17 ans en 1960 : Usine, banlieue et vacances

mardi 31 janvier 2017.
 

- Je suis né dans le socialisme 6ème partie

Georges Courbot "La pierre". Prologue de son récit autobiographique "Je suis né dans le socialisme"

Chez mes grands parents : Cyprien le rouge et Catherine la tsigane. Première partie de "Je suis né dans le socialisme" ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier)

Enfance et école à La Garenne Colombes : Deuxième partie de "Je suis né dans le socialisme" ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier)

C’est décidé, je serai fraiseur. Troisième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : "Je suis né dans le socialisme"

Chez Citroën. Quatrième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : "Je suis né dans le socialisme"

Au lycée Vauban pendant la guerre d’Algérie. Cinquième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : "Je suis né dans le socialisme"

Sixième partie : La situation financière de ma famille étant désastreuse suite à la maladie de ma mère, je veux gagner ma croûte, être autonome le plus vite possible. Je décide donc d’arrêter l’école et de trouver du travail.

Cela sera vite fait l’usine d’amortisseurs n’a plus de fraiseur car le dernier occupant de la machine à été amputé d’une jambe. Je suis donc embauché à 17 ans comme fraiseur P1.

Je travaille sur une fraiseuse Dufour relativement ancienne mais elle possède toutes les avances automatiques et rapides. Le pote Gégène n’est plus là, il est parti en Algérie. D’autres aussi manquent à la pointeuse. Certains reviennent, je les ai entrevu il y a trois ans. Ils ont accompli 27 à 30 mois en Algérie ! J’ai du mal à reconnaître les gentils garçons qu’ils étaient. Ils sont changés, déphasés, tiennent des propos racistes, se vantent d’avoir cassé du fel. L’armée les a formatés, leurs raisonnements se sont réduits. Très intéressé par ce phénomène je les questionne, cherche à savoir car je sais que dans deux ans je vais être concerné par la conscription. Je m’en ouvre à Marinette et Marcel dont le fils aîné Jacques revient parfois à la maison. Lui aussi est tourneboulé, l’armée rend con. J’en suis persuadé surtout ceux qui sont allés la-bàs. Tous ces braves garçons sont dans un état de rejet des différences, ils sont passés dans un moule qui les a déformé, une machine où l’on ne peut qu’être broyé. Je ne suis pas contre le service militaire citoyen quoiqu’il va me priver de salaire pendant de nombreux mois, mais je dois tout faire pour ne pas partir en AFN. Je dois éviter la boudineuse de l’armée (et encore à ce moment là je ne sais pas tout), le futur me révèlera l’incroyable absurdité du système et des chefs qui le compose.

Cependant je travaille pour elle l’armée : j’usine de gros tubes d’amortisseurs pour des E.B.R. (Engin blindé de reconnaissance). Je creuse 36 ailettes sur des tubes pour le refroidissement des amortisseurs, sans doute soumis à l’échauffement sur des terrains difficiles. J’usine deux ailettes à la fois, soit 18 passes par tube. Pour une passe il faut douze minutes, puis faire une rotation du tube pour lacer une nouvelle passe. Pour cela le tube est fixé sur un plateau diviseur, appareil qui permet toutes les divisions de rotation possibles. Ce dernier a la réputation d’être la bête noire du fraiseur. En effet les calculs de transmission des engrenages sont parfois très compliqués. Mon appareil est au 1/40 eme c’est-à-dire que lorsque je tourne la manivelle d’un tour, la pièce maintenue effectue une rotation de 9°. Pour 1° un 9eme de tour (dur à comprendre pour les béotiens du fraisage que vous êtes) et encore je fais simple je ne vous ai pas parlé de l’alidade et de la tete de cheval ! Nous sommes tous analphabètes par rapport aux métiers des autres. Nous avons notre vocabulaire de métier inaccessible aux néophytes, regardez la médecine….

Toutes les 12 minutes je dois donc intervenir sur la machine, le temps est long à regarder les deux fraises tracer leur sillon. Mon poste de travail est situé tout au fond de l’usine, ma hiérarchie est le bureau d’étude qui se trouve dans un autre bâtiment. Je suis seul avec deux tourneurs du même service. J’ai toujours aimé la lecture. Un matin j’amène un bouquin que je place dans le tiroir de mon meuble d’outillage et j’ai donc douze minutes de lecture.

