingtaine de cadavres abandonnés ont été seulement jetés dans un bouquet d’arbustes... »

Les autorités françaises décidèrent alors d’envoyer une deuxiéme colonne dirigée par le colonel Klobb pour faire un constat sur l’action de la mission Voulet Chanoine. Cette unité aussi, va avoir besoin de porteurs et de nourriture ; cependant, ses rapports, aussi froids et neutres soient-ils, nous donnent aujourd’hui des informations irremplaçables.

5) La mission Voulet Chanoine Joalland à Birni n’Koni

Le 9 mai 1899, la troupe continua sa mission en direction du Tchad. Elle atteignit ainsi Birni n’Koni dont quelques « guerriers » essayaient de protéger l’accès à l’aide de flèches et de pavés. Les boulets de canon de Joalland en vinrent aussitôt à bout. Les habitants quittèrent la ville. « On les laissa sortir, les gens de Birni n’Koni. Pour peu, ils auraient cru que le salut se trouvait au bout de cette course effrénée. Mais Voulet les attendait. Les femmes et les enfants d’abord. Puis, les vieux, armés de leurs bâtons, les « chibanis » et les aveugles... On sabra jusqu’à épuisement... »

« On suivit les survivants dans la ville... l’intérieur ressemblait à une taupinière, avec des rues couvertes, des maisons fraîches et propres construites autour de patios, avec des logements pour les femmes, des bains, des serviteurs, des écuries, des greniers pleins de bonnes choses... Les boutiques regorgeaient de marchandises et de tant de monde qu’on ne savait plus qu’en faire. Les tirailleurs n’en croyaient pas leurs yeux. Les gosses : un coup de crosse suffisait à les faire taire, leur crâne explosait comme une noix. Les femmes qu’on ne gardait pas, on leur enfonçait la baïonnette « par le trou qui est fait exprès » comme disait le sergent Laury ».

« Il suffisait de pousser une porte du pied pour se trouver devant un vieillard en longue robe blanche... Un coup de sabre ou de baïonnette et il tombait en blatérant comme un chameau. Derrière, dans le noir, il y avait la douzaine de paires d’yeux des enfants qui vous regardaient... Les gosses, on les tuait à coups de crosse. C’était facile. Puis on sortait les femmes dans la cour. Et si on en avait envie, c’était le moment. On les écartait, on les dépiautait ; l’affaire était faite ! On prenait ce qui avait été épargné par la vérole... Les autres, on les saignait comme des brebis. Les hommes, ivres de sang et d’enthousiasme, étaient épuisés. Toute la colonne de combat avait disparu dans la ville et se donnait du bon temps... »

« On fit asseoir cinq à six mille prisonniers au soleil, en attendant de les trier. On dressa un enclos au bord du fossé. Puis un autre encore, plus petit, pour les femmes... On avait capturé le sultan ... Chanoine le fit jeter à ses pieds et lui cracha au visage... le fit raser complètement... lui arracha ses vêtements... lui donna lui-même plusieurs coups de cravache ».

« Le soir, on « dépucela » toutes les femmes. Cette fois, l’honneur en revient aux artilleurs, qui l’avaient bien mérité... Les artilleurs de Joalland artillèrent donc, sous les acclamations de leurs camarades... On fit ripaille... Tard dans la nuit, on vit des tirailleurs ivres morts, vautrés dans leur butin. On ne mangeait plus mais on buvait encore... Le lendemain, il fallut dégager les cadavres des ruines, des cours et des rues. Il fallut cinq jours pour venir à bout de cette tâche macabre... Une terrible chaleur régnait sur la ville. L’odeur était infecte. On jeta les cadavres pêle-mêle dans les fossés, avant de les recouvrir de terre. Sept ou huit mille, on ne savait plus très bien... Le 15 mai, quatre corvées détruisirent toutes les cases et les magasins à mil »... Le 23, les officiers Joalland, Henric (médecin) et Bouthel (dont la compagnie est chargée des femmes dans le convoi) signent le rapport : « Le sergent major Laury fera mettre le feu aux cases et aux magasins ».

