Présidentielles 1995, 2002, 2007, 2012, 2017 : des sondages trompeurs

dimanche 12 novembre 2017.
 

- A) Sondages trompeurs

- B) Rôle des sondages dans leur contexte

- C) Configuration d’un paysage électoral sans danger pour les dominants

- D) Présélection des candidats et coups de pouce

- E) Compléments

A) Sondages trompeurs

Les enquêtes d’opinion jouent un rôle de plus en plus important lors des périodes pré-électorales et électorales. Pour ces présidentielles 2017, plusieurs instituts publient des baromètres quotidiens répercutés par tous les médias écrits, audio, télé et numériques. Ils influencent ainsi fortement les citoyens.

Pourtant, les sondages ne reflètent pas la réalité de l’opinion à un moment donné. Les pourcentages publiés sont "pondérés" par des critères hautement discutables dont les résultats des élections précédentes. Ainsi, le fameux sondage Kantar qui a été publié au soir du second tour de la primaire socialiste était "pondéré" par les écarts entre Hollande et Mélenchon en 2012 et, plus étonnant, par l’écart aux régionales 2015 entre listes soutenues par le Parti Socialiste et listes soutenues par le Parti de Gauche. Il est surprenant de voir de prétendus experts défendre la spécificité de l’élection du président de la république comme "rencontre d’un candidat et du peuple" et défendre en même temps des pondérations de sondage prenant en compte des votes où, par exemple, Jean-Luc Mélenchon n’était pas candidat. Le seul souci est de marginaliser politiquement celui-ci : seuls les couillons ne peuvent le comprendre.

La fréquence des sondages pose un second problème. Ils créent ce que les sociologues appellent une "influence sociale" sur les citoyens, comme la publicité d’une grande marque, phénomène vérifié par de nombreuses études. "Une population réagit selon le phénomène sociologique de l’INFLUENCE SOCIALE : les gens ont tendance à faire comme les autres, indépendamment de la qualité du produit ou de leur point de vue personnel car l’avis de la majorité est perçu comme celui de la vérité." Un article de ce site analysait le processus en ce qui concerne les "tubes" musicaux :

Les entreprises et les médias fabriquent les "tubes" musicaux

Aussi, des instituts essaient de temps en temps de peser sur l’opinion par un sondage favorable.

Quand Bolloré devient propriétaire de l’institut de sondage CSA, Nicolas Sarkozy gagne 4 points dans le "baromètre mensuel"

Dans le domaine électoral, un bon sondage pour un candidat crée une boule de neige qui apporte à celui-ci d’autres bons sondages. Ce processus a été étudié par exemple pour le sondage lors des primaires socialistes de 2011 qui a fait passer François Hollande de 3% à plus de 30%. Que s’était-il passé ? ce sondage a fait croire à de nombreux électeurs que le "vote utile" pour la gauche était le bulletin François Hollande.

Le sondage Kantar de la fin janvier a-t-il été suivi d’autres bons sondages pour Benoît Hamon ? Oui, mais nous ne connaîtrons jamais les coefficients utilisés par les instituts qui ont truqué les résultats bruts.

En juillet 2011, L’Express a publié un dossier au titre évocateur "Sondages trompeurs". Hugues Cazenave, président d’un institut, auteur d’un ouvrage sur le sujet, insistait sur plusieurs points pour améliorer la crédibilité des sondages :

- "Les résultats publiés par les instituts sont pondérés, avec l’objectif d’en améliorer la précision. Ces redressements alimentent souvent les soupçons de manipulation. Même si ces résultats bruts sont faux, la demande de transparence est telle que l’on ne peut plus y échapper."

- enrichir les questionnaires pour qu’ils soient moins limitatifs, moins directifs pour les sondés, plus aptes à donner l’état de l’opinion

Denis Pingaud, vice-président d’Opinionway, auteur de Secrets de sondages (Seuil) apporte trois sujets dans le débat pour améliorer la fiabilité des sondages et de leur exploitation :

- « Dans la précipitation voulue par la dictature de l’urgence ou sous la pression de commanditaires pas toujours scrupuleux, fleurissent parfois des sondages publiés aux relents d’éléments de langage au service d’une stratégie de communication ! »

- Le deuxième sujet est la question de l’interprétation des travaux des instituts par des médias parfois plus soucieux de leur ligne éditoriale que de la compréhension, forcément plus complexe, des données.

