Au lycée Vauban pendant la guerre d’Algérie

vendredi 12 juin 2020.
 

Cinquième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : Je suis né dans le socialisme

Georges Courbot La pierre. Prologue de son récit autobiographique "Je suis né dans le socialisme"

Chez mes grands parents : Cyprien le rouge et Catherine la tsigane. Première partie de "Je suis né dans le socialisme" ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier)

Enfance et école à La Garenne Colombes : Deuxième partie de "Je suis né dans le socialisme" ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier)

C’est décidé, je serai fraiseur. Troisième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : "Je suis né dans le socialisme"

Chez Citroën. Quatrième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : "Je suis né dans le socialisme"

Monsieur Gergaud m’a bien prévenu, je rentre à Vauban mais je dois me battre pour entrer en formation de fraisage car il n’y a que 12 places et peut-être 200 postulants !

J’en parle à la maison, j’évoque l’amplitude de la journée chez Citroën, fondre des moteurs de 2 CV cela ne fait pas rêver. Ma mère en convient. Le lundi je demande à voir le directeur et lui fait part de ma décision de démissionner. Il regrette, me disant que l’entreprise Citroën offrait des plans de carrières. Ainsi s’achève notre aventure Citroën bien que cette marque d’auto a souvent été ma préférée.

Vauban : l’établissement se situe sur deux sites, rue du château du Loir et rue Lambrecht pour cette partie de tronc commun. Pour la première session du tronc je fais une période d’un mois en ajustage. Je suis conscient qu’il va me falloir faire des efforts, m’accrocher pour aller en fraisage à l’issue du tronc. Je viens d’effectuer déjà deux semaines chez Citroën dans ce domaine. Là pas de pédagogie de l’échec mais de l’initiation au geste, j’apprends à manier la lime bâtarde, à limer en large, en long, et en croisé, toujours attentif à utiliser la partie bombée afin de ne pas faire des tombées en haut des pièces. J’aurai 16 de moyenne à la sortie de cette session, la meilleure note possible. Un bon point pour l’orientation fraisage. Mon professeur Monsieur Le ny a effectué la croisière automobile Citroën en ses tendres années. J’ai bien accroché avec lui, un type plein de rigueur mais juste. Ensuite période menuiserie que je passe sans encombre mais sans enthousiasme.

Vauban est distant de 3 kilomètres de chez moi dans ces années où la marche ne nous fait pas peur. Le midi je mange dans une cantine bruyante où je suis confronté aux plus âgés et un fait divers ou un « grand » veut me piquer ma côte de porc ; je lui serre le poignet, il insiste, alors je remonte mon coude brusquement ce qui lui procure un saignement de la lèvre inférieure. Il est surpris qu’un gosse de 14 ans résiste à un autre de 16 ans ! Ma réputation est faite, il ne faut pas me chatouiller ! J’écope du renvoi de la cantine, je marcherai donc 12 kilomètres par jour, mais j’y gagne sur la qualité de la nourriture.

Vient une période en tôlerie qui se passe très bien. J’apprends les tracés de développés, à souder par point, à former des tôles minces. En formation générale je survole grâce à mes acquis. J’ai de très bons résultats.

Pendant cette période est relancé le sport par l’ASSU. Le sport c’est mon « dada » plutôt hand que basket. Je m’inscris toutefois au basket pour rejoindre mon pote Guy qui lui y excelle. Une saison dans l’équipe de l’école ou de par ma taille je suis récupérateur sous le panier, dès que je prends le ballon je le balance en avant où mon pote Guy avec son bras roulé concrétise les points. Je suis heureux de jouer, mais le basket n’est pas mon truc. Monsieur Gergaud le surveillant général m’a repéré et m’a à la bonne cela va me servir !

Période moulage, bingo comme chez Citroën je suis confronté au moulage sablage. J’assure le minimum, nous coulons des poignées, des leviers en alu, j’ai bien fait de fuir Citroën, je me serai emmerdé toute ma vie !

