4 au 11 février 1945 Conférence de Yalta : Roosevelt Staline Churchill

vendredi 17 février 2017.
 

A) Comprendre la conférence de Yalta

A1) 9 et 10 octobre 1944 la rencontre Churchill Staline à Moscou

Depuis la bataille de Stalingrad, l’espoir de la victoire a changé de camp ; les armées nazies reculent lentement mais partout, en Europe et en Afrique. Durant l’été 1944, les armées russes écrasent le groupe d’armées allemand de Biélorussie, occupent la Prusse-Orientale, avancent jusqu’aux faubourgs de Varsovie ; fin août, débute l’offensive victorieuse qui libère la Roumanie et la Bulgarie du fascisme. En septembre, les partisans de Tito libèrent une grande partie du pays et entrent dans Belgrade sans aucune aide de l’Armée rouge.

Les 9 et 10 octobre 1944, la rencontre de Churchill et Staline à Moscou concrétise le rapport de forces né de la guerre menée, pour l’essentiel, par les seuls soviétiques ; aussi les concessions de Churchill sont importantes en ce qui concerne un plan de partage de l’Europe du Sud-Est en "zones d’influence" pour l’après-guerre.

En pleine négociation, Churchill griffonne en terme de pourcentage l’influence de chaque "camp" après guerre :

- 1) Roumanie : Russie 90%, les autres 10%,
- 2) Grèce : Grande-Bretagne (en accord avec les États-Unis) 90%, Russie 10%,
- 3) Yougoslavie : 50/50%,
- 4) Hongrie : 50/50%,
- 6) Bulgarie : Russie 75%, les autres 25%.

Signifiant son accord d’un trait de crayon bleu, Staline paraphe le document.

Cet accord de partage de l’Europe du Sud-Est va avoir une importance immédiate en Grèce où la Grande Bretagne soutient des forces auparavant pro-nazies afin d’écraser les Résistants du Parti Communiste. Celui-ci se voit obligé de signer un cessez-le-feu le 14 janvier 1944, prélude à son écrasement militaire.

A2) La conférence de Malte

D’octobre 1944 à février 1945, le rapport des forces évolue encore plus en faveur de l’URSS. De Budapest et de Varsovie, ses troupes sont à portée d’une chute de Berlin.

Le principal souci des Britanniques et Américains devient dès lors d’obtenir des garanties de Staline concernant une limitation de l’avancée de l’armée rouge et des garanties pour l’après-guerre.

Du 31 janvier au 3 février 1945 les Alliés se concertent à Malte pour présenter un front uni face à Staline et lui imposer le maximum de reculs.

A3) La conférence de Yalta : position de Staline pour l’URSS

Elle s’ouvre le 4 février 1945 dans la péninsule de Crimée qui a beaucoup souffert des combats. Des meubles sont apportés directement de Moscou. Des réparations urgentes sont opérées pour rendre accueillantes les 116 pièces du palais de Livadia, ancienne résidence du tsar Nicolas II. Ceci dit, les conditions de vie resteront sommaires, ne serait-ce qu’en raison d’un manque de sanitaires.

Quelles sont les préoccupations soviétiques à l’ouverture de la conférence ?

- la reconnaissance de la ligne Curzon (proposée en 1919 par le ministre britannique des affaires étrangères Lord George Curzon) comme frontière avec la Pologne (ligne du Boug plus moitié de la Galicie dont Lvov)

- la création d’une zone d’influence dans les Etats voisins de l’URSS, notamment en Pologne, pour protéger cette frontière

- l’obligation pour l’Allemagne de payer des réparations de guerre à l’URSS dont toute la partie européenne avait été ruinée, dévastée par les armées nazies, de Léningrad à Odessa et de Stalingrad à Minsk

- la construction d’une paix internationale durable

A4) La conférence de Yalta : position de Churchill pour le Royaume-Uni

De 1918 à 1939, la préoccupation centrale de Londres et de Paris avait été, non de stopper la montée du fascisme mais de bloquer toute progression du socialisme et du communisme dans les pays voisins de l’URSS. Pour le maréchal Foch la frontière soviétique représentait une véritable ligne de front à tenir comme chaque tranchée de la Première guerre mondiale.