Le troisième sujet, enfin, est fondamental et tient à la capacité des sondeurs à déployer des outils susceptibles d’expliquer les ressorts parfois obscurs de la formation et de la cristallisation des opinions.

La fiabilité globale des sondages s’est-elle améliorée entre 2011 et 2017 ? Absolument pas.

B) Rôle des sondages dans leur contexte

La fonction et les limites des sondages ne peuvent s’analyser indépendamment du contexte dans lequel ils s’inscrivent, un système économique, institutionnel et médiatique assez complémentaire.

B1) Médias et sondages

François MIQUET-MARTY, président de Viavoice, analyse bien le phénomène. « Les sondages influencent l’opinion, et selon deux modalités distinctes. Les spécialistes décrivent traditionnellement ces deux effets sous les termes d’effet « bandwagon » (les sondages en faveur de tel ou tel candidat incitent un nombre croissant d’électeurs à soutenir ces candidats) ou, à l’inverse, d’effet « underdog » (les sondages en défaveur de tel ou tel candidat incitent un nombre croissant d’électeurs à se détourner de ces candidats). Les phénomènes d’amplification sont les plus connus. En général, ils ne sont pas imputables aux seuls sondages, mais à un tandem sondages-médias : sur la base d’enquêtes d’opinion, les journalistes accordent une visibilité plus forte au candidat, le présentent comme un possible challenger de ses compétiteurs les mieux placés. Ainsi s’installe un double phénomène de visibilité et de crédibilité croissantes qui favorise, en retour, une progression des scores du candidat sur des registres différents. »

L’exemple de la promotion médiatique de Ségolène Royal comme candidate socialiste pour 2007 est encore le plus clair :

- lancement par Paris-Match le 22 septembre 2005 suivi d’une présence très forte dans l’ensemble de la presse.

- Début 2006, Le Point la désigne « femme de l’année »

- « Les sondages se sont ensuite enchaînés, confirmant son succès, ainsi que les couvertures médiatiques. » (François MIQUET-MARTY)

B2) Cinquième république et sondages

Les institutions de la 5ème république sont parmi les plus habiles de la planète pour protéger les intérêts des puissants. Sachant qu’un grand parti de droite n’a jamais survécu longtemps en France, elles privilégient la fonction du "président" qui peut ainsi façonner un parti ou un rassemblement autour de lui. Durant les campagnes, cela implique de mettre en avant chaque candidat et ses "qualités" plutôt que les propositions politiques. Pour 2017, Emmanuel Macron se coule dans ce moule autocratique en affirmant que «  Le programme n’est pas le cœur d’une campagne  ».

La campagne électorale permettrait "la rencontre d’un candidat et du peuple" ; en fait, elle a pour but de limiter le choix des citoyens pour le second tour.

Le couple médias/sondages contribue considérablement :

- à valider cette focalisation de la vie politique sur les individus présidentiables dans la mentalité moyenne des citoyens avec des "enquêtes" à répétition comme le tableau de bord politique mensuel de l’IFOP qui classe les personnalités du champ politique en fonction de leur écho médiatique du moment.

- à orienter l’opinion vers certains candidats.

L’élection présidentielle elle-même a pour but de faire croire aux citoyens que la souveraineté populaire est réelle dans la 5ème république. Or, tel n’est pas le cas.

Se déroulant durant environ six mois, si la campagne était construite sur les propositions des candidats pour répondre aux questions concrètes du pays ( chômage, dette publique, pouvoir d’achat, retraites, santé, éducation, traité budgétaire européen...), les privilégiés auraient tout à craindre d’une éducation citoyenne, d’une percée d’idées anti-capitalistes. Aussi, médias et instituts de sondage influencent lourdement le cadre dans lequel l’élection doit se préparer.

