La traite des esclaves noirs : pire crime contre l’humanité

dimanche 7 octobre 2018.
 

- A) Esclavage et capitalisme colonialiste (Jean-Luc Mélenchon)
- B) L’esclavage et son héritage
- C) L’impact économique de la traite atlantique
- D) Vidéos sur les traites négrières
- E) LA TRAITE NEGRIERE, ORIGINE DU COMMERCE COLONIAL

A) Esclavage et capitalisme colonialiste (Jean-Luc Mélenchon)

Source : http://melenchon.fr/2016/12/25/memo...

L’esclavage n’a pas été un phénomène périphérique mais le cœur économique d’une période spécifique de mondialisation et d’accumulation du capital. Le capitalisme colonialiste est un système ancré dans la souffrance, la violence et la négation de l’humanité des dominés. Les puissants sont passés de ce système à celui que nous avons sous les yeux comme on change de chaussure. La logique reste la même : se procurer du travail humain à vil prix pour produire une marchandise « moins chère » obtenue pour l’export au détriment de toutes autres considérations ou productions. L’esclave et « l’uberisé » ont en commun d’être les travailleurs sans droit de ceux qui les exploitent sans aucune obligation contractuelle. Mais ce rapprochement ne me fait pas perdre de vue ce qui reste le plus marquant et me perturbe encore à l’heure où je tape ces lignes.

Le plus traumatisant pour moi, en tant que philanthrope, est la compréhension (prendre avec soi) de l’énigme qu’est la durée du crime qui a été commis et perpétué pendant plusieurs siècles. De ce fait, dans ce voyage aux Antilles, un fait de connaissance est devenu un fait d’existence personnel. Il s’est incrusté. Le mémorial réalise cette opération sur ses visiteurs. Et ce n’est pas sans douleur. Exactement comme la Shoa est entrée en moi après avoir vu le film de Lanzmann, même si je savais déjà avant, bien sûr, de quoi il s’agissait. D’ailleurs, pour moi, désormais, les deux faits ont beaucoup à voir quant aux formes de la violence qu’ils déploient, et le caractère stupéfiant de l’organisation méthodiquement inhumaine qu’ils mettent en œuvre. À cette différence remarquable que la mise en servitude de millions d’êtres humains, juridiquement considérés comme des biens mobiliers et traité plus brutalement qu’aucun bien matériel, dura des siècles. Et au fil du temps, la sauvagerie, le sadisme assumé comme instrument de contrôle se sont affirmés comme des faits de culture commune pour les dominants d’alors. Et la contamination raciste qui en est le support n’a pas fini d’empoisonner la société.

De toutes ces horreurs ressort cependant une marque qui fait sens à l’instant où l’on pourrait se décourager de l’humanité. Ce fait, c’est que jamais les esclaves ne se sont résignés à leur situation. L’histoire de cet interminable martyr est aussi celle de révoltes permanentes sous toutes leurs formes en dépit de répressions abominables. L’insoumission a été la marque de leur humanité revendiquée comme droit à la liberté. Alors j’ai en tête, comme un écho, cette phrase terrible de Robespierre, abolitionniste fervent, sous les reproches de quelques-uns des personnages si prisés aujourd’hui pour leur « modérantisme ». Ils l’accusaient de provoquer une catastrophe économique aux colonies sucrières : « périssent les colonies plutôt qu’un principe ». Entre ceux qui revendiquent leur liberté au prix du sang, de la mort, et des plus abominables représailles et ceux qui refusent quelque aliénation que ce soit de la dignité humaine sous les prétextes d’efficacité économique, il y a pour toujours un pacte à travers le temps et l’espace.

Puis quand enfin a sonné cette heure de la liberté avec le vote de l’Assemblée nationale en 1794, les libérés se sont jetés de toutes leurs forces dans la bataille pour les libertés des autres partout dans les Caraïbes et sur le continent. À quoi succède l’abjection du rétablissement de l’esclavage par Napoléon, tache pour toujours sur cette « gloire » qui lui est si facilement et aveuglément concédée quand il fit mourir mille fois plus de monde que la période de la grande terreur sur laquelle se concentrent les avanies des ennemis du peuple en action qui conchient les libérateurs, louent leurs assassins, pour mieux laisser chérir les tyrans.

