De l’antisémitisme aux causes de la Shoah (modestes remarques)

vendredi 14 juin 2019.
 

A) Remarques préliminaires

A1) Définition de l’holocauste

Qu’est-ce que l’Holocauste ?

Celle donnée par "L’Encyclopédie de la Shoah" peut être retenue comme point de départ :

https://www.ushmm.org/fr/frequently...

On désigne par le terme Holocauste la persécution et l’annihilation systématiques soutenues par l’Etat des Juifs d’Europe par l’Allemagne nazie et ses collaborateurs entre 1933 et 1945. Les Juifs furent les victimes principales de cet Holocauste ; les Roma et les Sinti (Tziganes), les personnes souffrant de handicaps physiques et mentaux, et les Polonais, furent également la cible de destruction ou de décimation pour des raisons raciales, ethniques ou nationales. Des millions d’autres, dont des homosexuels, des Témoins de Jehovah, des prisonniers de guerre soviétiques et des dissidents politiques, subirent une oppression sévère, ou furent tués dans l’Allemagne nazie.

FASCISME : bête immonde aux dizaines de millions de victimes

A2) Pourquoi étudier la discrimination, le génocide des juifs et leurs causes ?

La réponse ci-dessous paraît satisfaisante :

« Que l’on vive en Afrique centrale, en Chine, dans le Pacifique Sud ou en Suisse, il faut être conscient du danger que le génocide représente. En fin de compte, l’enseignement de l’Holocauste n’a pas d’autre signification que de tenir le plus possible l’humanité à l’écart de cette forme extrême d’extermination massive. »

Yehuda Bauer, Historien, UNESCO, 31 janvier 2012

Quiconque prend au sérieux l’horreur représentée par la Shoah ne peut que vouloir en comprendre les causes profondes. Quiconque comprend l’intérêt d’un enseignement de ce génocide pour éviter que cela ne se reproduise ne peut également que chercher par ses sentiments et par sa raison quelles sont ces causes.

A3) Manque de sérieux historique de nombreux documents utilisés

Après avoir lu plusieurs ouvrages spécialisés, plusieurs dossiers de revues, plusieurs leçons de manuels scolaires et de nombreux articles du web, je constate avec regret que fréquemment, les réponses données à la question des causes de la shoah dans les documents utilisés, par les élèves par exemple, ne sont pas à la hauteur de l’enjeu défini ci-dessus par Yehuda Bauer.

Dans ces conditions, je vais essayer d’apporter mon point de vue, seulement par de modestes remarques car il faudrait un travail d’historien plus exhaustif que ce que je peux faire ici.

A4) Le poids des "intentionnalistes " dans les textes sur les causes de l’holocauste :

Beaucoup de textes "intentionnalistes " peuvent être résumés en 3 points :

- l’antisémitisme a été prégnant sur le continent européen depuis 2000 ans par le canal du christianisme. Nous allons ci-dessous étudier la question de l’antisémitisme chrétien dans une partie B.

- Des personnalités et courants des "Lumières françaises" puis du socialisme auraient relayé cet antisémitisme profond. Nous essaierons de discuter ce point dans une partie C.

- L’antisémitisme nazi est un héritage de cette histoire ; la shoah constitue la réalisation d’un projet d’extermination des Juifs, principal objectif idéologique d’Hitler dès 1919-1920. Nous y reviendrons dans la partie D.

Les "fonctionnalistes" répondent qu’il est faux d’analyser le nazisme au travers du prisme du seul Hitler, que ce pouvoir dictatorial a évolué et que le génocide n’a été décidé qu’à l’automne 1941 pour des raisons en partie conjoncturelles liées à la guerre.

Je préfère dire dès le début de ce texte que je ne me situe pas entre ces deux paradigmes. Je suis d’accord avec les intentionnalistes sur l’importance de l’héritage idéologique antisémite dans la gestation puis la réalisation du génocide juif. Mais les fonctionnalistes ont raison de leur reprocher un manque de rigueur historique, par trop grande focalisation sur Hitler en particulier...

A5) Quelle période prendre en compte pour comprendre les causes de l’holocauste ?

Le débat entre historiens prend en compte les antécédents antisémites d’Europe, la trajectoire d’Hitler et du nazisme de 1919 à 1945, en passant par les années cruciales 1933 à 1939. C’est logique et je vais faire de même.

Dans les deux versions d’étude de la shoah proposées par le musée Yad Vashem, je retiens « Comme la discrimination contre les Juifs avait commencé avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler en janvier 1933, de nombreux historiens considèrent que cette date marque le point de départ de l’Holocauste » car elle évite de se focaliser sur le seul processus de l’engrenage de guerre nazi.

B) De l’antijudaïsme chrétien à holocauste juif ?

