Pouvoir des médias : une réalité dont la nature profonde et complexe échappe au plus grand nombre

dimanche 24 mars 2019.
 

La partie de la population qui se forge un imaginaire politique critique par l’action syndicale, politiques, associatives ou réflexion personnelle à partir de lecture d’ouvrages d’histoire, de philosophie politique, de sciences humaines est très minoritaire.

La grande majorité de la population se construit son imaginaire politique à partir des informations diffusées par les médias. Or ces informations dont nous allons préciser la nature sont élaborées par les agents de l’action idéologique au service de la grande bourgeoisie d’hier et d’aujourd’hui.

Il en résulte que l’imaginaire politique du plus grand nombre est un imaginaire aliéné conduisant à placer au pouvoir politique et économique des prédateurs, et ce, depuis plus de deux siècles.

Aussi, malgré quelques coins de ciel bleu et rayons de soleil qui se font historiquement rares, la période politique reste nuageuse et parfois orageuse. Il est vrai que l’imaginaire politique est beaucoup plus puissant que les conditions de vie matérielle pour déterminer le vote des citoyens.

Comment sortir de cette Préhistoire ? Cet article vous en donne des clés.

I– Le pouvoir des médias : entre fantasmes, déni et réalité par Acrimed

plus précisément : par Blaise Magnin, Henri Maler,

lundi 19 mars 2018

Source : Acrimed

http://www.acrimed.org/Le-pouvoir-d...

Parmi les questions qui traversent les débats publics contemporains, celle du « pouvoir des médias » est particulièrement mal et confusément posée. Derrière cette notion de « pouvoir des médias », jamais précisément définie, deux théories fondamentalement contradictoires du rôle et du poids des médias dans le monde social cohabitent au gré des conjonctures, sans s’affronter nécessairement, et coexistent parfois par bribes dans les mêmes discours.

La notion de « 4e pouvoir », devenue une expression consacrée, sous-entend que les médias exercent effectivement un pouvoir quasi institutionnel de pivot du fonctionnement démocratique. Dans le même temps, les éditocrates, qu’ils soient pris en flagrant délit de parti-pris ou simplement intoxiqués par leur propre idéologie professionnelle, considèrent que les « informations » qu’ils produisent sont de fidèles miroirs, absolument neutres vis-à-vis des réalités qu’ils reflètent en toute objectivité, et qu’elles ne sauraient donc exercer aucun pouvoir.

Tout à l’inverse, une longue tradition théorique tend à considérer « les médias » comme le deus ex machina des sociétés modernes, capables de faire les élections et de défaire les régimes, de modeler « l’opinion » en s’immisçant dans les consciences qu’ils sont sensés informer.

Autant d’interprétations qui charrient leur lot d’idées fausses et d’idées reçues, ainsi que de représentations implicites de la profession journalistique qu’il s’agit de déconstruire pour comprendre de quel type de pouvoir peuvent réellement se prévaloir médias et journalistes. Produit de l’observation et de la sociologie critique des médias [1], cette analyse des causes et de la portée des dérives de l’information est un préalable indispensable à la transformation nécessaire du monde médiatique.

1. Le mythe du 4e pouvoir

Un rôle allégué de ferment démocratique

Sorte de mythe positif de la profession journalistique, devenu un totem des sociétés démocratiques, la notion de « 4e pouvoir », met explicitement les médias sur le même plan que les institutions gouvernementales, parlementaires et judiciaires. En tant qu’institution, les médias se voient conférer une double responsabilité au cœur du système démocratique puisqu’ils sont sensés jouer à la fois un rôle :

- de « publicisation » [2], c’est-à-dire d’animation – pluraliste, indépendante et équitable, en principe du moins – du débat public et politique ;

- (et surtout) de contrôle des gouvernants – et de leurs abus.

Ce « pouvoir » serait par nature, de tous temps et en tous lieux, du moins dans les démocraties électorales, un « contre-pouvoir ». Dans ce schéma, les médiacrates s’arrogent à la fois le rôle de garants du bon fonctionnement des institutions et de rempart contre les dérives des gouvernants, mais aussi de protecteurs et de dépositaires principaux de deux des libertés les plus fondamentales que sont la liberté d’opinion et d’expression. Pour autant, comme nombre de mythes, celui-ci recèle quelques contradictions : les tenants du « 4e pouvoir » attribuent tantôt aux médias un miraculeux pouvoir qu’ils n’ont guère et tantôt refusent paradoxalement d’attribuer quelque pouvoir que ce soit aux informations qu’ils diffusent – en tant que représentations du monde –, pas plus qu’à eux-mêmes – en tant qu’acteurs du débat public et représentants de la classe dirigeante. Malheureusement, il s’en faut de beaucoup pour que la contribution médiatique à la vie publique corresponde un tant soit peu à cette construction séduisante.

Des médias loin d’être autonomes, des journalistes loin d’être indépendants

Certes les médias et les journalistes produisent et diffusent des informations (d’inégal intérêt) qui répondent, peu ou prou, au droit d’être informés. Qui oserait affirmer que le journalisme, du moins à ce titre, n’est pas utile ? Mais pour présumer que les médias constituent par eux-mêmes « un pouvoir », capable d’exercer une influence en propre et de réguler l’action des autres pouvoirs, encore faut-il qu’ils soient autonomes. Or c’est loin d’être le cas : la plupart des grands médias et des producteurs d’information (pris collectivement) se trouvent dans des situations d’interdépendance étroite à l’égard des pouvoirs politique et économique vis-à-vis desquels ils ne sont donc pas en position de jouer le moindre rôle de contre-pouvoir :

–À– la fois associés et rivaux des responsables politiques pour la définition et le cadrage légitime du débat public, les éditocrates les plus en vue, adeptes d’un journalisme de commentaire et de prescription=, apparaissent comme de véritables acteurs de la vie politique ; comme tels, ils ne sauraient prétendre à incarner le rôle d’arbitres impartiaux du débat public.

- Alors que l’élite des grandes rédactions fraye avec bonheur jusqu’à se confondre avec les élites politiques et économiques, et alors que la profession recrute presque exclusivement parmi les classes moyennes et supérieures [3], le choix et la mise en perspective des informations produites dans les médias dominants reflètent inévitablement des visions du monde et des préoccupations socialement très situées.

- La structure capitalistique de la plupart des médias les place dans une situation de dépendance économique et donc éditoriale vis-à-vis de leurs propriétaires qui se trouvent être le plus souvent des représentants de grands intérêts privés ; les grandes entreprises médiatiques finissent par constituer un secteur parmi d’autres du grand Monopoly capitaliste.

Enfin, force est d’admettre que le journalisme d’investigation et particulièrement le journalisme d’enquête sociale qui pourraient donner quelque consistance à l’idée de contre-pouvoir, sont loin de constituer l’ordinaire de la production journalistique. Les prendre pour modèles c’est oublier qu’ils s’épanouissent essentiellement aux marges de la profession.

Médias et propagande démocratique

La propagande n’existe pas que dans les dictatures. Dans les démocraties, elle ne prend pas le même caractère systématique et orchestré – et ne se renforce pas en s’appuyant sur la répression, voire la violence politique –, mais elle n’est non moins omniprésente. Le contrôle des contenus médiatiques est devenu un enjeu de luttes au sein des pouvoirs économiques et politiques. Une lutte si intense et un enjeu si stratégique que l’industrie des relations publiques, qui fournit armes et munitions, est devenue un secteur économique majeur. Et c’est ainsi que des armées de communicants et de « spin doctors », d’attachés de presse et de publicitaires, ainsi que les récits qu’ils bâtissent, sont devenus les filtres qui s’interposent désormais entre les journalistes et la réalité. La porosité de ces professions avec le journalisme est à cet égard particulièrement significative et inquiétante.

Analysant la « fabrication du consentement » [4] dans les démocraties, Noam Chomsky montre quels « filtres » (et non quelles conspirations) conditionnent la production de l’information et comment la réduction du pluralisme aboutit à une représentation consensuelle, aseptisée et épurée de l’information, quand elle n’est pas strictement propagandiste. Le poids et la force des sources institutionnelles (privées et publiques, capitalistes et étatiques) tendent à co-construire l’information dans les contextes routiniers. En cas de crise sociale ou de conflit militaire, notamment, le recours à des techniques de propagande et de désinformation contribue à transformer les médias en simples relais des pouvoirs constitués, sans qu’il soit nécessaire pour le comprendre de recourir à l’explication par des manipulation intentionnelles et concertées, dont il serait naïf de nier l’existence.

