Valmy ( 20 septembre 1792), symbole fort d’une mobilisation populaire qui sauve la Révolution française

lundi 9 janvier 2017.
 

L’histoire représente un enjeu idéologique permanent mettant aux prises des courants politiques différents sur la compréhension de chaque évènement. La bataille de Valmy en est une illustration. Cette première victoire militaire :

* sauve la Révolution de l’invasion par les armées royales étrangères ;

* symbolise, après la Prise des Tuileries, le passage d’une phase politique essentiellement bourgeoise à une phase de mobilisation populaire dont les Volontaires aux armées représentent des figures emblématiques.

Pourtant, de nombreux historiens conservateurs considèrent Valmy comme un évènement sans importance. De même, à l’occasion du bicentenaire, François Furet et Mona Ozouf ont dirigé la réalisation d’un énorme Dictionnaire de la Révolution française de 1122 pages où Valmy n’est jamais cité ( en tout cas ni dans l’index des articles, ni dans l’index des noms propres, ni enfin dans celui des thèmes). Dans un tel ouvrage spécialisé prétendument de référence, la comtesse du Barry, la princesse de Lamballe, le comte de Fersen, Louis de Bonald et les chefs vendéens trouvent place mais pas Valmy.

Dans d’autres cas, Valmy représente essentiellement un symbole national français. Tel était l’esprit des célébrations du bicentenaire ordonnancées le 16 septembre 1989 par l’Etat. Premièrement, comme pour toutes ces cérémonies, les années 1792, 1793, 1794 sont gommées au profit du consensuel 1789. Deuxièmement, les spectacles organisés autour du moulin de Valmy portent pour nom "Valmy, naissance d’une nation", "aux armes et aux arts"... La célébration a pour objectif, d’après Jean Pierre Chevènement, ministre de la défense, d’être un rendez-vous autour des thèmes de la conscription et de l’esprit de défense républicain.

Pour nous, Valmy doit rester, comme dans l’imagerie des anciens livres d’école, le symbole d’un peuple soulevé pour défendre la nation qu’il vient de créer, les acquis qu’il vient d’y conquérir et la révolution qu’il poursuit. C’est en ce sens que Valmy inaugure la phase suivante de mobilisation populaire révolutionnaire, par le comportement des Lorrains envahis, par l’afflux de volontaires, par l’aspect "bataille entre idéaux contradictoires" qu’il symbolise.

1) Le contexte politique et militaire de Valmy

Depuis avril 1792, la France est en guerre contre les monarchies européennes solidaires de la famille royale française. Une armée de 150000 hommes (Prussiens, Autrichiens, Hessois...) se déploie de Dunkerque à la Suisse dont environ 100000 opérationnels pour une campagne de grande envergure. Fin avril, lors des premiers accrochages en Belgique, les troupes françaises se débandent en désordre.

Tous les Etats européens adoptent une attitude hostile aux évènements de Paris ( Espagne, Angleterre, Russie, roi de Sardaigne). Dans toute la France, des milliers de prêtres relaient l’offensive du pape contre la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Dans Paris même la Garde constitutionnelle du roi peut servir de cheval de Troie aux royalistes.

L’armée est désorganisée par l’émigration des officiers (environ les deux tiers) par les désertions (environ 50000). Le comte de Provence (frère du Roi) tente de soulever la Vendée, le Midi et le Vivarais. La Reine communique les décisions de l’Etat major aux Autrichiens et La Fayette négocie secrètement avec eux.

Alors que le territoire national commence à être envahi, cet insipide général Lafayette, commandant en chef de l’Armée du Centre, tente un coup d’Etat puis fait opérer à une partie de ses troupes des marches menaçantes jusqu’à Compiègne. Les deux autres chefs d’armée (Rochambeau et Luckner) ne sont pas plus sûrs. Dans les Cévennes, en Bretagne, en Vendée, royalistes et catholiques papistes se soulèvent. Aux frontières la situation empire. Lückner brûle Courtrai avant de se réfugier à Lille. Dans les salons royaux, la reine prépare avec ses amis l’accueil des "libérateurs" prussiens et autrichiens.

