UN REVE OÙ LES TAPIS VOLENT

jeudi 22 décembre 2011.
 

C’est l’histoire, vraie, d’un salarié licencié malproprement, qui m’a confié la défense de ses intérêts. Il a attrait son employeur devant la justice. Il a l’audace de vouloir le faire condamner à lui payer six mois de salaire en dommages et intérêts pour préjudice moral.

« Exorbitant » ! S’égosille le patron. « Le salarié ne cherche qu’à battre monnaie sur mon dos » poursuit-il, éructant.

A ces mots, tout à coup, le salarié se surprend à rêver. Il se demande si son contradicteur ne le confond pas avec ce célèbre personnage richissime, à qui une justice privée a miraculeusement alloué 45 millions d’euros de dommages et intérêts pour préjudice moral.

Le rêve du salarié se déroule dans un théâtre. Au fond de la salle, le pompier de service pleure à chaudes larmes. Il a ôté son casque. Ses larmes s’y déversent. Geint-il sur la détresse de l’employeur prétendument impécunieux ? Non, le salarié veut espérer que c’est plutôt sur son infortune d’être aussi injustement caricaturé. Sur la scène, les tapis volent. L’onirisme parmi le public atteint son comble.

Soudain, l’heureux bénéficiaire de la manne salue cette justice sur mesure. Le rideau tombe. Le salarié reprend ses esprits. Il ne lui reste plus que ses yeux pour pleurer. A moins que la justice publique ne vienne finalement lui mettre du baume dans le cœur. Elle est en pleine délibération.

Voilà où mène l’indécence exorbitante d’un employeur pas plus méchant que les autres, ni plus gentil. Il voudrait nous empêcher de voir les tapis voler. Mais le rêve fait partie intégrante de notre espoir dans une vie meilleure. Certains, mal intentionnés, appellent ça : l’utopie. Pour nous décourager. Je leur réponds : tout est permis à un peuple qui se bat, même l’utopie.

Robert Mascarell

le 21 juin 2011


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