Janvier 2007 Firmi : les actions de défense des services publics en Aveyron expliquées par ceux qui les mènent

dimanche 14 janvier 2018.
 

De la constitution en avril 2006 d’un Collectif Aveyronnais de Défense des Services Publics au meeting à Firmi en janvier 2007, de nombreuses initiatives ont été prises. Celles et ceux qui ont réussi à mobiliser expliquent le 12 janvier 2007 l’histoire de cette mobilisation.

1) Comment le Collectif Aveyronnais de Défense et Développement des Services Publics s’est-il créé ?

Alain Renaut (secrétaire du collectif CADDSP)

Notre action s’inscrit dans le mouvement initié par l’appel national lancé de Guéret ( 13 novembre 2004) dont est issue la fédération mise en place les 25 et 26 juin 2005, également à Guéret puis le 17 septembre 2005 à Angoulème.

Deux manifestations, remarquées, le 5 mars 2005 à Guéret et le 19 novembre 2005 à Paris ont lancé la dynamique sociale visant à placer l’avenir des services publics au cœur des luttes pour une société d’égalité et de solidarité.

Ces valeurs de la République Française, issues de combats menés pour la justice sociale, pour le libre et plein exercice des droits fondamentaux, pour la défense de la démocratie, pour préserver et développer le bien commun, renvoient à la nécessité de promouvoir les services publics, de les reconquérir, de les étendre, de les démocratiser.

L’assemblée plénière des 28 et 29 janvier réunie à Lorient a décidé de donner une structure associative (type 1901) au mouvement ; la Fédération s’appelle désormais « Convergence Nationale des Collectifs de Défense et de Développement des Services Publics »

Notre camarade Jacques Sérieys a participé à ces manifestations et assemblées ; conscient de la situation alarmante des services publics en Aveyron, il a multiplié les contacts pour créer un collectif départemental, pour fédérer l’engagement citoyen et la dynamique unitaire. La démarche n’a pas été fructueuse et c’est donc au sein même de l’association PRS que d’autres camarades avons pris le relais.

C’est dans la mobilisation générale contre le CPE que les premiers contacts sont noués. Rapidement l’ambiance aidant, une assemblée générale constitutive est réunie le 13 avril 2006 ; un bureau est constitué, le collectif est en ordre de marche pour affronter les assauts du libéralisme contre nos services publics. Depuis, notre expérience confirme l’adage selon lequel c’est par la lutte que l’on construit un rapport de force et une structure de lutte. C’est au travers des initiatives prises que s’est constitué un front unitaire autour du collectif. Il est vrai que nous avions pour repères les valeurs de la République Française, issues de combats menés pour la justice sociale, pour le libre et plein exercice des droits fondamentaux, pour la défense de la démocratie, pour préserver et développer le bien commun. Ces objectifs renvoient à la nécessité de promouvoir les services publics, de les reconquérir, de les étendre, de les démocratiser.

2) A ce moment-là, Pourquoi et comment le Conseil municipal de Firmi a-t-il saisi le Collectif ?

Roger Lajoie Mazenc (maire de Firmi, vice président de la communauté de communes du Bassin de Decazeville, vice-président du collectif CADDSP)

Nous étions encore sous le coup de la menace de fermeture de la maternité voisine, celle de Decazeville, sauvée grâce à la mobilisation de tout le bassin de vie dans le cadre du « Tous ensemble » ; nous venions de voir trois gendarmeries fermées, dont celle de Firmi, sur le même territoire ; nous savions que la subdivision DDE allait être délocalisée de Decazeville à Villefranche ; nous connaissions les menaces pesant sur la plupart des services administratifs, quand on nous a fait le coup de la Poste. A savoir : suppression du chef d’établissement, un conseiller financier présent à temps partiel, modification à la baisse de l’amplitude horaire. Trop c’est trop, avons-nous pensé. D’autant que les décisions nous tombaient sur la tête sans qu’aucune concertation ait été menée. Tout au plus étions-nous convoqués pour nous faire part des décisions. Comme Firmi n’était pas la seule commune dans ce cas-là, le mécontentement croissant conduisit, en mars 2006, à la création d’un collectif départemental. J’ai adhéré. D’entrée, mon Conseil municipal acceptait de lui confier le mandat de nous défendre.