Je vais me cultiver, je lis Balzac, Zola, Malo, Historia, l’équipe, le Midi Olympique. Je dévore tout ce qui passe à ma portée. Ce potentiel d’acquis me sera forcément utile un jour. L’usinage des tubes va durer quelques mois, heureusement car c’est un travail d’ouvrier spécialisé, j’y perds mon savoir du métier. Les journées sont longues, les semaines comptent 60 H samedi matin inclus.

Tous les quinze jours en fin de journée le comptable amène les enveloppes de paye. Dedans, une fiche de paye, des billets et des pièces. Surprise avec les heures supplémentaires c’est moi qui gagne le plus dans la famille !plus du double que Marcel. Ma mère se met d’accord avec lui pour m’octroyer de l’argent de poche hebdomadaire. Ils conviennent de 5 Frs par semaine alors que le gagne plus de 800 Frs mensuel pour un salaire horaire de 3,10 Frs si je me souviens bien.

L’époque est ainsi faite. Cependant certains copains ne sont pas soumis au même régime. L’exploitation est partout, même dans sa propre famille. Je râle, ma mère me promet de me donner 5 autre Frs en cachette de Marcel et de me laisser les primes diverses.

Et oui !le montant de nos salaires a été divisé par 100. Depuis le 1er Janvier 1960 notre franc est devenu le nouveau Franc ou encore le Franc lourd. Les Gaulois vont être très long à s’adapter, certains jamais. En effet diviser par 100, c’est retirer deux zéros ou avancer la virgule de deux crans.

Paradoxalement ils s’adapteront plus facilement à l’Euro ou la conversion est cependant plus compliquée.

J’en profiterai pour me nipper un peu, car question vêtements je n’ai pas grand chose. Heureusement que mes grands-parents Catherine et Cyprien y pourvoient quelque peu.

Côté loisirs je me suis mis au Rugby avec des copains, j’ai pris une licence à Courbevoie sport. La section Rugby est sponsorisée par les roulements à galets TIMKEN. J’ai intégré une équipe cadet deuxième année. Résistant et rapide je joue troisième ligne numéro 6. Je me régale, ce sport m’amène la solidarité, l’amitié et l’esprit de groupe. Pour les entraînements je dois concéder deux heures supplémentaires le mercredi soir. Marcel a bougonné mais n’a pas insisté. Je joue le dimanche et jusqu’au mardi j’ai des maux partout, des bleus, le nez et les épaules, tout morfle mais quel plaisir.

Côté copains de cité Guy est resté au Collège pour passer un CAP de dessin. Nous sommes de ce fait distants pour nos loisirs et sorties. Je me suis rapproché de deux vieux copains travailleurs eux aussi. Dédé pose des stores et Christian est commis dans une épicerie de luxe à Neuilly. Côté fric ils sont beaucoup mieux garnis, leurs parents ne leur demandent qu’une participation alimentaire.

Jouant le dimanche et étroitement surveillé par Marinette et Marcel je dois rentrer avant minuit le samedi soir. Nous ne sommes pas des fondus de danse, nos sorties nocturnes se limitent aux cinémas et fêtes foraines. « On n’est pas sérieux quand on à 17 ans « a dit le magnifique Rimbaud, mais nous si ! ... par contrainte car nous ne rencontrons pas beaucoup de filles lors de nos escapades ou alors elles sont sous le giron parental. Cependant nous sommes rattrapés par notre libido. Personnellement j’ai la chance de travailler dans une usine où les femmes foisonnent. Le lieu est rempli d’endroits discrets. Merci à ces femmes bien plus âgées que moi, peu farouches et parfois provocantes, des plaisirs qu’elles m’ont apportés.