B3) Capitalisme, libéralisme, social-libéralisme et sondages

Pour ne pas être trop long, je renvoie le lecteur à d’autres articles mis en ligne sur ce site :

Concernant l’influence des réseaux du social-libéralisme, Jean-Luc mélenchon avait signalé leur activité en faveur de Dominique Strauss Kahn La farce des sondages est destinée à peser sur le réel

Concernant la propriété des instituts, je conseille au lecteur la 3ème partie (Qui possède et contrôle les instituts de sondage ? ) de l’article d’Hervé Debonrivage "Instituts de sondage : agents du maillage de l’espace mental social

" Les sondages imposent les problématiques de la classe dominante" (Pierre Bourdieu)

C) Sondages, médias et configuration d’un paysage électoral sans danger pour les dominants du système

Jean-Luc Mélenchon et son programme L’avenir en commun étaient en bonne position pour peser lourdement sur cette présidentielle. La polarisation des médias et des sondages sur la primaire de la "Belle Alliance Populaire" a essayé d’évacuer ce fait.

La primaire socialiste pour 2017 a bénéficié dans tous les grands médias de l’appellation usurpée de "primaire de la gauche" alors que ni EELV, ni le PCF, ni le PG, ni l’extrême gauche, ni même le MRC ou le MUP n’y participaient. Surtout, le battage autour de cette élection a été ahurissant, avec des débats surmédiatisés (les instituts de sondage prétendant même savoir quel candidat avait gagné chaque partie parmi les auditeurs sympathisants de gauche ayant l’intention de voter), avec des chaînes d’info restant sur le sujet la journée entière.

Après trois mois de débat pour les "primaires" et l’élection du duo Fillon Hamon, les électeurs ont-ils progressé dans leur compréhension des enjeux politiques de 2017 ? Non, car tous deux ont évacué les questions importantes d’actualité : le CETA, le nouveau traité européen, la mondialisation financière, les risques de guerre...

La preuve que les électeurs n’ont pas progressé dans leur compréhension des enjeux politiques de 2017, c’est que Marine Le Pen, aussi éloigné que soit son projet électoral des aspirations des Français, est toujours en tête des sondages.

C1) Tout paysage médiatique et sondagier évacuant les débats de fond, les axes de programme, favorise l’extrême droite. Fascisme et milieux populaires

Dans le système capitaliste, la principale fonction du fascisme et de l’extrême droite, avant la prise de pouvoir, a toujours consisté à gagner une audience, une implantation, une base électorale dans les milieux ouvriers, populaires et précarisés.

Comment ? Il utilise quelques mots sensibles dans ces couches sociales en évitant tout ce qui pourrait être dangereux pour les riches, dangereux pour le système capitaliste.

Parmi les exemples connus, voici celui de l’Allemagne avant la création du parti nazi :

Allemagne Pourquoi et comment le patronat a fondé le fascisme ?

Dans chaque pays européens, dans les années 1930 comme aujourd’hui, des millions de personnes sont précarisées par la logique de la mondialisation capitaliste. Que faire de la grande masse des exclus du système (marginalisés, précarisés, paupérisés) ? Les Le Pen s’inscrivent parfaitement dans cette opération servant ainsi de complément utile au système, dénonçant l’ouverture des frontières mais organisant (pour plusieurs dirigeants) l’évasion fiscale, formatant les désespérés sur des inepties fascisantes dénonçant l’étranger et le chômeur plutôt que les capitalistes qui peuvent ainsi dormir tranquilles. En cas de crise majeure, les fascistes pourraient participer au pouvoir avec la droite ; en attendant ils forment des électeurs très marqués à droite ; c’est toujours ça de pris sur la gauche et surtout sur les anticapitalistes.

2b) Ritournelles consensuelles des médias et progression du FN : l’exemple de 2002

Instituts de sondages et médias ont créé une campagne superficielle présentant Lionel Jospin comme "le" représentant de la gauche et Jacques Chirac de "la" droite, comme les deux candidats du second tour. Ils installaient ainsi un contexte d’élection fondé sur la personnalisation de la campagne autour du duel Jospin Chirac, écartant les vrais débats d’orientation.

C’est évidemment l’extrême droite qui a le plus à gagner à ce petit jeu de la personnalisation apolitique sur des "chefs médiatiques". C’est évidemment l’extrême droite qui a le plus à gagner à ce petit jeu de l’absence de vrai débat programmatique.