2) Une Révolution populaire surgit pour compenser les impasses de la Révolution politique modérée de 89, inapte à affronter la réaction française et européenne. L’Assemblée législative décrète "La Patrie en danger"

En ce printemps 1792, la mobilisation des volontaires a changé de nature. Elle devient plus rapide, plus généralisée sur le territoire (départements ruraux), plus pauvre socialement, plus nombreuse, plus déterminée politiquement. Le 25 avril, Rouget de Lisle entonne pour la première fois le "Chant de guerre pour l’armée du Rhin" qui deviendra La Marseillaise.

Les sections populaires parisiennes et les fédérés montés de province pour défendre la capitale réclament des mesures d’urgence. Robespierre se fait l’écho de cette nécessité. Les Girondins, alors majoritaires à l’Assemblée, sont contraints de réagir ou disparaître :

* ils font voter fin mai deux décrets mais le roi y oppose son veto, les rendant illégaux ;

* le 6 juin, ils décident le rassemblement de 20000 fédérés sur Paris pour participer à la fête de la Fédération du 14 juillet puis constituer une force armée de réserve. Ceux-ci vont jouer un rôle important dans les quatre mois suivants.

Mi-juin, la situation devient grave ; le peuple réagit de façon spontanée par une mobilisation mêlée de peur, souvent brouillonne. Lors de la journée populaire insurrectionnelle du 20 juin, les Sans-culottes apparaissent pour la première fois sur la scène politique.

Encore une fois, pour garder la maîtrise des évènements et du pouvoir, les Girondins prennent quelques mesures adéquates :

* le 2 juillet, appel officiel aux Gardes nationaux de province pour venir à Paris le 14 juillet (beaucoup s’étaient déjà mis en route). Les ministres "Feuillants", les plus modérés, démissionnent le 10 juillet.

* le 11 juillet, l’assemblée déclare "La patrie en danger".

11 et 12 juillet 1792 La patrie en danger ! Aux armes citoyens ! (article et film de 10 minutes)

3) Face au Manifeste de Brunswick se développe un mouvement populaire révolutionnaire

L’armée prussienne et Autrichienne est commandée par le duc de Brunswick, réputé meilleur général du continent, et par des militaires expérimentés comme Clerfayt, Hohenlohe, Beaulieu, Kalkreuth. Le roi de Prusse (Frédéric-Guillaume II) avance avec ses troupes. A leurs côtés, paradent les 25000 nobles français émigrés de l’armée des princes, bien décidés à se venger.

Le 25 juillet 1792, le duc de Brunswick envoie son Manifeste (bientôt publié dans la Gazette de Paris) qui demande la restauration du trône et de l’autel, menaçant, sinon, "d’une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire". Ce texte provoque, non la peur et la reddition, mais une nouvelle radicalisation de la révolution, d’autant plus que des bataillons de volontaires bretons et marseillais très déterminés arrivent sur Paris.

En peu de jours 47 sections parisiennes sur 48 demandent la déchéance du roi et la mobilisation armée de tout le peuple pour défendre la révolution.

Dès le 26 juillet, l’Adresse présentée par la Section des Quatre Saisons à l’Assemblée nationale donne le ton : "La patrie est en danger. Ce cri de ralliement a retenti d’un bout à l’autre... Notre liberté est en danger ! Nous avons donc à craindre un nouvel esclavage ! Qui a pu mettre la patrie en danger ?... Le roi a-t-il tenu sa parole ? A-t-il agi avec la loyauté qu’il nous avait promise... Varennes... la proposition de guerre qui n’était que le signal donné aux ennemis... les coalitions tenues secrètes... les enrôlements suspendus... les émigrations d’officiers... le terrible et désastreux veto sur les décrets de salut public... Voilà les crimes dont la nation demande vengeance... Les hommes du 14 juillet sont prêts. La liberté ou la mort. Aux armes, citoyens, la patrie ne doit être qu’une fois en danger".

