" L’air du temps est au centrisme " d’après Le Monde

mardi 6 mars 2018.
 

Les "belles personnes" aiment profiter de leurs rentes tranquillement, si possible même en se parant de vertus morales. Ainsi, un peu partout en Europe, la mode est politiquement "au centre", par des coalitions droite gauche orientées au centre droit ou centre gauche. Un journal comme Le Monde se verrait bien en support médiatique d’une majorité de ce type, en gros de Bayrou Bertrand à Baylet Valls ou Dominique Strauss Khan, peut-être même d’Alain Juppé à François Hollande.

Dans un pays comme l’Italie, la gauche est en train de se faire avaler par ce serpent Kaa. En France, nous n’en sommes pas encore là ; donc, Le Monde va continuer à se positionner officiellement au centre gauche.

Ceci dit, les sondages trompeurs n’ayant pas réussi à faire monter François Bayrou assez haut pour donner du crédit à une perspective centriste française, voilà de grands quotidiens qui s’attellent à la tâche ! Si au premier tour, le poulain de Navarre n’obtient pas au moins 15%, c’est à désespérer de l’utilisation des médias par le grand capital. Il est vrai que l’enjeu est de taille ; comme l’avenir serait dégagé pour celui-ci en Europe si la gauche tombait partout dans l’escarcelle de gens de droite comme Romano Prodi !

Je ne crois pas que le grand capital craigne beaucoup Ségolène Royal. Certains, au PS, se préparent déjà à un changement de nom pour mieux s’intégrer dans un "centre"... parti démocrate leur plairait bien. Mais le MEDEF craint une certaine (même limitée) dynamique sociale qu’une victoire de Royal pourrait provoquer, il craint les forces anticapitalistes de la gauche française dont Ségolène Royal est obligée de tenir compte.

Comme les milliardaires dormiraient tranquilles, si les élections françaises se jouaient comme aux Etats Unis entre la droite et le centre droit.

L’hebdo sublimissime Le Monde2 (n°157) est un bon exemple de cet effort colossal engagé par de nombreux médias pour hisser François Bayrou au plus haut des intentions de vote.

" L’air du temps est au centrisme " d’après Le Monde2 en mars 2007

Page 6 : une grande photo du Béarnais, un bandeau en gras " En Europe comme aux Etats Unis, des hommes et des femmes de compromis accèdent au pouvoir ou montent dans les sondages. Ici et là l’air du temps est au centrisme" et un article.

1) La planète Terre deviendrait "centriste"

- "A Londres, le chef de l’opposition, le conservateur David Cameron, défend les libertés publiques menacées par la législation antiterroriste, réclame le retrait des troupes britanniques d’Irak, défend l’environnement autant que les Verts ... Il dédroitise le parti pour l’amener plus au centre... Et David Cameron tient le haut des sondages".

- " A Berlin, c’est du centrisme par la volonté des électeurs... Pas à pas, la coalition a commencé à mettre au régime un Etat providence ventru qui plombait l’économie...

- " A Washington, les nouveaux élus sont souvent des femmes et des hommes du centre...

Incroyable ! Alain Frachon voit le centrisme se développer partout dans le monde. Et il prend pour exemples :

* le parti conservateur anglais dont les locaux sont encore décorés par les photos de Margaret Thatcher. David Cameron, créature typique du personnel politique au service du capital financier international peint en centriste !

* la "grande coalition" allemande dont le contrat de gouvernement prévoit une augmentation de 3% de la TVA, l’allongement de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans, l’élimination en grande partie de la protection contre les licenciements et bien d’autres mesures dirigées directement contre les travailleurs et les chômeurs...

* les démocrates et des républicains américains qui sont tous aussi impliqués dans la déferlante du capitalisme financier transnational dont souffre toute la planète aujourd’hui.

Avec des centristes de ce type, il n’y a plus de droite. La réalité, c’est que beaucoup de médias tentent aujourd’hui de repeindre en "centristes" des pans de droite déconsidérés pour éviter une alternative de gauche.

2) Prodi, le modèle

Il fallait s’y attendre, l’article fait de Romano Prodi l’exemple à suivre en matière de centrisme.

" A Rome, le premier ministre Romano Prodi conduit à gauche de la droite. Le professeur est dans l’exercice un maestro, une référence. Il y a une méthode Prodi : un problème, un compromis".

Drôle de "centriste" que ce Prodi !

Acteur central de la logique libérale en oeuvre au sein de la Commission européenne.

Quand les Etats Unis demandent d’agrandir leur base militaire de Vicence pour accueillir 4500 "soldats du ciel" de la 173ème Brigade, il est d’accord et préfère démissionner que renier son atlantisme.

Quand l’Eglise catholique mène campagne contre un projet de mini PACS à l’italienne, il a vite fait de retirer celui-ci de l’agenda gouvernemental.

Pour accepter de reprendre la tête d’un gouvernement il pose ses conditions comme la poursuite des " libéralisations", le respect des engagements atlantistes, une réforme des retraites du type des lois Balladur et Fillon en France : faire travailler toujours plus durement et toujours plus longtemps les salariés.

3) Conclusion : pourquoi cet hymne au "centrisme" ?

L’article du Monde2 l’écrit lui-même " Que se passe-t-il ? L’époque paraît marquer la fin des emballements idéologiques... On prise moins le brut que les cocktails, moins le pur que les mélanges... Voici venu le temps du doute, des ancrages politiques faibles, des majorités électorales composites, des accomodements pragmatiques avec la réalité..."

Que c’est bien dit ! Notre époque devrait être celle "des accomodements pragmatiques avec la réalité".

Salariés d’Airbus, ne vous plaignez pas, suivez la mode, accomodez-vous de la réalité.

Jeunes, passant de galère en galère, suivez la mode, accomodez-vous des contrats de travail bidon et de l’intérim.

Peuples du monde pillés par les firmes transnationales et écrasés par des dictatures corrompues, ne vous emballez pas idéologiquement, ne vous révoltez pas, la mode est aux ancrages politiques superficiels. Citoyens d’Amérique latine, arrêtez de voter pour des gouvernements novateurs sinon progressistes, la mode est aux majorités électorales composites dont la CIA tire les ficelles.

Cette panoplie du centriste accompli a déjà servi dans les années 60 pour Jean Lecanuet, dans les années 1970 au profit de JJ Servan Shreiber et Giscard d’Estaing, dans les annes 1990 pour JP Soissons. A qui ont-ils servi si ce n’est à renforcer la droite lorsqu’elle était en difficulté ?

Je parcours chaque semaine cette revue Le Monde2. A force de produire des articles au service des puissants, elle finira par lasser tous ses lecteurs et disparaîtra. C’est encore ce qui peut lui arriver de mieux.

Jacques Serieys


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