L’hostilité au judaïsme et aux Juifs ayant existé en Europe bien avant le fascisme hitlérien, particulièrement au sein du christianisme, a souvent été avancé comme une origine et une cause essentielle du génocide des juifs. Je vais citer ci-dessous en B1 deux exemples d’argumentation en ce sens.

B1) Des traditions antisémites européennes à holocauste juif : les affirmations de quelques documents

- > le site présenté comme "le portail juif francophone" affirme à peu près le même point de vue. ... Au cours des siècles, le Christianisme a systématiquement diabolisé les Juifs. Cette diabolisation a pris naissance dans la théologie catholique romaine. Après la Réforme, une partie du monde protestant, Martin Luther et ses disciples, en particulier, ont aussi fait la promotion d’une haine antisémite extrême.

https://www.jforum.fr/avons-nous-re...

- > Le site SHOAH commence son étude des causes de la shoah par la phrase suivante : « La réponse à cette question réside dans l antisémitisme existant en Europe avant même la montée en puissance des nazis. Ce n’était pas un phénomène spécifiquement allemand. L’on peut trouver une sorte d’incitation a la haine généralisée contre les Juifs dans les écrits de Martin Luther et il a pu influencer pas mal de chrétiens. »

http://www.projetaladin.org/holocau...

B2) Mon point de vue

Personnellement, je ne pense pas qu’un antisémitisme systématique intégré dans le dogme puisse être reproché au christianisme comme au catholicisme.

Il est vrai que l’on peut trouver des phrases antijuives dans des textes sacrés du christianisme. Cependant, je suis persuadé que ce fonds ancien ne peut être avancé comme origine et cause principale de la shoah.

C’est surtout à partir du dernier quart du 19ème siècle et 1ère moitié du 20ème que des relents d’antisémitisme fréquent peuvent être reprochés au christianisme comme au catholicisme.

Pour aborder sérieusement cette question il me paraît donc nécessaire de distinguer plusieurs périodes.

J’ai essayé de les traiter dans l’article de ce site accessible à l’adresse URL :

De l’antisémitisme chrétien à la shoah ?

- De l’antijudaïsme et antisémitisme chrétiens à la shoah... Une réalité

- De l’antijudaïsme et antisémitisme chrétiens à la shoah... des analyses à contextualiser, à nuancer

B3) De l’empire romain au Moyen Age

Des textes canoniques chrétiens recèlent un antijudaïsme certain. Notons cependant que l’antijudaïsme de Saint Augustin par exemple relève de son communautarisme sectaire virulent contre tout groupe ne suivant pas les décisions de l’Eglise. Ainsi, il est beaucoup plus violent et appelle bien plus à l’extermination des donatistes (mouvement social chrétien) que des juifs.

Des conciles et Eglises nationales poussent par diverses décisions à la marginalisation sociale des juifs. Tel est le cas par exemple de l’interdiction de tout mariage d’un chrétien avec un Juif ou une Juive lors des conciles d’Orléans en 533 et 538. Tel est plus nettement le cas du grand évêque carolingien Agobard qui exhorte ses ouailles lyonnaises à éviter toute relation familière avec des membres de la communauté hébraïque.

Ceci dit, Bernhard Blumenkranz, historien de la communauté juive française, a prouvé que celle-ci avait pu vivre à cette époque parmi les communautés chrétiennes très majoritaires sans problème important.

Le fait que les juifs aient été rendus responsables du tremblement de terre à Rome en 1020 ne me paraît pas une preuve d’antisémitisme chrétien. Globalement la situation des juifs dans la péninsule italienne est bonne aux 11è et 12è siècles ; mais l’Eglise considère Dieu comme tout-puissant (y compris dans la vie quotidienne de chacun) et comme extrêmement bon ; aussi elle cherche comme explication à chaque catastrophe des boucs émissaires manipulés par le diable.

Tel sera le cas par exemple des sorcières brûlées au 15ème siècle comme responsables du refroidissement climatique.

5 décembre 1484 : Le pape Innocent 8 lance la chasse aux sorcières

En 1940, l’Eglise catholique française expliquera suivant la même logique l’envahissement nazi du pays par la fureur divine contre les lois laïques. Alors que les armées nazies submergent la France provoquant la fuite éperdue de centaines de milliers de réfugiés,

- le 9 juillet, la presse catholique (dont L’Union catholique en Aveyron) désigne le responsable de la déroute. Sous le titre "Les responsabilités de la défaite", l’article de fond développe Qui donc est responsable ? les lois laïques.

- le 10 juillet Radio Vatican caractérise la situation créée par la victoire militaire nazie comme "une épreuve purifiante", appelle à "garder le silence" et se termine par un appel annonciateur " Ayons le courage d’éliminer les éléments nocifs".

B4) Emergence des Etats nationaux et antisémitisme

Des persécutions plus massives de Juifs sont apparues avec les grands souverains catholiques à l’époque de la construction des royautés féodales européennes (de Saint Louis pour la France à Isabelle la Catholique pour l’Espagne).

