G20 : notre combat n’est pas vain (par PG national)

jeudi 9 avril 2009.
 

Quel sens donner aux résultats du G20 qui s’est achevé à Londres ?

Pour y répondre, il faut prendre les questions par la racine. Les années 2008-2009 marqueront un tournant dans l’histoire. Nous pourrons dire à nos enfants et petits-enfants « oui, nous avons connu ces années là ». Sous nos yeux, explose en plein vol le régime néolibéral imposé à la faveur de la « révolution conservatrice » de la fin des années 1970. Un changement d’époque s’opère. Vers quoi débouchera-t-il ? C’est tout l’enjeu des prochains mois.

Durant les Trente Glorieuses tout était loin d’être rose. Dominait néanmoins l’idée que l’intervention publique massive était nécessaire pour faire ce que le marché ne savait, à l’évidence, la crise des années 1920-1930 l’avait suffisamment démontré, pas faire. Grâce à cette intervention, le monde a connu une croissance inédite du pouvoir d’achat et le quasi plein-emploi. Des inégalités méprisables continuaient certes à exister, mais elles étaient contenues par une politique fiscale redistributive (aux Etats-Unis même le taux d’imposition sur les hauts revenus était de 91 % entre 1941 et 1964 puis encore de 77 % jusqu’en 1970). Quant aux crises financières majeures : le monde n’en a connu aucune pendant plusieurs décennies.

Avec le régime néolibéral des années 1980-2000, le primat a, au contraire, été accordé en tous lieux au marché, et plus précisément en fait aux intérêts d’une minorité de nantis. Dénigrée comme ringarde, l’intervention publique n’était plus tolérée qu’au service du... marché. Pendant des années, nous avons été minoritaires à pointer le mélange d’injustice mais aussi d’inefficacité pour le plus grand nombre que recelait ce régime. La mode était au « Enrichissez-vous ! » et, pour les laissés pour compte, au « Vive la crise ! ».

C’est terminé : tel le poisson qui pourrit toujours par la tête, le libéralisme explose par sa clef de voûte : la banque et la finance libéralisées. Le bilan est accablant : l’Organisation Internationale du Travail annonce d’ores et déjà 50 millions de chômeurs en plus sur la planète.

Les institutions et réunions internationales (Fmi, Banque mondiale, Omc, Ocde, Commission européenne, G7, G8, G20...) ont pendant des années été à la pointe du libéralisme. On le conçoit : comme il n’existe pas de république mondiale (quel monstre bureaucratique serait-elle d’ailleurs !), la citoyenneté, la démocratie, le pouvoir du peuple ne pèsent pas directement sur elles. Libéralisation financière et commerciale, remise en cause de la protection sociale, des services publics et du droit du travail, condamnation des politiques économiques keynésiennes (budgétaire, monétaire, industrielle, etc.) : pendant des années, ces instances internationales n’ont cessé de promouvoir ces différents piliers, parfaitement cohérent entre eux, du puzzle libéral. Les gouvernements acquis au libéralisme ont trouvé là une ressource précieuse : ce qu’ils pouvaient difficilement imposer à leur peuple, ils l’imposaient via ces instances (« nous n’avons pas le choix »), dont ils sont pourtant responsables.

Le cataclysme financier et économique marque pour longtemps la faillite du libéralisme.

Qui l’eut cru il y a deux ans ? Les paragraphes du communiqué final du G20 de Londres ressemblent étrangement aux têtes de chapitre d’un tract antilibéral : paradis fiscaux, fonds spéculatifs, agence de notation, normes comptables, etc. : tout y est ou presque (on continue tout de même à fustiger ceux qui osent remettre en cause le libre-échange commercial !).

Le loup, comme par miracle, se serait-il fait agneau ?

Le problème comme toujours se niche dans les détails. Pas seulement dans ce serment, repris dès le début du communiqué, en faveur des « principes du marché ». Sur chaque domaine, les problèmes sont listés, mais aucune disposition contraignante, ou bien peu, n’est prise. Et la somme des détails fait finalement système : le G20 propose, au fond, de rendre plus « transparent », de mieux « surveiller », de mieux « réguler » des pratiques (libres mouvements de capitaux, titrisation, etc.) et des institutions (fonds spéculatifs, etc.) qui ont montré toute leur nocivité, mais que l’on se refuse à interdire, alors que pendant des décennies le monde à fonctionner sans elles et plutôt mieux. De même, si des lignes de crédits sont accordées au FMI afin de venir au pays en difficulté mais aucun changement radical de ses pratiques - l’octroi de crédit en échange du démantèlement des services publics depuis longtemps dans les pays du Sud et aujourd’hui en Hongrie ou Lettonie - n’est envisagé.

On ne saurait, au final, s’étonner de ces piètres résultats : la finance avec toutes ses composantes (banquiers, fonds spéculatifs, agence de notation, paradis fiscaux, etc.) défendra jusqu’au bout ces intérêts et on peut difficilement demander aux zélotes du libéralisme de rompre avec ce qui fait le fond de leur pensée : l’idée que l’intérêt général est réductible, la concurrence aidant, au jeu des intérêts particuliers.

Ce qui vaut pour la réglementation du système financier, vaut pour les plans de relance nécessaires pour faire face à la dépression qui menace de plus en plus lourdement. La zone euro, prisonnière de ses institutions et Traités ultralibéraux, est totalement à la traîne en la matière. La France l’est plus encore, elle dont le plan de relance est le plus misérable de tous les pays développés (combien pour les salaires, les retraites, les allocations afin de soutenir la demande ?). Le G20, pour qui veut bien réfléchir, aura au moins permis une chose : confirmer, pour qui en douterait encore, que N. Sarkozy est bel et bien roi en son domaine, celui de l’imposture. Il sait que la demande est au retour de l’Etat. Il gesticule en ce sens. C’est ce qu’il a fait à la veille du G20 en menaçant ni plus ni moins (mais qui pouvait le croire ?) qu’il ne signerait pas le communiqué final. Cela lui a permis de détourner l’attention sur un sujet qui fâche y compris du côté américain : la faiblesse insigne du plan de relance français ! Et comme si cela ne suffisait pas, les caméras étant fixées sur Londres, le gouvernement annonce en catimini, aujourd’hui même, qu’il va à nouveau réduire l’ISF !

En les énumérant, le G20 a, à sa façon, reconnu les problèmes. C’est aux peuples, à présent et comme toujours, d’imposer dans la rue et par les urnes que des solutions soient prises. Notre combat, décidément, lui n’est pas vain.


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