Pierre Goldman, assassiné le 20 septembre 1979 par des barbouzes et l’extrême droite

dimanche 26 septembre 2021.
 

A) Qui était Pierre Goldman ?

L’histoire de Pierre Goldman commence en Pologne le 17 novembre 1909, avec la naissance de son père, Alter Mojze Goldman, à Lublin. Alter est orphelin de père avant sa naissance. A 15 ans, il fuit l’antisémitisme et vient en France après avoir lu "Quatre-vingt-treize", de Victor Hugo, traduit en yiddish. La réalité de la France le déçoit, et il tente sa chance en Allemagne. Horrifié par ce qu’il y pressent, il revient en France. Il devient mineur, puis s’engage dans les chasseurs d’Afrique, en Algérie, ce qui lui permet d’obtenir la nationalité française. Le climat de violence raciale entre les gens l’écoeure profondément, et il revient en France où il devient ouvrier tailleur ; "un métier de Juif polonais" comme dira son fils Pierre Goldman.

Il pratique le basketball dans un club d’ouvriers immigrés, le YASK (Yiddische Arbeiter Sporting Klub), qui fournira aux FTP-MOI (Francs-Tireurs Partisans - Main d’Oeuvre Immigrée) leurs plus redoutables combattants. C’est là qu’il devient communiste et militant. L’arrivée de Staline au pouvoir, et l’assassinat de Trotsky, le révoltent. Il cesse d’être militant pour devenir simple sympathisant. Lorsque les premiers combats de la guerre d’Espagne éclatent, il est à Barcelone avec une délégation sportive de la FSGT. Il cherche à s’engager dans l’Unité Française des Brigades Internationales, mais il est rejeté à cause de sa réserve à l’égard du Parti.

En 1939, il est mobilisé. Le 10 mai 1940, alors qu’il est en permission à Paris, il rejoint le front, se bat, est cité pour sa bravoure, et décoré - au Front - de la croix de guerre. "Il a mérité sa nationalité française et n’a jamais été aussi juif qu’à ce moment" (Pierre Goldman). Démobilisé, il passe en zone non occupée, à Lyon, et milite au sein de la résistance juive. Lorsqu’en 1942, les Allemands occupent la zone sud, il se lance dans la lutte armée. Il fonde et dirige l’UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide). Bien que ses membres conservent une activité professionnelle, sous des faux papiers, ils s’initient à la lutte armée à travers des opérations de guérilla urbaine. Alter est alors complètement clandestin. Des collaborateurs, des miliciens, des policiers, un magistrat, sont exécutés.

Il rencontre alors la future mère de Pierre, Janine Sochaczewska, née à Lodz, en Pologne, militante du Parti Communiste Français. Alter et Janine sont tous deux clandestins ; du fruit de leurs amours nait Pierre, le 22 juin 1944, à Lyon. Ils se séparent à la libération. Après la guerre, la mère de Pierre travaille à l’ambassade de Pologne. En 1947, elle doit rentrer en Pologne. Alter, accompagné de camarades de résistance, vient enlever Pierre. Alter ne voulait pas que son fils grandisse dans un pays ou des millions de juifs avaient été exterminés, un pays antisémite. Antisémite et stalinien.

En juin 1949, Alter se marie avec Ruth Ambrunn, une résistante juive née à Munich en 1922, dont les parents, sentant le vent tourner, étaient venus s’installer à Lyon en 1933. Pierre est légitimé en tant que fils du nouveau couple. En 1956, les Goldman quittent l’Avenue Gambetta pour s’installer à Montrouge, qu’ils ne quitteront plus.

A l’âge de 12 ans, en 1956, Pierre devient interne. En 1959, il est exclu du lycée Michelet et part à Evreux. Il demande à son père son émancipation, après avoir organisé une mutinerie des internes. Là, il découvre que le fascisme n’est pas mort, à travers de jeunes catholiques intégristes, et vichyistes. Comme les autres membres de sa famille, Pierre faisait partie des Eclaireurs de France, mais "l’aspect paramilitaire de leurs activités" ne lui inspirait que du dégoût. Pierre adhère alors a l’Union des Jeunes Communistes, bien qu’il n’apprécie guère le communisme tel qu’il est pratiqué en Pologne, où il a déjà séjourné trois étés, à partir de 1956, avec sa mère naturelle, qu’il n’avait pas vue depuis 1947.