L’obsession de la pureté nationale et religieuse a conduit à des répressions terribles à l’encontre de Juifs. Le cas espagnol après la chute de Grenade peut être pris pour exemple :

Que sont devenus les juifs d’Espagne après l’expulsion de 1492 ?

B5) Structuration de l’Eglise autour de la papauté et antisémitisme

La centralisation de plus en plus forte du monde catholique autour de la papauté a permis à celle-ci de combattre pour défendre son monopole idéologique, dont religieux, contre tout groupe différent. Des génocides comme celui des cathares et des Vaudois de Provence en attestent. Des persécutions comme celle des Protestants français le prouvent également. Les attaques antijuives entrent dans ce contexte.

C) Aux sources de l’antisémitisme contemporain : les Lumières puis les courants progressistes ou les Anti-Lumières puis les courants réactionnaires et fascistes

B4) L’antisémitisme ne naît pas du courant progressiste, de l’humanisme aux Lumières, mais du courant conservateur, catholique intégriste puis anti-Lumières

Il me semble que la droitisation du gouvernement d’Israël pèse dans une réécriture de l’histoire longue, faisant porter la responsabilité principale de l’antisémitisme européen sur le courant progressiste de l’humanisme aux Lumières, des Républicains aux socialistes. Ainsi, le site présenté comme "le portail juif francophone" affirme Après la Réforme, une partie du monde protestant, Martin Luther et ses disciples, en particulier, ont aussi fait la promotion d’une haine antisémite extrême. Le regretté Robert Wistrich, l’historien dominant de notre génération sur la question de l’antisémitisme, a décrit l’histoire de la diabolisation des Juifs à partir du moment où le Christianisme a perdu le monopole intellectuel au sein de la société européenne. Un rôle central a d’abord été joué par Voltaire et d’autres philosophes français dits “des Lumières”. Il sont été suivis de peu par les Idéalistes allemands et d’autres philosophes, autant par les socialistes français du 19ème Siècle que par Karl Marx.

Mon point de vue est autre. Zeev Sternhell a raison de pointer l’importance du courant des Anti-Lumières dans la généalogie de l’extrême droite et du nazisme.

Oui, depuis 250 ans, une bataille idéologique et politique divise d’un côté des forces progressistes attachées au développement de la démocratie et des droits de l’homme, de l’autre des forces conservatrices insistant sur les valeurs d’autorité, de hiérarchie, d’ordre, de communautarisme national, de suprématisme... C’est sur le terreau des seconds que s’est développé l’antisémitisme. Comme l’écrit Enzo Traverso « C’est le rejet radical d’une idée universelle d’humanité qui permet l’extermination des juifs ».

Globalement, les humanistes (dont Spinoza), Réformés et philosophes des Lumières (dont courant juif des Lumières) ont pesé dans un sens universaliste. Tel est le cas par exemple de Herder qui écrit, dès 1773, « Dieu merci, tous les caractères nationaux sont effacés ! Nous nous aimons tous, ou plutôt aucun d’entre nous n’a besoin d’aimer les autres ; nous nous fréquentons, sommes complètement égaux entre nous… Nous n’avons pas, il est vrai, de patrie, d’êtres que nous puissions appeler les nôtres, mais nous sommes des amis de l’humanité et des cosmopolites. »

Les libéraux flottent entre ces deux orientations fonction des intérêts économiques et politiques des possédants. Dans les années 1920 et 1930, ils ont presque partout fait alliance avec les fascistes pour imposer des régimes autoritaires et totalitaires. Dans les années 1960 et 1970, ils ont fait de même (dictatures militaires), par exemple en Amérique latine et dans l’Asie du Sud-Est.

B) Les causes de l’holocauste juif avancées par des textes de référence

Après avoir lu plusieurs ouvrages spécialisés, plusieurs dossiers de revues, plusieurs leçons de manuels scolaires, j’avais rédigé cette seconde partie. En consultant les réponses à la question ci-dessus par les 10 premières occurrences de sites web (moteur de recherches google), j’ai découvert un texte qui m’a paru plus complet, plus documenté que le mien. Aussi, j’ai choisi de présenter ci-dessous en partie B ce seul texte (Dina Porat, Tendances dans la recherche sur les causes de la Shoah, traduit de l’hébreu par Yaël Shneerson) comme base de réflexion avant de donner mon avis dans la partie C.

