C’est décidé, je serai fraiseur

mardi 18 septembre 2018.
 

Georges Courbot "Je suis né dans le socialisme" . Prologue de son récit autobiographique : La pierre

Chez mes grands parents : Cyprien le rouge et Catherine la tsigane. Première partie de La pierre ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier)

Enfance et école à La Garenne Colombes : Deuxième partie de LA PIERRE ( autobiographie de Georges Courbot, militant ouvrier)

C’est décidé, je serai fraiseur. Troisième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : La pierre ci-dessous

Chez Citroën. Quatrième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : La pierre

Au lycée Vauban pendant la guerre d’Algérie. Cinquième partie du récit autobiographique de Georges Courbot : La pierre

En attendant, puisque j’ ai quatorze ans passés, je vais travailler comme stagiaire dans l ’usine de fabrication d’amortisseurs de voiture ou travaillent déjà ma mère et Josette. C’est ma mère qui a arrangé le coup.

Je commence un lundi matin. Il est sept heures moins le quart nous venons en tenue de chez nous c’ est très proche, trois cent mètres à peine. Je suis affublé d’une cote de bleu toute neuve et raide. Je ne me sens pas à l’aise, tiré vers le haut par les bretelles ; c’est l’été, je porte une chemisette à manches courtes.

Les ouvriers se rendent souvent au travail en tenue. On peut reconnaître leur emploi à leur tenue : le blanc pour les peintres, le chiné bleu et blanc pour les boulangers charcutiers bouchers ... le bleu de chauffe pour les métallos et le noir pour les imprimeurs, les charbonniers. Il s’ agit d’une tenue complète veste et pantalon ; cette vieille habitude ouvrière disparaitra peu à peu avec ma génération. La blouse est réservée aux chefs( les petits chefs d équipe et contremaitres). Les grands chefs sont en tenue de ville et les très grands chefs en costume cravate ; naviguent entre les deux les employés de bureau parfois aussi en blouse. Il y a une grande distance entre ceux de l’ atelier et ceux des bureaux, pas toujours forcément en salaire mais en statut social. D’abord, ils n ’ont pas les mêmes horaires 40H par semaine ; la pénibilité est moins grande et ils sont plus près des décideurs donc se sentent plus de ce coté là. J ai toujours connu le clivage entre ces deux mondes.

J’ entre avec ma mère dans un grand bâtiment large d’au moins quarante mètres et profond d’au moins le double, très haut de plafond. Nous sommes à l’entrée, à droite, un bureau vitré sans lumière. A gauche un mur en partie caché par plein de petits cartons avec des noms dessus. Ils sont bien alignés autour d’une machine avec une pendule et une poignée. A droite de la pendule des encoches vides ou les petits cartons viendront se loger quand les gens auront POINTE car il s agit bien de cela : les ouvriers marquent leur entrée et leur sortie deux fois par jour.

Ceux des bureaux ne pointent pas et ils ont un salaire mensuel. Ce fait à lui tout seul justifie la lutte des classes.

Mon carton de pointage est dejà prêt ; ma mère me montre comment appuyer sur la manette ; ça y est, à partir de 7H je suis payé !!! ma mère me montre le bureau derrière nous : c est le bureau d’ un grand chef : le chef d ’atelier et de la production. Il commande les hommes et les chefs : il arrive le matin à huit heures.

Je n’ ai pas droit à une période d’échauffement ; je démarre dans les horaires plein pot

7H Au travail

12H repas

13H reprise

19H fin des hostilités

avec en prime le samedi matin çà fait 11 heures par jour multiplié par cinq jours plus cinq heures le samedi matin ça fait soixante heures pile poil comme dit Chirac. Et on peut encore monter en puissance en mangeant en une demie heure et en bossant le samedi toute la journée.

C est la bonne période ; tout le monde veut une bagnole ; il y a quatre amortisseurs par caisse et en plus le renouvellement. EN AVANT LES TRENTE GLORIEUSES, JE POURRAI DIRE : J ’EN ETAIS !!!!!

