Caractéristiques du syndicalisme. Patronat et mouvement ouvrier

samedi 21 septembre 2019.
Source : Sélection 43
 

A) Les ouvriers français avant la Révolution de 1789

Les luttes ouvrières sur des revendications les opposant à des employeurs remontent à la plus haute Antiquité :

Egypte antique : Première grève connue de l’histoire le 29 décembre 1167 avant notre ère

Même les esclaves ont essayé de défendre leurs droits face à leurs maîtres. La grande révolte de Spartacus en est restée le symbole.

Les travailleurs français ont longtemps subi une exploitation particulièrement dure en termes de salaires comme de conditions de travail. Dans un tel contexte, ils ont combattu très tôt sur leurs propres intérêts, en particulier en se groupant dans le cadre des compagnonnages. Comme l’affirme Paul Marcellin dans son étude sur les Compagnons du Tour de France à Nîmes depuis le XVIIème siècle ... « Compagnonnage : il s’agit avant tout d’une institution créée par les ouvriers et pour eux, afin de défendre leur situation matérielle, leurs salaires et leurs conditions de vie. » Jean Cavignac a montré pour la ville de Bordeaux la lutte incessante qui oppose les Compagnons à leurs employeurs au 18ème siècle.

Cependant, Bordeaux est alors une ville en pleine expansion économique où la bourgeoisie d’affaires fait des bénéfices dignes de Crésus lui permettant de négocier. Sous l’Ancien Régime, la résistance ouvrière ne peut bien souvent s’exprimer que lors d’explosions de colère souvent matées par les employeurs, le pouvoir politique, l’armée et la Justice avec la plus extrême rigueur.

18 avril 1529 Grève générale et émeute des ouvriers imprimeurs de Lyon

7 août 1786 Insurrection ouvrière de Lyon L’émeute des deux sous

B) Les ouvriers français pendant la Révolution française

La Révolution française marque une première apogée de la combativité ouvrière avec des luttes d’ampleur comme la grève générale parisienne qui s’étend autour des salariés de l’entreprise Réveillon à la fin avril 1789.

Printemps 1789, la crise prérévolutionnaire s’aggrave : émeutes de Marseille, Aix, Besançon et Amiens, émeute Réveillon (28 avril)

5 mai 1790 Les Canuts de Lyon (ouvriers de la soie) décident de "se régir et gouverner eux-mêmes"

Le climat de luttes et de conscientisation des années 1789 et 1790 pousse au développement d’associations de secours mutuel (pour réduire les conséquences de la maladie, l’infirmité, les accidents ou le chômage) comme la Société typographique parisienne.

En 1790, les députés de la Constituante légalisent la multiplication des associations citoyennes et de secours :

13 et 14 novembre 1790 La Révolution proclame la liberté d’association

Durant la phase anti-absolutiste et bourgeoise des débuts de la Révolution française (1789 à 1792), de grands possédants non nobles comprennent rapidement qu’ils ont plus à perdre par les luttes populaires que par la résistance des aristocrates ; aussi, ils cherchent bientôt à casser les mobilisations et l’organisation collective des salariés comme des petits paysans et soldats :

- le 2 Mars 1791 par le décret D’Allarde. Dans la logique des théories du libéralisme économique ne reconnaissant que les droits des individus particulièrement des citoyens et dissolvant le social dans le politique, les corporations des maîtres et les coalitions de Compagnons sont interdites. En fait, seuls les Compagnons sont visés par la répression.

- les 14 et 17 Juin 1791 par la Loi Le Chapelier qui traduit également les intérêts de la bourgeoisie. Au nom de la liberté du travail, elle interdit tout droit de grève et même tout contre-pouvoir dans l’entreprise ; elle impose la dissolution des corporations qui symbolisaient les premières participations au capital travail. Cette loi sera abrogée par étapes seulement en 1864, 1884 et 1901.

- Sous le 1er empire, ces deux lois sont aggravées par le Code pénal en cas de non respect de leurs obligations légales : 2 à 5 ans pour un ouvrier contre 6 jours à 1 mois pour un patron.

La conséquence de telles lois ne se fait pas attendre : plusieurs enquêtes initiées par les pouvoirs publics prouvent que durant près d’un siècle, les dirigeants d’entreprise au service des actionnaires n’ont laissé que le minimum vital à leurs salariés, et encore.

C) La classe ouvrière française au début du 19ème siècle

Les conditions de vie des ouvriers en France (par Ange Guérin, 1835)

Notons cependant durant la première moitié du 19ème siècle quelques exemples d’étapes locales dans la construction du mouvement ouvrier :

- Sociétés ouvrières de secours mutualiste à Lyon en 1804

- Mutualité des Charpentiers parisiens en 1812

- Société de secours mutuel des Canuts de Lyon en 1826

- « Bouse auxiliaire de prévoyance » sur Paris en 1833

La période de 1830 à 1835 représente une étape décisive dans l’apparition d’un premier mouvement ouvrier par son rôle dans l’action révolutionnaire, par le grand nombre de grèves sur les salaires et le temps de travail, par l’ampleur de certaines insurrections comme celle des Canuts.