L’été 1960, en Pologne, Pierre fait sa première rencontre amoureuse en la personne de la fille d’un noble polonais. 1960 - 1961 : Classe de seconde à Etampes. Eté 1961 : Initiation à la vodka, en Pologne. 1961 - 1962 : Classe de première à Compiègne. Pierre arrête le lycée pour devenir surveillant d’un internat à Chauny. Il prépare le bac en candidat libre et le réussit du premier coup. Pierre rompt avec ses parents, s’inscrit à la Sorbonne, mais suit les cours par correspondance, car il ressent "la collectivité universitaire entassée dans les salles de faculté comme un pullulement, une promiscuité répugnante".

Avril 66 : Pierre quitte la France pour Anvers, où il espère embarquer sur un cargo à destination de l’Amérique latine. Il se fait engager comme cuisinier sur un cargo norvégien, débarque clandestinement en Floride, sans argent, sans son passeport que le capitaine conserve. Après avoir gagné le Mexique en auto-stop, il est arrêté et envoyé en prison à San Antonio, puis à la Nouvelle Orléans. Après quelques jours passés en prison, où il fait la connaissance de malfaiteurs qui lui donneront plus tard des modèles pour ses propres méfaits, Pierre Goldman est raccompagné à bord du navire norvégien. Le parcours du cargo une fois terminé, Pierre débarque à Bergen, en Norvège, et rentre en France, en passant par la Suède, le Danemark et l’Allemagne.

Alter, en revoyant ce fils dont il n’avait plus de nouvelles, pleura. Ce fut la première et la dernière fois que Pierre vit son père pleurer. Pierre promet alors à son père de s’engager dans l’armée. Le jour de son incorporation, au lieu de partir à Nancy, il prend l’avion pour Prague. Ne parvenant pas à rencontrer de révolutionnaires latino-américains, Pierre part rejoindre sa mère, qu’il n’a pas vue depuis cinq ans, en Pologne. Ses recherches sont à nouveau vaines. Pierre quitte sa mère, qu’il ne reverra plus. Il erre entre Bruxelles, Amsterdam et Rotterdam, à la recherche d’un moyen pour gagner l’Amérique du Sud. Pierre finit par regagner Paris, clandestinement, puisqu’il est recherché en France pour insoumission. Pierre, grâce à quelques amis, parvient à rejoindre Cuba sur un cargo est-allemand.

Pierre est à Cuba au moment de l’annonce de la mort du Che, qui est vécu comme un drame national. Il est alors enrôlé dans la guérilla vénézuélienne, à Cuba, mais on lui demande de rentrer à Paris en attendant une "mission". Pierre arrive à Paris en novembre 1967, toujours clandestinement. Il se tient à l’écart de mai 68, contrairement à ce qu’on prétendera lors de son procès. Fin juin 1968, Pierre part pour le Vénézuéla, où il demeure 14 mois au sein d’un groupe armé qu’il avait connu à Cuba. Pierre n’a pas eu l’occasion d’utiliser son arme, mais il noue de solides amitiés avec ses camarades révolutionnaires.

En septembre 1969, Pierre repart à Paris, via Bogota, Carthagène, Berranquilla, Porto Rico, et Madrid, toujours sous une fausse identité. Il revoit son père, sa belle-mère, sa soeur et ses deux frères. De ces retrouvailles, il écrira ces quelques lignes : "Je fus surpris de découvrir que ma soeur avait 19 ans, qu’elle étudiait la médecine, savait danser, avait un amant, militait et croyait que le développement des forces productives s’était arrêté en 1939. Mes frères étaient âgés de 16 et 18 ans. Ils étaient jeunes, fins, enjoués, plaisants. Ils aimaient la musique pop et portaient chacun une longue chevelure. Il me semble qu’ils étaient lycéens, à moins que le plus âgé ne fût déjà bachelier. Je fus quelque peu ému, étonné, qu’ils m’aiment et se souviennent de moi, que pour eux je sois un frère. Je ne les avais pas vus depuis des années et quand je les avais quittés, ils n’étaient que des enfants. Je me demandai si j’aimais mes frères, ma soeur. Je conclus que je les aimais bien". Alter insiste pour que Pierre, qui a été condamné à un an de prison par contumace, se rende aux autorités. Dès lors, Pierre cesse de revoir son père.