Une blouse blanche vient me chercher ; il est grand, les cheveux blancs, il a l’ air très gentil : "viens gamin je vais te donner du travail" j’ avais rien demandé mais je l’ ai suivi. L’atelier comporte une grande allée centrale pour le cheminement des hommes et des FENWICK avec à sa droite toute la fabrication des différentes pièces composant un amortisseur. A gauche le montage avec des presses hydrauliques et toutes sortes de petites machines fonctionnant à l’ air comprimé. Soudain un coup de klaxon : tout se met en route... les machines-outils, les presses, les bruits stridents des machines à air. Je mets mes mains sur les oreilles ; mon chef sourit "tu t’ habitueras" me crie t-il. Il me fait assoir sur un tabouret en bois à vis. Il me montre : je dois passer un fil de fer de corde à piano dans un rainure jusqu’en butée puis actionner le levier d’ une cisaille qui coupe le fil à dimension. Je fais des séries de cent fils de fer à 420mm et à 383mm pour comprimer des amortisseurs pour PANHARD. Je ne sais plus si les 420 ou les 383 correspondent aux amortisseurs avant ou arrière ; j ai une bonne mémoire mais faut pas exagérer. J ’enfile le fil dans la rainure, le mène en butée, abaisse le levier et clac le fil est coupé et ainsi de suite pendant des heures. Après 1968 des étudiants iront travailler à la chaîne et dénonceront ce travail répétitif. Ils iront s "établir" et bien moi je suis bien dans ce boulot ; mes bras travaillent et j’’ arrive à m ’automatiser. Pendant que je produis, je pense à mes potes, à plein de choses agréables, je ne souffre pas de la répétition des gestes. Le soir, bien après onze heures de gymnastique des bras, j’ ai surtout mal aux fesses et aux jambes d ’être assis.

Au bout d’un moment je lève la tête et tout en faisant mon boulot je regarde les autres qui s’ activent aussi. Je constate qu’ il y a énormément de femmes, des âgées, des femmes mûres, des jeunes et même d ’autres qui sont un peu plus âgées que moi. Dans leurs blouses elles semblent sans forme ; malgré cela j’ en trouve certaines jolies. Surtout cette fille brune et mate de peau qui travaille de l’ autre cote de l’ allée à percer des embouts d’amortisseur en alu. Elle a dû sentir mon regard, pose ses yeux sur moi et esquisse un sourire ; vite je baisse la tête... une chaleur me monte aux joues, je dois être rouge de honte. Je poursuis mon boulot en évitant de regarder dans son coin.

Au centre de l’ atelier, en hauteur, trône une grosse pendule ; à midi, de nouveau le klaxon retentit. Tout s ’arrête soudain, on entend le silence. Pour peu de temps car les gens discutent ; les femmes avec leur voix plus hautes dominent. C ’est dans un brouhaha que je suis tout le monde aux lavabos pour me laver les mains .Ma mère m ’attrape au passage ; ses collègues lui demandent "c est ton fiston Marinette". "Qu’ il est mignon on le croquerait" ; de nouveau cette saloperie de rougeur qui m’ envahit, me trahit. Surtout que le petite brunette est présente. J’ entends les autres l’appeler MALIKA. Pour éviter cette gêne incontrôlable, j’ arrive à mon poste de travail dix minutes avant les autres et je pars quand tout le monde a fini de se laver les mains sinon j’ ai droit aux quolibets et à des invites non déguisées ; elle se jouent de ma faiblesse, les... Deux ans plus tard, il ne faudra plus me provoquer, les occasions ne manqueront pas ; il y a plus de 150 femmes dans l’atelier.

Le midi nous rentrons manger à la maison, beaucoup font de même ; les autres apportent une gamelle à plusieurs étages qu’ ils déposent le matin dans un grand bac collectif qui sert de bain-marie. Ainsi, ils peuvent manger chaud dans un réduit qui sert de réfectoire.

A 13H je suis déjà devant mon poste de travail depuis dix minutes ; le chef est déjà là, assis devant un vieux bureau en bois ; il doit faire les états de production ? Il vient me voir et me demande ce que je veux faire plus tard ; je lui réponds qu’à la rentrée je rentre au lycée technique. "Tu aimes donc la mécanique" ; la grimace que je lui renvoie lui fait comprendre mon incertitude. "Tu travailles vite et bien ; cet après midi si je trouve un moment je te ferai visiter tout l ’atelier" ; je le remercie. Il me montre que maintenant, les fils coupés doivent être coudés à chaque extrémité afin de servir d’ attache à l’ amortisseur pour le comprimer : les deux coudes doivent être bien en face l’ un de l’autre pour tenir l’amortisseur. Il me fait la démonstration ; je fais un essai devant lui. En avant, je suis parti jusqu’à 19H.