Dernière du tronc : la forge. J’ai aimé travailler le fer rouge, changer sa forme, sa section, faire du rond, du carré, cintrer, souder aussi par fusion. Là comme partout nous sommes attifés d’un bleu de chauffe et d’un béret. C’est dans cette période que je vais friser la correctionnelle. Un copain de mon groupe avec qui je n’ai jamais eu d’atomes crochus et même quelques accrochages passe derrière moi pendant que je martèle le fer rougi sur l’enclume, il m’arrache mon béret et le jette dans la forge. Révolté par un tel acte je me jette sur l’agresseur et le projette dans la forge, attisée par la ventilation sa montre tombe dans la foyer. Il faudra plusieurs copains et le prof pour me faire lâcher l’indélicat. En plus de sa montre il est brûlé au bras et son bleu de travail est cramé ! Je reviens au calme mais l’affaire est grave. C’est l’exclusion assurée, adieu fraisage.

Heureusement un autre prof a vu toute la scène et vient témoigner que je suis le premier agressé. En conseil de discipline devant monsieur Gergaud il explique l’affaire. Comme je suis bon élève et que monsieur Gergaud me connaît bien je n’écope que de trois jours d’exclusion ainsi que mon agresseur. Je sais maintenant que confronté à un évènement abject ou insultant je suis capable de tuer. Je pense d’ailleurs ne pas être le seul dans ce cas.

Cet incident sera déclencheur pour toute ma vie de mon opposition absolue à la peine de mort.

1958 fin du tronc commun. En fonction de notre convoitise et de nos résultats nous sommes orientés ver la formation professionnelle. Pour moi malgré mon écart à la forge ce sera le fraisage.

Pendant cette année 1958 je vais être confronté à des évènements divers.

13 Mai 1958 avec Marcel et ses copains CGT et communistes nous sommes allés porter la contradiction au Général de Gaulle place de la République. J’ai 15 ans mais je cours vite. Nous avons des pancartes contestataires fixées sur un gros manche en bois. Nous désirons nous faire entendre, nous sommes nombreux, les boulevards grouillent de monde. En face de nous la garde mobile avec ses boucliers et ses triques. La place de la République est à tout le monde, mais nous est interdite par des barrières, seuls ceux qui ont un laisser passer sont filtrés pour entrer et écouter le général. Nous aussi nous voulons être entendu. La garde mobile s’agite et se met à nous charger lentement d’abord, puis au pas de course. Marcel me dit « il faut se tirer « Nous cavalons, je me retourne, ils arrivent, je croise à ce moment là un vieux monsieur qui vient visiblement de faire ses courses, il tient à la main un sac à provisions fait de petits morceaux de cuir boutés et cousus, son pain dépasse du sac. La horde policière arrive sur lui, je vois tout, il est couché d’un coup de matraque. Nous sommes écoeurés avec Marcel et ses potes. Nous les insultons, ce type n’était qu’un habitant du quartier. Nous nous regroupons avec nos pancartes à gros manches. Les militaires s’arrêtent eux aussi, nous nous faisons face. Soudain des pots de fleurs tombent des étages sur les têtes casquées, cela tombe de partout. Braves parisiens ! Les flics refluent ; nous, nous rentrons chez nous. C’était ma première manif, d’autres viendront !

A Vauban la sélection orientation est pyramidale, en haut les fraiseurs, puis les électriciens, viennent ensuite les tourneurs, les ajusteurs et puis les autres sections. Les élèves en difficultés d’apprentissage vont combler les sections déficitaires.

Ma section est nommé 1C3, nous sommes 12 apprentis fraiseurs et 12 tourneurs en ce qui concerne la formation générale et les activités sportives. Cette période fin 1950 et début 1960 est marquée sur la région parisienne par un climat d’insécurité : l a répression anti-maghrébine et la lutte sanglante que se livre les deux mouvements de libération Algérienne le MNA et le FLN.

Les commissariats sont barricadés avec des sacs de sable. Les ponts sont sous surveillance armée, la police à peur et beaucoup ont la gâchette facile. Ainsi un bon copain du nom de Léger qui faisait le tronc commun dans mon groupe va en faire les frais ! A Argenteuil où il habite un soir avec ses potes en rentrant du ciné ils s’amusent à sauter les poubelles sur les trottoirs, les flics les interpellent, les mômes se cavalent, un flic tire, notre copain est abattu d’une balle dans le dos.

A cette nouvelle Gergaud réunira tout le collège et nous observerons une minute de silence en mémoire de ce si brave copain si plein de vie. A cette époque la cellule psychologique reste à inventer !