J’en parlerai surement de nouveau dès que la poussière de sentiments que l’évènement a soulevé en moi sera retombée. J’ai choisi des lectures qui n’ont rien arrangé à mon humeur. Car je suis revenu à « la rue Cases nègres » de Joseph Zobel et une fois fini de lire, le cœur retourné, j’ai fait l’erreur de me mettre à « la sixième extinction » d’Élisabeth Kolbert qui est un autre miroir de la sauvagerie irresponsable des humains. Ces horreurs sont parvenues jusque dans mes os en même temps que je constatais les ravages qui continuent ici sur les êtres et sur la nature. Et chaque fois que je voulu revenir à l’info courante sur les réseaux et les journaux, je fus éclaboussé de sang ou d’ignominies. Alors pour la première fois depuis bien longtemps, comme un porteur fourbu, je fis une pause et je décidais de vous oublier tous et je me consacrais à l’observation des vagues qui se brisent sur les cailles au Vauclin. Elles viennent à bout de tout. Mais ça prend du temps.

B) L’esclavage et son héritage

Source : http://www.lcr-lagauche.be/cm/index...

La France vient de célébrer l’abolition de l’esclavage. Le dernier film de Steven Spielberg, "Amistad", relate une révolte d’esclaves et la lutte abolitionniste aux Etats-Unis. Les causes économiques, sociales et politiques sont oubliées au profit d’une seule explication ; le sursaut moral et humaniste de la bourgeoisie !

Paradoxe de l’histoire, la naissance du capitalisme allait s’accompagner, sous de nouvelles formes, d’une renaissance de l’esclavagisme. Après la conquête des "Amériques", l’esclavage des Indiens s’étant révélé contre-productif, c’est en Afrique que l’on va pratiquer le commerce de vies humaines. Entre le milieu du XVe siècle et les années 70 du XIXe, entre 10 et 16 millions d’Africains, selon les sources (1), ont été emmenés en esclavage vers le "Nouveau Monde". Soixante autres millions sont morts lors du transport ou du fait des raids et des guerres de conquête en Afrique !

Capitalisme et esclavagisme sont donc inséparables ; la naissance du premier ayant comme condition la pratique ignoble du second. Contre ceux qui défendaient la possession des moyens de production aux mains d’une classe minoritaire au nom des dignes efforts consentis par cette classe dans le passé, Marx répondait avec ironie : "La réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalent l’ère capitaliste à son aurore." (2)

Le paradoxe historique n’est donc qu’apparent, Marx l’avait bien compris lorsqu’il qualifiait la traite des Noirs comme un "moment essentiel" de l’accumulation primitive capitaliste : "L’esclavage direct est le pivot de l’industrie bourgeoise aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage, vous n ’avez pas d’industrie moderne. C’est l’esclavage qui a donné leur valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce de l’univers, c’est le commerce de l’univers qui est la condition de la grande industrie. " Et d’ajouter : "En somme, il fallait pour piédestal à l’esclavage dissimulé des salariés en Europe, l’esclavage sans phrase dans le Nouveau Monde" (3).

Conditions inhumaines

Rassemblés sur les côtes d’Afrique, les esclaves étaient triés : les vieux et les malades étaient impitoyablement éliminés. Les autres étaient marqués au fer rouge et embarqués dans des conditions innommables à bord de "négriers", navires spécialement équipés pour leur cargaison de marchandise humaine. Les conditions de transport étaient telles que jusqu’à un tiers des Noirs mouraient lors de la traversée de l’Atlantique.

En Amérique, ils allaient travailler en moyenne pendant 16 heures quotidiennes (y compris les enfants) dans les plantations de café, de canne à sucre, de cacao ou dans les mines d’argent. Les conditions de vie et de travail ne laissaient guère de chances de survivre longtemps : "Jusqu’à ce que le XIXe siècle soit bien entamé, les esclavagistes ont trouvé plus avantageux de faire travailler leur propriété jusqu’à la mort, plutôt que de fournir des conditions de vie qui auraient permis une auto-reproduction de cette force de travail" (4). Au Brésil, par exemple, la malnutrition, les maladies et les mauvais traitements faisaient qu’un esclave avait une espérance de vie de 7 ans après son arrivée dans une plantation...