Mais si les médias ne constituent pas, par eux-mêmes, un « 4e pouvoir » ou un contre-pouvoir, quels sont les pouvoirs qu’ils exercent ?

2. Le fantasme récurrent de médias omnipotents

Les médias ne sont pas tout-puissants. Ils sont moins puissants qu’on ne le croit souvent. Et surtout ils n’exercent pas leur puissance comme on le croit communément.

- La crainte du « viol des foules » [5]

–Depuis le XIXe siècle, on assiste à la résurgence régulière, sous des formes plus ou moins nuancées, d’un même schème : inoculant leurs messages tels des « seringues hypodermiques » [6], les médias accèderaient clandestinement aux inconscients des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs pour mieux les manipuler. Les médias seraient ainsi dotés d’un pouvoir de persuasion, de mobilisation et d’enrégimentement des masses qui les fait apparaître comme un moteur de l’histoire. Des interprétations qui naissent et retrouvent du crédit dans des configurations « politico-médiatiques » singulières :

- à la fin du XIXe siècle, avec le développement du roman populaire et de la presse à grand tirage concomitamment aux luttes pour le suffrage universel et les droits démocratiques ;

–- dans l’entre-deux guerres, avec les usages propagandistes de la radio et du cinéma par les régimes totalitaires ;

- à partir des années 1950-1970, la démocratisation progressive de la télévision crée son lot d’interrogations quant au « pouvoir des images » (violentes, pornographiques, favorisant le consumérisme, etc.) ;

- depuis les années 2000, ce sont Internet et les réseaux sociaux qui focalisent l’attention en tant que catalyseurs de crises (« révolutions de couleur » dans les pays d’ex-Union soviétique, révolutions arabes, Brexit, élection de Donald Trump, montée de l’extrême droite en Europe, etc.), ou plus simplement de subversion politique (campagne contre le TCE, Wikileaks, #BalanceTonPorc, etc.).

Cette propension à attribuer un pouvoir propre aux médias repose hier comme aujourd’hui sur un mélange de déterminisme technique et de panique morale face à des pratiques sociales nouvelles échappant en partie au contrôle des institutions, et surtout sur une représentation du public (et du « peuple ») comme masse d’individus indolents et crédules susceptibles de se transformer en foule hystérique.

Des récepteurs loin d’être passifs

Or, contrairement à ce qu’affirment ces théories qui voudraient que les messages médiatiques infusent sans filtre et influencent directement les consciences du public, la sociologie de la réception a depuis longtemps montré que les croyances et les opinions se façonnent essentiellement dans les groupes primaires (cercles familiaux, amicaux ou professionnels). Si les informations véhiculées par les médias exercent quelque influence, elles ne sont perçues et reçues qu’à travers les grilles d’interprétation partagées et négociées avec les environnements sociaux qui constituent le cadre d’existence des individus [7].

Par ailleurs, les pratiques concrètes de « consommation » des médias interdisent d’y voir un pouvoir capable de modeler les opinions : les individus ne choisissent pas par hasard les médias qu’ils suivent préférentiellement, et ils font en sorte d’être surtout confrontés à des messages ne heurtant pas leurs opinions préconstituées. Cette exposition sélective aux flux de messages médiatiques se conjugue souvent à une « attention oblique » [8], à la fois nonchalante et défiante, portée par les publics populaires sur les contenus diffusés dans les médias dominants.

À cet égard, le résultat du référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005 ou la grève de novembre-décembre 1995 contre la réforme de la Sécurité sociale voulue par le gouvernement font figure d’expérience grandeur nature attestant de la perméabilité très relative du public aux messages et, le cas échéant, aux injonctions médiatiques. Dans un cas comme dans l’autre, les électeurs, les forces mobilisées – comme « l’opinion » sondée, d’ailleurs – ont résisté aux partis-pris unanimes des médias dominants et sont parvenus, malgré l’hostilité manifeste de ces derniers, à diffuser leurs arguments et à convaincre.

3. Non pas un pouvoir, mais des pouvoirs

Loin d’être dotés du pouvoir d’assujettir les consciences que certains voudraient leur prêter, les médias ne sont pas plus – même s’ils le devraient – des organes dévoués au bon fonctionnement démocratique. Il n’en demeure pas moins que leurs formes d’organisation et le recrutement social des journalistes, les modalités de production de l’information, les formats qu’ils imposent à l’expression des acteurs sociaux, ou encore les relations asymétriques qu’ils entretiennent avec les différents secteurs du monde social – et tout ce que cela génère de distorsions de l’information –, concourent à structurer l’espace public, à sélectionner ceux qui y participent et à définir les limites de ce qui y est pensable et discutable, ainsi que les formes requises pour y intervenir.

En ce sens, même s’ils apparaissent comme des « effets émergents » de leur fonctionnement et de leurs structures (économique, juridique, sociale, politique) et non comme des prérogatives détenues par des instances organisées, et même s’ils n’en sont pas les seuls titulaires, les médias exercent bien certains pouvoirs. Des pouvoirs éclatés et partagés qui ne s’exercent pas de façon uniforme et continue, qui varient selon les conjonctures et les rapports de force dont elles sont porteuses, mais des pouvoirs bien réels. Des pouvoirs qu’ils s’arrogent de façon indue ou dont ils font un usage qui outrepasse régulièrement le rôle qu’il leur est a priori dévolu. Loin d’être tout puissants, les médias n’en sont pas moins trop puissants.

- Un pouvoir de co-construction des problèmes publics (et de leurs solutions)

- Un pouvoir d’agenda : en déterminant quelles informations sont dignes d’être traitées, les médias définissent les événements qui font « l’actualité », suggérant au public non pas ce qu’il doit penser, mais ce à quoi il faut penser (les faits divers plutôt que l’actualité internationale ; la dette publique et les cours de la Bourse plutôt que le partage de la valeur ajoutée et le taux de l’impôt sur les sociétés ; « l’insécurité » des banlieues plutôt que les accidents du travail, etc.) ;

- Un pouvoir de problématisation et de cadrage : les médias ont également le pouvoir de suggérer sous quel angle doivent être abordées les questions dont ils traitent et comment il faut y penser (la microéconomie – les comportements des producteurs et des consommateurs – prime ainsi sur la macroéconomie – la régulation politique des activités de production – ; les « blocages » générés par les mobilisations sociales l’emportent sur les revendications des salariés ; l’immigration est systématiquement présentée comme « un problème », la dégradation de l’environnement comme une tragédie sans responsables, etc.).

- Un pouvoir de légitimation (et de déligitimation

- Un pouvoir de consécration et de stigmatisation : en choisissant les discours légitimes et ceux qui ne le sont pas, selon des critères qui font prévaloir la télégénie des « bons clients », les médias portent atteinte à l’autonomie de divers secteurs sociaux en contournant les jugements et les principes de légitimité qui y ont cours ; la notoriété médiatique se substituant dès lors à la compétence et à la reconnaissance par les pairs (les champs intellectuel et culturel sont ainsi colonisés par des logiques de jugement n’ayant rien à voir avec la qualité des œuvres ; le champ de la représentation politique et syndicale connaît le même phénomène lorsque les porte-parole désignés par les militants ou les formes de mobilisation choisies ne satisfont pas aux exigences médiatiques, etc.).

- Un pouvoir de révélation et d’occultation  : certaines questions n’accèdent jamais au débat public, quand d’autres font l’objet d’un traitement quasi obsessionnel, sans qu’aucune logique proprement journalistique puisse justifier ces asymétries dans leur couverture médiatique (les préoccupations des classes dominantes en matière éducative, de loisir ou de consommation sont l’objet de toutes les attentions lorsque les modes d’existence des classes populaires sont quasiment absents des grands médias ; inversement, les illégalismes des classes populaires connaissent une couverture particulièrement intenses dans les rubriques « délinquance et insécurité » quand ceux des classes dominantes font l’objet d’un traitement nettement plus pudique et discret) ; dans le même temps, et même s’ils paraissent dépendants en la matière des sources qui les informent, les médias ont le pouvoir d’attirer l’attention sur des questions qui resteraient méconnues en dehors de cercles restreints (ainsi de la fraude fiscale, de nombreux problèmes de santé publique et d’atteinte à l’environnement, des coulisses des relations internationales, etc.).