Le 31 juillet, l’Adresse de la section Mauconseil est encore plus nette : "L’Assemblée nationale délibère ; mais l’ennemi approche, et bientôt Louis XVI va livrer nos cités aux fers ensanglantés des despotes de l’Europe... Que Paris soit encore l’étonnement de l’univers et l’effroi du despotisme. Déjà depuis trop longtemps un tyran méprisable se joue de nos destinées ; gardons-nous d’attendre, pour le punir, qu’il ait assuré son triomphe... Que le bruit de sa chute fasse pâlir les tyrans jusqu’à l’extrémité du monde. Unissons-nous pour prononcer la déchéance de ce roi cruel. Disons d’un commun accord : Louis XVI n’est plus le roi des Français... La section de Mauconseil déclare donc... qu’elle ne reconnaît plus Louis XVI comme roi des Français... Citoyens, imitez notre exemple, la tyrannie s’écroule et la France est sauvée pour jamais. Le rendes-vous général est boulevard de la Madeleine Saint Honoré".

Dans cette conjoncture naît la Commune insurrectionnelle de Paris qui va jouer un rôle important dans la prise du Palais des Tuileries, l’arrestation du roi puis sous la Convention....

4) Campagne de Lorraine et début de la bataille de Valmy

L’armée française est déstructurée par l’émigration de 6000 officiers sur 9000, minée par la crainte des trahisons de généraux qui se succèdent sans cesse. Ainsi, le commandant en chef de l’armée du Nord, Lafayette, tente de soulever ses troupes pour protéger Louis XVI puis déserte le 19 août. En Lorraine, Longwy se rend le 23 août.

Le 2 septembre, le duc de Brunswick et son contingent de 76000 hommes prennent possession de Verdun. La chute de cette ville représente une défaite militaire et symbolique considérable résonnant comme une menace dans toute la France.

Jean Jaurès analyse parfaitement la situation dans son Histoire de la révolution française. Les émigrés et les alliés avaient de solides raisons d’espérer. Lorsque le passage de la Croix-aux-Bois a été forcé, ils pensaient encercler Dumouriez. Mais ce dernier, par une retraite de nuit habile a réussi à rompre le contact. Et avec un calme admirable, au lieu de se précipiter à Paris, il est resté avec ses lignes ancrées dans le sud de la forêt d’Argonne, un peu à l’ouest et à l’arrière de la route que Brunswick doit prendre pour aller à Châlons. Il a occupé ce poste de manière à surveiller l’ennemi et si besoin est, pour tomber sur son arrière.

Plutôt que de se déployer sur le front de la Marne pour couper l’accès de Paris comme l’ordonne le ministre de la guerre, les troupes de la Révolution disponibles dans l’Est (environ 47000h) réussissent à se regrouper le 18 septembre sur les arrières des armées ennemies autour du tertre de Valmy près de Sainte Menehould. L’armée du Nord commandée par Dumouriez arrive de Sedan, celle du centre (Kellermann) vient de Metz ; s’y ajoute un corps dirigé par Beurnonville. Les historiens qui voient seulement un mythe dans la bataille de Valmy oublient l’audace et l’importance de ces manoeuvres tactiques.

Dans la nuit du 19 au 20 septembre 1792, la plupart des unités restent en position. La pluie qui tombe sans cesse depuis plusieurs jours a imbibé d’eau les champs qui accueillent les bataillons. Le piétinement des fantassins multiplie la boue et rend difficile tout mouvement tactique.

Vers 7 heures du matin, l’avant-garde prussienne émerge du brouillard par la route qui mène de Grandpré à Châlons. Derrière elle, avancent environ 70000 soldats professionnels (34000 Prussiens, 30000 Autrichiens, 6000 émigrés français).

L’artillerie prussienne, dirigée par Tempelhof, se dispose en avant-garde, sur un plateau face au moulin de Valmy, puis elle ouvre le feu avec ses 54 pièces disposées en arc.

Non seulement, les canonniers de la révolution ne paraissent pas gagnés par la peur mais, commandés par l’expérimenté François Marie d’Aboville, ils surclassent leurs ennemis en précision et en puissance.

Entre 11 heures et 12 heures du matin, (toujours poussé par son souverain Frédéric Guillaume II qui veut rapidement pouvoir s’occuper du partage de la Pologne), Brunswick lance deux colonnes d’assaut vers le tertre de Valmy, coeur du dispositif républicain ; une troisième les appuie. La marche en avant s’opère lentement, méthodiquement, comme à la manoeuvre.

