Syndicalisme ( 5) La CGT avant 1914

samedi 1er décembre 2018.
 

La CGT est née en 1895 au Congrès de Limoges. Ce n’était cependant pas l’acte de naissance du syndicalisme français.

C’est après l’épisode sanglant de la répression de la Commune de Paris (1870) que des organisations ouvrières illégales surgissent et s’organisent. A partir de 1881, on compte en France cinq cent chambres syndicales de toutes natures, des associations mutualistes et des Bourses du travail.

*1791- La loi Le Chapelier-qualifiée de terrible par Jean Jaurès-confirme la suppression des corporations et l’interdiction des coalitions et les actions qui peuvent en découler comme la grève.

*1884- La loi Waldeck Rousseau abroge la loi Le chapelier et autorise la création des syndicats en France. Les activités de secours mutuel et les activités syndicales sont formellement séparées. Cette différenciation sera très importante dans l’évolution du syndicalisme en France à la différence du syndicalisme germanique, nordique, anglo-saxon.

Des congrès ouvriers se déroulent en 1876,1878,1879. Ces premiers congrès sont très composites : on trouve des sectes socialistes, des représentants de mutuelles, d’associations d’entraide. Deux formes d’organisations se sédimentent et s’opposent : les mutuelles qui sont les plus importantes grâce au soutien de Napoléon III et les chambres syndicales, plus radicales. Certaines mutuelles soutiennent les mouvements de grève en organisant la prévoyance et les caisses d’entraide.

La structure fédérale ( verticale)

*1886 - Date de création de la première organisation : La Fédération Nationale des Syndicats et groupes corporatifs de France et des Colonies ( FSN).

Elle est animée par des « guesdistes ». (*Jules Guesde a créé le Parti Ouvrier Français. C’est un personnage décisif du mouvement socialiste qui a fait pénétrer le marxisme en France.)

Deux caractéristiques :

- les ouvriers sont rassemblés en corporations par métier (plusieurs syndicats pour un même produit, rassemblés en Fédérations).

- le syndicat est sous l’influence directe du POF.

La structure locale horizontale

Elle se développe à travers les Bourses du travail, avec le responsable ouvrier Fernand Pelloutier.

1892 - Les Bourses se fédèrent en Fédération Nationale des Bourses du Travail, en particulier dans les villes dirigées par des socialistes. Ce seront les bases ouvrières du « socialisme municipal ». Ses animateurs sont plutôt des anarchistes.

Les anarchistes voulaient changer le monde par l’action directe, les attentats. Cette forme d’action a tourné court et entraîné une forte répression. Les anarchistes se réfugient au sein des Bourses qu’ils vont influencer avec un message libertaire

Les deux formes d’organisation, fédérale et locale, vont marquer le mouvement ouvrier français et présider à l’organisation de la CGT : une organisation verticale en Fédérations de métiers et une structure horizontale en Unions Locales qui regroupent les syndicats de diverses entreprises d’un même lieu.

Au congrès de 1895, la FNS et La FNBT s’unissent et créent la première organisation confédérale : la CGT ; des organisations non fédérées la rejoignent.

En 1890, on comptait 400 000 syndiqués.

Cette CGT reste cependant profondément divisée. Pendant dix ans la structure demeure vide. C’est seulement en 1902 que la vraie fusion s’opère au Congrès de Montpellier.

Les trois courants idéologiques

* les guesdistes : courant marxiste qui va voir son influence se réduire jusqu’en 1914, mais il conservera des positions fortes dans le Nord où il restera majoritaire.

* les réformistes : minoritaire, il se renforce au cours des années et est vraisemblablement majoritaire en 1914. Cependant il ne dirigera jamais la CGT, du fait de structures de fonctionnement peu démocratiques.

* le courant syndicaliste révolutionnaire : il est central et donne sa couleur au syndicalisme français : une condamnation sans appel du capitalisme.

- il rejette l’Etat ; favorable à sa destruction, il est opposé à sa conquête (la voie électorale). Cet « anarcho-syndicalisme » est l’héritier des libertaires anarchistes.

- le rejet du politique. C’est une affirmation de l’indépendance syndicale à l’égard des partis politiques de la Gauche. Cette opposition sera confirmée par la charte d’Amiens* en 1906 qui est la marque particulière d’un syndicalisme français souvent accusé de politisé, alors qu’il est parmi les plus indépendants au sein du syndicalisme. * (voir précédemment : caractéristiques du syndicalisme en France)

- l’élitisme : le syndicalisme doit forger ses propres méthodes de lutte, avec des minorités conscientes. (* on retrouvera cette conception dans le bolchevisme puis dans les mouvements trotskistes, celle de l’avant-garde ouvrière).

*Emile Pouget en 1907, déclarait dans une brochure de la CGT, que « la masse amorphe pour nombreuse et compacte qu’elle soit serait mal venue de récriminer puisqu’elle bénéficie des victoires obtenues...ce sont de véritables zéros humains dont la valeur ne peut apparaître qu’à la droite des salariés..

- Conception de la grève générale comme exaltation de l’action directe :*...l’action directe s’oppose à l’action indirecte de l’action de la démocratie et du parlement...(Hubert Lagardet- le socialisme ouvrier)*

Autres courants :

Les « possibilistes », courant très réformiste.

Les « alemanistes » de Jean Alemane, déporté après la commune de Paris.

Les « Blanquistes » d’Auguste Blanqui, qui fréquentera beaucoup les prisons pour ses tentatives de coup d’Etat, animera un courant de radicaux révolutionnaires.

Les socialistes indépendants, représentés par Jean Jaurès et Léon Blum, dirigeants du Parti socialiste (le PSU ou SFIO créée en 1905 qui unifie les partis ouvriers).

Le syndicalisme révolutionnaire va dominer le mouvement ouvrier et syndical de façon courte entre 1906 et 1909. Ce syndicalisme radical a existé en Allemagne, en Angleterre, aux Pays-Bas, mais il n’y a qu’en France et en Espagne que le syndicalisme révolutionnaire a été dominant.

Interrogations sur l’influence du syndicalisme CGT

Avant 1914, le syndicalisme français ne rassemble que peu de troupes : 4 % des salariés. Ses zones d’influence sont limitées à quelques secteurs : les mines, les cheminots, le textile, le livre et la métallurgie dans une moindre mesure. C’est cependant au cours de cette période que seront lancés de puissants mouvements revendicatifs. Les luttes pour la journée de 8hoo se solderont par un succès en avril 1919 au lendemain de la Grande Guerre après la loi du 25 mars qui institue les cadres des Conventions Collectives.

Des éléments sont apportés pour la création d’un régime de retraites.


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