Les médias en tant qu’appareil idéologique de combat

vendredi 13 juillet 2018.
 

Les médias en tant qu’appareil idéologique de combat.

1–Introduction Dans un article précédent, nous avons tenté de dresser un tableau général et relativement précis de l’ensemble des médias en prenant soin de distinguer la fonction d’information et la fonction d’action idéologique pour pérenniser la classe dominante en construisant, d’une manière continue, le consentement de la classe dominée à sa domination. Voir l’article : Pouvoir des médias : une réalité dont la nature profonde et complexe échappe au plus grand nombre. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Nous avons eu l’occasion dans un autre article d’étudier l’anatomie et le fonctionnement de ces deux classes. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

L’articulation de ces deux classes avec les partis politiques et l’appareil médiatique a fait l’objet d’un article intitulé : « Partis politiques et classes sociales : gauche élitaire et gauche populaire » http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Nous précisons ici la composition de ce que nous avons appelé appareil idéologique médiatique dont les acteurs ont été nommés agents de l’action idéologique (A A I). Répétons-le, tous les journalistes ne sont pas des AAI.

2– La composition de l’appareil idéologique médiatique : structure générale.

Il est composé de trois agrégats :

1) l’Église médiatique avec ses théologiens et ses prêtres ;

2) Les forces de l’ordre médiatique avec sa Police et son Armée médiatiques.

3) Les financeurs de l’Appareil médiatique.

Nous retrouvons ici à échelle réduite les trois puissances d’un État : la puissance économique, la puissance idéologique, la puissance de la force.

3–Structure détaillée de l’Appareil Idéologique Médiatique (AIM).

1) L’Église médiatique.

Rappelons brièvement que le libéralisme est le système idéologique légitimant le capitalisme et dont les principes n’ont aucune assise scientifique comme le montrent par exemple les ouvrages suivants : L’imposture économique de Steve Keen (éditions de l’Atelier http://www.editionsatelier.com/inde... ) ou La déconnomie de Jacques Généreux (éditions du Seuil). L’usage des mathématiques en économie, même si elle présente une certaine utilité pour formaliser certains concepts, ne peut suffire à valider la théorie néoclassique libérale. En réalité, l’économétrie donne l’illusion d’une certaine scientificité de ce système de croyances. Rappelons que même l’usage des mathématiques à un très haut niveau en physique et en astrophysique ne suffit pas en soi à considérer qu’une théorie obtenue par cet usage suffise pour considérer que la théorie obtenue soit valide. Encore faut-il qu’elle soit vérifiée par des mesures et des observations expérimentales et possède un réel pouvoir prédictif. Il s’agit donc d’un système de croyances dont ces auteurs cités précédemment analysent les dogmes et dont le dieu est l’Argent ou le Capital car celui-ci est susceptible de se créer lui-même et est doué d’une capacité d’action quasi infinie (sans limite).

a) Les théologiens sont les agents chargés d’une formalisation théorique de cette idéologie : ce sont certains économistes (travaillant souvent en relation avec des sociétés financières), des membres de thinktanks libéraux et sociaux–libéraux. Cette théologie nommée économie néoclassique règne en maître dans les universités enseignant l’économie, les écoles de commerce.

b) Les prêtres sont des journalistes ayant intégré thèmes et croyances et sont chargés de diffuser en utilisant tous les canaux médiatiques la catéchèse mise au point par les théologiens. Les écoles de journalisme assurent en partie la formation de ses prêtres des temps modernes. Ces agents assurent tranquillement et sans animosité ce que j’ai appelé dans l’article précédent propagande de croisière. Ils n’ont pas forcément pour objectif de neutraliser des représentants politiques n’ayant pas adopté leur système de croyances. Généralement, il n’utilise pas délibérément de fausses nouvelles. Un certain nombre d’entre eux font œuvre d’un fort prosélytisme car ils interviennent simultanément sur plusieurs médias. Ce sont les prêtres missionnaires du libéralisme. Certains s’adonnent à l’exégèse et à la glose de discours des personnalités politiques libérales de premier plan et notamment celles du gouvernement. Les chaînes d’information continue excellent en ce genre d’exercice. Le discours du prêtre-journaliste peut devenir révérencieux, ou rehaussé de broderies et d’enluminures l’érigeant alors en journalisme de cour.

Ces prêtres et théologiens constituent l’Église médiatique.

2) Les forces de l’ordre médiatiques.

a) La police médiatique.

