29 mars 1988 Assassinat à Paris de Dulcie September par les services secrets

lundi 29 mars 2021.
 

Née en 1935 dans la banlieue du Cap (Afrique du Sud), Dulcie Evonne September voit son enfance marquée par l’instauration de l’apartheid en 1948, qui contraint notamment sa famille à s’installer dans un township. Révoltée par la ségrégation raciale, elle rejoint différentes organisations d’extrême-gauche prônant le renversement du régime en place. Cependant, son activisme la conduit en prison en 1963. Là-bas, elle ne désarme pas et continue d’agir en donnant notamment des cours d’alphabétisation aux détenus.

Libérée en 1969, elle est assignée à résidence et se voit à la fois interdire de militer et d’enseigner. Rien ne l’empêche cependant de poursuivre son combat ailleurs. Ainsi, Dulcie September choisit de s’exiler à Londres où les membres de l’ANC (African National Congress) sont nombreux et elle rejoint alors le parti de Nelson Mandela. Elle trouve rapidement sa place au sein de l’organisation et s’intéresse tout particulièrement au sort des femmes et des enfants en Afrique du Sud : « C’est encore pire pour les femmes, parce qu’elles sont des femmes, parce qu’elles sont noires, parce qu’elles travaillent. Elles n’ont aucun droit. » Son activisme dépasse les frontières de la Grande-Bretagne puisqu’elle s’engage dans différentes actions à travers la planète, notamment aux cotés de l’UNESCO.

En 1984, Dulcie September s’installe à Paris. Elle est nommée représentante de l’ANC pour la France, le Luxembourg et la Suisse. Son principal objectif, accentuer la lutte internationale contre l’apartheid et maintenir la pression sur Pretoria. Pour cela elle tisse des liens avec différentes organisations, antiracistes notamment, et participe à des événements comme la conférence mondiale contre l’apartheid en 1986 à Paris. En parallèle, elle enquête sur les liens entre la France et l’Afrique du Sud et tout particulièrement sur le contournement de l’embargo sur les armes : « Les armes continuent à être livrées par les grandes puissances et en particulier la France ». Elle dénonce aussi le rôle joué par certaines entreprises comme Total, qui fournit son pétrole au régime, et appelle au boycott des produits sud-africains. Son activisme l’expose à des menaces. Elle se sait sur écoute et est même victime d’une agression, mais on lui refuse toute protection policière. Le 29 mars 1988, elle est assassinée par les services secrets sud-africains, avec la complicité des services français, en plein à Paris devant les bureaux de l’ANC.

Matthieu Lépine


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