Cintrer les fils c’ est beaucoup plus long que les couper et en plus il y a deux opérations sur chaque fil. Au bout d ’une heure je suis devenu le champion du fil. J’apprendrai une semaine plus tard que je suis plus de deux fois plus productif que l’ ouvrière réalisant ce travail de cintrage habituellement. Ceci ne me réjouit pas du tout ayant conscience d’avoir cassé la cadence habituelle : je suis devenu un stakhanoviste .....

Vers 17H le chef mr CALVET (j’ ai appris son nom crié par l’ ouvrière qui est en face de moi ; dans l’ usine pour communiquer, il faut crier j’ai gardé cette habitude qui me sera utile quand je serai formateur mais qui n’ est plus de mise aujourd’hui pardon pour vos oreilles) vient me chercher pour me faire visiter l’atelier. Nous commençons par le côté droit de l’allée centrale : LA FABRICATION. Au début, deux machines qui par compression hydraulique réalisent le filetage des tiges d’amortisseur. Ces tiges sont en acier dur chromées (acier MARTIN pour les puristes), deux femmes aux commandes ; ensuite une batterie de petits tours réalisant les pistons, les diaphragmes et autres pièces cylindriques composant le produit : toujours des femmes... deux ou trois fois j’ai dû piquer un fard sous leur regard.

Après les rectifieuses grosses machines ou les tiges passent entre deux meules pour obtenir la précision du diamètre et un état de surface parfait, là deux hommes crient leurs explications. Je ne comprends rien... je n’ai pas encore appris l’espagnol. Mr Calvet complète. Puis vient une batterie de perceuses ; rien que des femmes et MALIKA. Elle perce les embouts d ’amortisseur en alu ; c’ est dans le trou qu’elle a percé que vient se loger le crochet du fil de fer que j ai coupé et cintré (marrant non...?) ; c’ est MrCALVET qui m’explique cela. J’observe l’ ouvrière ; elle est magnifique, on dirait AVA GARDNER. Hélas, elle a au moins 20 ans ; devant ses grands cheveux noirs coulant sur sa blouse, je me sens tout emprunté .

Mr CALVET me sauve ; nous avançons ; plus loin une rangée de tours de décolletage. Je remarque la mixité. J’ apprendrai bien après que les hommes sur ces postes gagnent dix pour cent de plus que les femmes alors que ces dernières produisent vingt pour cent en plus. Je n’ ai bien sûr pas trouvé cela normal. M’en étant ouvert à Mr JOLIVET, le chef de la fabrication, ce dernier m’ a expliqué que le salaire des femmes était un salaire d’appoint..... QUE VIENT FAIRE LE MOT EGALITE SUR LE FRONTON DES MAIRIES ? Je ne lui ai pas dit comme ça mais presque quelques années plus tard lors d’une revendication sur les salaires. Il m’a répondu alors : "CE N’EST PAS TOI QUI VA CHANGER LE MONDE".

Ensuite nous arrivons sur des tours plus compliqués LES BESCHLER. Dans ces machines on introduit des barres d ’acier de six mètres, la machine décolte, usine et coupe les tiges d’ amortisseurs ; elles sont automatiques, conduites par des hommes ; les barres sont poussées par des contre- poids qui plongent dans une fosse d’ un mètre carré c’est impressionnant.

Nous sommes arrivés au fond de l’atelier ; il y a contre le mur des établis d’ ajusteurs avec leurs étaux. Soudain, je reconnais un pote du foot : GEGENE ( il a quatre ans de plus que moi mais nous avons souvent joué ensemble, à la FSGT, on n’ est pas toujours regardant sur les catégories d’âge). Nous nous saluons. A côté se trouve une autre machine plus compliquée ; la machine travaille seule et un homme assis sur un tabouret la surveille. MR CALVET me dit " un fraiseur et sa fraiseuse ici, il y a trois ajusteurs un électricien deux tourneurs, un soudeur et un fraiseur il y a des P1, des P2 et trois P3 "’(un ajusteur ;un tourneur, et un fraiseur). J’ apprendrai par la suite que le fraiseur est le mieux payé. Ces ouvriers dépendent d’un service particulier : LES ESSAIS. Ils sont chargés de l’ entretien, de la réalisation de l’ outillage et de la recherche. Ils sont sous les ordres des ingénieurs et du patron en personne.

LA HIERARCHIE

Tous les salariés sont alignés sur la convention collective de l’UIMM(union industrielle métallurgie et minière) comme RENAULT et c’ est un bienfait. Grâce à notre puissante organisation syndicale et à nos combats nous obtiendrons bien avant les autres la quatrième semaine de congés et la retraite complémentaire ; pour ma modeste personne c’ est très loin ;mais déjà à quatorze ans je mesure les avancées.

