Du fascisme au Front National : remplacement des syndicats par des corporations

dimanche 18 avril 2021.
 

1) Entretien dans Le Progrès avec Charles Perrot, secrétaire départemental Loire du FN

Les syndicats traditionnels seraient-ils condamnés à périr ?

Oui, le syndicalisme est en train de crever. Il ne représente que 7 % des travailleurs français. Le taux le plus faible en Europe. Ils sont présents là où il n’y a pas de souci de perte d’emplois. Le secteur public est leur dernier bastion. Lorsqu’on regarde des représentants CGT s’exprimer à la télé, deux fois sur trois c’est pour défendre quelqu’un issu de l’immigration. Ils vont chercher des travailleurs étrangers pour exister. Les syndicats sont le refuge des médiocres (sic). Les délégués sont là pour s’autoprotéger et se foutent bien du travail.

Est-ce pour cela que le parti que vous représentez veut créer ses propres syndicats ?

Il faut changer de discours dans ce pays. Quand nous arriverons au pouvoir, l’idée est de créer des forces corporatistes, des unions de personnes par branches professionnelles qui défendront leur métier... Il s’agit de s’organiser au sein de chaque filière, privée ou publique, sans position politique.

http://www.leprogres.fr/loire/2011/...

Cette position du FN en faveur d’organisations corporatistes en remplacement des syndicats de salariés et d’employés est-elle officielle au FN ? Oui, plusieurs documents nationaux distribués dans les boites aux lettres pour des élections développent précisément ce point.

Croire qu’une organisation corporatiste autour du chef d’entreprise défendra mieux les salariés relève évidemment d’un aveuglement incroyable.

2) Du fascisme au Front National

Qu’est-ce qui caractérise idéologiquement le fascisme ? particulièrement le refus du pluralisme social (syndicalisme ouvrier) au profit d’organisations corporatives censées "supprimer les luttes de classe".

Pourquoi le fascisme a-t-il été grassement aidé financièrement par le patronat pour se développer et accéder au pouvoir ? parce que les attaques fascistes contre les piquets de grève et contre les luttes syndicales aidaient à maintenir les profits des profiteurs.

Qu’est ce qui a caractérisé les régimes fascistes ? particulièrement l’ abrogation du droit syndical et le remplacement des syndicats de salariés par des branches professionnelles corporatives comprenant patrons et salariés :

- dans l’Italie fasciste : création d’un ministère des Corporations en 1926 et instauration d’une charte nationale du travail l’année suivante.

- dans le Portugal de Salazar " L’État encouragera la formation et le développement de l’économie nationale corporative, en visant à ce que ses éléments ne tendent pas à établir entre eux une concurrence déréglée et contraire aux justes buts de la société et d’eux-mêmes, mais à collaborer mutuellement comme membres de la même collectivité" ( Article 34 de la Constitution du 19 mars 1933)

- en Allemagne nazie (loi du du 20 janvier 1934 instaurant la charte du travail du IIIe Reich, suivie par la création du statut de "communauté d’entreprise" quelques mois plus tard).

- en Autriche après l’Anschluss

- en France de 1940 à 1944 ( charte du 4 octobre 1941). Le Maréchal Pétain donne en 1941 la définition suivante de l’ordre nouveau corporatiste : "Abandonnant tout ensemble le principe de l’individu isolé devant l’État et la pratique des coalitions ouvrières et patronales dressées les unes contre les autres, il [l’ordre nouveau corporatiste] institue des groupements comprenant tous les membres d’un même métier : patrons, techniciens, ouvriers. Le centre du groupement n’est donc plus la classe sociale, patronale ou ouvrière, mais l’intérêt commun de tous ceux qui participent à une même entreprise."

- en Espagne franquiste : par exemple dans la Loi fondamentale promulguée le 6 juillet 1947

Pour conclure, laissons le site libéral Wikibéral résumer le corporatisme et son intérêt pour le patronat :

" L’organisation des professions, sous le contrôle de l’État, arbitre et garant de l’intérêt général, a pour objet de rendre employeurs et salariés solidaires de leur entreprise, de mettre fin à l’antagonisme des classes et de supprimer la condition prolétarienne. Par une représentation assurée à tous les échelons du travail, les professions organisées participent à l’action économique et sociale de l’État. "

Jacques Serieys


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