Le 4 décembre 1969, Pierre braque une pharmacie. C’est son premier hold-up. Des 2 500 F du butin, il en donne 500 F à un ami qui veut séduire une femme qu’il aime. Le reste de la somme est dépensé au cours d’une soirée avec trois amis. Pierre envisage de séquestrer Jacques Lacan (célèbre psychanalyste), puis Jean-Edern Hallier, mais abandonne au dernier moment. Le 20 décembre 1969, il braque une usine de haute-couture, et empoche 23 000 F. Le 16 janvier 1970, il dérobe 8 000 F à un trésorier-payeur des allocations familiales.

Le 8 avril 1970, il est arrêté pour le meurtre de deux pharmaciennes, assassinées lors du braquage d’une pharmacie le 19 décembre 1969, boulevard Richard-Lenoir. Pierre a été dénoncé par un de ses amis, dont il ne donnera jamais le nom. Pierre passe cinq ans en détention préventive. Peu de choses sont connues sur ces cinq années que Pierre passe en prison. Lui-même ne s’est guère étendu sur le sujet. Les neuf premiers mois furent purgés suite à sa condamnation par contumace pour insoumission. En prison, Pierre entreprend des études de philosophie et lit Kant et Hegel. Il obtient même une licence en philosophie. Il poursuit également son apprentissage de l’espagnol. Pierre est autorisé à recevoir des visites une fois ces neuf mois passés. C’est Ruth qui viendra en premier. Alter ne viendra que deux ans plus tard, une fois convaincu de l’innocence de son fils.

Après plus de quatre ans et demi de détention préventive, et à l’issue d’un procès particulièrement tronqué, éminemment politique et aux relents antisémites qui n’était pas sans rappeler celui du Capitaine Dreyfus, Pierre Goldman est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Nous sommes alors le 14 décembre 1974. Pierre reçoit, dans les jours qui suivent, des centaines de lettres de soutien. Des pétitions sont signées, des comités de défense s’organisent, des meetings sont tenus. Pierre, par un communiqué publié dans Libération, demande la cessation de ces activités.

En janvier 1975, Pierre reçoit une lettre d’une jeune Antillaise qu’il a connue en décembre 1969, quelques jours avant son arrestation. Il entreprend avec elle une correspondance passionnée, et parallèlement, entame la rédaction de Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France. Le livre sort en octobre 1975. En avril 1976, le procès est rejugé. Lors de la plaidoirie, le 4 mai 1976, l’avocat de Pierre, Maître Kiejman, dira : "Comme chacun, j’ai voulu comprendre pourquoi ce procès me fascine. C’est en raison de la personnalité de Goldman. Certains en ont fait un héros des Possédés de Dostoïevski. Je ne partage pas cette impression. Avec son mélange d’ambition, il est banalement un homme du XXè siècle. Or, nous lui faisons un procès du XVè". Pierre est libéré. Le 20 septembre 1979, il est abattu alors qu’il sort de chez lui, par une organisation d’extrême-droite, "Honneur de la Police", qui revendique le meurtre à l’AFP. Les meurtriers ne seront jamais arrêtés.

Quelques heures plus tard, sa femme, Christiane, donne naissance à leur premier enfant, Manuel.

Le 19 novembre 1988, un groupe d’anciens résistants se retrouvent à Vénissieux près de l’emplacement du camp de concentration. Pour la première fois, une municipalité communiste a décidé d’ériger un mémorial en l’honneur des FTP-MOI, qui comptaient dans leurs rangs le plus important groupe de combattants juifs clandestins. Alter Goldman devait mourir à peine un mois plus tard, à l’âge de 78 ans, quelques semaines à peine après avoir reçu la légion d’Honneur pour son rôle dans la résistance. Jean-Jacques Goldman venait de dédier un de ses concerts, à Lyon, aux anciens camarades de son père.

Source : https://www.parler-de-sa-vie.net/pi...

B) J’ai assassiné Pierre Goldman

Un ancien membre de l’Action française, mort en 2012, affirme dans un livre posthume avoir participé aux assassinats d’Henri Curiel en 1978 et de Pierre Goldman en 1979, deux figures de l’extrême gauche des années 1970.