Le salaire minimum de l’époque est nommé SMIG. Dans l’ entreprise, en bas de l’ échelle, on trouve les manoeuvres sur deux catégories : ceux qui balaient et ceux qui véhiculent les transpalettes.

Ensuite le gros du wagon les ouvriers spécialisés (O S)ils sont répartis sur trois échelons : OS1 .OS2.OS3. En premier, ceux qui effectuent un travail simple, ensuite ceux qui conduisent une machine, après ceux qui soit conduisent une machine plus compliquée ou dangereuse ou effectuent un travail de montage avec une difficulté. Après viennent les professionnels :P1 P2 P3.

Le salaire horaire va crescendo du manoeuvre au P3. A la fin de mon premier mois de travail je perçois (si je me souviens bien aux alentours de 30000 Francs). Je suis payé comme OS1 stagiaire. Les heures sont comptabilisées à la semaine je suis payé 120 Francs de l’heure pour les quarante premières heures, pour les huit suivantes jusqu’à la quarante huitième une majoration de vingt cinq pour cent et pour le surplus des heures de la semaine cinquante pour cent. On voit qu’à partir de la quarante neuvième heure je gagne 180 Francs par heure supplémentaire. Cela semble beaucoup d’argent mais en 1957 le général de GAULLE se morfond toujours à COLOMBEY et le nouveau FRANC ne viendra qu’après sa prise du pouvoir hélas.

Tous les 15 du mois le comptable descend dans l ’atelier et distribue à chacun une enveloppe en kraft contenant un acompte d’à peu près le montant net gagné dans ces 15 premiers jours. Le solde de la paye sera distribué le 5 du mois suivant avec le bulletin de salaire et réglé au centime près ; on entend dans les enveloppes tinter la cliquaille (en argot les pièces de monnaies). La distribution des payes se fait le plus près possible de la fin de la journée car bien sûr les gens s’ arrêtent de produire pour vérifier et compter leur salaire ce qui coupe la production. Les contestations se feront ainsi après le temps de travail ; il faut dire qu’elles sont rares, les cartons de pointage ne permettant pas les litiges ; seules les erreurs de calcul soit sur les heures soit sur les charges peuvent se produire.

ERRATUM .Les patrons à notre époque nous rabattent les oreilles que les charges sociales sont trop importantes. Or il ne s’agit pas de charges mais d’ assurances protégeant les patrons et leurs salariés (assurances accident, maladie, indemnités journalières, retraite, chômage et la caisse d’ allocation familiale véritable prime à la reproduction de la gente ouvrière)

On peut seulement qualifier de CHARGES : la CSG et encore ROCARD qui l’a mise en place en avait fait un impôt de répartition ; en effet les bas salaires étaient au contraire réhaussés c’ est EDITH CRESSON qui transformera cette juste mesure en impôt (ce qui amènera la démission du PARTI SOCIALISTE de JOSY ma femme)

Dernière vraie charge la RDS qui pèse sur les salaires les retraites les indemnités diverses alors qu’ il ne s’agit que de la faillite d’une banque le crédit lyonnais. Que sont devenus les responsables ? Les a-t-on sanctionnés sur leurs fonds personnels ou leur responsabilité pénale ? Comme le vante leur pub délirante : SI VOUS AVEZ BESOIN D’UNE BONNE BANQUE ? Il sont quand même gonflés ces gens là.

A chaque fois que j’entends parler de charges sociales je bondis. Ne me laissez pas seul, réagissez vous aussi. Il s’agit de notre équilibre social et du respect pour nos anciens qui ont lutté pour leur santé, leur dignité et leurs enfants ; REAGISSEZ.

Mr CALVET et moi continuons notre périple ; nous sommes revenus dans son aire de responsabilité et nous remontons par le fond de l’atelier. Un homme et une femme incrustent des tubes d’amortisseurs déjà peints du nom de l’entreprise et de la référence de l’appareil à l’ aide d’une machine . Ces tubes sont sortis d’ un container et déposés à nouveau dans un autre une fois gravés.

Ensuite, nous arrivons vers une série d’établis où des femmes garnissent des tiges d’amortisseurs avec des rondelles fines et rigides appelées clapets ; vient ensuite le piston alvéolé et de nouveau des clapets le tout fermé par un écrou poinçonné pour empêcher son dévissage. Terminé cela ressemble à une tulipe. Ces ensembles mécaniques sont amenés ensuite aux presses de montage.