La fin de l’esclavagisme

La lutte pour l’abolition de l’esclavage s’achèvera victorieusement dans les années 1830-1880. Les causes de ce succès, assez tardif, ne sont pas à rechercher en premier lieu dans un soudain sursaut moral et humanitaire des classes possédantes, même si ces thèmes ont joué leur rôle dans la lutte idéologique entre abolitionnistes et anti-abolitionnistes. Trois causes sociales et économiques étaient enjeu :

1.En crise de surproduction depuis la fin du XVIIIe siècle, les plantations sucrières du Nouveau Monde entrent dans une concurrence féroce. Résultat : les prix chutent régulièrement et l’entretien des esclaves devient de plus en coûteux au regard de leur productivité, même poussée au maximum. Engager et licencier lorsque cela devient nécessaire une main d’oeuvre salariée dont on aura pas à s’occuper des conditions de vie devient plus avantageux.

2.Les nouvelles technologies productives nécessitaient une main-d’oeuvre plus qualifiée qu’auparavant. La formation d’une telle main-d’oeuvre était incompatible avec le maintien en esclavage de familles entières.

3.Mais la principale raison de la disparition de l’esclavagisme est la résistance, puis la révolte des principaux intéressés eux-mêmes ! De véritables insurrections secouèrent les plantations et les mines avec comme objectif l’abolition pure et simple de l’esclavage. Les premières décennies du XIXe siècle sont jonchées de ces révoltes : 20.000 insurgés aux Barbades en 1816 ; 30.000 autres en 1823 en Guyane ; 60.000 à la Jamaïque en 1831,60.000 au Brésil en 1835, etc. A Haïti, c’est même une révolution sociale victorieuse qui aboutira. Pour la bourgeoisie, le maintien de l’esclavagisme devenait donc trop coûteux...

Conséquences toujours actuelles

L’esclavage allait engendrer deux conséquences importantes. Premièrement, outre les séquelles psychologiques et la dévalorisation de la vie humaine, la "ponction" radicale de plusieurs millions d’individus, les guerres et les destructions diverses allaient entraver l’essor et l’évolution indépendante des sociétés africaines. Sociétés qui, souvent, avaient atteint un degré important de civilisation. L’ensemble du continent devint ainsi dépendant et modelé par l’économie capitaliste internationale.

La fin de l’esclavagisme n’allait rien arranger car elle correspondit à l’ère colonialiste et impérialiste : jusque là essentiellement limités aux régions côtières, les conquérants blancs (parfois sous couvert de lutte anti-esclavagiste !) se partagent l’ensemble du continent africain dès la fin du XIXe siècle (5). Les raisons dudit sous-développement de l’Afrique aujourd’hui ne sont donc pas un mystère de l’histoire ni dus à une "tare biologique". Cette dernière affirmation est justement la seconde conséquence de l’esclavagisme, à savoir le racisme. Jusque là inconnu de toute l’histoire en tant que phénomène culturel et idéologique dominant, institutionnel, le racisme fait son apparition au XVIIIe siècle comme justificatif de l’esclavage face aux critiques abolitionnistes. Pour faire accepter l’esclavage, quoi de plus facile que d’assurer qu’il correspond à l’état "naturel" de la "race" noire, que tous les Africains sont de toute façon "fainéants", "incultes", "voleurs", etc. Bref, les conséquences mêmes de l’esclavage servent d’arguments de cause.

Vestiges de l’esclavagisme, sous-développement et racisme ont été adaptés depuis et ne pourront disparaître définitivement qu’avec le mode de production qui les a engendrés. Enfin, rappelons que l’esclavage existe encore ; l’Organisation Internationale du Travail estime que plusieurs centaines de milliers de personnes travaillent comme esclaves dans le monde aujourd’hui.

La Gauche n°9, 15 mai 1998

Notes :

1.Svétlana Abramova, "Afrique, quatre siècle de traite des Noirs". Ed. du Progrès 1988.

2.Karl Marx, "Le Capital", tome I, cité par Maximilien Rubel in "Pages de Karl Marx", Ed. Payot 1970.

3.Karl Marx, "Le Capital", Ed. Sociales 1977.