5) Bataille de Valmy

Le 20 septembre donc, vers midi, l’infanterie prussienne se déploya comme à la manoeuvre, devant le mont d’Yvron et la butte de Valmy qu’occupait l’armée de Kellermann. Le roi de Prusse s’attendait à la fuite éperdue des Carmagnoles. Ils firent bonne contenance. Un instant, l’explosion de trois caissons mit quelque trouble dans leurs secondes lignes. Mais Kellermann, brandissant son chapeau au bout de son épée, cria « Vive la Nation ! » Le cri se répéta de bataillon en bataillon. L’infanterie prussienne s’arrêta.

Ce récit extrait de mon livre d’histoire des années 1950, résume bien l’importance des facteurs psychologiques dans cette bataille : la suffisance erronée du roi de Prusse et le déploiement rituel de son armée face à l’enthousiasme des soldats de la révolution qui défendent leur Nation comme étant leur bien propre.

Effectivement, plutôt que d’attendre le choc face aux soldats professionnels prussiens rompus aux attaques en ordre oblique, Kellermann fait former son armée en colonnes par bataillon. Ses ordres consistent à laisser avancer l’ennemi, l’affaiblir par le feu des fusils puis le charger à la baïonnette lorsqu’il arpentera la côte de Valmy.

La canonnade prussienne redouble pour soutenir l’assaut ; les soldats français serrent les rangs, crient Vive la Nation, chapeau au bout des baïonnettes, manoeuvrent parfois en plein combat. Le Chant des Marseillais est repris sans cesse par les lignes survoltées. Comme toujours, Michelet a trouvé la phrase pour résumer la situation « Sur cette toute jeune armée planait quelque chose, comme une lueur héroïque ».

Brunswick et Clerfayt voient leurs colonnes d’assaut s’épuiser ; à 16 heures, ils leur ordonnent de se replier.

6) Jaurès analyse la bataille de Valmy

Les âmes révolutionnaires portaient un trésor vierge, d’enthousiasme et de vigueur.

Kellermann le savait, et au moment décisif... Debout et immobile sous les balles qui pleuvaient autour de lui, il souleva son chapeau sur la pointe de l’ épée et cria : « Vive la Nation ! » L’armée entière, depuis les hauteurs du moulin jusqu’à la base de la pente, cria : « Vive la nation ! » Et toute l’énergie chaleureuse accumulée dans ces paroles au cours des trois dernières années a été communiquée à tous les coeurs.

Et ça s’est terminé... Tout comme le ciel de Valmy, au premier abord plein de nuages ​​s’éclaircit avec le tonnerre de la canonnade, de la même manière l’ombre d’un doute et la peur ont été dissipées en un instant.

Ce fut alors que l’armée prussienne fut étonnée... Le duc de Brunswick prit peur. Dans cette attaque découverte n’aurait-il pas perdu le meilleur de son armée ?... Après quelques minutes d’hésitation, il prononça le mot décisif : « Nous n’allons pas combattre ici." L’armée prussienne se retira du plateau. Selon les règles ordinaires de la guerre, ce n’était guère une défaite. Vous renoncez à l’attaque afin de ne pas gaspiller vos forces. C’est un incident sans grande importance et une erreur facile à réparer. Et pourtant, à partir de ce moment, l’élan de l’armée prussienne était résolument rompu.

L’envahisseur a estimé que non seulement il avait contre lui la force immense et diffuse de la nation révolutionnaire, il vit, il se rendit compte que cette nation avait pu, en seulement quelques jours, former une force organisée, mobile et résistante, capable à la fois de fermeté et d’enthousiasme.

Lors du contact avec ces nouvelles énergies et cet enthousiasme, l’armée d’invasion, épuisée, malade, et non soutenue par un idéal, sentit sa propre misère d’autant plus profondément...

Goethe, grand poète clairvoyant qui avait accompagné l’armée prussienne, a tout de suite vu la grandeur de l’événement : « De ce lieu, de ce jour, date une nouvelle ère dans l’histoire du monde." C’était le 20 Septembre. Le même jour la Convention nationale tenait sa première session, aux Tuileries.