Quand la mission quitta Birni n’Koni, le 24 mai 1899, la petite ville, située sur la carte 2°49’ de longitude et 13°46’35’’ de latitude avait cessé d’exister. Pendant ce temps, le colonel Vimard, gouverneur du Soudan, avait longtemps temporisé, craignant pour ses galons, pratiquant la rétention des informations. Le 28 avril, il se décida enfin à « expédier » l’affaire à Chaudié, gouverneur de l’Afrique occidentale.

6) La colonne infernale

« Depuis Birni n’Koni, les deux chefs blancs s’étaient montrés d’une cruauté inouie. La terreur les précédait. Le 26 mai, on avait pris Darna... et brûlé, dans la foulée le village de Lalamé. Le 28 mai, on alla se divertir à Rima. Là, il y avait du monde, douze à quinze mille habitants... Pour fêter son départ du pays de Konni, la colonne Voulet Chanoine brûla Rima jusqu’à la dernière case. Le 29 mai, à Landazamé, on quitta la vallée du Goulbi n’Rima pour pénétrer dans le Gobir. Le 2 juin, la colonne entra dans Sabon-Birni... les habitants et leur chef avaient vidé les lieux. On y fit un long séjour. Chanoine, en mal de reconnaissance, châtiait ses hommes à tour de bras. Un jour, il condamna toute une section à recevoir vingt cinq coups de corde. De son côté, Voulet interrogeait et faisait décapiter les suspects les plus avares de renseignements... Le 23 juin la mission Afrique-Centrale était réunie au grand complet à Tibiri... Pour les soixante prisonniers locaux que Voulet avait sous la main ... ce fut l’horreur ». Le 26 juin, Chanoine et Joalland campèrent à karangoni. Le lendemain, Chanoine déboucha sur Katiata. Le 30, Voulet le rejoignit.

« Tout au long du mois de juin, on avait baigné dans l’orgie. Chaque village, désormais, était mis à sac. On en était venu à ne plus savoir que faire des prisonniers. Captives et porteurs encombraient le convoi. Alors, on tuait. Systématiquement. On avait cessé de décapiter ; la force de l’habitude poussait les hommes à faire preuve d’imagination. On pendait, on assommait, on précipitait les corps dans les puits inutiles, on brûlait, on laissait pourrir les cadavres en plein champ. Une horde de chiens, sûrs de trouver leur pitance, suivait l’armée. La nuit, les hyènes venaient tirer les pendus par les jambes, attirées par cette excellente nourriture. Les cordes étaient longues, les arbres étaient bas. Le pendu mourait lentement, les pieds tournoyant à quelques centimètres du sol, espérant, jusqu’au bout, pouvoir enfin reprendre souffle et reposer les membres tétanisés. C’était un jeu.

« Le soir devenait morne à la popote des officiers. Voulet avait souvent des crises d’apathie... Chanoine souffrait épisodiquement de dysenterie... Il ne tenait plus de registres, ne noircissait plus de colonnes... Le 1er juillet, le détachement de combat se présentait à Koran-Kalgo... Chanoine fit exécuter des « prisonniers » : cent cinquante femmes et enfants. Le 7 juillet, la colonne de combat fit une reconnaissance vers Magarya, puis Guidam-Boultou.

7) La colonne Klobb- Meynier à la poursuite de la colonne Voulet Chanoine Joalland

« A partir de Lougou et Tongana », cette deuxième colonne constate de visu le passage de la première, assez peu de temps auparavant : des « objets divers abandonnés », des « villages incendiés » et des « ossements humains épars ». « Sur leur route, ce n’était plus que villages brûlés ou ruinés : Doundahé, Diuoane, Koulti, Bazaga »...

Le 26 juin, ils parviennent à Birni n’Koni où le colonel Klobb note que Voulet Chanoine et Joalland ont tué là « mille hommes ou femmes, pris les sept cents meilleures femmes, les chevaux et les chameaux ». Le lieutenant Meynier précise entre autre que des fosses communes, il a vu surgir « de ci de là, des débris humains sur lesquels s’exerçait la faim de grands chiens efflanqués ». ils remarquent tous deux que les fossés « avaient été remblayés pour servir de fosses communes ».

