L’armée invisible des médias et la prison du silence

dimanche 19 août 2018.
 

La longue marche vers la victoire Episode 1 (tribune d’Hervé Debonrivage)

Deuxième épisode : l’armée invisible et la prison du silence.

Cette armée invisible dispose néanmoins d’armes d’une redoutable efficacité. Et même lorsqu’ils sont visibles ces soldats, que quelques représentants de l’autre gauche rencontrent parfois, n’ont pas du tout l’allure de soldats ou de sentinelles : ces derniers les invitent de temps en temps pour s’exprimer au parloir de la prison du silence dans laquelle ils sont encerclés et enfermés.

Et puis, à condition de respecter la loi, personne n’inquiète ces militants : ils peuvent distribuer leurs tracts, diffuser leurs journaux, publier des ouvrages critiques sans être menacés de mort, sans être emprisonnés. ils semblent évoluer dans une société démocratique respectant leur liberté d’expression !

Mais en quoi consiste donc l’action de cette armée invisible ? Elle consiste en des projections d’ondes électromagnétiques passant par câbles et voie hertzienne jusqu’au réseau neuronal de chaque cerveau connecté aux médias, d’une manière ou d’une autre.

Leur mission ? Neutraliser toute tentative de prise de pouvoir par quelconque gauche remettant en cause radicalement les privilèges des puissants et les structures économiques du système en place : les armes à feu et la terreur ont été remplacées par les armes électromagnétiques à la fois psycho –destructives et psycho – constructives.

- Destructive par la neutralisation des signaux explicatifs envoyés par les militants de cette gauche de la gauche à destination de la population
- et constructive par le façonnement des consciences au format de l’idéologie libérale et subrepticement extrême droitière, (la dépolitisation étant un aspect de ce formatage), des 45 millions d’électeurs connectés aux médias journellement.

On l’a compris : ces armes électromagnétiques sont les instruments de diffusion utilisés par les médias avec leurs soldats, leurs généraux, leurs états-majors, leurs réseaux matériels et humains multiples, leurs satellites, leurs bases secrètes, leurs commanditaires de la sphère économique et politique.

Ce n’est donc ni par des actions sporadiques et réactives limitées dans l’espace (soutien des salariés en lutte de telle ou telle entreprise, par exemple) ni par des actions d’information pré électorale ou lors des manifestations, très limitées dans le temps, que cette stratégie activiste et/ou électoraliste a quelque chance de neutraliser l’action continue et étendue de ces armes dont la visibilité et l’audibilité ne font pas apparaître sur les écrans de télévision et dans les récepteurs de radio leur caractère guerrier et offensif. Ce sont, en quelque sorte, des armes silencieuses.

Je n’insisterai pas ici sur les techniques diversifiées utilisées par les médias pour donner une impression d’objectivité et de pluralisme alors qu’ils exercent une véritable dictature idéologique. Cela a été l’objet d’autres articles sur ce site.

Les militants et les élus sont souvent enfermés dans le microcosme de leur bulle, pour ne pas dire de leur clan, n’arrivent pas à relativiser le caractère dérisoire de leur action impuissante à transformer les consciences et donc à transformer la société.

Prenons un exemple standard : l’usine X est sur le point de fermer, des centaines de salariés vont se retrouver sans emploi. Les syndicats se mobilisent, les militants du FDG et d’autres se rendent sur les lieux, "soutiennent les ouvriers en lutte", participent à leur manifestation. Prenons maintenant de l’altitude et observons au niveau du territoire national quel est l’impact de cette action sur le mental de 45 millions d’électeurs. C’est une goutte d’eau dans un océan d’ignorance et d’indifférence au mieux compassionnelle. Cela serait-il relayé par les médias aux grandes heures d’écoute ? Alors, ce genre d’événement sera globalement considéré comme inévitable, une fatalité économique, et puis… il y a tellement d’autres drames du même genre ! Les médias semblent objectifs : ils en parlent de ces drames sociaux ! Et puis, ils disent tous la même chose ! Alors, ce qu’ils disent est vrai !

Mais le militant rentrant chez lui sera peut-être satisfait : il y avait plus de 1500 personnes à la manifestation et même la presse locale en a parlé !

Quant à l’influence de cette gauche de la gauche dans les assemblées, elle est extrêmement limitée, du fait de l’effet du pilonnage idéologique de l’armée invisible qui la rend en permanence ultra minoritaire.