Comment s’est engagée l’action ?

L’idée a été lancée d’un référendum d’initiative populaire. Pour le demander, il nous fallait disposer de la signature d’un cinquième des électeurs de la commune. Nous avons monté une pétition qui, en une matinée de marché, a recueilli 717 signatures, soit près du double de ce qui nous était réglementairement demandé. Les listes ont été déposées entre les mains du Maire qui a saisi la préfète. Nous avons du attendre deux mois pour apprendre que ce type de référendum ne serait pas légal au motif que l’organisation de la Poste n’est pas de la compétence du Maire, lequel risquait de se voir traduit devant le Tribunal administratif s’il persévérait.

Vous n’en êtes tout de même pas resté là ?

En effet, le Collectif s’est totalement emparé de l’affaire en décidant d’organiser, non pas un référendum, mais une expression citoyenne locale . Nous y voilà. Ce samedi 13 janvier, la population est appelée à s’exprimer sur son ressenti du fonctionnement de la Poste. Celle-ci est, en fait, prise comme illustration pour dénoncer la menace qui pèse sur tous les services publics. Le meeting qui suivra nous permettra de dénoncer la violation de « la charte sur l’organisation et l’offre des services public et au public en milieu rural » : il n’y a pas eu de concertation et la réorganisation n’a pas conduit à une amélioration. C’est donc au nom de la République que nous défendons le service public

3) Cette lutte sur la Poste est-elle isolée d’une défense des autres services publics sur le Bassin de Decazeville ?

Claude Catalan ( président de communauté de communes)

Non, nous avons déjà l’expérience ici de plusieurs luttes sur les services publics et d’un collectif local : le Tous Ensemble. Il s’est créé en 1998 autour d’une lutte en défense de la maternité et plus globalement l’hôpital public de Decazeville. Grâce à une forte mobilisation et en particulier une manifestation de plus de 8000 personnes, nous avons obligé le gouvernement à négocier et la maternité n’a pas été fermée.

Dans un territoire en reconversion industrielle comme le nôtre, il a fallu défendre pied à pied les services publics. La gare de Cransac devait être supprimée alors que cette commune connaît un fort développement touristique lié au thermalisme ; nous avons occupé la gare plusieurs jours avec une sorte de fête en point d’orgue ; nous avons gagné.

Le Tous Ensemble réunit des élus, des organisations syndicales, des associations (par exemple les commerçants), des représentants divers de la société civile.

Comme le Collectif Aveyronnais de Défense et Développement des Services Publics, nous sommes partis d’une position défensive sur un objectif à chaque fois très précis permettant de mener une lutte comprise et massive avant de déboucher sur des propositions de développement qui ont été prises en compte avant 2002 par un Comité Interministériel d’Aménagement Du Territoire (CIADT).

4) Et dans l’Education Nationale ?

Jean Pierre Rivière

1998, c’est l’année d’une relance des Zones d’Education Prioritaire (ZEP) par Ségolène Royal alors Ministre Déléguée à l’Enseignement Primaire dans le gouvernement de Lionel Jospin.

A cette date, dans le bassin de Decazeville Aubin, les résultats scolaires des élèves aux évaluations nationales de CE2 et 6 ième ne sont pas bons, le nombre de demande de bourse augmente d’année en année, plusieurs indicateurs économiques et sociaux (CAF, Conseil Général, CCAS) mettent en évidence les difficultés croissantes rencontrées par les familles :

Taux de chômage largement supérieur au reste du département, nombre important de familles mono parentales (environ 25%).

Pour toutes ces raisons et sous l’action d’un collectif d’élus , de parents d’élèves, d’enseignants et d’acteurs associatifs, le bassin obtient son classement en Z.E.P. à la rentrée 1999.

Ce dispositif permet dans le cadre de l’Education Nationale :

* un taux d’encadrement des élèves supérieur au reste du département

* des postes spécifiques : coordonnateur, animateur/soutien

* des suppléments budgétaires pour des actions ciblées (Maîtrise de la Langue, Classes Lecture, collège ouvert ...)

Les dernières évaluations scolaires montrent des résultats non seulement qui cessent de se dégrader, mais qui remontent sensiblement : le dispositif est efficace grâce à l’action conjuguée de tous les partenaires défenseurs d’un service public de qualité.