Lionel Jospin a perdu la présidentielle de 2002 en ne politisant pas assez sa campagne comme candidat de gauche. Dans un pays en état d’urgence sociale et politique, un succès d’audimat ne peut suffire à un(e) candidat(e) de gauche. Pour accéder au second tour de la présidentielle, il a besoin d’unir une bonne part de la gauche sur un programme d’union populaire rompant le consensus libéral de la classe dirigeante. Surtout quand la stratégie du principal candidat de droite est de radicaliser son propre camp autour d’une solution sécuritaire de plus en plus musclée. Quant à l’extrême droite, elle comprend parfaitement depuis plusieurs années qu’elle peut déborder la droite et écraser la gauche sur le terrain médiatique démagogique de la "sécurité" et du refus du libéralisme.

Le soir du vote, 21 avril 2002, Chevènement n’obtenait que 5,33% des suffrages exprimés, Jean Marie Le Pen éliminait Lionel Jospin pour le second tour et l’extrême gauche atteignait 10% des suffrages.

Les instituts de sondages n’avaient absolument pas prévu un an avant, six mois avant, deux mois avant, une telle évolution. Ceci dit, certains signalaient l’absence de choix opéré par une grande partie de l’électorat, en particulier en milieu populaire. Or, c’est dans cette couche sociale là que s’est essentiellement opéré le tsunami électoral du 21 avril.

On ne peut seulement incriminer les liens entre grand patronat, droite, grands médias et instituts de sondages dans la conclusion surprise du 1er tour de 2002. Il est évident que la nomenklatura électoraliste socialiste se complaisait dans la logique bipolaire RPR PS, se complaisait aussi dans une campagne fondée sur la personnalisation des candidats, sur le fameux "vote utile" et non sur les questions d’intérêt général (Europe, mondialisation, délocalisations, retraite, pouvoir d’achat, emploi...).

Grands médias et instituts de sondages ont montré lors de ces élections de 2002 :

- à quel point ils participent à l’idéologie dominante de la 5ème république (candidat-président choisi par le peuple par delà les clivages politiques avec une échéance électorale reine : la présidentielle).

- à quel point leur jeu intégré au système peut être catastrophique pour la démocratie. En participant largement à la personnalisation des campagnes et à la dépolitisation des débats, ils contribuent lourdement à propulser l’extrême droite, sa personnalisation du chef, ses réponses simplistes et démagogiques.

Cette erreur de 2002 aurait dû servir de leçon. Ce ne fut pas le cas.

C3) Le social-libéralisme immergé dans l’apolitisme

Depuis au moins 25 ans, le dilemme général des partis dits socialistes est simple : comment garder nos électeurs de gauche tout en sachant que nous ne pratiquerons pas une politique de gauche au gouvernement. La réponse varie selon les candidats :

- faire des campagnes à gauche abstraites préparant des mandats à droite concrets (cas de Benoît Hamon)

- jouer l’intérêt national qui obligerait à une majorité d’intérêt national avec la droite (cas du parti social-démocrate allemand, autrichien...)

- s’allier avec des centristes pour leur laisser la responsabilité de l’orientation pratiquée (cas italien)

- assumer pratiquement et théoriquement la rupture avec le socialisme (cas Valls et Hollande)

Quelle que soit la réponse, la logique politique du social-libéralisme, c’est d’édulcorer au maximum son programme.

Plusieurs organisations influentes du Parti Socialiste Européen ont poursuivi jusqu’au ridicule la logique électoraliste prétendant chercher les voix de prétendus électeurs centristes. L’exemple le plus éclairant est sans doute celui du Parti démocrate italien se présentant sous l’étiquette bateau "L’olivier", se rangeant derrière des centristes puant les combines politiciennes du système comme Romano Prodi...

Désastre électoral de la gauche italienne. Une leçon pour toute l’Europe (4 articles 15 avril 2008)

En 2006 et 2007, Ségolène Royal alla beaucoup plus loin que Lionel Jospin dans le sens d’une adaptation à ce qu’est la "politique" dans le système capitaliste : une comédie conjoncturelle pour faire croire aux citoyens qu’ils choisissent leurs dirigeants. En effet, Ségolène Royal fonda sa campagne sur les techniques de communication à l’américaine : personnalisation à outrance, triangulation (thèmes pris dans le corpus de l’adversaire), référence permanente à des faits de la vie quotidienne pour mieux évacuer les questions politiques centrales posées par cette vie quotidienne...