Je vais être confronté à cette périodes de violences un soir d’hiver (entre 18H30 et 19H) passant avec des copains vers le passage à niveau derrière la gare des Vallées se tient un café arabe, nous parvenons à sa hauteur sur le trottoir opposé, longeant les barrières bétonnées et ajourées SNCF hautes de 90 cm à 1M et surplombant la voie ferrée 5 à 6 mètres plus bas. Soudain une traction avant s’arrête devant l’établissement et immédiatement c’est la pétarade. Sans se consulter avec un réflexe de survie nous sautons les barrières et nous couchons accrochés au versant herbeux. Des vitres tombent, ça crie, nous sommes transis de peur. La voiture redémarre, cela n’a pas duré une minute ! Nous avons vraiment la pétoche, les jambes tremblent, nous restons ainsi peut-être plusieurs minutes, puis nous repassons les barrières plus loin après avoir rampé. Nous ne nous parlons pas, nous franchissons le passage à niveau ouvert et nous entendons la sirène du car de police de Bois-Colombes qui se rend sur les lieux. Plus loin nous convenons de ne pas en parler aux parents qui nous empêcheraient de sortir la nuit tombée. Il s’agit d’un règlement de compte entre les deux mouvements Algériens.

Pour moi cette année 1958 celle de mes 15 ans est marquante en évènements multiples. La Coupe du Monde de Foot en Suède. Avec trois salaires à la maison nous avons déjà la télé. Une petite télé de 43 cm de diagonale en noir et blanc bien sûr !Je vais voir Kopa, Fontaine, Piantoni et leurs équipes : en demi-finale contre le Brésil je découvre le jeune Pelé, nous perdons le match en jouant à 10 contre 11 après la blessure du capitaine Joncquet. Dans ces années là il n’y à pas de remplacement de joueur. Nous obtenons la troisième place en battant l’Allemagne dans la petite finale. J’ai eu la chance de voir tout cela en direct à la maison.

Je retrouve l’usine d’amortisseurs en Juillet pour participer au fonctionnement familial. Le produit de ma paye m’est bien sûr intégralement confisqué. Certains de mes potes font aussi des petits boulots, Guy ramasse les tickets voyageurs à la sortie du quai à la Gare Saint-Lazare. D’autres jouent dans la cour de la cité. Peu de fille se montre, elles sont gardées dans les appartements à l’écart des petits voyous que nous sommes.

Des moments de bonheur, le ciel est bleu sur nos vacances près de Cannes à Mouans Sartou mais les nuages sombres arrivent.

En septembre rentrée à Vauban avec l’équipement complet bleus et bérets, tenue de sport, classeur, cahiers plus le pied à coulisse. Ce dernier coûte très cher, je suis équipé d’un vieux Roch suisse au 50 ième appartenant à Marcel, mais l’instrument est fiable pour travailler à 5/100 de mm. Le plus gênant c’est le matériel de dessin, la planche, le té, l’équerre, les règles plates graduées, les compas tout cela protégés dans un carton que je coince sous mon bras et que je ne peux maintenir qu’avec mes dernières phalanges bras tendu, c’est dire si c’est mal commode ; 2 séances par semaine avec 12 kilomètres et c’est l’horreur quand il pleut.

Notre prof de fraisage se nomme Chamberlain, nous le surnommons « parapluie »... normal non ? Bon prof, patient, exigeant, juste. 2 ans avec lui ça ira. Le parc machine est divers, varié ; à part une toutes les fraiseuses sont universelles (têtes inclinables gauche/droite et avant/arrière) de marque divers : une Rouchaud, deux Alcera, trois Dufour, quatre Gambin, une Cincinatti, et deux Somua.

Nous allons passer alternativement sur tous ces types de fraiseuses. L’atelier est très grand. D’autres fraiseuses, des dizaines de tours, quelques rectifieuses et un enclos réservé au magasin général et à l’affûtage des outils et des fraises. Nous avons reçu chacun cinq jetons en alu numérotés pour retirer des magasins nos outillages nécessaires à l’usinage des pièces qui servent à notre formation. Nous travaillerons souvent de la fonte, matière dure, friable et carbonée, ce qui nous rend les mains noires comme les mineurs. Avec Guy nous sommes les meneurs du groupe, nous avons de l’ascendance sur les autres qui sont plutôt introvertis. Notre apprentissage va se dérouler sans encombre.