C’est un mystère vieux de plus de trente-cinq ans qui vient peut-être d’être résolu. Dans un livre intitulé Le Roman vrai d’un fasciste français (La Manufacture de livres), paru le 24 avril, René Resciniti de Says revendique les assassinats de deux figures de l’extrême-gauche des années 1970, Henri Curiel et Pierre Goldman. Mais comme le rappelle Livres Hebdo, qui relaie l’information mercredi 5 mai, l’ancien membre de l’Action française ne pourra pas être mis en examen pour ces deux meurtres, car il est mort en 2012, à l’âge de 61 ans.

Dans son livre, l’ex-parachutiste affirme avoir participé à l’assassinat du militant communiste Henri Curiel, tué par deux hommes dans l’ascenseur de son immeuble parisien, le 4 mai 1978. René Resciniti de Says affirme également avoir participé au meurtre de Pierre Goldman, ancien membre du service d’ordre des étudiants communistes de la Sorbonne, devenu guérillero au Venezuela puis gangster, tué par balle le 20 septembre 1979 dans le 13e arrondissement. Le mystérieux "Gustavo"

A l’époque, ces deux meurtres avaient été revendiqués par une organisation d’extrême droite inconnue, baptisée "Honneur de la police". René Resciniti de Says affirme, en fait, avoir agi en tant que membre du SAC, le service action chargé des basses besognes du parti gaulliste. En 2012, un blog du Monde relayait déjà l’identité de Resciniti de Says, alias "Gustavo", l’homme qui revendiquait de façon anonyme le meurtre de Goldman dans un documentaire diffusé en 2010 par Canal+.

Dans ce post de blog, les journalistes du Monde rappellent que René Resciniti de Says, au-delà de son appartenance aux Camelots du roi et à l’Action française, était également un ancien parachutiste devenu mercenaire au Liban puis en Afrique, aux côtés notamment de Bob Denard. "Une tache dans l’histoire de la France"

Après la révélation de son implication dans les meurtres d’Henri Curiel et de Pierre Goldman, Noël Mamère a demandé une nouvelle fois l’ouverture d’une commission d’enquête. "Les déclarations de René Resciniti de Says doivent être prises avec réserve, mais elles prouvent que l’ouverture d’une commission d’enquête se justifie plus que jamais, a déclaré le député écologiste, interrogé par francetv info. Tant que ce ne sera pas fait, ces assassinats resteront une tache dans l’histoire de la France."

"Il est évident que ces assassinats ont été commandités par quelqu’un, par un organe para-étatique dépendant du pouvoir", a ajouté Noël Mamère. L’élu a toutefois estimé qu’il y a peu de chances que les archives des services secrets soient rendues accessibles. "Je demande une commission d’enquête pour le principe, parce qu’il serait juste qu’on connaisse enfin la vérité", a-t-il conclu.

Source : http://www.francetvinfo.fr/faits-di...

C) 1944 – 1979 – 2012, n’oublions jamais Pierre Goldman

Le 20 septembre 1979 Pierre Goldman est tombé sous les balles du groupuscule d’extrême-droite « Honneur de la police ». Il avait 35 ans.

Pierre Goldman, à la fois intellectuel et rebelle de terrain, a participé à la lutte révolutionnaire au Venezuela dans les années 60 auprès de Régis Debray, après des années passées aux Jeunesses Communistes et à l’Union des Etudiants Communistes.

Il est en fait un écorché vif, un révolté qui verra en mai 68, une mascarade libertaire petite-bourgeoise et anticommuniste, jusqu’au moment où les ouvriers se mirent en grève.

La France de droite, conservatrice et haineuse du début des années 70, mettra sa tête à prix.

Pierre Goldman, le rouge, sera dénoncé par un « indic », arrêté, mis à l’isolement pendant 9 mois, il ne reconnaîtra que 3 affaires mais jamais celle où il y avait eu des morts.

En 1974, 5 ans après les faits, il sera condamné à la prison à perpétuité. Soutenu par une grande partie de la gauche et par de nombreuses personnalités politiques et du monde la culture, il fait appel devant la Cour de Cassation. Le jugement de la Cour d’Assises qui l’a condamné à la réclusion à vie est cassé, un nouveau jugement aura lieu à Amiens dans la Somme, où les meurtres ne lui seront plus attribués. Par le jeu des remises de peine, il est libéré et deviendra journaliste à Libération.