B1) Des causes spécifiques à l’histoire de l’Allemagne ayant généré une volonté raciste de génocide des Juifs

Dans les années qui suivirent la guerre, la colère et l’indignation suscitées par les actes des nazis – définis comme crimes de guerre par le tribunal international de Nuremberg – poussèrent les chercheurs à considérer que l’Allemagne elle-même était la cause principale de la Shoah. Le débat se focalisa alors sur l’histoire de ce pays et sur la question de savoir si l’on pouvait déceler dans son passé les « germes » des événements du xxe siècle : les coutumes et croyances des tribus teutonnes, les ordres du Moyen Âge, la poussée vers l’Est, les caractéristiques de la Prusse, la lenteur avec laquelle s’étaient développées les institutions démocratiques en regard de la persistance d’un ordre social fortement hiérarchisé, les conséquences de la Première Guerre mondiale. Des historiens tels que A. J. P. Taylor, cherchant les causes de la « spécificité historique allemande », se penchèrent sur le Moyen Âge, sur les principautés et les duchés, sur l’excentricité des seigneurs. .

Selon Gustave Gilbert, principal psychologue des accusés des procès du Nuremberg les caractéristiques d’une personnalité schizoïde, incapable de ressentir de l’empathie envers autrui et insensible à l’environnement extérieur, étaient fort répandues parmi les soldats déjà mobilisés et parmi ceux qui s’enrôlaient dans l’armée.

Le supposé « caractère germanique » ancré dans une histoire particulière, les visions d’horreur auxquelles furent confrontés les soldats à leur entrée dans les camps, l’idée d’un pouvoir à l’idéologie bien structurée, ayant adopté de façon méthodique des mesures de plus en plus sévères afin d’atteindre un but précis, toutes ces raisons, alliées aux visées hégémoniques et à l’antisémitisme virulent du Führer lui-même, contribuèrent à créer l’impression d’une séquence continue entre les siècles précédents, et surtout entre les années 1930 et Auschwitz. D’où la tendance dite « intentionnaliste », selon laquelle la Shoah est le produit de l’intention délibérée des échelons supérieurs de la hiérarchie nazie, tendance à laquelle se rattachent des chercheurs comme Lucy S. Dawidowicz, Gerald Fleming, Jaeckel et d’autres. C’est ainsi que les instigateurs et les exécutants de la « Solution finale », et les moyens mis en œuvre pour l’appliquer, firent l’objet des premières recherches sérieuses publiées dès les années 1950 par des historiens comme Joseph Tenenbaum, Léon Poliakov, Gerald Reitlinger et Raul Hilberg, qui puisèrent largement dans les masses de documents réunis en vue des procès de Nuremberg.

Ainsi, la première cause de la Shoah évoquée par les chercheurs fut l’Allemagne elle-même, dont la population aux caractéristiques particulières avait pu être facilement enrôlée pour accomplir les volontés de ses dirigeants.

B2) L’antisémitisme de Hitler

A la fin des années 1940, une deuxième cause parut s’imposer, du moins aux yeux des Juifs : l’antisémitisme, fondement sans lequel il eût été impossible aux dirigeants allemands et à leurs fidèles de mener à bien leurs desseins.

Les chercheurs désiraient avant tout comprendre la nature de l’antisémitisme de Hitler. Était-il antisémite parce qu’il croyait vraiment en la théorie raciale et classait les Juifs au plus bas, sinon au-dessous, de l’échelle des races ? À en juger par ses discours enragés, par les déclarations retranscrites par son entourage, il semblait être en proie à une véritable obsession, à une peur atavique du Juif en tant qu’individu et collectivité. Cette angoisse allait bien au-delà, sans doute, de l’antisémitisme comme « conception du monde », tel que le définit Sartre dans son essai Réflexions sur la question juive, ou même de l’antisémitisme défini comme un sentiment de haine et de jalousie envers l’étranger soi-disant dominateur, ou encore de la théorie des races dans sa version nazie, selon laquelle le Juif constitue un danger biologique, susceptible de propager des maladies et de détruire les autres races. Hitler, tout en se servant de cette théorie comme un efficace moyen de propagande, semble avoir adopté des positions encore plus extrêmes : le Juif représentait un danger pour l’humanité entière, pour toute la planète, un danger proprement métaphysique, dont la victoire scellerait la mort de l’humanité. La dernière phrase de son testament évoque les Juifs, « ces empoisonneurs éternels de tous les peuples ». De jeunes chercheurs, tel Boaz Neumann de l’université de Tel-Aviv, s’intéressent aujourd’hui de nouveau à ce sujet.

B3) L’antisémitisme du peuple allemand

Il était aussi perçu sur cette fin des années 1940 comme une cause allant de soi. En effet, comment Hitler et les appareils du pouvoir auraient-ils réussi à convaincre des millions de citoyens de la nécessité de la « Solution finale » et à se servir d’eux comme agents dans cette entreprise d’extermination, s’ils n’avaient pas été antisémites, nourrissant à l’égard de leurs voisins juifs animosité, suspicion et jalousie ? Dans cette perspective, on analysa aussi les fondements de l’antisémitisme politique qui s’était développé durant la deuxième moitié du xixe siècle en Allemagne, ainsi qu’en Autriche, où étaient nés et avaient grandi quelques-uns des principaux protagonistes de la « Solution finale ». Ainsi les chercheurs formulèrent-t-ils la thèse d’une continuité historique et sociale : l’antisémitisme, né plusieurs générations auparavant, se serait étendu et renforcé pour atteindre son point culminant sous le pouvoir nazi. À cette école de pensée appartiennent des chercheurs comme Paul Massing et Eva Reichmann, dont les livres furent publiés dès la fin des années 1940, et, après eux, Peter Pulzer, James Parkes et Léon Poliakov, qui entamait alors son œuvre monumentale sur l’histoire de l’antisémitisme.