Pour les présidentielles, meeting de Ségolène Royal à Rodez le 12 mai 2006 : affluence, prestance et divergences

D) Sondages, présélection des candidats et coups de pouce aux représentants du système

D1) Présélection des candidats

Les sondages jouent un rôle important dans la période pré-électorale pour orienter les militants et électeurs vers tel candidat plutôt que tel autre. Les personnalités bénéficiant d’une forte popularité dans l’opinion apparaissent, aussi bien aux yeux des partis qu’à ceux de la presse, comme des candidats légitimes. Plusieurs expériences en attestent, par exemple pour le Parti Socialiste en 1995 ; les mauvais chiffres dans les sondages d’Henri Emmanuelli ont constitué un élément décisif incitant les militants socialistes à lui préférer Lionel Jospin.

- La présélection des candidats pour 2007 est encore plus évidente. Sondeurs et médias créent très tôt un contexte de duel décisif entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Celui-ci est donné avec une telle avance dans son camp par les sondages que les autres candidats possibles comme Dominique de Villepin préfèrent laisser la place. Ségolène Royal est donnée par des sondages à 60% comme candidate socialiste. Avec de telles chances de succès répétées chaque jour par les chaînes de télé, de radio et par les journaux, elle était considérée par les adhérents socialistes comme la seule capable de "tourner la page du 21 avril 2002". Dans les débats des sections socialistes avant le choix du candidat, toute voix critique était vécue comme "voulant faire perdre la gauche".

L’exemple le plus évident restera celui de l’année 2006 où avant les investitures pour 2007. Sondeurs et médias ont créé très tôt un contexte de duel décisif marqué la valorisation de Ségolène Royal comme meilleure candidate face à Nicolas Sarkozy.

"La gigantesque agitation médiatique actuellement organisée autour du duel Sarkozy / Royal annoncé par les sondages balaye à nouveau la prudence politique la plus élémentaire. Au détour d’une analyse de ces sondages, on apprend, presque incidemment, que près de 40% des électeurs interrogés refusent de répondre à ce stade et que leur nombre est particulièrement important dans les milieux populaires. C’est d’ailleurs parmi ces couches populaires que la candidate socialiste accuse le plus fort handicap de popularité, selon la dernière étude de CSA. Ces mêmes catégories populaires qui ont fait cruellement défaut à Linel Jospin en 2002". Hebdomadaire A Gauche du 25 avril 2006

- Nicolas Sarkozy est donné avec une telle avance dans les sondages que les autres candidats possibles comme Dominique de Villepin préfèrent laisser la place.

- Ségolène Royal est donnée par des sondages à 60% comme candidate socialiste. Avec de telles chances de succès répétées chaque jour par les chaînes de télé, de radio et par les journaux, elle était considérée par les adhérents socialistes comme la seule capable de "tourner la page du 21 avril 2002". Dans les débats des sections socialistes avant le choix du candidat, toute voix critique était vécue comme "voulant faire perdre la gauche".

- Pour la gauche antilibérale, José Bové est longtemps donné dans les sondages à 9% d’où la campagne assez sectaire de ses soutiens d’après qui "José bénéficie de cette force électorale parce que n’étant pas encarté, il apparaît comme le seul véritablement unitaire". En fait, Olivier Besancenot terminera à 4,08%, Marie-George Buffet à 1,93%, Arlette Laguiller à 1,33% et José Bové à 1,32%.

D2) Quand la droite et plusieurs instituts de sondage se tiennent par la barbichette

Généralement propriété de grands groupes capitalistes, plusieurs oscillent entre la nécessité de maintenir leur crédibilité et un rôle d’auxiliaire du pouvoir politique de droite lié aux intérêts des puissants.

L’exemple le plus éclairant durant cette campagne pour la présidentielle 2012 nous a été fourni par l’IFOP ( propriété de Laurence Parisot, présidente du Medef) au lendemain du meeting de Nicolas Sarkozy à Villepinte. Après une préparation médiatique sur des "courbes" se rapprochant, Nicolas Sarkozy est donné le lendemain de son discours à 28,5% devant Hollande 28%. Tous les médias de la presse écrite et audiovisuelle reprennent l’information comme un scoop décisif.

Or, la fiche technique du sondage nous apprend qu’il a été réalisé pour partie au téléphone et pour partie par réponse d’internautes volontaires. Le droit au secret des sondeurs sur l’origine de ces "volontaires" laisse place à toutes les manipulations possibles.