Le problème n’est pas tant que les médias détiennent de facto le pouvoir de co-organiser et donc de peser sur l’espace public démocratique, mais la manière dont ils l’exercent. Quand des médias exercent ces pouvoirs continument dans le même sens, ils exercent du même coup une domination effective : c’est en cela que les médias dominants sont dominants !

-  Un pouvoir de domination symbolique

Les pouvoirs qu’exercent les médias sont difficiles à saisir et à évaluer. « L’opinion, ça se travaille »... mais l’opinion est souvent rétive. L’impact des différents pouvoirs des médias varie notablement selon les sujets et selon les contextes. Des informations fausses ou biaisées peuvent commettre des ravages ou ne laisser aucune trace, n’avoir qu’un impact instantané ou limité. Mais il en va autrement si elles sont réitérées sur des périodes plus ou moins longues.

Les médias ne fabriquent pas, à proprement parler, la ligne de consentement des peuples, mais ils sont parvenus, en quelques décennies, à réduire considérablement le périmètre du politiquement pensable, à reléguer en les disqualifiant les voix contestant l’ordre social et à imposer la centralité et la crédibilité des thèses et des solutions néolibérales. Ce faisant, ils ont construit jour après jour, par un unanimisme savamment organisé, un consensus qui tient pour évidentes et naturelles une doctrine sociale, une organisation économique et des options politiques qui protègent et favorisent les intérêts des dominants.

Trop souvent, les pratiques journalistiques ordinaires déforment et distordent l’information en introduisant à tout instant biais factuels et parti-pris interprétatifs. Mais surtout, loin de garantir une information et des débats pluralistes, indépendants et équilibrés, les chefferies éditoriales exhibent leurs petites différences mais renient toute autonomie pour participer avec délice au grand jeu du pouvoir dans le sillage des classes dirigeantes qui les ont plus ou moins cooptées. Quant aux grandes entreprises médiatiques, elles sont devenues des vecteurs d’influence que s’arrachent les oligarques du grand capitalisme. La plupart des journalistes n’exercent pas le même métier que les professionnels du commentaire. Mais ce sont ces derniers qui orchestrent les pouvoirs des médias dominants.

L’usage dévoyé des pouvoirs qui leur échoient confère aux médias et à ceux qui les dirigent une fonction d’intégration idéologique de la classe dominante et de chambre d’écho de ses préoccupations, ainsi qu’un rôle de relais et d’auxiliaires des pouvoirs politiques et des puissances économiques – un rôle de « chien de garde » en somme. C’est ce pouvoir de domination symbolique, jamais acquis et sans cesse recommencé, qui demande à être dénoncé et combattu pied à pied. C’est à cette tâche qu’Acrimed s’emploie depuis plus de 20 ans.

Blaise Magnin et Henri Maler

Fin de l’article

II– Pouvoir des médias : construire un imaginaire politique aliéné par Hervé Debonrivage.

L’ analyse de Blaise Magnin et Henri Maler, très pertinente et relativement complète sur le pouvoir des médias, évite le piège de la simplification. Elle a le mérite de mettre en lumière quelques modes d’action des médias qui leur assurent une certaine efficacité. Le texte qui suit se propose de compléter l’analyse précédente et d’en combler quelques insuffisances.

Il il y a 50 ans, au printemps 1968, paraissait en français le livre d’Herbert Marcuse : « L’homme unidimensionnel » qui posait, entre autres, la question de la capacité des mass media à fabriquer une « fausse conscience » étouffant toute pensée critique et permettant l’intégration idéologique de toutes les couches sociales dans le système de domination idéologique des sociétés industrielles avancées Le débat n’est donc pas nouveau.

1–Placer les médias dans une perspective historique

1.1 Les trois composantes de la communication

Lorsque l’on pense médias communication, il ne faut pas perdre de vue les trois termes : Émetteur–message–récepteur et les plonger dans une perspective historique.

L’émetteur doit être considéré, comme le récepteur, sur le plan technique et sur le plan humain.

Avec quels moyens techniques l’information est-elle émise et reçue ? Quelle est la nature sociologique de l’émetteur et du récepteur ? D’autre part, ce schéma à trois termes peut être abordé de deux points de vue : macro systémique ou micro systémique.

Du point de vue macro politique le schéma devient : Organes de pouvoir – idéologie dominante – Population.

1.2 De l’idéologie féodale à l’idéologie libérale : après les prêtres, les journalistes.

a) L’ancien schéma macro systémique.

Avant l’existence des journaux, et donc des journalistes, les nouvelles étaient transmises oralement par des colporteurs qui exerçaient leur métier d’une manière itinérante (les bateliers, les navigateurs).

Les textes imprimés dans les livres et plus tard dans les journaux ne pouvaient être lus que par des gens lettrés puis, plus largement ensuite par la partie de la population alphabétisée.

Les prêtres jouaient un rôle important dans la transmission de la parole du pouvoir royal en place et dans la propagation de l’idéologie religieuse qui assurait sous l’ancien régime une certaine cohésion idéologique de la société.

Le schéma était alors : Pouvoir royal et relais locaux– idéologie féodale et catholique–Population peu alphabétisée.

Ajoutons à cela que les représentants locaux du pouvoir royal central disposaient d’un réseau d’informateurs.

b) Le nouveau schéma macro systémique.

Même si un certain nombre de philosophes comme Diderot, Rousseau par exemple , peuvent être considérés comme des précurseurs de la pensée socialiste, même si des classes populaires ont constitué un élément moteur de la Révolution, il n’en reste pas moins vrai que la révolution française de 1789 est une révolution bourgeoise et d’essence libérale comme en témoigne le caractère fondamental de la propriété et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Cette déclaration a marqué la rupture avec l’idéologie féodale et fût intégrée par les différents courants politiques de la société française à l’exception de l’extrême droite.

À part quelques exceptions souvent de brève durée, tous les gouvernements successifs depuis la révolution française se font sous la domination économique de la bourgeoisie industrielle puis des banquiers. Succède alors à la toute-puissance idéologique de l’église, le libéralisme politique et économique qui assure à son tour une certaine cohésion idéologique de la société française.

À la suite des prêtres et de leurs sermons succèdent des journalistes de l’appareil médiatique diffusant la catéchèse libérale puis néolibérale sous la domination d’un État libéral et de puissance industrielle et financière. Mais l’idéologie libérale n’a pas complètement remplacé l’idéologie catholique qui se révèle notamment dans les prises de position sur les problèmes sociétaux. Rappelons que la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’État a été le résultat de conflits qui ont duré plusieurs dizaines d’années. Et la laïcité, même aujourd’hui, reste encore un combat.

Le schéma macro systémique est alors le suivant : Pouvoir de la grande bourgeoisie et ses relais politiques– Idéologie libérale– Population

Ce n’est donc pas par hasard que la France soit le plus fréquemment orientée électoralement à droite. Si l’on comptabilise les voix de tous les partis de droite à chaque élection présidentielle depuis 1958 au premier tour, on constate que la droite est toujours majoritaire à la seule exception de l’élection de François Mitterrand en 1981. Quant à « la gauche de gouvernement réformiste », elle a toujours fait allégeance aux puissances de l’argent à quelques exceptions près.

1. 3 Les idéologies contestataires.

En même temps, tout système de domination économique et idéologique spoliant une partie plus ou moins large de la population , engendre l’émergence de forces politiques contestataires remettant en cause d’une manière plus ou moins fondamentale le système en place.

a) La contestation rouge.

Depuis le XIXe siècle, les pensées marxiste et anarchiste, avec leurs multiples variantes, ont alimenté intellectuellement ces courants.

À l’étranger, la révolution russe puis chinoise s’emparent de la pensée marxiste pour construire un système économique et politique alternatif et antagonique au capitalisme.

Il en résulte une guerre idéologique planétaire (dont la guerre froide) qui n’est évidemment pas sans retombées sur le champ médiatique français. Cela se traduit par un anticommunisme chronique des grands médias nationaux et par un alignement idéologique sur les États-Unis à l’exception de la période gaulliste. Par ailleurs, il est utile de se rappeler que la création du FN en 1972, s’inscrit dans cette guerre idéologique : il s’agissait alors de contrer la coalition « socialo–communiste ». Tout contestataire est donc alors potentiellement considéré comme un communiste en puissance même s’il ne l’est pas.