Nos sorties se font en scooter, Dédé et Christian possédant chacun un Vespa. Ils sont plus âgés que moi et possèdent le permis 125 cm3. Ils me baladent donc sur leur engin. J’ai envie d’être autonome vis-à-vis d’eux, il me faut pour cela avoir 18 ans et l’argent pour acheter la machine plus le coût du permis. J’ai vraiment deux potes formidables, pour payer le scooter d’occasion bien sûr, nous convenons de faire du fric par la vente de muguet au 1er Mai. Dédé possède une petite tente de camping, nous voilà partis pour la forêt de Chantilly fin Avril. Il fait beau mais encore frisquet. Nous nous glissons sous les barbelés de la propriété Rotschild et faisons notre moisson de brins et de feuilles. Nous les conservons dans des boîtes de conserve vides récupérées dans des poubelles voisines. Nous rentrons à la Garenne le 30 Avril ou nous confectionnons avec l’aide de Marinette des bouquets emprisonnés de cellophane.

Nous faisons une tentative de vente le soir même sur les Champs-Élysées. Pas de vente, l’endroit n’est pas propice aux vendeurs de muguet surtout le 30 Avril ! Nous rencontrons une jeune starlette en désérance sur les Champs. Je pense retenir son attention mais nous ne sommes pas venus pour cela. Nous vendrons notre muguet dans un endroit populaire. Nous nous installons aux quatre chemins entre Colombes et Nanterre, nos bouquets partent comme des petits pains.

Nous proposons deux prix 1 et 2 Frs en mettant en avant les bouquets les mieux présentés. Ce sont cependant tous les mêmes mais les gens nous achètent systématiquement les plus cher. J’apprends ce jour là que l’affectif est important pour le populaire.

Nous avons fait une très bonne recette plus de 600 Frs, quel cadeau de la part de mes potes !

Dédé plus tard sera mon témoin de mariage. Depuis les aléas de la vie nous ont séparés, comme j’aimerai retrouver Dédé Neau.

C’est un super petit malin le Dédé : dans son boulot il pose des stores extérieurs et intérieurs. Il est payé à la pièce c’est-à-dire au store convenablement posé. Il perce les trous de fixation souvent dans le béton avec un tamponnoir que l’on enfonce doucement dans le mur en le tournant avec le poignet. C’est une opération longue et fastidieuse qui a une grande incidence sur le temps de pose, donc sur la production donc sur son salaire.

Curieux comme une pie il est allé à la Foire de Paris et a découvert les premières perceuses à percussion à mèches carbure de tungstène. Le prix est à la mesure de l’innovation, mais il a tout de suite compris le bénéfice à en tirer. Avec une rallonge électrique il se débrouille toujours pour trouver de l’électricité. Il se met toujours bien avec tout le monde, c’est une de ses grandes qualités.

Equipé moderne il gagne 100% du temps, moitié moins de temps. Mais le Dédé lui il choisit de ne pas gâter le métier en engrangeant du salaire. Il ne travaille plus que le matin. Et cela va durer des mois avant que son patron découvre le modernisme !

Mais sa roublardise parfois tourne mal, s’est comme cela qu’il se fera virer définitivement du Café Tabac Charlebourg où nous avons établi notre siège de blousons noirs. Le patron s’inquiète au bout d’un moment : le juke-box hurle du rock toute la journée et lorsqu’il fait sa caisse le soir il n’y a pas beaucoup de pièces de monnaie à récupérer. Il va donc surveiller qui sollicite l’appareil. Le Dédé libre de ses après-midi passe son temps au café à mettre de la musique devant son diabolo menthe. Au moment où il va remettre l’appareil en action le patron arrive et le surprend : le Dédé à fabriqué un jeton fixé à un fil de fer qu’il tient dans sa main à l’enclenchement de la pièce il tire sur le fil et le jeton lui revient pour sélectionner un nouveau disque. Virés, nous sommes virés de notre repaire, si nous voulons voir nos potes, ce sera dehors !

Brave Dédé le généreux qui nous a tant apporté.