27, 28 et 29 juillet 1830 : les "3 glorieuses" d’une révolution réussie puis confisquée

Les canuts de Lyon, première grande insurrection ouvrière, du 21 novembre au 3 décembre 1831

Cette période est également marquée par la violence de la répression engagée par l’armée et la Justice, y compris contre les mouvements revendicatifs. Le massacre de la rue Transnonain est resté célèbre.

Les massacres d’ouvriers lors de luttes comme celle des Canuts induisent une remarque sur le changement de sens entre le libéralisme philosophique du 18ème siècle en France porté par de grands intellectuels et le libéralisme économique du 19ème porté par des banquiers et grands patrons.

Concernant l’interaction entre mouvement ouvrier, mouvement républicain et socialisme naissant, je renvoie le lecteur à cet article :

Le mouvement ouvrier et républicain de 1830 à 1834

D) De 1839 à la Commune (1871)

Dès 1839, un nouveau cycle de combativité ouvrière et populaire s’amorce, en particulier contre l’augmentation du prix du pain. Barbès et Blanqui surestiment l’étape ainsi atteinte et décident de tenter une "révolution" par la prise des bâtiments publics les 12 et 13 mai 1839. Presque tous les blessés admis dans les hôpitaux suite aux affrontements sur les barricades sont des ouvriers (tourneurs, menuisiers, graveurs, maçons...).

Malgré les morts, malgré les lourdes sanctions judiciaires, malgré la prison (sur 37 prisonniers politiques, 27 sont des ouvriers), la combativité passe à un niveau supérieur en 1840 avec une profusion de coalitions ouvrières. Surtout, une longue grève des ouvriers tailleurs génère une solidarité et des formes d’organisation nouvelles (par exemple cantine collective quotidienne pour environ 1000 personnes), obtient satisfaction sur sa revendication de départ et principale aspiration du mouvement (la suppression du livret), entraîne une généralisation des grèves sur Paris (cordonniers, typographes, bijoutiers, menuisiers...).

Le Bulletin de police du 1er septembre 1840 rend parfaitement compte de la façon dont la grève générale s’est propagée d’un corps de métier à l’autre, d’une entreprise à une autre.

Le poids politique de politiciens bourgeois utilisant l’héritage des Montagnards de 1793 pousse aux luttes mais entrave la construction autonome du mouvement ouvrier.

Manifeste aux travailleurs (LEDRU-ROLLIN, 2 novembre 1844)

Le rapport de forces imposé par la révolution de 1848 permet la prise en compte des revendications ouvrières durant quelques mois : ateliers nationaux pour les chômeurs, proclamation du droit au travail...

25 février 1848 : Première proclamation du droit au travail

Cependant, la majorité conservatrice de l’Assemblée constituante élue le 23 avril 1848 se hâte de trouver une bonne occasion pour massacrer le prolétariat parisien.

Du 24 février au 26 juin 1848 : la Révolution et la république, du lyrisme à la répression sauvage du mouvement ouvrier

L’action efficace des Démocrates Socialistes durant la Seconde république permet par exemple de donner un statut légal aux sociétés de Secours Mutuels.

Manifeste électoral du peuple (8 novembre 1848) en soutien à la candidature de Raspail pour les élections présidentielles

Cependant, la misère reste la compagne quotidienne du milieu ouvrier.

Venez voir les plaies saignantes de ce Christ qu’on nomme le peuple ! (Victor Hugo, Les caves de Lille, mars 1851)

Le développement d’un véritable réseau de militants ouvriers organisés sur une base de lutte de classes prend naissance dans les années 1860 au travers d’une forte montée des luttes et de la naissance de la Première Internationale.

28 septembre 1864 Fondation de l’Association Internationale des Travailleurs (Première Internationale)

La grève d’Aubin (6 octobre 1869) qui inspira l’Ode à la misère de Victor Hugo

Le Creusot en grève 21 mars 1870

Le rapport de forces construit dans les années 1860 avec apparition de dirigeants ouvriers de grande valeur se voit à nouveau annihilé par un massacre de grande ampleur, celui de la Semaine sanglante noyant les milieux populaires parisiens dans le sang (30000 à 50000 fusillés, 40000 prisonniers, 4000 déportés qui ne reviendront pas...)

26 mars 1871 Elections à La Commune de Paris. La démocratie dans toutes ses dimensions

Léo Frankel (1844-1896) Ministre du Travail 
du premier pouvoir ouvrier

4 avril 1871 Le général communard Emile Victor Duval est fusillé par la vermine des Versaillais

28 mai 1871, Eugène Varlin, l’honneur du prolétariat, battu, éborgné, fusillé, crie sous les balles "Vive la république ! Vive la Commune !"