A la rentrée de Septembre, Marinette, ma mère est convoquée comme chaque année avec ses collègues à la Médecine du Travail afin de passer la radioscopie du thorax. Le médecin diagnostique un foyer infectieux aux poumons. Radiographie à l’hôpital, puis hospitalisation en urgence à l’hôpital Foch de Suresnes. Elle va y rester 8 mois pour ensuite partir dans un sanatorium au Plateau d’Assy en Savoie où elle va rester de longs mois. C’est la catastrophe familiale, d’abord financière, la smala est endettée (meubles télé équipements divers car nous avons aussi une machine à laver) Le salaire de ma mère est de loin le plus conséquent. A cette époque la mensualisation reste une utopie et il va falloir se contenter des indemnités journalières de la Sécurité Sociale. Rendre visite à ma mère régulièrement cause des frais, heureusement que nous ne payons pas le train.

Je vais être obligé d’aller faire des heures d’attente dans la cabane en bois servant de siège à la Sécu dans la cour de la Mairie de La Garenne-Colombes pour percevoir avec procuration les indemnités journalières de ma mère. Pour les rapports humains, ma mère régulait quelque peu mes relations avec Marcel, son absence va libérer ses instincts brutaux, surtout le soir après son boulot et ses trois ou quatre litrons de rouge ingurgités dans la journée !

A l’usine d’amortisseurs un collègue de ma mère, tient un camion de distribution de presse le dimanche devant la gare de la Garenne. Son fils avec un vélo, la roue avant surbaissée pour laisser place à un grand porte bagages fait la tournée de la sortie des cinémas Garennois à la fin de la séance en soirée. Un circuit de plusieurs kilomètres avec en apothéose un dépôt au tabac perché en haut de la côte du cimetière. C’est lourd 200 « canards » posés sur la roue avant, il faut du mollet, d’autant qu’il n’y a pas de dérailleur. La roue arrière étant équipée juste d’un frein moyeux. Le plus dur c’est quand il pleut, il faut protéger le papier. Le patron me propose de remplacer son fils partant pour l’Algérie. Il me donne cinq francs par journal vendu, le journal coûte à la vente si j’ai bonne mémoire 50 F. En plus il y a des clients individuels où je jette le journal dans la boîte à lettre, ils règlent au mois. J’accepte bien entendu la proposition. Un motard avec side-car doit me livrer les 200 exemplaires devant chez moi à 19 H précises. La première tournée avec le fils du patron me paraît sympa, il fait beau en ce mois d’Octobre 1958. Il s’est renseigné le matin de l’heure de sortie des cinoches. Trois sont à assurer : le Voltaire, le Palace et le Casino. La marge de temps est faible, une demi heure à peine, il ne faut pas chômer. Quand la foule gicle par les portes je crie sous ma casquette de presse « La dernière, demander la dernière ! » J’ai un genre de tablier ou j’encaisse la monnaie et les billets. Les clients ont l’habitude ils font la queue pour avoir les

dernières nouvelles. Après le Voltaire, vite au Palace, là même scénario, je crie, je distribue, j’encaisse. Et vite au Casino là encore une bonne moisson. Ensuite il est presque 20 H je monte au tabac du cimetière et je compte le nombre d’exemplaire restant que je laisse au bistrotier. Le patron passe vers 23 H à la fermeture pour encaisser la vente. Les invendus s’appellent des « bouillons « Je ne perçois rien sur la vente du tabac du cimetière, cela fait partie du boulot. Ensuite je redescends à la camionnette du patron et nous faisons les comptes.

Ce premier soir le fils du patron m’abandonne sa gratte ! Pour 1H30 de boulot j’ai du gagner pour ce coup d’essai entre 500 et 600 F c’est considérable, un ouvrier doit être payé à cette période 200 F de l’heure. Rentré à la maison je pense m’être fait un peu d’argent de poche. Que nenni, le Marcel m’attend et me déleste du pognon en guise de participation au ménage.

Déçu je gamberge : vais-je trimer comme un fou tous les dimanches pour des guignes !

Je réfléchis ! Les sept ou huit clients réglant au mois me doivent leurs achats c’est donc là que je peux faire une partie de ma gratte, car moi je suis à jour envers le patron.