Ainsi, les armées françaises et britanniques étaient intervenues aux côtés des armées blanches dans la guerre civile russe.

Ainsi, les armées britanniques et françaises étaient intervenues militairement en Roumanie, en Bulgarie, en Yougoslavie, en Hongrie, en Pologne mettant parfois en place des régimes fascistes pour mieux contenir le mouvement ouvrier de ces Etats.

Ainsi, Londres et Paris avaient soutenu toute possibilité de régime économiquement libéral et politiquement autoritaire sinon fasciste dans la zone afin de créer un "cordon sanitaire" autour de l’URSS (en Finlande et dans les Etats baltes par exemple). Et voilà que maintenant Moscou voulait faire de cette Europe de l’Est un "cordon sanitaire" pour sa propre protection.

Les Britanniques ne pouvaient donc à Yalta accepter sans combat pied à pied les propositions de Staline. De plus, Churchill était depuis longtemps un homme politique proche de l’extrême droite, viscéralement anticommuniste. Enfin, Londres était très attaché à l’avenir de la Pologne (gouvernement en exil hébergé dans cette ville) et à celui des Balkans (particulièrement la Grèce), zone qui avait toujours préoccupé sa diplomatie, son armée (débarquement de Gallipoli pendant la Première guerre mondiale) et sa marine.

A5) La conférence de Yalta : position de Roosevelt pour les USA

Churchill a écrit dans ses Mémoires que Roosevelt avait trahi l’Occident libéral durant la Conférence laissant passer des demandes inacceptables de Staline sur les frontières des Etats d’Europe de l’Est (Pologne, Yougoslavie...), sur les îles japonaises...

Tous les historiens s’accordent sur le fait que Roosevelt était dans un état physique catastrophique durant la conférence qu’il présidait (Il décèdera d’ailleurs exactement deux mois plus tard) :

- paralysé des jambes à la suite d’une poliomyélite, il doit être porté par un garde du corps

- sa pression artérielle est prise à 30/17 durant la conférence d’où un manque de concentration, de la fatigue, des vertiges. Sur plusieurs questions importantes, il n’a pas la force de lire le dossier préparatoire...

De plus, il compte surtout sur les institutions internationales (ONU...) à mettre en place en commun accord avec le Royaume-Uni, la Chine (alors non communiste) et l’URSS pour conforter la suprématie économique, idéologique et politique des Etats-Unis.

A6) Remarques sur le bilan de Yalta

- > Yalta a surtout permis aux USA, au Royaume-Uni et à l’URSS de rester unis pour terminer la guerre face au 3ème Reich. Ceci dit, Churchill par exemple, est déjà plus préoccupé par le rapport de forces face à l’URSS que face à Hitler. Des dirigeants nazis négocient déjà avec Washington et Londres d’une paix séparée pour rassembler leurs forces face à l’armée rouge ou au moins préparer un après-guerre d’unité occidentale nécessitant une relance économique allemande.

- > Immédiatement après Yalta, Londres transmet à l’état-major soviétique de fausses informations sur les positions militaires allemandes. Heureusement, le Kremlin décèlera la manoeuvre qui aurait pu coûter très cher à ses soldats et retarder encore la fin de la guerre. Le problème pour Washington et Londres, c’est de retarder l’avancée russe afin d’arriver les premiers à Berlin ; ainsi, dès 1943, Roosevelt et Churchill s’étaient mis d’accord sur l’Opération Rankin consistant à s’emparer par des forces aéroportées de Berlin et des grandes villes allemandes.