Pierre Goldman est assassiné le jeudi 20 septembre 1979, en pleine rue par quatre balles tirées à bout portant, place de l’Abbé-Georges-Hénocque dans le 13e arrondissement de Paris. Plus de 20 000 militants l’accompagneront au Père Lachaise lors de ses funérailles.

Les témoignages parlent d’un commando s’exprimant en espagnol, la police parlera d’un règlement de compte fomenté par la pègre.

Mais on ne peut s’empêcher de faire le lien avec les groupes fascistes et antimarxistes espagnols (fortement liés à l’OAS et à Ordre Nouveau) et notamment avec les membres de l’ultra-droite franquiste (AAA, GCR, BVE, CA, GAE, ATE), dirigés en sous-marins par la droite espagnole, notamment par José Barrionuevo, qui fût aussi un Ministre de l’intérieur.

Des militants de ces groupes de l’ultra-droite ultra-catholique, réapparaîtront plusieurs années plus tard en créant le GAL (Groupe Antiterroriste de Libération) composé de paramilitaires et policiers espagnols fascistes qui commettront de nombreux assassinats contre les militants indépendantistes (au Pays basque Nord et sur le sol français) jusqu’en 1987 (arrivée de Charles Pasqua, comme Ministre de l’Intérieur au 1er gouvernement de cohabitation).

Le lien devient une évidence entre le GAL et Honneur de la Police, qui est un appendice du SAC (Service d’Action Civique) animé un temps par Charles Pasqua et créé par Jacques Foccart, le « monsieur françafrique » du gaullisme qui fût aussi fortement lié à l’organisation nazie Todt (génie civil et BTP), elle-même liée à l’Opus Dei qui est à l’origine de l’organisation Odessa chargée, grâce à l’aide de la CIA et du MI5, d’évacuer les nazis vers l’Amérique du Sud (et notamment vers la Bolivie, le Paraguay et le Venezuela) après la chute du national-socialisme allemand.

Aussi, aujourd’hui nous devons avoir une pensée pour Pierre Goldman, communiste et juif antisioniste, qui fût il y a 33 ans, la victime d’un complot de l’extrême-droite européenne liée étroitement à la droite nationale française et aux services secrets internationaux des pays et empires colonialistes et impérialistes.

D) Témoignage sur Arte : « J’ai assassiné Pierre Goldman »

Un journaliste fait témoigner l’un des hommes qui auraient tué le militant d’extrême gauche en 1979.

L’homme a le visage flouté, un costume croisé à rayures, le physique de Jean-Pierre Castaldi. Il parle à la caméra calmement, l’air blasé. Il raconte comment il a tué Pierre Goldman, il y a plus de 30 ans, place des peupliers à Paris :

« Il [un autre membre du commando] lui tire comme ça, une fois, à la volée, et ensuite encore ici ; une fois que c’est fait, moi je repasse derrière et je finis. »

Il « finit ». Il dit cela ainsi, comme un truc banal. Comme on dirait, là, j’ai bu un verre, là j’ai acheté du pain. En combien de balles a-t-il « fini » ? « Je ne me souviens pas », répond-il. En revanche, il se souvient parfaitement du film que le commando est allé voir dans l’après-midi, pour se changer les idées : « Goin South », avec Jack Nicholson.

Pierre Goldman, militant d’extrême gauche, icône post-mai 1968 (et demi-frère du chanteur), a été assassiné de quatre balles le 20 septembre 1979. L’attentat a été revendiqué immédiatement après par un obscur groupuscule, « Honneur de la police », mais les coupables n’ont jamais été retrouvés. Un journaliste, Michel Despratx, affirme avoir élucidé l’affaire, et présente le fruit de son enquête sur Canal Plus, dans l’émission Spécial investigation, vendredi 29 janvier.

Le journaliste a la conviction d’avoir identifié les auteurs du commando. Quatre hommes d’extrême droite, dont l’un travaillait aux Renseignement généraux, et un autre, le leader du groupe, à la DST. Un groupe par ailleurs lié au SAC, cette police parallèle mise en place par les gaullistes et qui rendait parfois des services au pouvoir giscardien.

