C’est la rentrée scolaire !

mercredi 4 septembre 2019.
 

Je vous le raconte, mon premier jour d’école ? Ici, on va avoir un nouveau collège. Oui, je sais, ceux qui connaissent un peu l’histoire vont me dire « Eh ! Ton nouveau bahut, ça fait bientôt 10 ans qu’on nous en cause, et comme Sœur Anne, on ne voit toujours rien venir ! » Bon, on va pas mégoter pour 10 ans, depuis tout ce temps-là, chaque année, comme le beaujolais, le bahut nouveau se pointait au Conseil d’Administration, impulsé par la question de la râleuse de service (devinez !!!...) et chaque année, on colmatait ici, ou épongeait là, on repeignait ailleurs. Bref, bouts de ficelle, bouts de chandelles, rien qui vaille. Et puis dis donc, l’an passé, effet élections assuré, on nous dit que ça y est, c’est sur rails, on va nous le bâtir ce bahut tout neuf. Chic que je me fais ! Ça va être chouette ! Déception cruelle, on nous l’annonce pour la 4ème rentrée à venir... Mauvaise pioche, j’aurai raccroché à cette époque-là. Tant pis, les autres, les petits jeunes, ils en profiteront.

Ce matin donc, comme un vol de gerfauts, etc. etc. tout ce que le département compte d’huiles plus ou moins officielles s’est pointé en rangs serrés pour inaugurer. Inaugurer quoi donc, vous demandez-vous, puisque vous avez bien suivi ce qui précède (quatre ans à attendre, tout ça...). Ben oui, c’est bien le problème ! Inaugurer un panneau avec écrit dessus « Ici se construira... » Comique ! Nous voilà dans la cour, attendant l’arrivée du gratin en taillant la bavette avec les gars des RG. Avec ces gars-là, ça va bien faire 30 ans qu’on se fréquente, campagnes électorales aidant, on ne se lâche guère d’une année sur l’autre ! On se demande des nouvelles de nos descendances respectives, bref, on ne va pas dire qu’on est potes, mais peu s’en faut ! Arrive un type, tout seul dans son petit costume, qui me demande où ça se passe, puisqu’il est un peu en retard. Toujours prompte à plaisanter, je lui fais « Il est censé se passer un truc important ici aujourd’hui, à part la rentrée des sixièmes ? Et en effet, si vous êtes inscrit dans une de nos sixièmes, vous avez 3 heures de retard. Pour un premier jour, ça fait mauvais genre. » Les deux flics, dans mon dos, ils étaient pliés, tu penses bien, ils le connaissaient, eux, le gars ! Lequel se présente :

« M. Untel, Inspecteur d’Académie... » Ouais ! Bingo ! Gagné ! Gagné quoi ? Une inspection, ça fait pas un pli... Tout de suite derrière, cérémonie des discours. On passe par le Principal, puis le maire qui en remet une couche sur le sujet de l’usine en perdition dans le bled, puis l’inspecteur en question, qui nous tue de chiffres, de pourcentages, de classement, de performances et on arrive directement au Préfet. Lequel nous a parlé de la grandeur de notre mission, de services publics qui vont très bien merci, de petites écoles qu’on pourrait peut-être regrouper vous voyez bien le clin d’œil, rentabilité, économies, et le tintouin. Après ça a été le tour du Président du Conseil Général (oui, nous on n’a pas eu droit au vrai président. On ne peut pas tout avoir non plus, un bahut nouveau, et un président nouveau pour aller avec). Même baratin, même laïus, même soupe.

Le champagne était plutôt pas mal, les sandwiches itou et les collègues ont trouvé que j’avais été pas mal non plus ! Sinon, les sixièmes ? Comme des sixièmes, petits, pas bien fiers ni bien rassurés, les pauvres loulous ! On va s’employer à arranger ça bien vite. On vous donnera des nouvelles. Parce que finalement, le préfet, le député, le président de ceci ou même de cela, on s’en fiche un peu, non ?

C’est bien pour les gamins qu’on est là... Pour qu’ils soient autre chose que des chiffres alignés, des pourcentages de réussite, des économies de moyens, des performances mises en graphiques, de la compétition élevée au rang de vertu. Pour qu’ils soient des êtres humains simplement, avec leurs failles et leurs richesses, avec leurs sourires et leurs incertitudes, et aussi pour leur regard quand ils sont surpris que la cloche sonne déjà... C’est pour ça que je me lève tous les matins et sûrement pas pour passer la brosse à reluire à un préfet qui durera ce que durent les préfets, le temps d’une législature. Et puis tiens, pendant qu’on y est, ma Luciole aussi elle est entrée en sixième, ce matin... Le temps, m’dame, il fait rien qu’à passer, et il m’embête !

brigitte blang prs 57

Article d’origine : http://prs57.over-blog.com/


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