Je pense que je peux améliorer la vente en criant les titres à la une, ce qui devrait attirer d’autres clients. J’ai donc une bonne marge de progression. Je me torture l’esprit pendant la semaine afin d’améliorer mon bénéfice (en 2013 nous dirions agrandir mes parts de marché !)

Pour garantir ma sécurité je décide de donner un exemplaire gratis au poste de police situé face au cinéma le Palace. Je me fais pote avec les « hirondelles «  ! Il faut aussi se faire pote avec les responsables des cinémas afin de mieux caler les horaires chaque dimanche. Je leur donne un numéro gratuit que je règle. Ils ne seront d’ailleurs pas en reste avec moi, car ils me feront profiter du cinoche gratuit à la séance de l’après-midi. Je vais donc au cinéma chaque dimanche en fonction de mon intérêt pour le film projeté dans les salles. Au bout d’un mois j’ai notablement amélioré mon revenu, je passe à 1100 voir 1200 F par dimanche. Le Marcel il est malin, mais moi aussi.

Avant de poser mon vélo au garage j’ai trouvé une planque dans le calfeutrage des tuyaux de chauffage de l’immeuble et bien sur je fais fluctuer à chaque fois ce qu’il me reste à lui remettre entre 600 et 700 F. J’ai trouvé une bonne combine pour acheter mes cigarettes P4. Cependant quand il pleut quelle galère ! Je vais faire ce boulot jusqu’au retour de ma mère. C’est l’âge d’or de la presse papier, cela a bien changé !

Avec cet argent, je vais aussi avec mon copain Guy m’inscrire au club de boxe de la SNCASO (usine d’aviation). Le prof nous initie à frapper dans des sacs de cuir remplis de sable. Directs, crochets, uppercuts et swings font partie de notre bagage technique initiatique. Saut à la corde (il s’agit d’une lanière de cuir) et combat mimé devant une glace. Quelques rounds sur le ring servent d’application avec casque de protection. Nous avons dans le club le champion de France professionnel Maurice Mols. Comme beaucoup de poids lourds il est un peu ventripotent et rondouillard. Il doit bientôt remettre son titre en jeu et bien sûr perdre du poids, et retrouver la condition physique. Nous nous succédons sur le ring pour lui redonner du fond. Il doit retenir ses coups, l’objectif c’est le regain de forme. Nous faisons un round (3 minutes) à tour de rôle. Moi je pèse 60 K, je suis classé super léger ; quand vient mon tour je me déplace autour de lui, je virevolte, ma garde haute pour me protéger. Au bout de deux minutes il est en nage suite aux sparings partner précédents. Il lâche un direct pan dans mes gants, mais son quintal au bout du poing est largement suffisant pour m’étendre, pour le compte je suis ko. Le professeur l’engueule. J’ai du mal à retrouver ma lucidité. Plus jamais je ne retournai à la salle de boxe. Je ne serai jamais champion du monde !

En 1959 dernière année à Vauban la formation fraisage suit son cours. Nous avons un nouveau prof de gym monsieur Hallaire, énorme, 1,95 cm, au moins 100 kg. Il joue au rugby, seconde ligne au PUC en première division et sera même sélectionné en équipe de France. Bien sûr il veut nous initier au ballon ovale, mais à ce moment là Guy et moi nous évoluons dans l’équipe de Hand Ball de l’école. A bientôt 17 ans je suis déjà étoffé 1m75 et près de 70 kg. Il nous remarque et essaie de nous attirer vers son sport lors d’une séance de gym. Il divise notre section en deux et se mets dans l’équipe des plus faiblards. Il faut se passer la balle en arrière, mouvement technique pas facile à acquérir pour les handballeurs que nous sommes. Mais malins comme des singes nous parvenons à passer l’adversaire et marquer l’essai à 3 points. Un peu vexé avec sa bande de bras cassés, il prend le ballon sous le bras arrive sur Guy et d’un coup de main sur le front de mon pote, il le fait décoller de terre. Guy se retrouve les quatre fers en l’air sur l’aire de jeu caillouteuse. Il arrive sur moi tel Obélix sur le romain, il va me pulvériser ; d’autant qu’il est maintenant lancé. A son passage je me penche sur le côté et je lui lance un grand coup de pied au dessous du genoux, il s’étale lourdement de tout son long, écorché de partout et les deux genoux amochés. Il se relève furieux, m’agrippe, pose ses mains sur mes deux épaules et me soulève de terre, me triture les trapèzes en me disant « Courbot je vais te tuer » Misère je ne peux plus bouger la tête pendant huit jours.

