Les trente-cinq heures pour enseignants vues côté cour (de récré, bien sûr !).

lundi 25 novembre 2019.
 

Depuis vendredi, la question me taraude : d’accord ou pas avec les 35 heures proposées par notre copine Ségolène ? Sur le coup, j’avoue, ça me plaisait plutôt pas mal ton truc des 35 heures. Ben oui, j’avais fait le compte. En dehors de mes 18 heures hebdomadaires (18, Ségo ! 18, pas 17 !!!), si je rajoute les "trous" de mon emploi du temps, ça doit faire pas loin de 28, déjà.

A ça, tu rajoutes les corrections, les prép, les soirées passées à régler le magnétoscope pour enregistrer l’émission unique sur l’éruption du Krakatoa, sur la désertification en Afrique sub-saharienne, ou encore sur les avancées de la recherche en génétique, et puis, aussi, fatalement, les rendez-vous avec les parents, les heures de "conversation" avec Claude, l’assistante sociale de la boutique, ou Jean-Pierre le conseiller d’orientation. Non non, on ne discute pas de nos vacances, ou de la première dent de nos petits-enfants respectifs, ou même du dernier film à voir absolument, non non, on parle de "nos" petits. On cherche, quelquefois même on trouve, des trucs pour Olivier, Patrick, Manon et les autres.

Alors, oui, je me disais que finalement, 35 heures, c’était quand même tout bénéf, non ? A une condition, pourtant : qu’on me certifie que dans ce cas-là, je pourrai laisser mon cartable à l’école, que je pourrai peut-être aussi y laisser le regard de Shkipe qui ne me comprend pas lorsque je lui parle, et tous les ennuis du jour et du lendemain, et les programmes qui n’avancent pas, et les classes de 30 qu’on ne peut pas récupérer, et le matos à préparer pour les manips parce que chez nous y a pas d’aide de labo, ben non !... et si tout ça reste à l’école, alors oui, je suis cliente de tes 35 heures, Ségolène.

Mais ça, tu ne l’as pas dit. Tu t’es contentée, une fois encore, une fois de plus , de mettre le doigt sur ce que tu crois être un dysfonctionnement de l’école, sur la gabegie dans le système, sur des soi-disants privilégiés (2 mois de vacances, tu parles !) qui en plus n’en foutent pas bien lourd. Voilà ce que tu as dit, Ségolène.

A aucun moment nous ne t’avons entendu dire que oui, il ne faut plus, plus jamais donner de devoirs à la maison à des enfants qui se tartinent déjà des journées de 7 ou 8 heures, des journées de folie, aucun travailleur n’accepterait ça, et que ces devoirs-là creusent chaque jour un peu plus le fossé entre ceux qui sont aidés et tous les autres, pas plus que nous ne t’avons entendu dire qu’il FAUT revoir les méthodes de travail des enseignants, que de véritables équipes s’imposent, que les études accompagnées sont indispensables, si on veut que notre école redevienne le creuset de la République, que l’égalité est un leurre dans nos collèges, que les schémas se reproduisent à l’infini, les profs sont d’anciens bons élèves et fabriquent à leur tour de futurs profs etc. etc., que des enfants perdus quittent chaque année nos écoles en se demandant encore ce qu’ils ont fait là pendant tant de trimestres.

Tu as dit tout ça, Ségo ? Non hein ? Alors, si tu le crois, pourquoi tu ne le dis pas ? Parce que là, on en a un peu marre de tes sorties intempestives, façon Sarko modifié Villepin, et puis le lendemain, devant le tollé, on recule, on se renie, on se dédit, on n’ose pas assumer. Assume, Ségolène, assume, même si tu perds les quelques voix de profs qui te restaient acquises.

Et puis, c’est quoi, ce mauvais procès, de dire "C’est pas du jeu, ils n’auraient pas dû la sortir cette vidéo." Ben là aussi, faut assumer, assumer ses actes en même temps que ses propos. Ou alors, éviter de se poser en justicière. Parce que, si jamais on tire au sort des jurys populaires, et que par hasard, il se trouve quelques profs dans le lot gagnant, mazette, tu es mal partie...

BB pour PRS 57


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