Une équipe mixte est chargée de chaque presse de montage. L’homme debout place le tube sur la base d’une presse verticale ; la femme verse une pipette d’azote liquide ; vite l ’homme introduit le diaphragme avec son joint de caoutchouc ; un coup de presse et voila le tout au fond du tube ; ensuite il emplit d’huile à moitié le tube, introduit la tige tulipe et termine de remplir d’huile ; il place un premier circlips dans une gorge du tube, place le" bouchon" d’alu et le ferme par un dernier circlips . C’est fini, l’ amortisseur est monté. Vous avez compris ?

L’homme plonge maintenant l’appareil dans un seau d’eau et tout en montant un autre appareil, il jette un oeil pour vérifier si de petites bulles ne remontent pas du seau ; dans ce cas l’amortisseur est défectueux c’est un "fuyard". Toutes ces opérations s’effectuent en trois ,quatre minutes .Ces postes de travail sont de loin les plus pénibles ; les deux protagonistes sont aspergés d’huile rouge malodorante ; ils se protègent comme ils peuvent avec de vieux chiffons ; ils constituent le gratin des ouvriers spécialisés ils sont OS3.

Une fois assuré de son étanchéité l’ amortisseur va circuler sur la chaîne de montage. Il va être habillé d’un soufflet de protection ; ensuite vont venir les silentblocs(une coupelle un caoutchouc, une contre coupelle, une coupelle, un autre caoutchouc une contre coupelle ) tout cela bloqué par deux écrous ; ensuite sur une dernière presse compression de l’ engin et mise en place de mon fil de fer coudé. Vous savez maintenant tout des amortisseurs, de la fabrication au montage. Il reste encore à l’emballer ce qui sera fait dans une salle ou des femmes avec une dextérité qui laisse pantois forment des cartons prédécoupés pour y loger une paire d’amortisseurs avant ou arrière.Avez vous déjà plié un paquet poste ?Imaginez un double paquet poste.....

Je vais couper et couder mes fils de fer jusqu’à la fin du mois de juillet. L’usine ferme comme RENAULT pour les congés d’été ; nous reprendrons comme RENAULT dans trois semaines. La région parisienne est arrêtée, figée pendant cette période ; la métallurgie conditionne l’ activité de la capitale.

Je vais reprendre le boulot courant AOUT et je finirai juste avant la rentrée au lycée.

Quand nous reprenons en août, il fait une chaleur écrasante dans cet atelier ; les femmes travaillent en sous vêtements sous leurs blouses ; chacun cherche des combines pour moins souffrir de la torpeur ; l’azote liquide (moins 250 degrés) aide à refroidir les boissons. MALIKA a trouvé une solution en relevant le carter supérieur de sa perceuse. La rotation des poulies amène un filet d’ air qui fait voler ses cheveux attachés sur sa nuque ; je jette souvent mon regard sur elle. En relevant mes yeux vers elle, je la vois courbée sur son tabouret ; d’ autres femmes l ’entourent, on l’ accompagne pliée en deux jusqu à l’" infirmerie". J’ai vu du sang sur son visage, elle semble pleurer. J’apprends par la rumeur ce qui lui est arrivé : en se levant de son siège pour changer de place sa caisse de pièces terminées, ses cheveux se sont enroulés autour de la poulie et elle a été littéralement scalpée ; pauvre MALIKA, je ne la reverrai jamais. Elle doit avoir quitté l’entreprise après son arrêt de travail.

Tout de suite bien sûr, est affichée l’interdiction de relever les carters de perceuses.

Je suis allé voir le compagnon fraiseur très intéressé par ce métier qui rapporte plus que les autres, semble moins pénible et ouvre la considération des autres. L’homme est très ouvert, il m’explique ce qu’il fait, me montre sommairement le fonctionnement de sa machine, me met en garde contre ses dangers et m’avertit de la complexité du métier. Il faut plusieurs années d’ expérience et dans des entreprises différentes pour acquérir un bon niveau professionnel. Tout le monde n’y parvient pas faute de rencontrer les difficultés les plus diversifiées du métier de fraiseur. Et encore il y a des spécialités(le moule,l’ outillage etc.)...

C’est décidé je serai fraiseur j’ignore encore que cette décision va m’obliger à travailler plus que les autres au Lycée technique, cette option fraisage étant réservée aux huit meilleurs de la quatrième.


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