Despratx a interviewé deux des quatre hommes, et d’autres témoins ont confirmé leurs dires. Celui qui a « fini », l’homme au costume croisé, rebaptisé Gustavo dans le film, a accepté de répondre aux questions du journaliste en donnant des détails de l’opération ; le supposé leader, en revanche, accepte mal l’idée que l’on réveille cette vieille affaire, se faisant menaçant :

« Il faut savoir où vous mettez les pieds. […] Tout le monde doit être prudent ». (Voir l’extrait vidéo, en exclusivité pour Rue89)

Un troisième homme était à la « section de direction » des Renseignements généraux : une section très spéciale, d’une centaine d’hommes, chargée de lutter contre la « subversion gauchiste ». Il s’agissait de « casser du nègre », selon une formule-maison, c’est à dire de « chauffer les oreilles des gauchistes », comme le raconte un ancien de cette direction dans le documentaire.

Le dernier comparse est « un ancien para », mais Michel Despratx ne « peut pas en dire plus ».

E) Pierre Goldman : Bête noire de l’extrême droite (Rue 89)

Gustavo jure qu’il n’a pas participé à l’opération pour de l’argent, mais parce que cela faisait partie de son « combat politique ».

A l’époque, Goldman était la bête noire de l’extrême droite et d’une partie de la police. Il avait été arrêté dix ans plus tôt, sur les accusations d’un indicateur de la police, qui l’avait désigné comme l’auteur d’un braquage, boulevard Richard-Lenoir, au cours duquel deux pharmaciennes avaient été tuées et un policier blessé.

Pierre Goldman, qui avait par le passé participé à d’autres braquages, a toujours nié celui-ci. En 1974, il est d’abord condamné à perpétuité par la cour d’assises de Paris. L’intelligentsia de gauche se mobilise pour protester contre le verdict ; la Cour de cassation annule finalement ce dernier. Goldman est rejugé et acquitté en mai 1976. Condamné à 12 ans de prison pour les trois autres affaires, il ne fera que quelques mois.

Après sa libération, le militant collabore à Libération, aux Temps Modernes et le soir, joue de la tumba dans des bars à salsa. Mais ses activités politiques se poursuivent : il entretient ainsi des liens avec l’ETA basque.

« Hors de question que ce type puisse finir ses jours tranquillement » Qui a donné l’ordre de l’abattre ? L’enquête de Despratx ne résout pas, hélas, ce dernier mystère. « Gustavo » évoque une initiative d’un plus haut niveau. C’est Pierre Debizet, alors patron du SAC, aujourd’hui décédé, qui aurait donné son feu vert à l’opération. Dans son souvenir, le chef du commando (l’homme de la DST) aurait en effet déclaré à ses comparses :

« Debizet trouve scandaleux qu’il ait été remis en liberté. Cette décision de justice est scandaleuse et il est hors de question que ce type puisse finir ses jours tranquillement. »

Quelques jours après le meurtre, les hommes auraient été reçus par Debizet, qui les aurait félicités et leur aurait dit :

« Désormais vous êtes hors du coup. J’ai revendiqué l’action. En haut lieu on sait que c’est moi. »

Et il aurait cité le nom de Victor Chapot, proche conseiller du Président Valéry Giscard d’Estaing.

« Je n’ai plus de doute »

Le document présenté sur Canal Plus est captivant, même s’il ne dissipe pas entièrement le brouillard ayant entouré l’assassinat de Pierre Goldman. Le témoin principal, « Gustavo », est jugé « très crédible » par le journaliste, qui me raconte :

« Au début, j’étais très sceptique. J’ai vérifié et revérifié. Et je n’ai plus de doute aujourd’hui. »

Mais Debizet et Chapot, morts, ne peuvent confirmer ou démentir les dires de « Gustavo ».

Question : ce film peut-il relancer l’enquête sur ce crime qui peut être apparenté à du terrorisme ? Le dernier acte de procédure, dans l’enquête infructueuse, remonte à 1985. Il y a prescription.

On peut au moins souhaiter qu’une enquête soit ouverte au sein des services de police concernés, pour que toute la lumière soit faite sur les crimes terroristes commis alors, sous couvert d’activités « anti-subversives ».

Par Pascal Riché, Rue89, le 23 janvier 2010


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