- > Au-delà des sphères d’influence négociées à Yalta, Roosevelt veut instituer un système permanent de direction du monde entraînant si nécessaire des interventions militaires. Comme l’écrit le général de Gaulle après l’avoir rencontré "Dans sa pensée, un directoire à quatre, Amérique, Russie, Chine, Grande-Bretagne, règlera les problèmes de l’univers... mais à moins de livrer à la discrétion des trois autres la quasi-totalité de la Terre, une telle organisation devra, suivant lui, impliquer l’installation de la force américaine sur des bases réparties dans toutes les régions du monde, dont certaines seront choisies en territoire français. Quiconque tire aujourd’hui le bilan de l’OTAN et des institutions internationales peut constater que globalement elles n’ont pas contrarié les intérêts états-uniens, au contraire ; Roosevelt a donc peut-être joué plus finement qu’il n’y paraît.

- > Presque tous les articles du web, presque tous les manuels scolaires développent le point de vue d’un président américain ayant laissé Staline triomphant prendre le dessus lors des négociations de Yalta. Il est nécessaire de mettre un gros bémol sur cette affirmation. Le président des Etats-Unis peut être malade que son staff ne l’est pas. L’historien russe Valentin Faline (ex chef du département de politique étrangère du Comité Central du PCUS) a raison de noter que "La plupart des décisions adoptées à Yalta avaient à leur base les projets états-uniens. Et pas les nôtres..."

- > Je reste cependant surpris que L’Humanité (par exemple dans l’article ci-dessous en B) et L’Humanité Dimanche continuent dans leurs articles sur Yalta à affirmer qu’il n’y a pas eu partage du monde (au moins de l’Europe) en zones d’influence lors de la conférence de Yalta. L’ensemble de mon article essaie de démontrer le contraire.

Jacques Serieys

A3) Les suites de Yalta

25 avril/26 juin 1945. Conférence de San Francisco regroupant 51 États, 
à la suite de Yalta  : création 
de l’Organisation 
des Nations unies (ONU).

B) Ils croyaient la paix durable... loin du "partage du monde" (L’Humanité)

Contrairement à une idée convenue, la conférence de Yalta n’a pas été l’occasion d’un partage du monde entre les trois protagonistes  : Churchill, Roosevelt et Staline. Du 4 au 11 février 1945, le souci fut plutôt le maintien de la paix et de la «  grande alliance  » entre les trois pays.

Yalta Un mythe  : celui d’un «  partage du monde  » qu’auraient réalisé entre eux les chefs de la coalition antinazie, Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline, en février 1945.

Et une seule des entreprises mises en œuvre, à l’époque, par ces trois «  Grands  », comme on disait alors  : l’Organisation des Nations unies (ONU), son Conseil de sécurité et ses cinq membres permanents (1), dotés chacun d’un droit de veto.

Tout le reste, tout ce dont il avait été question dans le palais de Livadia, l’ancienne résidence du tsar Nicolas II, tout en marbre de Carrare blanc et en granite de Crimée, avec son grand jardin à la française, a sombré dans les fosses de l’Histoire. Mais le mythe a la peau dure, au point que Yalta est aujourd’hui un nom commun autant qu’un lieu commun. On parle d’un Yalta de ceci, d’un Yalta de cela dès qu’on parle de partage.

Et on tient pour acquis que les divisions du monde, surtout celles de l’Europe, jusqu’aux années 1980, ont résulté d’une «  entente  » ou, plutôt, d’une escroquerie dont les Occidentaux auraient été victimes de la part des Soviets. Tout cela sur fond d’un révisionnisme inquiétant dont on est près de toucher le fond, ces derniers jours, avec les déclarations insensées du premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, sur «  l’invasion  » de l’Allemagne et de l’Ukraine par l’Armée rouge ou celle du ministre polonais des Affaires étrangères, Grzegorz Schetyna, selon qui ce sont les Ukrainiens et non les Russes qui ont libéré le camp d’Auschwitz  ! Ce serait parfaitement ridicule, suprêmement idiot, si on ne réhabilitait pas les nazis dans les pays Baltes et en Ukraine  ; si l’Otan et les Américains n’entreprenaient pas de réinstaller autour de la Russie un «  cordon sanitaire  » du même genre que celui que Paris et Londres avaient tissé avant la Seconde Guerre mondiale, la provoquant, peut-être pas tout à fait, mais la facilitant pour sûr.