4.John Budick, "La longue nuit de l’esclavage", Inprécor n°353, 22 mai 1992.

5.Eric J. Hobsbawm, "L’ère des empires 1875 - 1914", Ed. Fayard 1997.

C) L’impact économique de la traite atlantique

... Robert Fogel et Stanley Engerman dans leur étude cliométrique Time on the Cross et, quinze ans plus tard, Robert Fogel dans son Without Consent or Contract ont dépeint un tableau assez différent. Leurs études quantitatives ont montré que l’esclavage fut un système de travail très efficace, et qu’au moment du boom de l’esclavage, avec l’industrie du coton, le taux de croissance du Sud des États-Unis était bien supérieur à celui du Nord. Des études complémentaires ayant recours à une approche similaire ont révélé que l’utilisation des esclaves comme main-d’œuvre dans les Caraïbes britanniques, françaises et néerlandaises fut aussi efficace, bien qu’à un degré inférieur à celui du Sud des États-Unis.

Même si les profits dégagés par la traite et par l’exploitation des esclaves dans les colonies étaient trop modestes pour avoir un impact significatif sur les économies européennes, ces institutions étaient plutôt sophistiquées et leur mise en œuvre au sein d’une économie capitaliste poussait plus avant la modernisation des pays qui y prenaient part. Ce retournement de l’historiographie a aujourd’hui atteint la région ibérique, puisqu’il apparaît que les colonies espagnoles et portugaises où l’on exploitait les esclaves affichèrent une croissance et une innovation économiques qui surpassaient celles de l’Espagne et du Portugal mêmes. L’Espagne et le Portugal n’étaient pas en retard parce que leurs colonies avaient recours au travail des esclaves, mais parce que les stimuli de l’innovation résultant de l’économie exportatrice des colonies n’avaient qu’une influence très limitée sur des tendances modernisatrices qui étaient trop faibles, en Espagne comme au Portugal 

L’historiographie de la traite atlantique a également connu un retournement de tendance. Les recherches récentes ont tenté de déterminer combien d’esclaves avaient quitté le continent africain pour le Nouveau Monde, quel était le taux de mortalité avant, pendant et après le voyage, et quels facteurs pourraient expliquer l’évolution de ce taux dans la durée. De plus, des informations complémentaires sur les autres traites africaines – celle interne à l’Afrique et celle pratiquée par les Arabes – sont maintenant disponibles. Ces découvertes récentes suggèrent que les trafiquants d’esclaves africains et arabes étaient présents sur bien plus de marchés qu’on ne l’avait supposé jusqu’à présent. Pourquoi donc la traite n’a-t-elle pas contribué à la modernisation de l’Afrique comme ce fut le cas dans le Nouveau Monde et en Europe. 

Pour essayer de comprendre pourquoi les effets modernisateurs de la traite semblent avoir été très limités en Afrique, il est raisonnable d’étudier la traite atlantique, puisque des signes suggèrent que cette traite fut beaucoup plus dynamique que celles pratiquées par les Africains et les Arabes. Seule la traite atlantique a connu une augmentation exponentielle du volume trafiqué pendant une période relativement courte au cours du XVIIIe siècle, alors que l’évolution semble bien plus modeste dans le cas des traites africaine et arabe.

Ce qui fait que la traite atlantique était unique est que l’achat, le transport et la vente des esclaves étaient guidés par les principes du capitalisme moderne. Aucun des fournisseurs africains ou des acheteurs européens ne pouvait atteindre une position dominante pendant bien longtemps. Il est vrai que toutes les nations européennes tendaient à envoyer leurs navires vers les mêmes zones de la côte africaine pour acheter des esclaves, mais les guerres en Afrique comme en Europe, les conditions météorologiques et les variations de l’offre faisaient que la situation était toujours changeante.

Cependant, la traite atlantique n’eut pas d’effet de modernisation en Afrique. Les conséquences démographiques, positives et négatives, que l’émigration forcée de millions d’Africains pouvaient avoir furent très limitées, sauf dans quelques régions et mis à part au moment de l’apogée de la traite atlantique dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Même si l’on ajoute les traites atlantique, africaine et arabe, l’impact démographique fut limité et ce point suggère que ces trois traites puisaient dans des zones géographiques distinctes. On peut tirer une conclusion similaire quant à l’importation des produits extérieurs échangés contre des esclaves. En dépit de la spécificité des produits qu’elle a introduit en Afrique, la traite atlantique est à peine différente de l’africaine et de l’arabe.