D3) Sondages et coups de pouce au PS : François Hollande en 2012, Benoît Hamon en 2017

Pour l’élection présidentielle de 2012, le scrutin de désignation du candidat a eu lieu le 9 octobre 2011, suivi d’un second tour le 16 octobre suivant. Six candidats postulaient à l’investiture : Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Ségolène Royal, Manuel Valls, François Hollande et Jean-Michel Baylet.

En décembre 2010, François Hollande ne bénéficiait que de 3% d’intentions de vote. Après l’affaire du Sofitel de New York entraînant l’élimination de fait de Dominique Strauss-Kahn, François Hollande est devenu le représentant d’une orientation social libérale atlantiste. A ce moment-là, le sondage CSA le donnant à 33% et celui d’Opinion Way à 62% ont complètement modifié le champ politique de la primaire.

Comme en 2007 où les sondages flatteurs avaient orienté les militants vers Ségolène Royal, ceux de 2012 ont convaincu les votants de la primaire que le meilleur candidat était François Hollande.

Pour 2017, je suis persuadé que certains instituts et médias ont choisi la même tactique en faveur de Benoît Hamon.

D4) Instituts de sondage et valorisation du vote "utile" pour les deux grands partis UMP et PS

Jean-Luc Mélenchon a bien éclairé la question dès le début de la campagne « Pour que la pince à « vote utile » fonctionne et colle chacun à sa place il faut structurer l’imaginaire collectif. D’un côté les raisonnables, dont on organise une confrontation superficielle pour mieux souligner à quel point ce sur quoi ils sont d’accord est une évidence. »

Nous retrouvons fréquemment pour cette élection les mêmes travers à mille lieues de toute déontologie :

- volonté de créer un contexte mental des citoyens focalisé sur un duel droite-gauche représenté par l’UMP et le PS : confrontation superficielle de ces candidats dont on valorise les divergences

- Les instituts de sondages continuent à nier l’existence des catégories populaires en ne tenant pas compte du nombre considérable d’indécis dans ce milieu. Un grand nombre de ces citoyens-là affirment en 2012 ne pas avoir décidé leur vote à 3 mois du premier tour et encore à 5 jours du scrutin.

D5) Sondages et valorisation de candidats "ni droite, ni gauche"

Misant sur la disparition des intérêts sociaux et des grandes divergences politiques, les institutions de la cinquième république comme le néolibéralisme ont toujours besoin d’un candidat paraissant dépasser "le clivage droite gauche" pour conforter leur refus de réflexion sur les leçons possibles du passé.

En 2002, les instituts de sondage et grands médias avaient choisi Jean-Pierre Chevènement comme "Troisième homme" de façon à ne pas paraître limiter l’élection à une duel. En 2002, les sondages ont longtemps donné celui-ci à environ 15%. Il s’est probablement laissé lui-même abuser par le rôle qui lui était donné, terminant au premier tour à seulement 5,33%.

En 2007, leur promotion de François Bayrou sur ce même créneau relevait d’une obsession après la victoire du NON de gauche au TCE : occuper l’espace pour éviter l’émergence d’une candidature anti-capitaliste.

" L’air du temps est au centrisme " d’après Le Monde2 en mars 2007

Lorsque Jean Marie Le Pen est choisi par une partie significative des couches populaires comme moyen de montrer leur refus du libéralisme, cela montre la détresse sociale de ces milieux ; cela montre aussi que la gauche a perdu sa raison d’être. Ce sujet n’intéresse guère les faiseurs de consensus en rond pour clientèle riche.

Quant à nous, nous restons attachés au lien historique entre socialisme et mouvement ouvrier ; nous restons attachés aux valeurs républicaines de dignité humaine, d’égalité et de démocratie. Nous pensons que la gauche doit absolument gagner en 2007 ; cela passe par des propositions programmatiques ressenties comme justes et nécessaires par les milieux populaires.

E) Compléments issus de rédactions précédentes

E1) Le Front National, diable de confort du système

- durant tout le quinquennat de 2012 à 2017, des sondages ont largement surestimé l’électorat du FN. François Hollande et les dirigeants socialistes ont utilisé ces enquêtes d’opinion pour faire croire qu’ils étaient le seul rempart possible "face au fascisme à nos portes". Ce type de chantage a pesé contre les mobilisations face à la loi El-Khomri. Ce type de chantage a également pesé sur les organisations politiques ayant participé à la campagne Mélenchon de 2012 et qui ont cru juste ensuite de pousser à une candidature unitaire de la gauche.