La guerre idéologique entre les USA a et l’URSS ne se mène pas seulement en Europe mais aussi dans les pays du tiers-monde. Cette guerre idéologique baisse en intensité avec l’effondrement de l’URSS mais continue tout de même d’une manière larvée. Derrière cette guerre idéologique se cache la défense des intérêts économiques et financiers des grandes puissances, l’industrie de l’armement pesant d’un poids non négligeable.

Lorsque le pouvoir hégémonique de la grande bourgeoisie est menacé par des mouvements sociaux ou politiques internes, est utilisé l’appareil médiatique pour suggérer l’existence d’un ennemi extérieur (actuellement la Russie…) et pour mettre en valeur les actions violentes commises par des casseurs « non identifiés » et par des groupuscules d’extrême droite. La peur est un moyen de la guerre idéologique pour affaiblir la contestation.

Ainsi, en choisissant leur camp idéologique, en brandissant souvent l’étendard des droits de l’homme, les journalistes libéraux défendent non seulement les intérêts des groupes financiers et industriels qui les emploient mais aussi plus largement les intérêts des multinationales capitalistes.

Cette guerre idéologique se traduit notamment par la quasi interdiction d’antenne des intellectuels (économistes, sociologues, politologues, philosophes, anthropologues, psychologues, etc.) marxistes ou même tout simplement ayant recours ponctuellement à des outils de la pensée marxiste.

C’est notamment le cas d’une chaîne de radio comme France Culture qui fait preuve en l’occurrence d’esprit de fermeture.

b) La contestation verte puis multicolore.

Puis est apparu un courant de contestation écologiste vers la moitié du XXe siècle. Ensuite apparaissent à partir de 1970 environ une multitude de courants remettant en cause un ordre sociétal de domination (droits des femmes, droits des homosexuels, droits des immigrés, droits de l’enfant, etc.). Remise en cause aussi d’un ordre économique mondial productiviste (décroissance, altermondialiste,…). Les associations de défense de consommateurs et d’usagers apparaissent aussi sur la même période.

Le champ de la contestation déborde alors la sphère de la production et tend à se généraliser.

L’ordre social et politique existant se trouve ainsi attaqué sur plusieurs axes. Pour que celui-ci puisse survivre, il lui faut donc déployer une offensive idéologique de plus grande envergure.

1 4 Quelques éléments essentiels sur l’histoire des médias

Après l’invention de l’écriture, ont eu lieu trois révolutions techniques dans l’histoire de la transmission et de la communication de l’information :

- l’invention de l’imprimerie qui a permis le développement du livre puis des journaux.

- La transmission de l’information par ondes électromagnétiques (télégraphe, téléphone, radio, télévision, Smartphone…)

- La troisième révolution est l’invention de la machine à traiter et transformer, non plus la matière et l’énergie, mais de l’information, machine appelée communément ordinateur. L’information devient alors digitalisée et ainsi, textes, sons et images sont numérisés. Cela a permis ensuite l’apparition de l’Internet.

1. 5 Évolution des médias durant le dernier quart du XXe siècle et jusqu’à nos jours.

L’article d’Acrimed ne prend pas suffisamment en compte la dynamique historique récente des moyens de communication et leur impact. Alors que le nombre de titres de presse n’a cessé de décroître depuis la Libération, le nombre de stations de radio a considérablement augmenté notamment dans les années 1970 puis le nombre de chaînes de télévision à partir des années 1980.

C’est surtout à partir de 2005 que le nombre de chaînes explose. Il faut consulter Wikipédia et le site du CSA pour se rendre compte de la croissance considérable du nombre de chaînes de télévision.

Après la diffusion hertzienne classique, vient la TNT, l’utilisation des satellites, du câble, de l’ ADSL.

Le nombre de chaînes privées spécialisées et de divertissement a considérablement augmenté depuis les années 2000 puis se développent les téléchargement de films par Internet. Le nombre d’écrans se démultiplie avec l’avènement de l’informatique nomade.

Après l’autoradio présent dans les automobiles, les camions et les tracteurs , les écrans s’installent dans le métro et le train et même dans l’avion avec les Smartphones.

Et il est même possible de faire son footing en écoutant sa station préférée grâce à son smartphone.

Les médias deviennent donc omniprésents dans une bande passante de vie toujours plus large.

Cette évolution quantitative des émetteurs et récepteurs sur le plan technologique a évidemment un impact sur le pouvoir des médias. Nier une telle évidence, c’est comme nier l’action de la morphine sur la douleur en proportion des doses administrées.

La prolifération des chaînes d’information, de divertissement en tout genre, du DVD, du VOD, du téléchargement de films et de séries a de facto un impact sur le temps disponible pour réfléchir sur le fonctionnement de la société dans ses différentes dimensions. Remarquons que selon l’âge, le temps d’exposition à la télévision varie entre deux heures et quatre heures par jour . Ce temps d’exposition a évidemment aussi une influence sur le calcul de l’impact.

On se préoccupe maintenant des émetteurs sur le plan humain et non technologique. La formation des journalistes a fortement évolué depuis 1945 et on a assisté à une homogénéisation de cette formation avec le développement du néolibéralisme.

On a assisté et on assiste encore à une standardisation du traitement de l’information

La concentration des prises d’informations par des grosses agences comme l’AFP constitue déjà un filtre.

Nous n’insisterons pas ici sur l’évolution de la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires, la précarité du métier de journaliste, et les caractéristiques du « champ journalistique » que Pierre Bourdieu a parfaitement décrit.

1.6–La voix occultée et affaiblie de la contestation.

Rappelons quelques événements historiques qui ont eu une influence sur la liberté d’expression de la contestation .

La loi Chapelier de 1791 interdisant les associations professionnelles en réaction à l’existence de corporations défendant des intérêts catégoriels et non l’intérêt général, freina considérablement la reconnaissance du droit syndical. C’est dans cette loi probablement qu’il faut chercher l’origine historique de l’anti syndicalisme chronique de bon nombre de médias en France et qui se perpétue encore aujourd’hui.

Après quelques avancées sectorielles lors des luttes des années 1830, c’est en 1848 que fut reconnue la liberté d’association et le suffrage universel.. Il fallut attendre le 21 mars 1884 pour que le droit syndical soit reconnu.

Il est utile de se reporter à l’histoire du syndicalisme sur Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Chron... pour se rendre compte du caractère antisocial et réactionnaire de la bourgeoisie en France.

Rappelons aussi que la loi sur la liberté de la presse apparaît en 1881 et l’on peut alors se poser la question depuis cette époque : quelle a été et est encore la part de l’espace médiatique occupée par ceux qui défendent les intérêts de la grande bourgeoisie (que l’on peut appeler classe dominante, caste oligarchique, etc. peu importe la terminologie) et d’autre part, la part de l’espace médiatique occupée par les contestataires variés. Ces contestataires peuvent être des personnalités du monde universitaire et culturel, des organisations syndicales, politiques ou associatives.

Les médias libéraux au nom de la liberté d’expression, sont censés donner un espace équilibré à la contestation et aux propositions alternatives. Ces bons principes de pluralisme sont-ils mis en application depuis 1881 ? Évidemment non. Et ce, sur tous les supports : presse, radio, télévision.

Mais l’on peut aussi se poser plus simplement la question : quel est le nombre de médias indépendants contrôlés par les courants contestataires ? Combien de journaux et magazines communistes socialistes jauressiens, ? Combien de magazines et de journaux écologistes, libertaires, altermondialiste ?

Combien de stations de radio, de télévision ont été contrôlées par des partis politiques et associations contestant le système établi ? Ou même tout simplement contrôler par des syndicats ? Une quantité infime parmi les centaines de stations répertoriées.

On pourrait évidemment faire une telle enquête depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui mais un tel travail ne semble pas à ce jour avoir été réalisé.

Mais soyons beaucoup plus modestes et actuels : Le CSA a-t-il publié les temps de parole et les temps d’antenne cumulés utilisés par chaque candidat sur tous les médias entre janvier 2017 et la veille de la campagne officielle ? La réponse est non. Pourquoi une telle censure qui ne dit pas son nom ?

Un tel calcul que nous avons réalisé avec un tableur à partir des données du CSA permet d’établir une étroite corrélation entre le temps d’antenne des candidats et les résultats électoraux.

