24 juillet 1873 : le Sacré-Cœur à Montmartre

samedi 4 août 2018.
 

Source : https://heuredupeuple.fr/le-24-juil...

Dès 1870 et la fin de la guerre contre la Prusse un « vœu » est émis par Legentil et Rohault de Fleury, soutenus par nombre de cardinaux, d’édifier dans Paris une nouvelle église, dédiée au « sacré cœur du Christ ». Tant pour eux cette défaite a des causes spirituelles plutôt que politiques ou militaires. Lisons donc : la France est une nation impie, et la guerre a été perdue, de même que l’Alsace-Lorraine, à cause de ses péchés ! Il faut donc bel et bien restaurer l’ordre moral…

Quelques mois plus tard, le 18 mars 1871 sur les hauteurs de Montmartre, éclate une insurrection populaire. Elle répond à Thiers qui vient de confisquer les canons entreposés ici depuis la guerre. Le peuple reprend les armes et appelle le pays à défendre les valeurs de la « vraie République ». C’est le début de la Commune de Paris.

On connait la suite, et la fin épouvantable de l’histoire. Pendant la Semaine sanglante, l’armée versaillaise écrase la révolution, faisant des milliers, voire des dizaines de milliers de morts. Ce qu’on sait moins ce sont les humiliations infligées aux Communards avant leur exécution. Il leur faut s’agenouiller et se prosterner devant chaque église croisée sur le chemin. Et puisqu’il fallait un symbole à cette terrible répression, on va concrétiser le vœu de Legentil et Fleury. Et choisir un lieu bien emblématique, afin que nul n’oublie combien le peuple sacrilège a besoin d’être rééduqué.

Ce sera donc la colline de Montmartre. Qui ne portait jusque là que quelques vignes et qui devient à compter de ce jour un haut lieu de pénitence nationale. Pénitence seulement pour le peuple, bien sûr. L’armée, elle, tue avec l’aval de l’autorité et la bénédiction du clergé… Cette édification est même déclarée d’utilité publique par une loi votée par l’Assemblée nationale le 24 juillet 1873 !

Le 16 juin 1875, lors de la pose de la première pierre, Fleury rappelle que c’est bien là que la Commune a commencé. Mention est bien faite des « énergumènes avinés, hostiles à toute idée religieuse et que la haine de l’Église semblait surtout animer ».

La IIIème République et son très clérical président Mac Mahon ne tardent pas à faire du monument une image des valeurs conservatrices qu’ils représentent.

Depuis ? Eh bien, par un clin d’œil malicieux de l’histoire, il est bon de se souvenir, toujours, que l’adresse officielle de l’édifice est située au 35 de la rue du Chevalier de la Barre, haute figure de la liberté de pensée s’il en est !

Brigitte Blang

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