7) La retraite des armées royales

Au soir du 20 septembre, le sort définitif de la bataille n’est pas tranché. Pourtant les troupes prussiennes sont affaiblies par la dysenterie, le mauvais temps, le manque de ravitaillement et de munitions, la difficile coordination avec les Autrichiens et les émigrés, le doute devant la détermination des troupes révolutionnaires. Aussi, le duc de Brunswick décide une retraite qui va lui coûter de lourdes pertes ( environ 15000 morts ou blessés).

Certains historiens réduisent Valmy à une petite canonnade. Cette sous-estimation volontaire de la bataille ne correspond pas exactement à la vérité puisque 70000 hommes et 120 canons se sont affrontés ; d’autre part 40000 boulets ont été échangés, certainement un record historique en 1792. Dans un tel combat d’artillerie, le fameux canon français de Gribeauval a marqué pour la première fois sa suprématie (précision, portée). La tactique de Dumouriez créant un point de fixation bien défendu avec de nombreuses réserves autour laissait augurer d’un possible déroulement du combat tel qu’il a eu lieu. Le choix prussien d’attaquer seulement sur ce point de fixation (face au moulin) se retrouve dans bien d’autres batailles de l’époque mais laisse penser que Brunswick et le roi de Prusse mésestimaient la valeur des troupes qu’ils affrontaient..

La sous-estimation de la dimension militaire de Valmy induit de le définir comme un mythe, un produit de propagande. Ainsi, un des ouvrages les plus présents dans les bibliothèques scolaires a pour titre "Valmy, le mythe de la République".

8) L’importance historique de Valmy excède l’ampleur de l’affrontement militaire

Rarement dans l’histoire, une armée révolutionnaire a battu l’armée régulière des pouvoirs en place. Cette dimension symbolique de Valmy a été ressentie par le poète allemand Goethe mais également par le major prussien Massenbach, également présent ; il écrira que "le 20 septembre donne au monde une autre face, c’est le jour le plus important du siècle".

Cette dimension historique apparaît tout autant dans les premiers textes du côté républicain. Pour Danton, après Valmy, " commence une grande époque" ; "que la pique du peuple brise le sceptre des rois et que les couronnes tombent devant ce bonnet rouge..." Le commissaire Carra fait de cette victoire un "évènement mémorable" pour les peuples opprimés. Deux cantinières et plusieurs soldats sont mis en avant comme symboles. Lors du discours de la victoire le 23 octobre, à Châlons, l’orateur fait de Valmy la ligne de départ pour aller planter "l’arbre de la liberté dans Vienne", pour proclamer " la Déclaration des droits de l’homme au son de nos canons jusque dans les palais des despotes de Berlin, de Turin, de Madrid" et porter la république "jusque dans les chaumières de chaque peuple d’Europe".

De symbole républicain, Valmy va cependant évoluer sous la 3ème république en un symbole patriotique et nationaliste avec insistance sur le cri de Kellermann Vive la Nation ! L’Eglise valorise même ce général "fils de l’Alsace catholique" face aux envahisseurs protestants. De même, la bataille est réduite à un affrontement entre Français et Austro-Prussiens.

Pour nous, il est important de défendre Valmy à la fois comme la première victoire qui sauve la Révolution française et comme un symbole républicain émancipateur à portée universaliste. Cela correspond à la réalité puisque combattaient côté révolutionnaires de nombreux allemands (en particulier dans les 62ème et 96ème de ligne) mais aussi des Polonais, des Liégeois, des Irlandais... alors que les royalistes français marchaient avec l’armée royale prussienne.

Christoph Friedrich Cotta, allemand républicain réfugié à Strasbourg combat naturellement à Valmy avec les volontaires de 1791. Parmi les généraux français notons :

- un Anglais, Linch, qui a combattu dans un régiment irlandais durant la Guerre d’Amérique

- un Allemand, grand cavalier jacobin de la Révolution, Stengel.

- un Polonais, Miaczinski...

Miranda, venu d’Amérique latine, général français à Valmy, combattra avec Bolivar au nom des idéaux de la Révolution ( aussi les statues de Miranda et Bolivar côtoient celle de Kellermann sur le monument de Valmy). Le symbole de Valmy sera repris dans presque toutes les insurrections et révolutions en Pologne (1794), en Amérique latine, en Hongrie (1848), en Italie, en Russie, au Vietnam... Il inspirera de nombreux poètes comme l’Ecossais Thomas Carlyle et l’italien Giosué Carducci.