A la fin des années 1940, les souffrances, les humiliations et les pertes infligées aux Juifs par les nazis étaient encore une plaie ouverte, et l’antisémitisme apparaissait comme la cause incontestable de la Shoah, un soubassement idéologique sans lequel elle n’aurait pu se produire. Bien plus : la Shoah était perçue comme l’aboutissement d’un processus long de plusieurs siècles, avec quelques accalmies de courte durée, pendant lequel l’antisémitisme n’avait fait qu’empirer. Une telle conception lie l’antisémitisme à la politique des nazis de façon résolument organique et crée une sorte de logique interne conduisant inexorablement à la Shoah.

B4) La logique totalitaire du pouvoir nazi

Les régimes totalitaires fonctionnent au moyen des appareils qu’ils ont mis en place – militaires, policiers et surtout bureaucratiques –, tous asservis à l’autorité du parti unique. Dans son œuvre monumentale sur la destruction des Juifs d’Europe, écrite dans les années 1950, l’historien Raul Hilberg analyse les rouages de l’appareil bureaucratique du Troisième Reich, qui, à ses yeux, ont rendu possible la Shoah. La bureaucratie allemande, telle que la décrit l’auteur, est une sorte d’automate, un « perpetuum mobile » : une fois engagé dans l’action, elle ne s’arrête plus et continue sa course à bride abattue. Hilberg se heurte ici à une contradiction qu’il tente de résoudre : derrière l’image que l’Allemagne avait réussi à se forger – un pays où régnaient un ordre et une discipline exemplaires –, le régime était en fait miné par des querelles intestines, chaque chef et sous-chef cherchant à attirer sur lui l’attention et les faveurs du Führer. La politique à l’égard des Juifs n’était pas centralisée dans un seul bureau, et les pouvoirs d’Eichmann diminuèrent au fur et à mesure qu’augmentait l’influence d’autres organes SS, chacun essayant de s’assurer les prérogatives de son concurrent. Pourtant, toutes ces autorités rivales et concurrentes réussirent à coordonner leurs actions pour mettre en œuvre la « Solution finale ». Cette action concertée eut lieu tout naturellement, nous dit Hilberg, car toutes ces forces rivales comprenaient fort bien quelle était l’idée directrice et dans quel sens tournait le vent. Une telle explication ne résout pas vraiment la contradiction : en effet, quand bien même des personnes sont mues par le sentiment d’un objectif précis, elles n’agissent pas forcément sous l’impulsion d’un mécanisme automatique, et ce mécanisme n’est pas aussi déterminant que Hilberg voudrait nous le faire croire. La question de la place de l’individu dans le mécanisme du pouvoir allait revenir et occuper le centre du débat, comme nous le verrons par la suite.

B5) Le suivisme non critique d’une majorité d’individus dans le contexte d’un pouvoir autoritaire

Les régimes totalitaires fonctionnent au moyen des appareils qu’ils ont mis en place – militaires, policiers et surtout bureaucratiques –, tous asservis à l’autorité du parti unique. Dans son œuvre monumentale sur la destruction des Juifs d’Europe, écrite dans les années 1950, l’historien Raul Hilberg analyse les rouages de l’appareil bureaucratique du Troisième Reich, qui, à ses yeux, ont rendu possible la Shoah. La bureaucratie allemande, telle que la décrit l’auteur, est une sorte d’automate, un « perpetuum mobile » : une fois engagé dans l’action, elle ne s’arrête plus et continue sa course à bride abattue. Hilberg se heurte ici à une contradiction qu’il tente de résoudre : derrière l’image que l’Allemagne avait réussi à se forger – un pays où régnaient un ordre et une discipline exemplaires –, le régime était en fait miné par des querelles intestines, chaque chef et sous-chef cherchant à attirer sur lui l’attention et les faveurs du Führer. La politique à l’égard des Juifs n’était pas centralisée dans un seul bureau, et les pouvoirs d’Eichmann diminuèrent au fur et à mesure qu’augmentait l’influence d’autres organes SS, chacun essayant de s’assurer les prérogatives de son concurrent. Pourtant, toutes ces autorités rivales et concurrentes réussirent à coordonner leurs actions pour mettre en œuvre la « Solution finale ». Cette action concertée eut lieu tout naturellement, nous dit Hilberg, car toutes ces forces rivales comprenaient fort bien quelle était l’idée directrice et dans quel sens tournait le vent. Une telle explication ne résout pas vraiment la contradiction : en effet, quand bien même des personnes sont mues par le sentiment d’un objectif précis, elles n’agissent pas forcément sous l’impulsion d’un mécanisme automatique, et ce mécanisme n’est pas aussi déterminant que Hilberg voudrait nous le faire croire. La question de la place de l’individu dans le mécanisme du pouvoir allait revenir et occuper le centre du débat, comme nous le verrons par la suite.