La seule exception est celle de Benoît Hamon qui n’a pu devancer Jean-Luc Mélenchon malgré un matraquage médiatique important en sa faveur.

Lorsque le niveau d’impopularité d’une politique atteint un seuil très élevé (cas de la politique de l’union européenne avant 2005 et politiques du PS entre 2012 et 2016), l’action des médias perd de son efficacité. Remarquons aussi que dans ces deux cas, la contre propagande organisée face au TCE et la campagne électorale de Mélenchon avec sa plate-forme JLM2017 ont atteint une certaine ampleur.

2–Les groupes primaires.

Abordons maintenant la question du récepteur sur le plan humain.

D’une manière générale, évidemment, les auditeurs ou téléspectateurs ne se comportent pas comme des éponges ou des buvards qui absorberaient passivement n’importent quoi. Chacun selon son expérience de vie, sa connaissance ou méconnaissance des sujets abordés par un média, recevra l’information d’une manière variée.

En se référant à la sociologie de l’information et de la communication, on invoque souvent le rôle des groupes primaires pour expliquer que l’information reçue par un récepteur peut-être l’objet d’un traitement avant son intériorisation. Mais là encore, il faut mettre la situation en perspective historique. D’abord, il existe de nombreuses personnes isolées, notamment âgées dans le milieu rural par exemple et dont la télévision ou la radio constitue une compagnie journalière.

Depuis les années 1970, les syndicats se sont considérablement affaiblis comme en témoigne la baisse du taux de syndicalisation. De plus, l’environnement syndical qui permet de retraiter l’information des médias s’est considérablement affaibli. Il en est par exemple de même du rôle du PCF qui, jusque dans les années 1980, avait encore une influence idéologique non négligeable.

D’autre part l’environnement professionnel où règne en maître la productivité dans un contexte de chômage de masse, un environnement dorénavant souvent atomisé ne se prête guère à des conversations relatives à des sujets abordés par les médias.

Autre groupe primaire : la famille. Observons tout d’abord que celle-ci est exposée au pouvoir des médias. Le nombre de familles monoparentales, l’instabilité familiale n’a fait que croître depuis ces dernières décennies. Le rôle de la famille dans sa contribution à la formation de l’esprit critique s’est donc affaibli.

Autre groupe primaire : les réseaux d’amitié. Avec le développement des moyens modernes de communication (téléphones mobiles, Internet,…). Ce groupe a probablement augmenté son influence et constitue un containers de retraitement de l’information produite par les médias.

D’une manière générale, l’utilisation des réseaux sociaux et de l’Internet fournissent une information alternative et constitue un relais possible de l’affaiblissement du rôle de certains groupes primaires.

Autres groupe primaire : les associations. Les associations à caractère humanitaire, de défense de consommateurs, les associations écologiques situent des groupes permettant de mettre en perspective critique l’information diffusée par les médias.

Cependant, toute association n’est pas forcément propice au retraitement de l’information politique ou économique diffusée les médias. Il ne faut donc pas exagérer non plus le rôle de l’ensemble des associations comme groupe primaire.

Quoi qu’il en soit, il est difficile de mesurer le rôle de tous ces groupes primaires comme opérateurs de transformation ou de retraitement des informations issues des grands médias.

3–L’hétérogénéité et la multi fonctionnalité des médias.

3. 1 Les appareils informationnels.

Nous ferons ici la différence entre appareils informationnels et appareil médiatique.

Considérons l’ensemble de tous les médias comme un immense appareil informationnel constitué de sous appareils de nature publique ou privée. Ce sont des journaux, des magazines, des stations de radio, station de télévision, des sites Internet d’information. Il est évidemment important de savoir qui possède et contrôle directement ou indirectement chacun de ces appareils.

Mais à ces de l’appareil, s’ajoute des appareils périphériques qui sont eux-mêmes sources d’information généralement relayée par les médias : agence de presse (AFP,…), des instituts de sondage, des services de communication du gouvernement, des ministères des organisations professionnelles, des services de communication et de lobbying des multinationales, différents instituts officiels (Institut National de l’Audiovisuel, INSEE, DARES, CEVIPOF,…).

Il existe aussi des sociétés de production (documentaire par exemple) qui travaillent pour ces appareils. On peut recenser aussi des think tanks libéraux et sociaux libéraux (Institut Montaigne, Terra Nova,…). Il peut exister différents réseaux de communication ou d’influence connectant les journalistes à ces différentes instances.

Ces appareils pour être opérationnels ont besoin de moyens techniques de diffusion : réseau d’antenne, satellites, fournisseurs d’accès Internet, société d’édition, société de distribution, agence de publicité, société d’annonceurs. Là aussi, il serait intéressant de montrer la concentration croissante d’un certain nombre de 16 sociétés assurant la diffusion. Un certain nombre de « gros capitalistes » possède de gros portefeuilles d’actions dans ces différents appareils. Un exemple emblématique est évidemment celui de Bouygues.

Il existe aussi des organismes professionnels comme l’OJD qui recensent tous les journaux nationaux, régionaux et locaux avec leurs tirages, Médiamétrie qui recense les taux d’audience de la radio, la . télévision et de certains sites Internet. Le CSA recense les stations de radio de télévision avec des données statistiques.

3. 2 Les différents champs informationnels.

Cet appareil global produit, traite et diffuse des informations de tout sorte.

Ces informations sont catégorisables en rubriques aux contours plus ou moins nets : actualité et problèmes politiques, actualité et problèmes s économiques, culture, société, faits divers, météo, sport, vie pratique, etc.

Ce sont les premières rubriques qui sont susceptibles de véhiculer l’idéologie dominante. Mais le fait divers peut être aussi un vecteur puissant de l’idéologie dans la manière dont il est traité est choisi, et de l’espace qu’il occupe. C’est notamment le cas dans la presse locale dont la patte locale sur le vote FN mériterait une étude spéciale.

C’est par le regroupement de ces cinq champs que se constitue le champs idéologique de l’appareil informationnel global et de l’appareil médiatique.

3. 3 L’information = le message informationnel scénarisé

Rappelons qu’un message informationnel peut-être constitué :
- d’un fait affecté d’un certain coefficient de certitude ou d’incertitude.
- d’un commentaire
- d’un fait + un commentaire plus ou moins subjectif

On rappelle ici que l’information est un message informationnel scénarisé.

Examinons les différents paramètres permettant la scénarisation d’un message informationnel.

Premier paramètre : la valorisation.

La valorisation de l’information sur un curseur allant de l’oblitération et de l’affaiblissement de l’information jusqu’à sa surexposition. Cette valorisation s’exprime physiquement par un temps plus ou moins long ou court de diffusion ou par un espace rédactionnel plus ou moins grand. La répétition est un procédé souvent utilisé.

Cette valorisation peut-être locale c’est-à-dire véhiculée par très peu de médias ou au contraire être globale si la quasi-totalité des médias pratique cette valorisation.

Cette répétition peut s’exercer sur un temps relativement court de un ou deux jours ou être dispersée sur plusieurs mois et sur plusieurs médias

Un exemple de censure généralisée : à part le magazine Politis, les résultats du vote de l’assemblée générale de l’ONU concernant la résolution de lutte contre la glorification du nazisme ,n’ont été relayés par aucun média.

Et pour cause : le 23 novembre 2014,127 pays avaient voté pour la résolution, trois pays avaient voté contre : les USA, le Canada, l’Ukraine et 52 pays se sont abstenus (dont les pays de l’union européenne). Le gouvernement de François Hollande s’était abstenu face à cette résolution.

Le média Rue 89 a aussi relaté cet événement en indiquant en outre, qu’un rassemblement européen de la droite fasciste s’était réuni le 24 novembre à Nanterre… les grands médias défenseurs des droits de l’homme y étaient tous.

De même, en septembre -octobre 2016, aucun média n’a rendu compte du refus du groupe socialiste à l’assemblée de donner suite à la demande d’enquête parlementaire d’un député communiste du Nord relayant la demande de sept syndicats et de la ligue des droits de l’homme.

À l’inverse, à l’autre extrémité du curseur, une surexposition a été celle du lynchage médiatique de François Fillon pendant la campagne présidentielle de 2017.

Second paramètre : la moralisation.

Ce paramètre varie, sur un curseur, de la diabolisation et du dénigrement jusqu’à la consécration ou la révérence.