Le vendredi matin à la piscine de la Jonquière, en maillot de bain, tête encore rigidifiée je constate que je l’ai bien arrangé, ses genoux sont tuméfiés, il ne pourra pas jouer avec son équipe pendant 2 semaines. Trois ans plus tard je le retrouve en bas de chez moi en tenue militaire du bataillon de Joinville, il va au stade de Colombes assisté à un match de l’équipe de France. Il y a 5 bornes au moins à se taper, les jours de match les transports en commun sont inaccessibles, je lui propose de l’accompagner avec mon scooter. Quand il grimpe sur la selle biplace. Le Lambretta gémit, s’écrase, nous roulons au ras du sol, suspensions comprimées à fond. Le pauvre Lambretta, cela le change de la légère Josy, il peine, il souffre. Nous assistons au match ensemble, il sait maintenant qu’il m’a convaincu car je suis rugbyman comme lui, et je sais aussi que l’on ne fait pas de croche patte de ce type dans notre noble sport.

Début 1960 Marinette revient à la maison. En petite forme elle reprend le boulot à mi-temps au printemps. Déçue par le peu de contact et soutien de ses camarades communistes pendant sa longue maladie elle se met en retrait de ses activités militantes. Marcel est ravi, les finances vont s’améliorer. Je dois passer le CAP au mois de mai. Je sais que je peux maintenant manœuvrer correctement une fraiseuse. Je peux réaliser des pièces assez compliquées mais je suis très conscient d’être un débutant et qu’il me faudra du temps et de l’expérience pour devenir un compagnon accompli. Ma petite expérience de métallo m’a démontré que certains professionnels n’y parviennent jamais.

Le jour du CAP, passé bien sûr dans un autre établissement de Paris intra muros, je suis victime d’une entourloupe : la tête de ma fraiseuse est inclinée d’un demi degré, ce qui est un piège. Je ne connais pas ce type de machine Sagem. Mais à la première opération sur une pièce en fonte je vois le dégât. Je le signale au surveillant d’examen qui est le prof titulaire du lieu. Il vient constater et me dit que la machine a été mal préparée. Cela n’a pourtant aucune incidence sur la suite de la réalisation de l’ensemble mécanique à réaliser.

Après cet avatar je poursuis l’usinage des différentes pièces. Nous avons 12 heures pour produire l’examen demandé. Donc tout le vendredi et le samedi matin. Le vendredi soir je suis très en avance sur les copains les plus lents du groupe. Demain matin l’affaire sera terminée, il ne me restera que l’assemblage de la composition mécanique. A 9h30 j’ai terminé mon boulot, cela me paraît réussi, pas de jeu dans les pièces coulissantes, pas de cotes bouffées. Tout est parfait. Je vais remettre mon ouvrage à l’examinateur. Chaque pièce est cachetée à la cire pour la confidentialité. Il me dit « c’est du bon boulot ! Tu n’auras pas de problème « Il me reste deux heures à tuer pour attendre mes potes. Sympa je nettoie la machine. Un copain est lui très en retard. Toujours prêt à rendre service je propose de lui réaliser une pièce. Je me remets au travail sur ma bécane. L’examinateur me voit, vient me trouver et me demande ce que je fais, je lui réponds que j’aide un copain qui n’a pas terminé. Sans rien me dire il regagne sa place.

Huit jours plus tard j’apprends que ma réalisation a été jetée à la poubelle sans correction pour tricherie ! J’en ai gros sur la patate car le pote que j’ai aidé à obtenu lui le CAP.

Monsieur Chamberlain et le directeur déposeront réclamation surtout après l’entourloupe du dérèglement de la fraiseuse. Chaque établissement est repéré en fonction du résultat au CAP.

Descendre un lycée de bonne réputation comme Vauban arrange sans doute certains autres.

Le directeur de Vauban connaissant ma situation familiale me donne une lettre pour ma mère. Il propose que je poursuive mes études malgré ce déboire pour un CAP de dessin et le B.E.I. Notre situation financière est désastreuse suite à la maladie de ma mère. Je veux gagner ma croûte, être autonome le plus vite possible. Je décide donc d’arrêter l’école et de trouver du travail.


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