B5) Les responsabilités des USA vis à vis des Juifs discriminés exterminés

B6) Les responsabilités de l’Eglise catholique

https://fr.wikipedia.org/wiki/Holocauste

http://www.ensemble-rd.com/discrimi...

https://www.cairn.info/revue-revue-...

https://museeholocauste.ca/fr/histo...

http://unesdoc.unesco.org/images/00...

A) Sur les responsabilités du christianisme dans l’antisémitisme et la shoah

Les textes de référence analysant les origines de l’antisémitisme insistent sur le rôle joué par l’Eglise catholique dans la diffusion de cette peste.

A) Comprendre les origines essentielles de l’antisémitisme nazi

Durant ma carrière d’enseignant, j’ai souvent été heurté par certaines affirmations aussi superficielles que péremptoires des livres et sites web utilisés par les élèves sur ce sujet.

Ils dénoncent à juste titre les théories antisémites de la religion chrétienne (peuple déicide). J’ajoute seulement que des pouvoirs politiques portent au moins autant de responsabilité.

Les juifs ont pu développer un prosélytisme très important dans l’empire romain avant que celui-ci ne fasse du christianisme la religion d’Etat. « À partir de cette époque et pendant de nombreux siècles, les conciles élaborent une législation antijuive : les juifs sont discriminés dans les activités économiques, dans l’habitat (le ghetto), dans la tenue vestimentaire et par le serment more judaico. » (Carol Lancu)

Pour le Moyen Age, le site du Mémorial US de l’holocauste signale seulement les 10 et 11ème siècles. Pour ma part, j’insisterai sur le lien entre persécution des juifs et construction des Etats féodaux (par exemple sous Louis IX pour la France, sous Isabelle la catholique pour l’Espagne).

Un intellectuel français comme Arthur de Gobineau, proche de Tocqueville, a développé des théories antisémites évidemment condamnables mais son rôle dans le futur antisémitisme nazi ne me paraît pas décisif. Wilhem Marr, intellectuel allemand, a moins pesé dans le développement de l’antisémitisme que les partis de droite pré-fascistes construits dans le dernier quart du 19ème siècle comme le Parti chrétien-social autrichien, l’extrême droite allemande et l’Action française. Ce pré-fascisme et son antisémitisme ne peuvent être dissociés de la construction des Etats nationaux et de leur production de mythes nationaux unificateurs.

Ces partis pré-fascistes pèsent dans l’Eglise ; ainsi le journal aveyronnais de l’évêché utilise le mot péjoratif de youpins pour parler des juifs. Ils influencent aussi une institution comme l’armée.

B) Sur les étapes vers la Shoah

Quelles sont les origines du nazisme ? La Shoah étant présentée dans le cadre scolaire et médiatique comme la principale caractéristique du fascisme, cette question devient : Origines de l’antisémitisme nazi. On trouve là-dedans (voir par exemple le lamentable article de Wikipedia) l’antisémitisme chrétien médiéval, Marx ???, Gobineau, la culture völkisch... Dans cette énumération des prétendues origines manque le choix politique effectué par une partie décisive du patronat, de l’armée et de la droite allemande de jouer sur le nationalisme antisémite pour disputer idéologiquement la classe ouvrière et les milieux populaires au socialisme.

Allemagne Pourquoi et comment le patronat a fondé le fascisme ?

Cette utilisation de l’antisémitisme comme vecteur de propagande des conservateurs, libéraux et fascistes joue un rôle encore plus important dans les années 1918 à 1923 durant la guerre des pays occidentaux sous direction US contre la révolution russe.

Les premiers cas d’extermination de population juive en Europe ont été perpétrés par les armées blanches financées par les pays occidentaux durant cette guerre civile.

La première législation anti-juive de l’Europe date de 1920 lorsque les armées occidentales (surtout armée française) chassent la gauche de Hongrie pour installer l’amiral Horthy à Budapest.

L’historien Raul Hilberg (juif américain d’origine autrichienne) analyse la Shoah comme un processus, dont les étapes sont la définition des Juifs (1933), leur expropriation, leur concentration, et enfin leur destruction.

Malgré mon respect pour Hilberg, je ne suis pas d’accord avec lui.