Les Pays-Bas constituent un bon exemple. Jusqu’à récemment, l’opinion publique néerlandaise ne se souciait guère de l’esclavage et de la traite. Le dégoût qu’inspire le sujet fait que ceux qui comprennent à quel point les réalisations du « Siècle d’Or » sont inextricablement liées à la traite sont peu nombreux. De génération en génération, on se plaît à raconter l’histoire de ce petit pays muni d’une flotte impressionnante opérant dans le monde entier et dont les hommes d’État étaient, à l’instar des rois et des empereurs de pays bien plus grands, des acteurs majeurs sur la scène diplomatique internationale. On se complaît dans l’idée qu’il n’y avait rien de mal à s’enrichir par le commerce, même pratiqué dans des contrées lointaines. Bien entendu, comprendre que le colonialisme constitue une réalité distincte du commerce est à la portée d’un enfant. Le colonialisme allait de pair avec la répression et l’exploitation, alors que le commerce était basé sur l’échange et servait l’intérêt commun, tout le monde était d’accord sur ce point. Malheureusement, la pratique de la traite des Noirs ne correspond pas à cette vision édulcorée du passé et c’est pourquoi on préfère tout simplement taire ce sujet. La plupart des Néerlandais ignorent même que leur pays a participé à la traite.

Aux États-Unis, la traite des Noirs n’est pas tombée dans l’oubli. Les Noirs n’ont pas manqué de mentionner cet épisode de l’histoire pour attirer justement l’attention sur la position inférieure qu’ils occupent dans la société américaine.

De toute évidence, il fallait que les choses changent, notamment en ce qui concernait la discrimination entre Noirs et Blancs dans la législation. Les Noirs américains ont d’abord lutté pour être reconnus en tant que citoyens à part entière. Une fois cet objectif atteint, ils ont réclamé des mesures leur permettant d’accéder à un meilleur enseignement, à de meilleurs postes et de meilleurs logements, arguant du passé pour obtenir réparation. Les juifs en avaient fait autant et avec succès. Aux États-Unis, ils jouissaient de la sympathie d’une grande partie de l’opinion à cause de l’Holocauste. Martin Luther King s’en est inspiré lorsqu’il a lancé le terme d’« holocauste noir » pour désigner la traite des Noirs et l’esclavage. Après tout, les marchands d’esclaves n’avaient-ils pas, de façon inhumaine, arraché les Africains à leur foyer ? Ne leur avaient-ils pas fait subir un voyage qui allait les traumatiser, eux et leurs descendants ? Les négriers européens, pas plus que les planteurs, ne se souciaient des liens familiaux entre esclaves. Hommes, femmes et enfants étaient fréquemment vendus séparément.

Leur vie était constamment en danger, leur taux de mortalité très élevé, tant pendant le voyage que par la suite, sur les plantations. Par conséquent, il n’était pas étonnant que les Noirs américains aient rencontré de nombreuses difficultés dans la société moderne et que la plupart ne soient pas parvenus à s’élever sur le plan social. Il était injuste de juger la population noire des États-Unis d’après les critères des Blancs. Dès le départ, ces derniers avaient eu beaucoup plus de chance dans le Nouveau Monde que les esclaves africains et leurs enfants.

Après la Seconde Guerre mondiale, la société américaine se résolut à contrecœur à faire une place aux Noirs. Dans les écoles, les universités et le secteur public, un certain nombre de places leur furent exclusivement réservées.À la longue, ces mesures permirent à une classe moyenne noire de se développer. La majorité des Noirs des États-Unis, cependant, sont restés cantonnés au bas de l’échelle sociale. Les hommes de cette communauté étaient plus nombreux dans les prisons que sur les bancs de l’université. Il y avait là une énigme. Pourquoi les Noirs étaient-ils les laissés-pour-compte du « rêve américain », où tout vendeur de journaux, en travaillant dur, pouvait espérer devenir millionnaire ? La réponse était-elle enfouie dans leur passé ? Le monde scientifique américain s’empara de la question et une armée croissante de chercheurs et de professeurs se plongea dans l’histoire de la traite des Noirs et de l’esclavage. Le sujet fut introduit dans l’enseignement, de l’école à l’université. Les unes après les autres, les données sur les négriers émergèrent des archives et il s’avéra que l’on disposait également d’une mine d’information sur la vie des esclaves dans les plantations. Grâce à ces recherches, nous en savons plus à présent sur l’arrivée des esclaves africains dans le Nouveau Monde que sur les immigrants venus d’Europe et d’Asie.