Troisième paramètre : la hiérarchisation–cadrage.

Le troisième paramètre est la mise en perspective : le message informationnel est alors assujettie à un cadrage de contextualisation, un axe de vue et à une hiérarchisation. Ainsi, l’information est située sur un curseur d’ordonnancement de l’information : du très peu important ou très important ou encore de l’anecdotique premier au plan.

Quatrième paramètre : le bruitage parasitage.

L’information est alors mise en concurrence avec une autre information voire même plusieurs autres informations. Ce parasitage a pour fonction, selon son intensité, d’étouffer l’information, de détourner l’attention par diversion, de provoquer une confusion entre l’information et l’information parasite. La finalité du parasitage est la neutralisation de l’information.

Une forme particulière de cette technique est de mettre en concurrence l’information é mise par un invité jugé gênant avec les informations émises par une multitude d’autres invités sur le même plateau ou en duplex.

Cinquième paramètre : le support et le codage de l’information.

Les différents types de codage sont les suivants : codage verbal ; codage graphique–numérique (graphique, courbes, tableaux) ; codage iconique ou imagé (dessins, photos, caricatures) ; codage corporel (postures corporelles, gestes, expression du visage ).

Le codage verbal implique un certain choix lexical, un certain niveau de langage qui peut être fonction de la cible visée. Ce type de codage permet de nombreuses manipulations rhétoriques : « Comme moi, tous les Français sont bien d’accord pour dire que… » ; « chacun sait bien que… » ; « comme l’affirme le professeur… il est bien certain que… ».

Les qualités oratoires contribuent à l’efficacité de l’impact du message. Ce codage verbal peut être utilisé avec un support visuel ou un support sonore.

Avec un support visuel, le codage s’exprime en forme écrite utilisant comme support un journal, un magazine, un tract, un écran d’ordinateur, de Smartphones dans une écriture numérisée.

La graphie du texte et son association éventuelle avec une image ou une photo relève de la profession de maquettiste.

L’utilisation de l’écrit numérique par les réseaux sociaux (e-mail, Facebook, Twitter,…) ou par la création de blog permet une plus grande vitesse de propagation de l’information et à tout citoyen de devenir potentiellement source d’information.

Cela provoque un certain émoi chez de nombreux journalistes qui voient ainsi leur monopole de diffuseur de l’information remis en cause.

Le codage verbal peut se faire sous forme sonore : discours, conférences, débats, interviews, chroniques,… Le support de diffusion peut être une radio, Web radio, télévision, un écran en plein air,… Dans le cas d’un support audiovisuel de type diaporama YouTube ,le texte peut être à la fois lu et dit, peut être agrémenté de dessins, montage vidéo, photos…

Dans le cas des autres codages, le support , la forme utilisée est essentiellement visuelle Remarquons que la communication non verbale peut être un moyen de susciter des émotions.

Une petite parenthèse sur le journalisme artificiel :

La prosopologie étudie méthodiquement les expressions du visage par analyse des contractions des 30 muscles constituant le visage et les différents plans frontaux et latéraux balayés par les yeux, en d’autres termes, par l’analyse des différents types de regards.

Ces données sont utilisées en intelligence artificielle pour modéliser les expressions émotionnelles émises par un visage humain en utilisant des images de synthèse. En outre, ces dernières années, les résultats obtenus avec les voix de synthèse sont devenus satisfaisants.

Il va donc être dorénavant possible de faire présenter un journal télévisé par une speakerine de synthèse avec une expressivité du visage très proche de celle d’un visage humain. Les recherches progressent encore sur la maîtrise de l’intonation de la voix pour la rendre plus vivante.

Sixième paramètre : l’affectivation.

Ce procédé a pour rôle de donner un contenu émotionnel, affectif à l’information. L’émotion (ou les affects) convoquée peut-être la peur. Dans ce cas, on peut parler de terrorisation de l’information.

Par exemple, donner une importance démesurée à l’action d’une dizaine de casseurs qui a duré un quart d’heure dans une manifestation de 50 000 personnes d’une durée totale de quatre heures et sans autre incident.

Mais ce peut être autre chose : la compassion, le sentiment de culpabilité ou de regret, la jalousie, le mépris, le rire, etc. Ce paramètre d’intensité variable se déplace sur un curseur allant d’une charge émotionnelle quasi nulle (messages froids) à une émotion maximale (messages très chauds).

Septième paramètre : la spectacularisation.

Il confère un caractère exceptionnel à l’information. Ce paramètre est la combinaison de plusieurs paramètres précédents : une valorisation maximale, une moralisation minimale ou maximale, un bruitage minimal, une mise en perspective de premier plan, un codage assurant le maximum d’audience, une affectivation maximale. La finalité d’un tel paramètre est d’obtenir un maximum d’audience (nombre de téléspectateurs, nombre d’auditeurs, nombre de lecteurs nombre de fréquentations d’un site internet) Dans « la société du spectacle » (Guy Debord), ce paramètre dans la scénarisation de l’information a un rôle important.

Huitième paramètre : La narcissisation.

Cette scénarisation a pour objectif de présenter le journaliste comme un humaniste serviteur du peuple et de la bonne morale. Il s’agit ici d’attirer toujours plus de confiance, d’augmenter sa crédibilité. Par exemple l’information : « Il y a du verglas sur les routes » sera accompagné de « Soyez prudents ». S’il y a une grève de cheminots, on montre la gêne ou le mécontentement que cela provoque chez les usagers considérés alors comme victime et on donne des conseils pratiques censées aider les voyageurs.

Si une personne est victime d’une inondation, le journaliste , au côté des secouristes, interviewe d’une voix allaitante la victime pour qu’elle exprime ce qu’elle ressent.

Neuvième paramètre : La martialisation.

Ce neuvième paramètre s’inscrit dans le cadre d’une utilisation de l’information comme arme idéologique contre un adversaire politique clairement désigné ou suggéré.

C’est une forme augmentée du parasitage. A partir d’une information donnée par l’adversaire, on tronque, ou on occulte une partie de cette information et on lui accole une ou plusieurs informations fausse. L’information de l’adversaire est sous-valorisée et l’information fausse sur valorisée. Cette scénarisation est en contradiction avec la charte de déontologie des journalistes de Munich.

Ce paramètre peut être combiné avec d’autres pour augmenter son efficacité. On trouvera en annexe une étude détaillée de ce genre de procédé utilisé par le journal Le Monde contre Le média.tv en février 2018.

10e paramètre : l’injonction informationnelle

Avec ce procédé, le journaliste émet un jugement presque actif concernant une situation politique par exemple en maquillant cette prescription de différentes manières, l’interrogation étend souvent utilisée.

Par exemple, après la victoire de Benoît Hamon à la primaire du PS, au lieu de dire à Mélenchon : « vous devez vous rallier à Benoît Hamont Hamon » on lui dit : « le maintien de votre candidature risque de faire perdre la gauche, ne devez vous pas vous rallier à lui ? ».

Autre exemple du même genre : Au lieu de dire à Mélenchon, entre les deux tours de la présidentielle de 2017 : « Vous devez vous désister pour Emmanuel Macron », on lui dit : « en ne donnant pas de consigne de vote pour Macron, ne risquez-vous pas de faire gagner Marine Le Pen ? ». Ces injonctions ont été utilisées par une multitude de journalistes.

De la même manière, on dira à Martinez, secrétaire général de la CGT, :

« En maintenant votre mot d’ordre de grève, ne risquez-vous pas de vous mettre à dos tous les usagers ? Et, de toute façon, Macron n’a pas du tout l’intention de céder » au lieu de l’injonction directe : « Vous ne devez pas faire cette grève. ».

Le plus souvent, l’injonction est maquillée, euphémisée Kara journalistes n’a évidemment pas l’autorité de donner des ordres à ses invités.

*

Cette scénarisation de l’information est le plus souvent de la responsabilité du comité directeur de la rédaction et de l’éditorialiste mais est peut-être élaborée par un groupe plus large de journalistes. Remarquons que ce que l’on appelle en langage journalistique « accroche » est toujours une information scénarisée.

3. 4 De l’appareil informationnel à l’appareil médiatique.

Ainsi on peut définir une information comme la donnée d’un message informationnel et mis en œuvre d’une scénarisation. L’appareil informationnel devient alors un appareil médiatique. Le champ informationnel ( constitué des différentes rubriques) ainsi complété devient le champ médiatique et l’appareil global qui permet de le faire fonctionner s’appelle appareil médiatique.