28 mai 1871 : la Commune de Paris était écrasée. "Tout ça n’empêche pas Nicolas, qu’la Commune n’est pas morte"

Les fusillés (Victor Hugo sur La Semaine sanglante)

Sur une barricade, au milieu des pavés... Un enfant de douze ans est pris avec des hommes (Victor Hugo)

E) Développement du mouvement ouvrier organisé de 1880 à 1914

Firmi et sa mine ; la vie des mineurs à la veille de la grande grève de 1886

La centralisation de l’Etat français a toujours pesé contre leurs revendications et leurs luttes, même au 19ème siècle à une époque où le syndicalisme commence à se construire et où gouvernent des républicains.

1er mai 1891 à Fourmies ! L’armée tire sans raison et sans sommation sur les manifestants

F) Le syndicalisme de 1914 aux années 1968

G) Remarques sur le syndicalisme actuel en France

Le modèle français se caractérise par un aspect continu, toujours valable, en regard des pays voisins, anglo-saxons, nordiques, hormis de brèves périodes :

- un syndicalisme faible par le nombre de ses adhérents.

Cela ne signifie nullement qu’il ne serait pas en mesure de rassembler le salariat. Il y eut des périodes de syndicalisme de masse où les organisations syndicales regroupaient plus de la moitié des salariés. ( 1936-37 - 1945- 1947 )

La France est néanmoins la lanterne rouge des pays de l’OCDE avec un taux de syndicalisation inférieur à 10 % ( 8 % probablement - 3 à 5 % dans le privé en 2006). En Suède, Norvège, Finlande, les taux oscillent entre 85 à 90 %...

Cette faiblesse est liée à une deuxième caractéristique :

- la désunion ou le pluralisme syndical.

L’unité est exceptionnelle. Les périodes d’unité sont des périodes favorables au rapport de force : unité organisationnelle ( Le Front Populaire, La libération), ou unité d’action ( 1960-1970 , CGT-CFDT).

Le syndicalisme français a été marqué par l’idéologie marxiste de la lutte des classes. Ce qui ne signifie pas qu’il aurait un lien intrinsèque avec le politique, qu’il serait politisé, même si d’évidence il a des rapports avec le politique au cours de son histoire. Il n’existe pas dans le monde de syndicats qui ne soient pas liés à un parti politique. Dans des pays proches de la France, comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, le syndicat est lié structurellement au parti social-démocrate. Au Royaume-uni, ce sont les Trade-Unions qui ont créé et financent le Parti Travailliste. (Bien que récemment certains syndicats britanniques aient rompu avec le New-Labour de Tony Blair).

C’est impossible en France, ne serait-ce que légalement. La charte d’Amiens*, en 1906, consacre l’indépendance du syndicalisme français par rapport aux partis politiques En Allemagne, à l’inverse, c’est le SPD qui a contribué à la création du syndicalisme allemand.

Il ne faut donc pas confondre la radicalité et la politisation.

L’histoire sociale en France a été marquée par des affrontements très violents entre l’Etat, le patronat, le mouvement ouvrier. Jusqu’en 1945, il a vécu avec le souvenir de la saignée de la répression contre la Commune de Paris en1871 : 30 000 morts, blessés, déportés. Cette histoire pèsera longtemps et lourdement sur la destinée du syndicalisme français, avec l’idée que : pour exister il est nécessaire de se battre.

Par ailleurs le patronat français n’a jamais accepté le pouvoir syndical et encore moins de partager le pouvoir dans l’entreprise. C’est uniquement par la lutte et les grèves que le syndicat pourra s’imposer et être reconnu : en 1936 lors du Front populaire, à l’extérieur. C’est seulement en 1968 que la section syndicale d’entreprise sera reconnue et ses droits affirmés en 1981 ave les lois Auroux.

C’est par la lutte des classes que les conquêtes ouvrières ont marqué l’histoire du pays. L’empreinte variera selon les périodes et les organisations. Elle irrigue sur le long terme l’ensemble du mouvement et est typique du syndicalisme et de l’histoire sociale en France. La lutte n’est pas idéologique, c’est un état pratique, relevant des rapports de force avec le patronat.

Les grands courants syndicaux français.

socialiste : CGT et CGT FO ;

communiste : CGTU, CGT.

chrétien : CFTC, CFDT.

autonome : les enseignants : (la FEN, puis la FSU, Solidaires), l’UNSA ( Fonction publique)

anarchiste : la CNT (ultra minoritaire)

Le syndicalisme est éclaté en une multitude d’organisations de salariés, de non salariés, de professionnels , du syndicalisme étudiant.


http://www.npa2009.org/content/etat...


http://www.snam-cgt.org/IMG/pdf/His...


http://www.aesplus.net/Historique-d...


https://books.google.fr/books?id=OR...


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message