Il faut maintenant me mettre à la recherche de mon rêve. Plusieurs fois nous avons pris des gamelles avec le Vespa, ses deux roues désaxées en sont la cause. Je cherche plutôt un Lambretta avec son châssis tubulaire et son moteur central. Il tient mieux le pavé surtout que nous faisons souvent des acrobaties avec nos montures. Par petites annonces je repère l’objet convoité. Avec ma mère et mes deux copains nous nous rendons chez les vendeurs, un couple qui vient d’avoir un bébé. Le scooter est équipé à l’ancienne avec une selle conducteur et un tansad passager à l’arrière, avec un vilain porte bagage. Un vilain petit canard l’objet de mes désirs.,, Sa couleur gris pisseux ne m’emballe pas. Pas du tout un scooter de jeune loubard !

Dédé et Christian ne sont pas décontenancés : la mécanique, les pneus et les freins sont très bien entretenus. Nous allons le repeindre, trouver des décos, le mettre à la mode disent-ils !

L’affaire est conclue pour 500 Frs. Avec mes potes on le déshabille, le ponce, l’enduit ; la peinture noire et bleue métallisée réalisée, il a changé de gueule ! Reste les deux selles, nous avons viré l’affreux porte-bagages. Dédé qui est un vrai démerdard me trouve une selle biplace, je fabrique des pâtes de fixation au boulot. Mon scoot est superbe dans son nouvel, aspect ; j’ai rajouté des décos chromées, c’est la mode sixties. Reste deux problèmes, le permis et l’assurance. J’ai potassé le code, je passe l’examen à St Ouen près du Marché aux Puces. Je l’obtiens du premier coup le 15 Mai 1961 le lendemain de mon anniversaire : 18 ans.

Pour l’assurance qui est très chère à l’époque, Marinette me donne l’argent bien sûr en cachette de son mari Marcel.

Roulez jeunesse… des sorties dans les bois, des sorties baignades à l’étang de Cergy. Que du bonheur !

Au cours de nos escapades de fin de semaine, j’échoue dans l’attente de mes potes dans un café tabac près de la gare de la Garenne-Colombes. Nous y avons nos habitudes. Le flipper maison est notre préféré, nous nous dissimulons de l’œil acéré du patron, puis nous grimpons les pieds de l’appareil sur nos chaussures, il y a de ce fait beaucoup moins de pente descendante ; ainsi installé il nous est facile d’engranger des parties gratuites, ensuite nous reposons la machine dans sa position initiale et nous pouvons jouer gratuitement et régulièrement pendant un bon moment.

Ce soir là je suis seul les potes doivent me rejoindre. En les attendant j’engage une partie. Je m’active avec les boutons latéraux pour faire remonter la boule et marquer des points, le flipper vibre de plaisir.

Un type âgé s’approche et me regarde m’exciter, il pose sa main sur le bord, il me gêne dans mes gestes, je le regarde furtivement agacé par sa présence. Je ne dois pas perdre de vue la boule. Soudain le type bouscule énergiquement l’engin, résultat : tilt ! Je lui dis en colère « ça ne va pas, t’es con ou quoi ? » J’ai crié, le type est surpris, il me balance une calotte, le salaud il m’a fait mal ! Je me jette sur lui. Le rugby m’a étoffé. Je fais maintenant 1m78 et 75 Kgs de muscles. Mon poing lui arrive en pleine poire.

Devant le tumulte le patron du café prend son téléphone et appelle les poulets. Nous nous tenons tous les deux par le col quand la volaille déboule. Un brigadier se pointe et là stupeur... s’adresse à mon agresseur « qu’est ce qui se passe patron ! » Douche froide j’étais en train de me castagner avec le commissaire de Courbevoie. Je suis agrippé, bastonné, j’en prends plein les côtes, je protège ma tête avec mes bras. Ligoté ils me jettent dans le car. Les brutalités continuent pendant les dix minutes de trajet pour aller au commissariat. Là ils me balancent dans une cage grillagée, je me palpe, j’ai morflé comme si j’avais fait deux matchs de rugby d’affilée. Ils me laissent croupir un long moment. Je gamberge, mon scooter abandonné et ma mère qui m’avait dit de rentrer avant minuit. Ils m’ont tout pris même ma montre ! Je m’angoisse sérieusement, un flic passe je lui dit « il faut prévenir ma mère » il me répond « nous le ferons demain matin ! ».En 1961 très peu de gens ont le téléphone à la maison.