Alors ? il n’y a rien à faire ! Restons couchés et cultivons notre jardin ?

Non ! Je veux tout simplement dire que ces activités électoralistes/activistes ne sont ni méprisables, ni inutiles mais tout simplement de très loin insuffisantes avec, en outre, l’inconvénient majeur de ne pas simplement être inefficaces pour changer de système mais aussi de donner bonne conscience à ceux qui s’engagent dans l’activité représentative ou dans les manifestations de rue, et qui s’enferment finalement dans une routine confortée par la chaleur et la pression de conformité de leur groupe d’appartenance.

Et puis, l’activisme repose aussi sur une croyance quasi religieuse : par l’action, la conscience naît, se développe… se révèle ! C’est le mythe de la révélation de la connaissance et de la conscience par l’action. En outre, on peut aussi se poser la question :de quel niveau de conscience parle-t-on ? Prendre conscience que le système en place est pourri et qu’il faut l’abattre est une chose, mais si c’est pour le remplacer par un autre système tout aussi pourri, c’est que le niveau de conscience reste faible. Et pour avoir conscience du type de société de remplacement, cela ne s’apprend pas avec les pieds mais avec la tête. Et cela demande du temps et un bon niveau de formation.

Mais que faire ?

La seule arme possible pour neutraliser l’action psychologique et idéologique de cette armée de la peur au services de la finance et des marchés est la formation économique et politique des citoyens.

Permettre aux citoyens d’accéder à une conscience politique critique du système capitaliste et de les aider à comprendre et à imaginer les moyens à mettre en place pour construire une société alternative démocratique et satisfaisant leurs besoins. Actions de formation : tel devrait être le fil conducteur de ceux qui veulent changer de société.

Mais ceci ne peut se réaliser que par une action continue de porte-à-porte, de distribution de lettres d’information – formation, de rencontres dans tous les lieux publics, d’assemblées citoyennes, etc. E t cela, sur une longue durée et non dans quelque urgence fiévreuse liée à un contexte électoral ou autre. Répétons-le : à la différence d’une pratique électoraliste épisodique, ce militantisme de formation s’effectuerait sur la durée en s’appuyant sur une logistique organisationnelle digne de ce nom.

Cette action de formation ne peut se limiter aux petits îlots des mouvements sociaux locaux ou aux "grandes" manifestations nationales qui mettent en mouvement des gens frappés par des mesures antisociales : à ces endroits-là, la formation est déjà presque faite, il suffit de la compléter.

Non, les électoralistes et les activistes n’ont pas compris que l’essentiel de l’action doit se passer ailleurs : là où apparemment il ne se passe rien mais où en réalité tout se joue ! C’est-à-dire là où le pilonnage médiatique a lieu journellement, en silence, tranquillement sans aucune riposte défensive et offensive susceptible de le neutraliser, de le vaincre et de le dominer.

Les activistes/électoralistes n’agissent idéologiquement que sur une infime minorité de la population alors que l’armée invisible opère en permanence sur 100 % de la population et son pour cent du territoire. Tel est la raison profonde de l’inefficacité politique de la gauche de la gauche depuis des dizaines d’années.

En quoi consiste cette action de porte-à-porte ? Informer et former et ce, autant que possible, de manière interactive, toute la population répartie, dans les 36 400 communes.

Pour faire ce travail, la gauche de la gauche dispose de quelques dizaines de milliers de militants mais d’un potentiel de 3 à 4 millions de personnes : ceux que j’appelle les résistants. C’est à dire les 10 % du corps électoral dont la force mentale et idéologique leur permet de résister à l’assaut psycho destructif et psycho constructif permanent de l’armée invisible. Ce sont ces gens minoritaires dans la population qui votent pour la gauche de la gauche, qui participent à différentes manifestations ou grèves à l’occasion des mouvements sociaux. On remarquera une certaine coïncidence en pourcentage entre le nombre de manifestants au niveau national pendant les grands mouvements sociaux (de l’ordre de 3 millions de personnes) et le nombre d’électeurs de l’autre gauche. (Environ 4 millions).

Ce sont ces résistants que le FDG élargi devrait pouvoir progressivement convaincre et mobiliser pour libérer de leurs chaînes mentales les 40 millions des non résistants répartis dans les 36 400 communes.

Quelles sont les conditions de faisabilité d’une telle stratégie ?

Prochain épisode : le Front de gauche va changer de braquet.

Hervé Debonrivage


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