2017 : courir à la catastrophe avec Hamon et le PS ou prolonger la campagne Mélenchon de 2012 ?

- l’extrême droite sert de "diable de confort" au système du bipartisme PS/UMP. Aussi, nous avons droit régulièrement à des "sondages" ayant une fonction commerciale (faire vendre le journal) et politicienne. Exemple : l’institut Louis Harris annonçant pour le journal Le Parisien Marine Le Pen en tête du premier tour le jour même où ce journal changeait sa maquette et lançait une campagne de diffusion. Cela rappelle le bluff des instituts de sondage relayés par les médias durant la campagne de 2006 2007 accordant 16 à 17% à Jean-Marie Le Pen alors qu’il a terminé à 10,5%.

- Du point de vue politicien, l’extrême-droite est utilisée pour pousser au "vote utile". En 2012, l’objectif est évidemment de pousser au vote "utile" des électeurs tentés par le vote Mélenchon. La dernière comédie sur ce terrain nous a été fournie par Le Monde du mardi 10 avril titrant en Une et détaillant en page 3 son sondage IFOP : « Le FN pourrait arriver en tête chez les jeunes ». En fait, cette affirmation ne reposait que sur un panel inférieur à 200 personnes et le CSA lui-même a dû imposer la publication d’un rectificatif rappelant qu’un telle enquête demandait à « être interprétée avec une grande prudence. La présentation qu’en a faite Le Monde n’a pas respecté cette règle de prudence. »

E2) Instituts de sondage et nostalgie d’un centrisme sans danger pour les puissants, "ni droite, ni gauche"

- le thème du centrisme dans l’air du temps ne se démode pas d’une élection à l’autre. En septembre 2011, plusieurs "enquêtes" donnaient 22% à ce "centre" (Bayrou, Borloo, Villepin) ; nous verrons ce qu’il en est en réalité lors du premier tour. Je suis absolument certain que ce volume était délibérément gonflé car il servait à la fois Sarkozy et Hollande.

- ce thème du centrisme dans l’air du temps a permis aussi aux journaux de valoriser François Hollande au détriment de Aubry ou Montebourg. Hollande serait le plus capable de gagner au second tour parce qu’il capterait plus les voix "centristes". Personne ne signale qu’il existe un électorat vraiment à gauche plus important que celui du centre et de centre gauche (voir le résultat de Baylet et Valls aux primaires).

E3) Dernières remarques

- utilisation des sondages pour cautionner des orientations politiques et non pour photographier à un moment donné l’état de l’opinion.

- valorisation des pourcentages d’intention de vote en faveur de la droite sauf dans la fin de campagne où l’institut perdrait toute crédibilité lors des résultats réels du premier tour. Ainsi, le sondage IFOP du 6 janvier 2012 donne 100% de votants lors du premier tour et 62% des voix pour les candidats de droite (idiotie totale pour quiconque connaît le paysage électoral français depuis un siècle et demi).

- manipulation des résultats publiés en fonction de critères très discutables

Les sondages 2012 sont redressés « par le souvenir de vote à l’élection présidentielle de 2007 » Commission nationale des sondages

Liens pour préciser sans conclure sur un sujet aussi vaste

Instituts de sondage : agents du maillage de l’espace mental social

http://www.observatoire-des-sondages.org

Jean-Luc Mélenchon a publié plusieurs textes sur ce sujet :

La négation sondagière et médiatique de notre existence

Sondages : l’incohérence des résultats saute aux yeux

Les sondeurs, sans blêmir, continuent...

Coup de bâton sur les sondages afin d’en désinfecter l’esprit public

Comment François Hollande a percé dans les sondages

Miracles de la science sondagière

21 avril, la procession des sondeurs et des médias a ressorti en grande pompe l’épouvantail du Front National

Sur notre site, vous pouvez également lire :

Sondages : La défense maladroite de Brice Teinturier (par François Delapierre

Sondages : "la copie frauduleuse de Brice Teinturier" d’IPSOS FRANCE (par Alain Garrigou

Jacques Serieys le 28 avril 2006. Texte réécrit ensuite


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