C’est une véritable police de la pensée, c’est-à-dire la quasi interdiction pour un certain nombre de porteurs d’une pensée alternative de s’exprimer. Elle prend donc la forme d’une censure plus ou moins larvée qui invisibilise les mouvements contestataires « hérétiques ». Ce sont les comités de direction des médias et les propriétaires qui assurent cette police. Cette censure peut reposer sur une volonté délibérée ou tout simplement le mépris, ignorant même le contenu de la pensée alternative. Par exemple, le programme de La France Insoumise, l’avenir en commun, a été quasi totalement invisibilisé par les médias pendant la campagne électorale de 2017. Un ouvrage de grande envergure comme « L’Autre société » de Jacques Généreux qui propose une alternative économique, sociale, politique et écologique à la société capitaliste actuelle a été complètement censuré par les médias

Cette police passe sous silence ou étouffe des informations pouvant être très gênantes pour le pouvoir en place. Par exemple, en novembre 2014, le refus du gouvernement français de voter la résolution de l’ONU pour lutter contre le nazisme et le racisme n’a été relayé que par Politis. De même, en 2016, suite aux violences policières contre les mouvements sociaux du printemps, une demande d’enquête parlementaire appuyée par sept syndicats et la ligue des droits de l’homme déposée par un député communiste du Nord, a été bloquée par le groupe socialiste : aucun média n’a jugé utile de faire état de cette demande de commission.

Cette police de la pensée exerce son action d’une manière beaucoup plus intelligente et moins brutale que dans des régimes totalitaires de type dictatorial. En effet, des personnalités ayant l’esprit critique peuvent être invitées ou écrire des articles dans la mesure où ils ne sont pas solidaires d’un mouvement politique alternatif réellement dangereux pour le système en place Il n’est pas interdit de critiquer la politique gouvernementale, de dénoncer la pauvreté la précarité etc. etc. pourvu que l’on contribue à l’idée qu’il n’y a pas d’alternative possible ou qu’il n’existe pas en l’état d’alternative crédible. Pour renforcer l’invisibilité de cette censure larvée et donner une apparence de pluralisme, on permet à celui qui est prisonnier des murs du silence d’accéder au parloir de temps à autre,, mais plutôt rarement. Ainsi par exemple, peut-on être surpris d’un long interview de Mélenchon dans Le Monde, Libération et L’Os’. Il faut donc une étude de chacun des médias sur une assez longue période pour se rendre compte de l’action de cette police de la pensée qui n’apparaît pas spontanément. En réalité, c’est par l’énorme disproportion entre les temps epaces de parole entre les libéraux et ceux qui ne le sont pas que cette action de police peut être mise en évidence. En quelque sorte, la police médiatique est chargée de la garde du système Tina. Un prêtre qui se trouverait en contravention avec ce système et franchirait la ligne rouge est excommunié et expulsé de l’Église médiatique. Il lui sera alors difficile de pouvoir prêcher ailleurs. Il existe aussi une police du temps de parole ou du temps d’antenne pendant les campagnes électorales assurée en principe par le CSA. Il serait trop long ici d’expliquer comment cette répartition contrairement à ce qui est annoncé n’est pas du tout équitable si l’on prend en compte par exemple les temps de parole entre février et mai.

b) L’Armée médiatique est constituée d’agents de l’action idéologique formellement appelés aussi journalistes.

Ils partagent les mêmes croyances que les prêtres, mais leur mission est de neutraliser la diffusion des idées ne correspondant pas à leurs croyances. Comme les prêtres, ils utilisent la scénarisation de l’information (voir article précédent) mais celle-ci prend le pas sur le contenu et un caractère plus agressif. Nous ne revenons pas ici en détail sur toutes les techniques utilisées par ces soldats que nous avons décrites dans des articles précédents. La fausse information, la déformation des idées des « impies » ou « hérétiques » (comme le sont par exemple les Insoumis) sont couramment utilisées. La mission constante de ses soldats et de faire croire qu’il n’existe pas d’alternative économique et politique au capitalisme financiarisé et au néolibéralisme. Leur action est complémentaire de celle de la police médiatique. De véritables stratégies de combat idéologique utilisant toutes les techniques de la guerre cognitive et psychologique sont utilisées. Cet énorme déploiement de forces s’explique par l’importance de l’enjeu : la survie même du système économique et politique en place.

Ces stratégies de ce que l’on peut appeler « guerre de classe » s’exercent à plusieurs échelles : contre un syndicat ou un ensemble de syndicats trop revendicatifs (CGT, Sud, FSU,…) contre un mouvement politique dangereux pour le système comme LFI, contre le mouvement social tout entier lors de grèves et de manifestations et contre la société tout entière par la mise en place de stratégies de division, de fragmentation de la population en opposant des catégories sociales à d’autres, en exacerbant des dissensions politiques entre partis ou syndicats, en utilisant différentes techniques de diversion massive, en construisant notamment un ennemi extérieur. L’une des armes utilisées lors des précédentes élections est l’instrumentalisation des émotions et notamment de la peur. La croissance de l’intensité des tirs médiatiques de ces soldats depuis le printemps 2016 témoigne à la fois d’une fragilisation politique du système en place qu’il faut défendre à tout prix et de l’expression d’une haine de classe

c) Les templiers.