Prochainement, sous l’action des mêmes, le Bassin devrait s’inscrire dans un dispositif complémentaire pour une aide renforcée à la scolarité, à une ouverture culturelle et sportive en faveur des plus démunis. Ce Projet de Réussite Educative est un des volets de la loi de cohésion sociale dite loi Borloo.

5) Sur l’ensemble du département, quelles actions avez-vous menées ?

Guilhem Serieys (conseiller régional PS, vice président du collectif CADDSP, PRS)

Concernant la Poste, le collectif a envoyé aux Maires de l’Aveyron un questionnaire visant à faire un état des lieux précis des réorganisations du service. Sur 100 réponses, 64 Maires se déclarent prêts à aider, sur leur commune, à organiser des actions. La question républicaine se trouve ici comme ailleurs au centre des préoccupations. « Exigeons notre part de République », voilà quel pourrait être le dénominateur commun rassemblant sur divers dossiers les élus et citoyens soucieux de l’intérêt général.

Prenons l’exemple des transports. Le Conseil Général de l’Aveyron se paie, à grand frais des spots TV « On ira tous en Aveyron ». Encore faut-il pouvoir s’y rendre. La liaison directe de jour Rodez-Paris a été supprimée sans concertation. Des gares ferment à des heures d’arrêts de trains ! ... Alors que le nombre de dessertes TER augmente considérablement, faisant remonter les citoyens dans les trains grâce à l’effort politique de la région mais l’état de délabrement des voies provoqué par le désengagement de RFF et de l’Etat entraîne une situation inédite : d’ici 5ans, les trains ne rouleront plus.

Concernant les routes, la droite veut faire de l’Aveyron un cobaye de l’ultralibéralisme. La Route Nationale 88 reliant Rodez à Toulouse doit être aménagée intégralement en 2 fois 2 voies. Beaucoup avait été fait par Jospin dans le Contrat de Plan Etat-Région en 2000. Le coût des travaux restant à accomplir est de 600 millions d’euros. Le gouvernement Villepin propose un Partenariat Public Privé comme mode de financement : le privé prendrait à charge l’investissement et se verrait rembourser sur 30 ans par la puissance publique. Le coût : 60 millions d’euros par an soit un remboursement d’un total de 1 milliard 800 millions d’euros, c’est-à-dire 3 fois plus que sa mise initiale. Une sacrée affaire pour le privé. Partout, l’Etat a financé les grands chantiers routiers relevant de sa compétence. Ici, c’est un statut particulier dans la République ; ce serait 3 fois plus cher et rien ne se ferait sans les collectivités. Et pourtant l’Etat s’est déchargé en 2005 de 18000 km de RN et il ne lui en reste que 11000.

La refondation républicaine de la France est une nécessité, les « biens communs » dont l’accès doit être garanti pour tous doivent relever de l’Etat ; tout autre système remet en cause l’égalité entre les territoires et pénalise les plus faibles.

6) Roland Réal (bureau du collectif CADDSP)

La situation est aussi grave dans l’Education nationale.

Depuis plusieurs années, les établissements scolaires subissent de plein fouet une politique de réduction des coûts qui se traduit par des pertes de dizaines de milliers d’emplois, aggravant ainsi une situation pourtant déjà fragile. Dans un lycée de l’Aveyron, on a ainsi vu disparaître plus de trente postes en trois ans.

Dernièrement, toujours avec le même objectif, le ministre a décidé de s’attaquer, sans concertation, aux statuts des enseignants et d’alourdir encore leur charge de travail.

La situation est grave et les organisations syndicales, dans leur quasi-totalité, ont décidé de s’opposer à ce projet. La grève du 18 décembre a été suivie à près de 70% dans l’Aveyron, à plus de 50% en France, et une manifestation est prévue à Paris le 20 janvier pour s’opposer à ce qu’il convient d’appeler la casse du Service Public de l’Education.

7) Quelle est la reconnaissance publique, médiatique et institutionnelle du collectif CADDSP aujourd’hui ?