Existerait-il un tel "mythe de Valmy" si cette bataille n’était pas caractéristique d’une intense mobilisation populaire pour défendre les acquis sociaux et démocratiques d’une révolution porteuse des espérances d’émancipation ? non.

Depuis trente ans, de nombreux archivistes, historiens et autres répondent que Valmy n’est pas une victoire de la mobilisation révolutionnaire contrairement à ce que prétendaient Michelet, Louis Blanc et Quinet. Ils font valoir que combattaient essentiellement à Valmy des troupes d’Ancien Régime et peu de volontaires (de 1791 et 1792). Je ne nie pas leurs connaissances et compétences mais ils ne me convainquent pas. Une des raisons de la défaite prussienne, c’est l’hostilité générale de la population, la résistance héroïque des villes qui dispersaient l’ennemi. Autre raison importante, Brunswick se retrouve le 20 septembre entre une armée (en formation) de volontaires qui lui défend l’accès de Paris et une armée régulière qui lui coupe ses voies de communication ; sans la mobilisation populaire, cette situation n’aurait pas existé.

De plus, prétendre que Valmy n’est pas une victoire militaire de la révolution parce que ce sont surtout des régiments de ligne issus de l’Ancien régime qui ont combattu n’est pas un argument convaincant. La composition des régiments de ligne présents à Valmy est-elle la même qu’en 1788 ou est-elle marquée par un afflux de soldats et officiers d’idées républicaines. La présence durant la bataille de Davout, Desaix, Marceau, Macdonald et bien d’autres plaide en faveur de cet amalgame au sein des régiments de ligne.

Bataille de Jemmapes remportée par l’armée révolutionnaire (6 novembre 1792)

Jacques Serieys

Complément (Mathilde Larrère, PG)

Septembre 1792. La France révolutionnaire est en guerre depuis avril contre les monarchies d’Europe. La situation est mal engagée. Les armées prussiennes sont entrées sur notre territoire en août. Après la chute de Verdun, la route vers Paris semble ouverte. De nombreux officiers français se débinent traitreusement. Heureusement que les paysans de Lorraine et de Champagne livrent une guerre de partisans sans merci contre les colonnes ennemies, et détruisent tout ce qui pourrait les nourrir : ne restent que des mirabelles trop jeunes et des raisins trop verts qui donnent une belle dysenterie aux Prussiens.

A la tête d’une troupe qui mêle ce qui reste de l’armée d’ancien régime et ce qu’a apporté la Révolution, les généraux Kellermann et Dumouriez choisissent d’affronter les soldats prussiens dans une plaine de la Marne, près du village de Valmy. 20 septembre. Il pleut. Le sol est détrempé. Le brouillard noie la plaine. Le général prussien Brunswick se veut confiant : l’armée française lui semble bien peu expérimentée face à son armée de métier pétrie de discipline. Il commence par canonner.

En face, côté français, les obus pleuvent mais blessent peu. Ils s’enfoncent dans la boue. On riposte. Première grande bataille d’artillerie de l’histoire. Kellerman, pour motiver les hommes, met son chapeau au panache tricolore au bout de son épée et s’élance au cri de Vive la Nation ! Bientôt, tous les soldats font de même et la clameur soulève la plaine. L’armée avance dans un cri unanime : Vive la Nation ! Les Prussiens étonnés d’une telle résistance, reculent, puis battent en retraite. Au pied du moulin, Kellerman avait demandé à des trompettes de jouer le Ah ça ira ! révolutionnaire. « Sur cette toute jeune armée planait quelque chose, comme une lueur héroïque » dira Michelet.

La nouvelle de cette première victoire inattendue suscite un tel enthousiasme à Paris que la Convention tout juste élue proclame l’avènement de la République. Valmy sauve la Révolution. C’est la victoire morale de la mobilisation populaire, des soldats citoyens. « D’aujourd’hui et de ce lieu date une ère nouvelle dans l’histoire du monde » écrira Goethe qui était à Valmy. Le 21 septembre devient le 1er jour de l’an I de cette ère nouvelle, l’an I de la République. Et dans les villages en fête de la nation victorieuse, on fit chanter la Marseillaise en place des traditionnels Te Deum !


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