Roosevelt et Staline voulaient croire à la solidité de leur coalition

De quoi s’était-il agi entre les 4 et 11 février 1945 à Yalta  ? Principalement de l’après-guerre. De la paix. Du maintien de la «  grande alliance  » entre les trois pays qui allaient remporter la victoire. D’empêcher «  à tout jamais  » qu’une barbarie pareille à celle dont l’Allemagne nazie avait fait preuve ne se reproduise où que ce soit. De garantir la sécurité de tous et en premier lieu celle de l’Union soviétique dont les peuples avaient payé le plus lourd tribut  : plus de 22 millions de morts et une terre brûlée d’ouest en est jusqu’à Moscou.

Il n’y avait rien à partager. Il convenait de prendre acte des réalités militaires. Celles-ci étaient claires  : les tanks soviétiques étaient à moins de 100 kilomètres de Berlin  ; ceux des Alliés à 500 km. L’Armée rouge campait à Bucarest, Sofia, Varsovie  ; elle s’était jointe aux partisans de Tito pour libérer Belgrade  ; elle assiégeait Budapest. Et puisque l’on s’était déjà entendu là-dessus, l’Allemagne serait partagée en quatre zones d’occupation, l’est du pays revenant tout entier aux Soviétiques.

Certes, beaucoup de méfiance demeurait, surtout entre Staline et Churchill. Le second s’accrochait désespérément à la Pologne et à son gouvernement provisoire en exil à Londres. Question vitale pour le premier qui ne voulait plus d’un État fantoche de l’Ouest à sa frontière et exigeait la reconnaissance du gouvernement de gauche, à dominante communiste, qu’on appelait «  gouvernement de Lublin  » du nom de la première grande ville libérée de Pologne où il s’était, d’abord, installé.

Sauf Churchill, viscéralement anticommuniste, Roosevelt et Staline voulaient croire à la solidité de leur coalition. Le président américain promit aux Soviétiques une aide financière pour la reconstruction. Et Staline, dans un dernier toast, le soir du 11 février, fut d’avis que «  les difficultés commenceront après la guerre, lorsque des divergences d’intérêts risqueront de diviser les Alliés. Mais, dit-il, j’ai confiance que l’alliance actuelle résistera à cette épreuve…  » (2) Le 23 avril, deux mois et quelques jours après la fin de la conférence, Truman remplaçait Roosevelt décédé à la Maison-Blanche et jurait d’«  effacer Yalta  ».

(1) Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’URSS – aujourd’hui son héritière légale, la Fédération de Russie, et la Chine nationaliste de Taïwan (jusqu’en 1971), remplacée à partir de cette date 
par la République populaire.


(2) Edward Stettinius, secrétaire d’État américain à l’époque, dans Roosevelt and the Russians, Londres. Cité par Alexander Werth, la Russie en guerre, T. 2, Éditions Tallandier, collection « Texto », Paris 2010, page 488.

La déclaration finale de Yalta (extraits)

«  L’Allemagne nazie est condamnée à sa perte (…) Nous sommes inflexiblement résolus 
à anéantir le militarisme 
et le nazisme allemands 
et à faire en sorte que l’Allemagne ne puisse plus jamais troubler la paix mondiale (…) Il n’est pas dans notre intention d’anéantir le peuple allemand, mais les Allemands ne pourront espérer une existence convenable et une place dans le Conseil des nations unies qu’après l’extirpation du national-socialisme 
et du militarisme (…). » 
Le texte se concluait sur 
la «  résolution commune  » des Trois de «  maintenir 
et de renforcer dans la paix à venir l’unité de buts 
et d’action qui a rendu possible et certaine 
la victoire (…), obligation sacrée que nos gouvernements ont contractée vis-à-vis 
de nos peuples 
et du monde entier  ».