Pierre Pantanella (élu, responsabilités communauté de communes, Président du collectif CADDSP)

Notre première action a été l’enquête sur la Poste dont parlait Guilhem. Nous l’avons envoyée à toutes les mairies avec un texte expliquant notre raison d’être. Cela nous a permis de nous faire connaître sur tout le département. Immédiatement, nous avons lancé une saisine en vue d’organiser un référendum d’initiative populaire sur la réorganisation de la poste de Firmi à la demande du maire et de son conseil municipal. Cela nous a ouvert les colonnes des journaux qui sont friands de telles manifestations.

Devant notre combat, la CGT nous a demandé de l’accompagner à une entrevue avec la Préfète. Nous avons interpelé celle-ci sur la charte concernant l’organisation de l’offre des services publics en milieu rural. Nous lui avons rappelé notre saisine et notre démarche qui est une démarche d’usagers citoyens. Toutes nos actions sont restées dans cet esprit, et je pense que c’est cela qui nous a imposé en tant qu’interlocuteur crédible.

Nous avons également demandé à la préfète une réunion de la commission départementale d’organisation et de modernisation des services publics sur le fait que la SNCF modifie le service public (suppression de train direct) ; elle a refusé. Nous avons écrit à ESTROSI ministre de l’Aménagement du territoire qui lui a demandé cette organisation. Première victoire. Pendant cette réunion, les élus ont fait caisse de résonnance à nos revendications, nous donnant par là de la crédibilité. Cette commission aujourd’hui se réorganise suite à un nouveau décret (elle passe de 48 membres à 25) et malgré cela un siège nous est attribué. Quelle meilleure reconnaissance !

Les journaux relatent toutes nos sorties, notamment La Dépêche. La lutte de Firmi nous ouvre les ondes de France Inter, de FR3 ; nous prenons une autre dimension et par là une reconnaissance publique. Les gens nous téléphonent y compris pour des problèmes de facture d’EDF. Quand il y a un creux dans nos luttes, nous faisons paraître des articles sur les attaques dont sont victimes nos services publics. Nous sommes présents en permanence et il ne se passe pas une semaine sans qu’on parle de nous, sans que la presse ne nous téléphone. Nous devenons incontournables. Les radios locales nous donnent leurs antennes, TOTEM qui est diffusé sur trois départements, radio Saint Affrique qui avait en son temps relaté les événements de la lutte pour l’hôpital de Saint Affrique.

Nous sommes aussi présents sur Internet par le site de PRS12 qui relate tous nos articles, toutes nos luttes. Nous sommes là où la communication est, et nous faisons passer les valeurs pour lesquelles nous luttons. Les élus nous rejoignent ; en effet l’association compte des conseillers régionaux, des conseillers généraux, des maires, des élus communautaires et municipaux, des partis politiques (PS, PC, PRG, MRC, VERT) des organisations syndicales et des associations tels qu’ATTAC. Nous grandissons. Tout cela en 6 mois, que de travail ! mais quelle récompense quand lors de notre premier meeting, nous aurons l’honneur d’avoir Jean-Luc à nos côtés qui sera accompagné de Bové, de Marie Claire Culié du PC, Lucien Jallamion du MRC, Bernard Castagnéde du PRG ; avec eux notre reconnaissance ne pourra que croître.

8) Justement, comment va se dérouler cette journée du samedi 13 janvier à Firmi ?

Roger Lajoie Mazenc

De 8h à 17 heures, les citoyens sont appelés aux urnes (trois seront disposées devant la Mairie, devant la Poste et sur le marché) ; ils se verront proposer des bulletins avec la réponse OUI s’ils approuvent la réorganisation ou NON s’ils la désapprouvent.

A 17 heures, le dépouillement sera opéré pour proclamation des résultats dans le cadre d’un meeting qui, autour du Maire de Firmi, Roger Lajoie-Mazenc, et du président du Collectif, Pierre Pantanella, rassemblera les ténors mandatés par leurs formations :

- Marie Claire CULIE, membre du comité national du Parti communiste en charge des services publics,

- Christian MARTIN, secrétaire national du Parti socialiste aux services publics,

- Lucien JALLAMION, Délégué national du Mouvement Républicain et Citoyen au monde du travail et au service public,

- Bernard CASTAGNEDE ou Thierry JEANTET, porte-parole du Parti Radical de Gauche,

- José BOVE, porte parole de l’association altermondialiste Via Campésina,

- Jean-Luc MELENCHON, sénateur PS de l’Essonne, fondateur de l’association Pour la République Sociale.


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