- Pour l’Allemagne aussi, la bataille propagandiste des pays occidentaux entre 1918 et 1923 contre le "judéo-bolchevisme" a constitué un tournant décisif dans la nature de l’antisémitisme. C’est à ce moment-là qu’Hitler est affecté par l’armée au service de propagande antisémite.

12 septembre 1919 : l’armée charge Hitler de construire le parti nazi

- Commencer en 1933 les étapes vers la Shoah n’est guère raisonnable.

C) Eléments de compréhension du nazisme et de la shoah hors antisémitisme

C1) Ne pas limiter le fascisme au nazisme

L’étude du fascisme se voit de plus en plus réduite au nazisme allemand dans les ouvrages scolaires comme sur de nombreux sites web. Un tel glissement exonère évidemment le fascisme autrichien, le fascisme polonais, le fascisme ukrainien, le fascisme espagnol, le fascisme français, le fascisme portugais, le fascisme scandinave... Cela n’aide pas les jeunes d’aujourd’hui à comprendre la filiation idéologique entre les fascismes des années 1920 à 1945 et l’extrême droite de ce début de 21ème siècle.

Fascismes de 1918 à 1945 : naissance, caractéristiques, causes, composantes, réalité par pays

C2) Ne pas limiter le nazisme à Hitler...

L’étude du nazisme se voit de plus en plus réduite à la personnalité d’Hitler...

La couille d’Hitler, les fripouilles et les andouilles

Hitler : Diable, malade mental ou fasciste normal ?

Hitler, du SDF au führer antisémite du 3ème Reich

C3) Prendre en compte les forces sociales, politiques et institutionnelles qui ont permis l’ascension d’Hitler

Un SDF comme Hitler ne pouvait prendre la tête d’un peuple comme le peuple allemand (aussi éduqué, aussi inscrit dans la trajectoire historique des courants progressistes), sans des soutiens considérables dans la droite politique allemande, dans l’armée, l’institution judiciaire, la police et les anciens nobles, parmi les catholiques et protestants allemands, dans le patronat allemand et au moins autant dans le grand patronat international.

12 septembre 1919 : l’armée charge Hitler de construire le parti nazi

Allemagne Pourquoi et comment le patronat a fondé le fascisme ?

8 et 9 novembre 1923 Hitler tente le putsch de la brasserie, échoue mais est protégé par la Justice

Allemagne 1931 1932 Patronat, armée et droite marchent au nazisme

11 octobre 1931 Front de Harzburg (nazis, droite, patrons, militaires...)

Concordat entre Hitler et Eglise catholique allemande 20 juillet 1933

Princes et nobles d’Allemagne des années 1920 à l’effondrement du IIIe reich

Henri Deterding : Du cartel Shell, Esso, BP, Mobil, Chevron au fascisme

C4) Prendre en compte le contexte historique spécifique

Les causes du nazisme sont liées en particulier aux causes de la Première guerre mondiale, aux traités signés à son issue, à la crise économique de 1929 1934.

Causes de la Première Guerre Mondiale : capitalisme, nationalisme et responsabilité des Etats

24 octobre 1929 : le Jeudi noir de Wall Street et du capitalisme financier

C5) Comprendre le rôle de la terreur policière et judiciaire dans la logique d’extrême droite et pour le nazisme

Jusqu’à présent, la centaine de régimes d’extrême droite que les Etats de la planète ont conjoncturellement connus utilisaient tous la terreur comme mode de rapport à la société. Ils se situent hors de l’évolution historique marquée par des progrès démocratiques et sociaux.

Le socialisme a été déchiré par le drame du stalinisme dont le mépris de la démocratie était aussi ignoble que celui des fascistes et des libéraux.

B1) Oui, parler et encore parler de la shoah est nécessaire

La terreur antisémite nazie d’avant 1940 s’aggrave durant la Seconde guerre mondiale avec l’extermination de cinq à six millions de juifs dont 155000 enfants. Cela constitue un crime tellement terrible, tellement abject que jamais on n’en parlera assez d’autant plus que cela fait apparaître le danger de tout communautarisme désignant des boucs émissaires, de tout "roman national" nationaliste.

L’histoire humaine a connu d’autres génocides et actes de génocide. Celui des juifs par les nazis, souvent nommé shoah (catastrophe, anéantissement... en hébreu) est spécifique par son caractère industriel, bureaucratique et systématique, en particulier dans les pays d’Europe de l’Est.

Les notions de juridiques de « crime contre l’humanité » et de « génocide » ont été élaborées pour la première fois après la défaite fasciste pour essayer de ne plus laisser d’autre génocide être perpétrés.

B2) Le processus ayant mené de l’antisémitisme fasciste à la shoah

J’y ajoute seulement comme première étape l’antisémitisme idéologique.

Rôle des partis pré-fascistes dans le développement de l’antisémitisme

Dans son article sur "Les Racines de la shoah", le site SHOAH donne un bon aperçu de cela entre 1870 et 1914.