En Europe, et aux Pays-Bas en particulier, les choses n’allèrent pas d’aussi bon train. L’intérêt porté à l’histoire de la traite des Noirs et à l’esclavage est récent. La communauté noire néerlandaise, composée en grande partie de Surinamiens et d’Antillais, en est la force motrice. Elle compte environ un demi-million de personnes. C’est apparemment le nombre que doit atteindre une minorité pour faire pencher la balance, afin que l’histoire nationale la prenne en compte. Les méthodes utilisées pour ces revendications sont en partie inspirées de celles des Noirs américains. Et elles furent utilisées avec succès. Après de longues délibérations entre le gouvernement national de La Haye et les représentants des communautés antillaises des Pays-Bas, un monument commémorant la traite, l’esclavage et l’abolition de l’esclavage a été érigé à Amsterdam, et inauguré en présence de la reine et d’un ministre. De plus, un institut a été fondé, avec pour mission d’organiser des conférences, des expositions et des festivals pour attirer l’attention du public néerlandais sur le fait qu’une partie de la population du pays descend d’esclaves. Le prince héritier de la couronne a également exprimé des regrets, lors d’une visite de l’ancienne forteresse néerlandaise d’Elmina au Ghana, au sujet de la participation du pays à la traite. Ce message n’était pas destiné à ses hôtes du moment, qui ont dû être embarrassés par ces auto accusations, mais à la communauté noire des Pays-Bas. Peu d’Africains ressentent le besoin de s’excuser d’avoir vendu des esclaves aux Européens, et lorsqu’on demanda au roi des Asante pourquoi ses ancêtres avaient vendu des esclaves aux Néerlandais, il suggéra que ses prédécesseurs avaient pensé que ces esclaves reviendraient au pays après avoir reçu un entraînement militaire dans l’armée néerlandaise.

En dépit de toutes ces déclarations et de ces activités, les résultats sont tout au plus modestes. Quelques chaînes de télévision néerlandaises ont montré des documentaires sur la traite atlantique et plusieurs manuels d’histoire pour l’enseignement secondaire mentionnent à présent la traite et l’esclavage. Cependant, on peut douter que l’ensemble du public néerlandais soit aujourd’hui pris d’un intérêt pour ces questions. Un jour par an seulement, le 1er juillet, le monument de l’esclavage est au centre des festivités d’un petit groupe d’immigrants antillais.

Traduit de l’anglais par Guillaume Ratel (Cornell University).

D) Vidéos sur les traites négrières

Une traite inhumaine dans des conditions barbares

https://www.youtube.com/watch?v=ftR...

Les crimes contre l’humanite des esclavagistes battent le record des tous les temps...

https://www.youtube.com/watch?v=iss...

E) LA TRAITE NEGRIERE, ORIGINE DU COMMERCE COLONIAL

Source : http://www.memoireonline.com/05/07/...

L’esclavage est l’une des plus vieilles pratiques de l’humanité. Il a des origines dans l’Antiquité. Il est pratiqué dans toutes les parties de la terre peuplées par l’espèce humaine. Il s’effectue sur plusieurs échelles : au sein d’un royaume, au sein d’un empire, au sein d’une sous-région, au sein d’un continent et au sein d’un espace intercontinental. L’Afrique ne fait pas exception. Elle connut une forme très importante avec une particularité tant historique, économique, sociale que politique sinon géopolitique.

Il est convenu d’appeler cette forme Traite Négrière. La traite négrière était pratiquée en direction de plusieurs grands axes, créant ainsi deux cas : la traite orientale et la traite atlantique.