Le champ idéologique de l’appareil idéologique global complété par l’ensemble des scénarisations constituent le champ idéologique médiatique.

La partie de l’appareil médiatique global faisant fonctionner ce champ idéologique médiatique constitue l’appareil idéologique médiatique. Il fait alors fonctionner l’appareil médiatique comme appareil idéologique hybride (appareil d’État et appareils privés).

C’est cet appareil idéologique médiatique qui sert à maintenir la classe dominante au pouvoir et qui constitue ainsi « le bras armé » de la Grande bourgeoisie.

Les journalistes opérant dans cette sphère peuvent être alors considérés comme des soldats utilisant les techniques de la guerre idéologique, psychologique et cognitive en mettant en action les neuf scénarisations précédentes et notamment la neuvième pour anéantir toute influence idéologique de tout mouvement politique mettant en péril la pérennité du pouvoir de la classe dominante.

3. 5 Un appareil médiatique hétérogène.

L’appareil idéologique médiatique est très majoritairement vecteur de l’idéologie libérale et néolibérale. Néanmoins, il n’est pas totalement homogène et un certain nombre minoritaire de journalistes ou d’invités ne sont pas porteurs de cette idéologie libérale dominante.

Certaines émissions (reportages, documentaires) critiquant le pouvoir économique de multinationales ou le pouvoir politique en place existent mais sont généralement diffusées à des heures de faible audience et en quantité très limitée.

Les invités d’une pensée critique ayant un impact politique électoral non négligeable sont l’objet d’une scénarisation de l’information visant tous les paramètres pouvant leur être défavorables.

Les journalistes idéologues, ayant notamment des postes de responsabilité, font fonctionner l’appareil médiatique comme appareil idéologique de reproduction de la classe dominante. Ils portent alors des noms divers : médiacrates, chiens de garde, prêtres, théologiens, rentiers, soldats de la désinformation faisant partie de l’armée médiatique, etc.

L’appareil médiatique est hétérogène car il ne se réduit pas à une seule fonction de reproduction de l’idéologie dominante et l’appareil idéologique médiatique ne diffuse pas exclusivement l’idéologie néolibérale même si elle reste très majoritaire.

Comme au sein de l’État, il peut exister des conflits idéologiques au sein des rédactions. Tous les journalistes ne marchent pas au pas cadencé.

On ne peut non plus avoir une vision manichéenne et dogmatique d’un certain nombre de journalistes libéraux ou sociaux libéraux. Par exemple, tout en étant atlantistes et anti russe, ils peuvent inviter des « spécialistes » ou « experts » donnant un point de vue éclairant et critique sur la situation internationale.

C’est cette complexité liée à la multi fonctionnalités et à l’hétérogénéité de l’appareil médiatique qui rend relativement difficile l’identification de son pouvoir d’influence et de conditionnement des esprits.

Il est symptomatique que l’article d’Acrimed n’insiste pas trop sur le contenu idéologique des messages, c’est-à-dire sur le formatage au discours libéral mais plutôt sur la scénarisation de l’information. Il reste tout de même vrai que le contenu des messages (catéchisme argumentaires néolibéral) ne doit pas être négligé, mais la scénarisation est tout aussi importante voir plus.

En outre, l’objectif de la classe dominante n’est pas simplement de faire partager ses idées et de les faire apparaître comme des évidences n’ayant pas d’alternative, mais aussi de favoriser la dépolitisation. Cela s’effectue par l’instrumentalisation du fait divers, du divertissement, du sport,…

4– De la simple propagande de croisière à la guerre idéologique.

Mais nos explications et celle d’Acrimed restent encore insuffisantes pour comprendre le pouvoir des médias.

4.1 Des libéraux qui ne respectent pas les principes qu’ils prétendent défendre.

Droits de l’homme, liberté d’expression, liberté de conscience…comme nous l’avons vu dans notre rapide rétrospective historique, les libéraux laissent peu de place dans le champ médiatique aux opposants pour s’exprimer. Il s’agit donc d’un libéralisme de façade.

Si l’on formule l’hypothèse que le nombre de voix obtenues par les forces antilibérales d’un autre pays est proportionnel à l’espace médiatique occupé, en examinant les résultats sur une longue période, on peut en conclure que les libéraux monopolisent entre 85 et 90% du champ médiatique.

Cette disproportion d’espace leur suffit pour déverser leur propagande libérale pendant les périodes de relative stabilité politique mais lorsque l’assise politique de la grande bourgeoisie est menacée, alors une propagande de croisière se substitue à une guerre idéologique où la déontologie journalistique n’est plus de mise.

Tous les paramètres de scénarisation de l’information sont mis en œuvre pour neutraliser les idées contestataires et à cela s’ajoutent la calomnie, le dénigrement des leaders de la contestation que ceux-ci appartiennent au mouvement syndical, associatif ou politique... Mais un sort particulier est réservé aux mouvements politiques dont l’audience électorale devient très préoccupante pour la classe dominante.

Sont alors mises en œuvre des stratégies de neutralisation diversifiées : créer ou exacerber des divisions au sein du mouvement, valoriser des mouvements rivaux à l’aide de l’outil médiatique pour étouffer ou siphonner le mouvement politique le plus dangereux.

Les instituts de sondage peuvent constituer une aide à l’armée médiatique pour prévoir le moment de son offensive et faire le choix de sa stratégie de neutralisation.

C’est à partir des mouvements sociaux du printemps 2016 en France que la propagande de croisière se transforme en véritable guerre idéologique notamment contre la CGT. Entre autres, remarquons l’instrumentalisation de « casseurs » d’identité inconnue au sein des manifestations pour dévoyer le mouvement et le rendre impopulaire. La guerre continue pendant la campagne des élections présidentielles de 2017.

4. 2 Construire un imaginaire politique aliéné.

En distillant d’une manière permanente la propagande libérale sous ses formes diverses et variées, les agents de l’action idéologique construisent dans la tête des gens un imaginaire politique aliéné permettant la conservation de l’ordre social et économique établi, et ce, même dans les fortes périodes d’instabilité.

Il s’agit bien de remplacer la force des armes par la force têtue et tenace de la persuasion pour construire le consentement au pouvoir des puissances économiques et financières dominantes. Les agents de l’action idéologique du système médiatique n’ont pas seulement pour mission de faire intégrer les « arguments » de la catéchèse libérale mais aussi l’idée qu’il n’existe pas d’alternative économique et politique possibles à l’ordre capitaliste établi.. Ce totalitarisme idéologique a été nommé par Chomsky « système Tina ».

À cet effet, il leur faut développer des arguments que nous avons nommés « arguments barrage » (environ une dizaine) que nous avons étudiés dans un autre article, consistant à anéantir toute proposition alternative considérée alors comme irréaliste par exemple. Un autre aspect de la construction de cet imaginaire politique aliéné est de favoriser la dépolitisation, le dégoût de la politique est de faire grossir le troupeau des abstentionnistes et du vote blanc. L’une des composantes d’un imaginaire politique aliéné est la peur du changement, peur de perdre, peur des autres etc. Ce n’est pas par hasard que les problèmes sécuritaires sont projetés en premier plan. Le fait divers montant en épingle les actes de délinquance par exemple, participe à ce climat.

Mais en outre, la situation économique imposée par l’ordre libéral est anxiogène : peur de perdre son emploi, peur de ne pouvoir payer son loyer ou s’acquitter de ses dettes, incertitude sur l’avenir professionnel de ses enfants, etc.

Le parti de la peur est majoritaire dans notre pays : une grande majorité de l’électorat de Le Pen a peur des autres, peur des immigrés, peur du déclassement, peur de perdre son identité nationale, etc. Près d’ un quart de l’électorat de Macron et presque la moitié de son électorat au second tour ont voté pour la république en marche par peur du Front National.

À gauche, bon nombre de communistes n’ont pas voté Mélenchon la France insoumise par peur que leur parti se dissolve dans ce nouveau mouvement politique. Une partie de l’électorat socialiste proche de Benoît Hamont n’a pas voté Mélenchon par peur d’un changement trop radical ou par peur d’une personnalité trop autoritaire.