C) Février 1945, la conférence de Yalta : peur de la révolution et partage du monde (Lutte Ouvrière)

l y a soixante-dix ans, du 4 au 11 février 1945, le président américain Roo- sevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le dirigeant de l’URSS Staline se réunissaient à Yalta, en Crimée, alors que la fin de la guerre était proche, pour décider du sort de l’Europe. Ce ne fut qu’une des conférences qui jalonnèrent la guerre, après celle de Téhéran en novembre 1943, et avant celle de Potsdam en juillet 1945, sans compter les multiples rencontres bilatérales, ou tripartites, entre chefs d’État ou ministres. Mais Yalta allait rester le symbole d’un accord de partage du monde.

L’entente entre ces Alliés contre l’Allemagne était une collaboration non seulement pour gagner la guerre, mais aussi pour s’opposer à tout mouvement révolution- naire. Ils n’avaient pas oublié que de la Première Guerre mondiale était sortie une révolution qui, partie de la Russie en 1917, avait ébranlé le monde.

Alliés… contre le danger d’explosion révolutionnaire Les représentants de l’impérialisme, en la personne de Roosevelt et de Churchill, se méfiaient de Sta- line. Il était certes un dictateur, ce qui ne pouvait que les rassurer, à la tête d’un État gangrené par la bureaucratie dont il était le représentant. Mais cet État était issu d’une révolution ouvrière, celle d’octobre 1917. Et si les travailleurs russes n’avaient plus le pouvoir politique en URSS, l’économie, elle, restait collectivisée. De ce fait, les représentants américains et anglais de l’impérialisme n’auraient pas vu d’un mauvais œil que l’URSS soit vaincue par Hitler. Mais il n’en fut pas ainsi.

Roosevelt et Churchill durent donc collaborer avec un allié dont la fidélité ne leur paraissait pas assurée. En réalité, Staline était tout autant qu’eux décidé à éviter l’explosion d’une révolution en Europe. Celle-ci aurait pu secouer la classe ouvrière soviétique, lui donner l’envie et la force de renverser le régime bureau- cratique de Staline. Mais celui-ci n’en dut pas moins prouver aux Alliés impéria- listes sa volonté de maintenir l’ordre établi.

La crainte d’une révolution engendrée par la guerre, la misère et l’instabilité, conséquence de la destruction des appareils d’État, n’était pas seulement fondée sur le souvenir des révolutions passées, mais sur les événements révolutionnaires qui agitaient alors l’Italie et la Grèce.

Italie, Grèce, Allemagne, la peur de révoltes ouvrières En Italie, dès le début du mois de mars 1943, en plein conflit mondial, et alors que Mussolini était au pouvoir depuis vingt et un ans, une grève contre la vie chère, partie de l’usine Fiat de Turin, s’étendit aux autres villes industrielles, du nord jusqu’au sud du pays. Au total, 300 000 ouvriers firent grève contre les bas salaires, mais aussi et surtout parce qu’ils en avaient assez de la guerre et de la dictature. Cette vague de grèves allait contribuer à l’écroulement du régime de Mussolini, et réveiller l’espoir des opprimés.

Cette agitation, dans laquelle la classe ouvrière joua un rôle prépondérant, continua après le débarquement des troupes anglo-américaines en juillet 1943, après l’arrestation de Mussolini et la mise en place d’un nouveau régime qui ressemblait beaucoup à l’ancien.

Un an plus tard, en mars 1944, toute l’Italie du Nord connut de nouveau une vague de grèves qui toucha 1 200 000 travailleurs. Mais le dirigeant du Parti communiste italien, Togliatti, de retour d’URSS, assura les Alliés anglo-américains qu’ils n’avaient rien à craindre. Il déclara que le PCI, loin d’envisager une révo- lution, apportait son appui à « un gouvernement fort, capable d’organiser l’effort de guerre », et dans lequel il y avait, selon lui, « place pour tous ceux qui veulent se battre pour la liberté de l’Italie ».

Cela incluait entre autres le roi, compromis jusqu’à la moelle avec le fascis- me. Le 22 avril 1944, se constitua un gouvernement d’union nationale reconnais- sant l’autorité du roi, avec Togliatti comme vice-président ! Cette politique d’allian- ce dans des Fronts de résistance, allant des PC à des partis d’extrême droite et à des forces politiques qui s’étaient déjà compromises au pouvoir, fut appliquée partout.