Je m’assoupis tout endolori, la porte s’ouvre et un type en tenue vient me chercher, il me conduit dans une pièce où je retrouve mon agresseur assis tranquillement derrière son bureau. Il me dit de m’asseoir, tant mieux car j’ai aussi mal aux jambes. Un moment je pense à mon copain Léger au collège qu’ils ont abattu lâchement. Ils sont capables de tout ces « cognes ». Les questions fusent : nom, prénom, date de naissance (je suis mineur, la majorité à 18 ans sera accordée par Giscard dans les années 70). Je réponds et réclame la présence de ma mère. Il élude ma requête, et pose des questions plus précises, mon travail, le rugby (merde je dois jouer le lendemain, non ! tout à l’heure). Il s’aperçoit que je ne suis pas un gangster, il change alors de ton et d’attitude, devient presque sympa. Il m’interroge : pourquoi traîner dans les cafés le soir ? Je lui réponds que j’attendais mes copains (bien sûr je ne lui dit pas que c’est infernal à la maison entre ma mère et mon beau-père). On me donne à boire et des petits beurres à manger, et on me remet en cage. Je n’ai pas la notion de l’heure quand j’entends la voix de ma mère qui crie dans le commissariat « qu’avez-vous fait à mon fils, si vous l’avez touché je vais faire venir un médecin » elle n’est pas contente et je me dis que tant qu’elle s’en prend à eux je suis peinard. Mais après cela ne va par tarder à être mon tour.

Ils viennent me chercher et je retrouve ma mère dans le bureau du commissaire Romé c’est son nom ! L’affaire se règle entre eux de gré à gré, je me garde d’y mettre mon grain de sel. Je garderai de bons rapports avec ce dernier par la suite. Il me fera même sauter des PV. Bref copain copain jusqu’au jour ou je vais mettre une raclée à son fils aîné, ce dernier convoitant la même fille que moi. Par la suite je travaillerai avec son benjamin et nous deviendrons bons amis ! C’est cela les garçons.

Le fait de poser ces lignes me fait revenir les mots d’argot oubliés, enfouis et j’avoue en retenir certains, soucieux de ne pas heurter. Notre langage parisien de la rue était cependant riche et identifiable d’un lieu de vie à l’autre. Le mien c’était celui d’Arletty elle aussi native de Courbevoie ; quel atmosphère ! De nouveaux résidents sont venus dans les banlieues et le langage a évolué avec eux.

Mauvaise nouvelle Dédé vient de recevoir sa feuille de route, nous projetions des vacances d’été à l’Ile d’Oléron où ses parents ont une maison de famille. Le pauvre, partir au régiment début Juillet avec affectation AFN après les classes. C’est la guigne.

En cette année 1961 le putsch des généraux des généraux à Alger nous a mobilisés, et nous nous sommes rendus à l’appel du Général Président dans nos mairies afin de défendre la République. En effet la rumeur court à Paris que les paras félons débarquent à Creil. L’affaire est sérieuse heureusement la circonscription et des chefs fidèles informés par la radio réagissent au coup d’état. De nos jours notre armée est uniquement professionnelle, les armes ne sont plus entre les mains du peuple, nous ne sommes pas à l’abri d’un coup d’état ! Pour moi l’armée doit être citoyenne, déléguer un tel pouvoir constitue un réel danger pour la république.

Viennent les vacances à l’Ile d’Oléron sans Dédé mais avec toute une bande des cités des cheminots Garennois ; Daniel et sa copine Françoise, Christian, Sergio et sa copine, Maurice et sa copine Michelle et sa sœur Mireille. Plusieurs réunions préparatoires se sont tenues afin de tout organiser. Nous allons camper sur le terrain d’un Oléronais que nous connaissons très bien depuis nos différents voyages dans l’île. Nono a 35 ans, marié, plusieurs enfants, il est à la fois ostréiculteur, vigneron et agriculteur. Sur la pendule de sa cuisine on peut lire » il est l’heure de boire un cot » recommandation prescrite dans tous les foyers insulaires. Cela veut dire que l’on boit bien dans l’île, un petit vin aigrelet au départ, mais on s’y fait très vite. Et pour les plus sucrés il y a le pineau, le fameux pineau des Charentes fabriqué maison. Il se boit comme du petit lait, c’est lorsque l’on sort au soleil que l’on s’aperçoit des dégâts !