Ayons pas peur des mots : dans l’état actuel des choses, ce n’est pas le courage qui domine dans notre peuple. Et, portés par la houle de la peur, les parlementaires, imprégnés de ce climat sécuritaire, ont voté pour les 3/4 d’entre eux des lois sur la sécurité ayant des aspects fortement liberticides.

Mais construire un imaginaire politique aliéné n’est pas encore suffisant lorsque l’ordre établi est menacé par un mouvement politique contestataire risquant de devenir majoritaire. Les agents de l’action idéologique développent alors des stratégies de combat plus agressive.

4 3 La guerres idéologiques pendant la campagne présidentielle de 2017

L’appareil idéologique médiatique en temps de guerre idéologique a une spécificité : c’est l’utilisation de stratégies de neutralisation de tout courant ou mouvement politique pouvant constituer un danger sérieux pour la pérennité du pouvoir de la classe dominante.

Nous avons vu dans un article précédent comment la campagne de Jean-Luc Mélenchon a été neutralisée par 3 procédés médiatiques : une utilisation frontale du dénigrement et de la calomnie, une invisibilité de l’avenir en commun , une valorisation concurrente sur le flanc gauche avec le revenu universel et le programme de Benoît Hamont . Enfin, une valorisation de la politique du FN sur le flanc droit.

Cette triple stratégie s’inscrit dans une stratégie plus globale de la survalorisation de la campagne de Macron qui elle, n’était pas spécifiquement dirigée contre Mélenchon.

Remarquons que cette stratégie frontale de dénigrement n’avait pas non plus comme unique source un certain nombre de commentateurs malveillants mais aussi un certain nombre d’élus communistes et de personnalités de EELV et d’extrême gauche.

Plus préoccupés par les petits intérêts de leur pré carré que par l’intérêt général, les directions de ces partis n’ont rien compris à l’environnement de guerre idéologique dans lequel ils sont plongés, ne semblent pas non plus avoir compris la dangerosité du mouvement politique propulsé par Mélenchon pour la classe dominante. (Voir le lien pour accéder à cet article en annexe)

Cette stratégie aurait pu s’exercer sur n’importe quel mouvement politique dirigé par une forte personnalité qui aurait constitué le même danger pour la remise en cause des privilèges de la caste oligarchique.

Remarquons qu’ Acrimed a eu raison de ne pas développer ce genre d’arguments, car on pourrait alors l’accuser d’avoir une vision partisane hyper orientée. Nous savons qu’ Acrimed eût par ailleurs la très bonne idée de rendre compte du « Mélenchon bashing » dans les médias.

4. 3 Les guerres idéologiques continuent contre La France Insoumise.

Malgré les stratégies de neutralisation déployées contre Mélenchon et le programme l’avenir en commun, celui-ci est arrivé tout de même à un score de près de 20 %. Pourtant la puissance de feu développée par l’appareil médiatique a été considérable.

Mélenchon et les leaders de la France insoumise ont parfaitement compris l’extrême importance de la bataille médiatique et ont ainsi mobilisé des moyens inédits pour faire face au rouleau compresseur de l’appareil idéologique médiatique.

Ils ont compris aussi la nécessité de continuer de propager leurs idées par l’action de terrain et par la diffusion de leurs propositions avec différents supports, d’une manière continue, et en dehors des campagnes électorales.

Le bras armé médiatique de la grande bourgeoisie continue donc sa guerre idéologique en utilisant tous les moyens décrits précédemment. L’armée médiatique va probablement une fois de plus mobiliser, en leur donnant de la visibilité, des forces politiques concurrentes (vestiges du PS + PCF ; mouvement de Benoît Hamon, uPR,…).

La guerre va aussi s’intensifier contre le mouvement social à commencer par les cheminots et les mouvements écologistes comme Greenpeace.

5– Les Agents de l’Action Idéologique. (AAI).

Ce sont les agents travaillant dans le champ idéologique médiatique (appareils périphériques in pour bonne partie clus). Ils assurent la fonction de reproduire l’idéologie dominante libérale et ultralibérale et d’assurer le pouvoir économique et politique de la grande bourgeoisie. Ils ont aussi pour mission de préparer l’opinion publique à la guerre si cette dernière décide de déclencher un conflit. Ce fut le cas par exemple aux USA lors de l’intervention américaine en Irak sous prétexte d’existence d’armes de destruction massive… qui n’existaient pas.

On les appelle communément « chiens de garde » avec Serge Halimi. Comme nous l’avons vu, tous les journalistes ne sont pas des chiens de garde car l’appareil médiatique est hétérogène et l’appareil informationnel qui le sous-tend et multifonctionnel.

Prenons un exemple : France Culture. La plupart des journalistes de cette station ne sont pas des chiens de garde : les journalistes animant les émissions d’histoire, de philosophie, de sciences, d’arts ne peuvent pas être considérés comme des chiens de garde. En revanche, les journalistes animant des émissions politiques le sont comme c’est le cas sur toutes les chaînes publiques et privées, à quelques exceptions près.

Ceci étant rappelé, il est fondamental de comprendre que c’est l’action de ces agents idéologiques qui est responsable depuis plus de deux siècles du maintien des libéraux et maintenant des ultralibéraux au pouvoir.

Et ce, dans la plupart des pays capitalistes. Comment expliquer qu’une majorité de la population continue depuis des décades à mettre au pouvoir des représentants qui la maintiennent dans la précarité, dans des situations d’exploitation et de pauvreté et vont jusqu’à même provoquer des guerres dont elle sera la première victime ? Comment peuvent ils croire que ses représentants défendent l’intérêt général alors qu’ils défendent les intérêts de classe de privilégiés ?

Ceci s’explique très simplement par deux raisons :

–Le travail continu de ses agents, l’action idéologique qui utilise des moyens techniques de diffusion de plus en plus puissants et étendus.

–L’ignorance, l’inculture historique et politique d’une majorité de la population, l’ inconscience que ce sont ces agents qui façonnent leur esprit, leur opinion, expliquent leur soumission à l’ordre établit.

L’absence de conscience de classe chez un certain nombre d’intellectuels ne permet pas à ces derniers d’identifier l’action de ces agents qui sont au service de la classe dominante.

6– Se donner les moyens de s’émanciper de l’action de l’appareil idéologique médiatique

 :

Si le mouvement France Insoumise veut avoir une quelconque chance d’accéder un jour au pouvoir, il lui faudra briser le barrage de l’armée médiatique mis en place par ses agents de l’action idéologique.

Comment ?

–Informer et former les citoyens sur les moyens et les stratégies mis en œuvre par ses agents.

–Créer et faire fonctionner des observatoires de l’action de ces soldats et organiser des répliques d’une manière légale et coordonnée.

–Occuper le plus de place possible dans l’appareil médiatique.

Et dénoncer sans cesse la symétrie de traitement entre les porteurs de l’idéologie ultralibérale et les contestataires.

–Utiliser tous les moyens d’information alternatifs possibles : Internet et réseaux sociaux, Web radio, radios locales, journaux locaux, etc.

–Organiser des diffusions massives de tracts centrés sur l’action médiatique de ses agents.

Il ne s’agit pas ici de se contenter d’une simple contre argumentation classique concernant le catéchisme libéral mais de dénoncer les mensonges, calomnies, troncage de l’information, et les scénarisations toxiques de l’information au cas par cas.

–Dénoncer les reprises par certains responsables du PCF du PS des informations erronées et diffusées par les agents de l’action idéologique de la grande bourgeoisie via l’appareil médiatique

Faute d’avoir pris conscience de la nécessité d’un tel combat médiatique et de s’être doté des moyens nécessaires pour faire face à ses agents de l’action idéologique, les forces progressistes ont perdu beaucoup de temps et beaucoup de sang.

Hervé Debonrivage.

Annexe  : quelques articles sur le même thème.

Le Monde : organe central du parti médiatique libéroploutocratique de l’inobjectivité http: cliquez sur l’adresse URL http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Comment les médias ont éliminé Mélenchon du 2ème tour et ont fait élire Macron. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...   Un article plus ancien (2012) Médias : La télé implémentation du biologiciel libéral dans les 45 millions de cerveaux connectés aux médias. http://www insérer avant télé implémentation.gauchemip.org/spip.php ?article18907 a Médias : la guerre cognitive contre France Insoumise http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Médias alternatifs : Le Média tv https://www.lemediatv.fr/

Les médias de La France Insoumise https://lafranceinsoumise.fr/medias/


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