En Grèce, comme en Italie, la population se révoltait contre la guerre et la misère. Mais le Parti communiste, qui avait organisé la résistance à l’occupation allemande, accepta de négocier avec les représentants de la dictature honnie de Metaxas et le roi, qui tous avaient fui en exil à Londres, et fit passer ses milices sous le commandement militaire anglais. Le 12 octobre 1944, les troupes alleman- des évacuaient Athènes, et trois jours plus tard, les troupes britanniques y fai- saient leur entrée. Début décembre, à l’occasion d’une manifestation à Athènes, Churchill donna pour consignes au commandement britannique de ne pas hésiter « à agir comme si vous vous trouviez dans une ville conquise où se développe une rébellion locale ». Le commandement britannique imposa la loi martiale et continua jusqu’au 5 janvier 1945 à réprimer la population qui se révoltait contre le retour de ces politiciens haïs.

Au travers des événements en Italie et en Grèce, les Alliés purent vérifier la loyauté de Staline et son soutien total à la mise au pas de la population. Mais le danger révolutionnaire n’était pas écarté pour autant. Plus encore que la Grèce et l’Italie, c’était la possibilité que les classes ouvrières allemande et japonaise réa- gissent qui inquiétait les dirigeants américains et anglais, et aussi Staline. Leur politique, initiée par les gouvernements américain et anglais dès 1941, fut de terroriser la population ouvrière, de la disperser, par des bombardements massifs et systématiques des grandes villes, comme ceux qui, à Dresde, rasèrent littéralement la ville, du 13 au 15 février 1945.

La même terreur fut appliquée contre la population au Japon. En 1945, cent villes furent bombardées et 8 à 10 millions de leurs habitants durent les fuir, avant même les bombes atomiques que les États-Unis allaient larguer sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945.

Le partage de l’Europe La conférence de Yalta se tint trois mois avant la fin de la guerre, mais les futurs vainqueurs discutaient depuis déjà longtemps des zones d’influence qui leur reviendraient. Ces marchandages, se basant sur les rapports de force militaires existant sur le terrain, n’étaient alors pas favorables aux Occi- dentaux. L’armée soviétique, qui avançait à grands pas en Europe de l’Est, n’était déjà qu’à une centaine de kilomètres de Berlin

C’est dans ce contexte que se discuta le sort qui serait fait à l’Allemagne, une fois celle-ci définitivement vaincue. Roosevelt, Churchill et Staline tombèrent vite d’accord pour imposer le démantèlement du pays. L’Allemagne fut divisée en trois zones d’occupation, anglaise au nord-ouest du pays, américaine au sud- ouest, soviétique à l’est, auxquelles s’ajouta une zone d’occupation française prélevée sur les zones occidentales. La capitale, Berlin, fut elle aussi divisée en quatre zones. C’est en fait toute l’Europe qui allait être divisée en une zone contrôlée par l’URSS à l’est, et une autre à l’ouest contrôlée principalement par les États-Unis.

Une fois le danger de révolution écarté avec certitude, l’entente entre les représentants de l’impérialisme et de la bureaucratie allait vite voler en éclats pour faire place à la guerre froide – froide seulement parce qu’elle ne dégénéra pas en guerre mondiale – opposant l’impérialisme américain à l’URSS.

L’alliance militaire entre les États impérialistes et l’URSS stalinienne pour vaincre les puissances de l’Axe se doubla ainsi d’un accord politique pour empê- cher, à la fin de la guerre, toute révolution ouvrière qui aurait pu renverser le sys- tème capitaliste. La fin de la boucherie impérialiste ne fut pas celle du système économique qui l’avait engendrée. Soixante-dix ans après, l’humanité entière paye très cher cette survie d’un ordre social qui ne cesse d’engendrer crises, guerres et massacres.

Aline RETESSE


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