Dans ces réunions nous avons réglé le problème des voyages aller et retour, évoqué aussi les questions de vie commune, en effet trois couples sont constitués, Christian, Mireille et moi sommes « célibataires », Maurice le frère de Mireille se montre très ferme avec Christian et moi : il n’est pas question de s’approcher de Mireille, il est l’aîné et conformément à la volonté de ses parents il veille sur sa sœur qui a mon âge. Pauvre Mireille qui va passer un mois sans flirt. C’est une vraie copine depuis des années, nous avons effectué le chemin de l’école ensemble, pour moi c’est la sœur que je n’ai pas eue. Un soir de froidure nous dormirons ensemble sans aucune ambiguïté.

Réglé aussi le problème du voyage : Christian, Sergio et sa copine, Maurice et Michèle possèdent des scooters en très bon état. Ils désirent tenter l’aventure du voyage sur leurs engins. Pour les bagages et les tentes : la SNCF en bagages accompagnés (nous sommes tous fils de cheminots, un permis rose règle le problème, il suffit de récupérer les bagages à la gare du Chaput) Mon scooter n’étant pas assez fiable, il partira lui aussi en bagage accompagné.

Je partirai avec la 203 de Daniel et Françoise sa copine. Nous transportons le matériel de camping. Les motards partent devant. La 203 peut ainsi assurer les pépins éventuels.

Au petit matin Daniel et moi partons chercher Françoise. Devant chez ses parents Françoise nous attend mais elle n’est pas seule, elle est accompagnée par ses deux autres sœurs Jacqueline l’aînée 22 ans et Arlette la plus jeune 16 ans qui s’invitent au voyage. Daniel n’est pas perturbé par la situation, d’ailleurs Daniel n’est jamais perturbé ! C’est un type mature, il n’à que 19 ans mais c’est un solide.

Nous sommes déjà chargés, le coffre est bourré du matériel de camping et de nos affaires. Cela n’est pas grand un coffre de 203 ! On va charger au sol à l’avant côté passager et aussi au sol entre les deux banquettes avant et arrière. En organisant le chargement j’ai le temps de jeter un coup d’œil aux sœurs de Françoise. Arlette blonde jolie un peu maigre et surtout juvénile. Alors que Jacqueline une sublime plante comme on en rencontre peu (pour donner une idée aux connaisseurs : Françoise Fabian). Elle est brune avec des cheveux longs très soyeux. Je suis subjugué. Pendant le parcours j’apprends qu’elle à un enfant qui est en garde chez son père dont elle est séparée. Chargé comme une mule nous ne sommes pas à l’aise à l’arrière, je suis coincé entre Jacqueline et Arlette. C’est long, il n’y a pas d’autoroute en ces temps là. Au bout de deux ou trois heures nous rejoignons l’équipée sauvage. Nous convenons d’un nouveau rendez-vous à Saintes. Repartis on s’alanguit à l’arrière de la Peugeot, les cheveux de Jacqueline frôlent ma joue, la belle n’est pas farouche, je pose ma main sur son bras, quelques kilomètres plus loin nous flirtons, les vacances s’annoncent radieuses.

Quand nous sortons ensemble à St-Trojan, à St Pierre, où ailleurs je sens les regards qui suivent son déplacement, elle ne passe pas inaperçue, je suis fier de la tenir par la main. La fin du mois d’Août marquera la fin de notre relation. Christian lui file le parfait amour avec Arlette. Merveilleuses vacances que nous passerons ensemble sans un nuage et sans histoire. Que de souvenirs !

Le seul évènement notoire c’est qu’au mois de septembre Françoise et la copine de Sergio étaient enceintes.

Septembre encore la tête dans le mois précédent il faut reprendre le collier, retrouver Gertrude, oui c’est ainsi que j’ai baptisé mon outil de travail.


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