De Birni n’Koni à Gollelé « les villages étaient toujours désespérément vides, dévastés, brûlés, pillés de leurs vivres ». Le 3 juillet, la troupe quitta la forêt. « Les rives du Goulbi n’Sokoto étaient défrichées et, au milieu de très riches cultures, les voyageurs découvrirent de nombreux villages. Il n’en restait plus que des ruines. Comme les autres, Sabon birni avait été dévasté »... Le 5 juillet, après le passage dans Aragourni, Klobb nota froidement : « Voulet brûle tout exactement... les habitants terrorisés par son passage s’enfuient généralement en me voyant venir »...

Le 6 juillet on découvrit les cendres de Tibiri où le rapport note « Immense village avec beaucoup de vides ; complètement brûlé... Femmes pendues ». Klobb et Meynier font une sinistre découverte « des cadavres de dizaines de femmes pendues dans les bosquets environnants »...

11 juillet. La colonne atteignit Koran-Kalgo. « Horreur indicible ». « Arrivée dans un petit village brûlé rempli de cadavres. Deux petites filles se balancent au bout d’une branche (colonel Klobb). »

Les péripéties de la rencontre entre la colonne Klobb Meynier et celle de Voulet Chanoine Joalland n’ont pas d’intérêt ici. Notons seulement que les deux sont rassemblées sous les ordres de Joalland pour continuer la marche victorieuse vers le Tchad.

8) La colonne Joalland parvient au Tchad

Le regroupement des deux colonnes fournit une force militaire apte à apeurer toute l’Afrique Centrale . C’est ainsi que l’ancien sultan de Zinder qui avait résisté à une expédition française précédente fut décapité par la colonne Joalland, sa tête piquée au bout d’une haute perche. Quatre autres exécutions suivirent. « Ce geste d’autorité eut pour effet immédiat d’amener les petits chefs locaux à faire allégeance au nouveau sultan. Celui-ci prit « l’engagement d’approvisionner la garnison de Fort Cazemajou, femmes, serviteurs, esclaves et troupeaux compris ».

Le 13 octobre 1899, Joalland, Meynier et leur colonne atteignirent les rives du Lac Tchad à Ouidi. Joalland en rendit compte immédiatement : « Notre drapeau flotte sur les rives du Tchad... Notre mission a réussi complètement. Je suis fier d’être le chef de cette troupe qui se prépare à la conquête du Kanem ». La colonne, sans autre but précis que s’emparer du Tchad, commença par faire le tour du lac. Les Français s’emparèrent successivement de Nguigmi au nord, de Ngouri au nord est, puis de la rive sud est du lac. Pendant ce temps, la mission « saharienne » de Fernand Foureau et du commandant Lamy « pacifiait » définitivement les territoires traversés par les troupes françaises qui les avaient précédés.

Durant le mois de décembre, la colonne Joalland marcha vers le Sud pour faire sa jonction avec la colonne Gentil qui, selon toute vraisemblance, remontait du Congo. A la veille de Noël 1899, des troupes furent détachées sous les ordres de Meynier pour conquérir le Baguirmi (région entre l’erguig et la route d’Abéché) » ; loin vers le sud elles atteignirent Bousso puis Sahr. Le 3 janvier 1900, « pour fêter le nouveau siècle, Joalland prit Mao, à cent kilomètres au nord du lac », avant de revenir faire sa jonction avec Meynier à Guilbeï..

Le 22 avril 1900, la prise de Rabah (six kilomètres au nord de l’actuel N’Djamena) terminait la conquête du Tchad. « Un des tirailleurs de Joalland abattit le sultan dont la tête fut tranchée pour être exhibée aux vaincus. Meynier reçut une nouvelle blessure aux jambes ».

Le 7 décembre 1900, la Chambre des députés enterra l’affaire Voulet Chanoine. Une écrasante majorité de quatre cent neuf voix s’éleva contre la constitution d’une commission d’enquête. Le 25 juillet 1900, le domaine attribué à la France entre Niger et Tchad devint le 3ème Territoire militaire.

Le 27 août 1904, Marchand, le plus célèbre conquérant colonial français, envoyait une très longue lettre à Meynier dans lequel on trouve cet axiome à méditer : « aujourd’hui chefs illustres ou connus : il n’y a pas de meilleurs soldats que les criminels ».


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