La traite orientale était pratiquée en grande partie dans l’Océan Indien, la Mer Rouge et la Méditerranée. Elle consistait à amener d’Afrique les esclaves noirs pour le Proche-Orient et les pays occidentaux bordant la Méditerranée.

Quant à la traite atlantique, qui retient surtout notre attention, elle était pratiquée dans l’Océan Atlantique. Elle débuta à partir du XVème siècle et prit fin dans la seconde moitié du XIXème siècle. La traite atlantique consistait à acheter des esclaves noirs africains en Afrique, pour les vendre sur le continent américain principalement et l’Europe d’une manière relativement faible. L’itinéraire de ces négriers (marchands d’esclaves noirs) avait trois grands pôles : l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. D’Europe, ils s’approvisionnaient essentiellement en produits manufacturés européens (verreries, textiles, alcools, friandises, etc.) qui étaient vendus et échangés contre captifs. Ces derniers (les esclaves) étaient vendus en Amérique et aux Antilles pour répondre à la demande en main-d’oeuvre principalement dans les plantations de canne à sucre, de coton et de café. D’Amérique, les marchands s’approvisionnaient en grande partie en épices et des matières premières pour l’industrie textile. Ces produits étaient vendus en Europe.

La traite négrière plongea l’Afrique dans une situation sans précédent, créant ainsi la méfiance entre les différentes entités politico-ethniques, favorisant un désordre conjugué à une instabilité et une insécurité qui s’intensifia progressivement de manière croissante. Elle fut causée principalement par l’esprit d’aventure des Européens, la recherche par ceux-ci des bras valides pouvant satisfaire les besoins en main d’oeuvre du nouveau monde dont la puissance réside dans l’agriculture et la recherche pour l’Europe d’une population active servile assumant les tâches domestiques.

La traite permit au monde occidental de se développer tout en amorçant une croissance économique qui suit le processus irréversible de la mondialisation. L’Europe acquit par la suite une hégémonie économique, politique et culturelle. L’Amérique bénéficia d’une population très active bâtissant de véritables infrastructures économiques permettant de préparer une longue et solide puissance économique.

Quant à l’Afrique, qui fournit les esclaves, elle fut dépouillée d’une de ses principales richesses que constituent les bras valides et les femmes en âge de procréer. Comme conséquences psychologiques, la traite amorce chez l’Africain un sentiment de surestimation de l’homme blanc. Les différentes entités politico-ethniques ou étatiques se lancent dans une situation de cahot très accentuée. Ces différents facteurs appauvrissent considérablement l’Afrique.

Cette traite balise le terrain pour les relations économiques entre l’Afrique et l’Occident. A partir des voyages de reconnaissance est apparue la traite négrière, à partir de cette traite est apparu le commerce colonial, et ce commerce colonial enclenche les relations économiques modernes entre l’Afrique et le reste du monde que nous vivons aujourd’hui. Tous ces phénomènes et ces relations sont classés de manière inévitable dans le processus de mondialisation enclenché depuis l’Antiquité.

Ainsi, la traite négrière apparaît comme un facteur prépondérant dans l’avènement du commerce colonial. Le commerce colonial est la suite historique du processus enclenché par la traite négrière. Plusieurs jalons posés rendent aisés la compréhension de ce point de vue. La pratique régulière de la voie maritime Europe-Afrique favorisa une bonne connaissance de l’Afrique. Les infrastructures commerciales (comptoirs commerciaux), la commercialisation à petite échelle de certains produits africains (peaux et produits végétaux) parallèlement au commerce d’esclaves, le contact permanent avec les peuples africains ne pouvaient que préparer un terrain favorable à la pratique du commerce colonial qui était déjà latent. La cessation de la traite négrière est en soi un début logique pour le commerce colonial car l’Europe en quête d’une dynamique de croissance économique concevait l’Afrique comme un déboucher et aussi il fallait trouver un substitut à l’esclave comme marchandise. Notons qu’à cette période les progrès technique et scientifique avaient propulsé en avant l’industrie européenne qui était jadis « artisanale » en créant une surproduction. Puisque ce surplus devrait être écoulé, l’Afrique répondait à ce besoin, d’autant plus qu’une relation de sujétion était établie. L’événement qui consolida cette relation de sujétion est la conquête coloniale et la colonisation.


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