Existe-t-il des agents de l’action idéologique qui soient à la fois des prêtres et des soldats ? Oui : ce sont les Templiers. Ce sont à la fois des diffuseurs et des combattants. Le temple qu’ils gardent et défendent est celui du Capital. Il peut exister plusieurs lignes de front, de véritable campagnes de tirs médiatiques contre un opposant devenant dangereux lorsque son audience commence à devenir importante. C’est évidemment le cas de Jean-Luc Mélenchon. Sans sombrer dans un complotisme paranoïaque, Il peut apparaître à certains moments une remarquable coordination de l’action de neutralisation de plusieurs médias audiovisuels ou imprimés. C’est dans ce sens que l’on peut parler d’état-major.

3) Les Financeurs de l’appareil médiatique.

Ils se répartissent en deux catégories : les financeurs privés et les financeurs publics.

a) Le pôle privé est constitué des propriétaires des médias privés (rappelons que 90 % de la presse est la propriété de neuf milliardaires). Le Financement est assuré par les groupes privés propriétaires et par les annonceurs (publicité). En 2016 le montant global des recettes publicitaires pour l’ensemble des médias s’élevait à 13,7 milliards d’euros. Les recettes les plus importantes reviennent à la télévision et à Internet.

b) Le pôle public est constitué des représentants libéraux de l’État qui contrôlent et qui dirigent les stations de radio et de télévision publiques. Certes, le financement principal des médias privés dépend de l’investissement financier des propriétaires et des annonceurs (revenus de la publicité). Mais la presse reçoit aussi une aide de l’État si l’on vend en 2015 à 387 millions d’euros dont plus de 120 millions d’euros pour l’AFP. En outre, la Cour des Comptes a fait remarquer que les allégements fiscaux consentis pour les journalistes ne sont pas pris en compte dans l’évaluation des aides de l’État.

D’autre part, la taxe audiovisuelle servant à financer l’audiovisuel public a rapporté à l’État environ 4 milliards d’euros. Ainsi, la « dîme » versée à l’appareil médiatique, via l’État, par les contribuables s’élève à environ 4,4 milliards d’euros dont une partie non négligeable alimente l’Église et l’Armée médiatiques. Remarquons par ailleurs, que les milliards versés par les annonceurs aux médias, font partie des coûts publicitaires qui sont intégrés dans le prix de vente des services et produits achetés par les consommateurs. On constate ainsi que pour une part importante, ce sont les citoyens qui financent l’appareil idéologique médiatique qui conditionne leur esprit pour ne pouvoir concevoir une alternative au système économique et politique dominant.

Une majorité d’entre eux sous l’emprise de l’appareil idéologique médiatique qu’il finance votera pour les partis au service de la classe dominante, selon les plans définis par la grande bourgeoisie, et recevra en retour une multitude de coups de bâton dont ils auront été indirectement les auteurs. Et le drame de cette histoire est que les citoyens conscients de l’action de l’appareil idéologique médiatique recevront eux aussi les mêmes coups de bâton dont ils ne sont aucunement responsables.

Annexe

Le Monde : organe central du parti médiatique libéroploutocratique de l’inobjectivité mardi 10 avril 2018. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Quelques émissions sur l’histoire des médias

Émission « fabrique de l’Histoire » du 31/05/2018. France Culture. Médias et opinion publique https://www.franceculture.fr/emissi...

L’émission montre bien le rôle de la presse comme vecteur d’opinion politique avant la seconde guerre mondiale mais ne voit la presse d’opinion comme ayant été créé et à la simple initiative de personnalités politiques sans analyser, à aucun moment, le rôle des financeurs c’est-à-dire le soutien des groupes privés. On se contente de dire qu’il existe une défiance des citoyens à l’égard des médias depuis les années 1990 sans en analyser les causes. Il est bien montré que des campagnes de calomnies de dénigrement peuvent conduire à un assassinat (Jaurès), un suicide (Sal ngro, Bérégovoy,…)

Émission « C oncordance des temps ».. France Culture –Rumeurs et fausses nouvelles. au Moyen Âge. https://www.franceculture.fr/emissi...

–Histoire vraie des fausses nouvelles https://www.franceculture.fr/emissi... Ces émissions montrent, entre autres, comment les fausses nouvelles peuvent être utilisées comme des outils idéologiques pour se maintenir au pouvoir. On y découvre les modes de transmission de l’information à cette époque.

Le site incontournable sur la critique des médias : Acrimed http://www.acrimed.org/

Autres sites critiques : Wikistrike Les médias contrôlent les cerveaux et les bulletins de vote http://www.wikistrike.com/2017/08/q...

Hervé Debonrivage


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