« A l’ère moderne, l’antisémitisme prit une dimension politique. Pendant le dernier tiers du 19ème siècle, des partis politiques antisémites virent le jour en Allemagne, en France et en Autriche. Des publications telles que le Protocole des Sages de Sion furent à l’origine, ou contribuèrent à développer des théories fondées sur l’existence d’une conspiration juive internationale. Une des composantes importantes de l’antisémitisme politique était le nationalisme, dont les adeptes dénonçaient les Juifs comme étant des citoyens déloyaux.

Au 19ème siècle, le mouvement xénophobe "völkisch", constitué de philosophes, d’universitaires et d’artistes allemands considérant l’esprit juif comme étranger à la germanité, formula l’idée selon laquelle le Juif était "non-allemand". Des théoriciens de l’anthropologie raciale donnèrent un fondement pseudo-scientifique à cette idée. Le parti nazi, fondé en 1919 et dirigé par Adolf Hitler, donna une expression politique aux théories du racisme. Le parti nazi obtint en partie sa popularité par la diffusion d’une propagande anti-juive. Des millions de personnes achetèrent le livre d’Hitler Mein Kampf (Mon combat), qui appelait à l’expulsion des Juifs d’Allemagne. »

Hitler comme cause fondamentale du génocide juif

Cette argumentation est évidemment la plus faible de toute. Comment un petit SDF autrichien aurait-il pu générer l’extermination de six millions de juifs sans un héritage, un contexte et des soutiens qu’il faut justement étudier.

Parmi ces argumentations extrêmement faibles, il faut compter le site Hérodote qui publie « Adolf Hitler est le premier coupable de l’extermination des Juifs. Dès 1920, à son initiative, le petit parti nazi dont il a pris la direction projette d’attribuer aux Juifs le même statut qu’aux étrangers et de favoriser leur émigration....

Le déroulement de la shoah

Hitler et les juifs

Adolf Hitler est le premier coupable de l’extermination des Juifs. Dès 1920, à son initiative, le petit parti nazi dont il a pris la direction projette d’attribuer aux Juifs le même statut qu’aux étrangers et de favoriser leur émigration.

Dans Mein Kampf (« Mon combat »), le livre qu’il écrit en prison en 1924 pour décrire son itinéraire et exposer son projet politique, le futur Führer s’épanche sur ses sentiments antisémites mais ne dit rien du sort qu’il réserve aux Juifs une fois qu’il serait au pouvoir. En 1928, il renouvelle le souhait de ne tolérer les Juifs en Allemagne « que comme des étrangers ».

Sauf en tordant les mots, on ne peut trouver dans Mein Kampf un projet d’extermination physique des Juifs. Hitler ne conçoit pas en effet de tuer tous les Juifs de la Terre, y compris ceux d’Amérique ou d’Afrique du Sud ! Il se satisfait donc de la perspective de chasser le demi-million de Juifs qui peuple l’Allemagne... Mais il oublie au passage que sa politique de conquête placera en son pouvoir les millions de Juifs polonais et soviétiques, sans possibilité de les chasser comme les précédents.

La montée progressive de l’antisémitisme

Quand Hitler prend le pouvoir en 1933, peu de gens prêtent attention à ses foucades antisémites d’autant qu’il y met un bémol après la journée de boycott des magasins juifs organisée le 1er avril 1933. En 1935, brutal changement de ton. Les lois antisémites de Nuremberg, principalement destinées à interdire les unions mixtes entre « Aryens » et Juifs, font remonter la pression.

Des nazis obligent un enfant juif à écrire le mot Jude (Juif) sur un mur. Vienne, Autriche, mars 1938 (crédit photographique : Mémorial de la Shoah/CDJC)Les nazis pratiquent dès lors un antisémitisme de plus en plus brutal sans toutefois organiser des meurtres systématiques.

Leur objectif est de pousser les Juifs à l’exil, autrement dit d’obtenir une Allemagne « judenrein » (vidée de ses Juifs). Dans l’Autriche, sitôt après son annexion, Eichmann l’applique avec une redoutable efficacité.

Sollicités par les nazis de trouver une « solution », les Occidentaux se réunissent à Évian en juillet 1938 mais c’est pour étaler leurs réticences à accueillir les candidats à l’exil (crainte du chômage...), ce qui déclenche l’ironie du Führer.

Toutefois, l’antisémitisme et le bellicisme désormais affichés sans vergogne par les nazis sont encore loin de faire l’unanimité parmi les Allemands...

Le régime se radicalise

Après les accords de Munich, au grand dépit de Hitler, beaucoup d’Allemands se réjouissent publiquement de ce que la paix a été in extremis sauvegardée. Le Führer, qui est, lui, déterminé à faire la guerre, souhaite reprendre la main.

L’occasion se présente avec un pogrom d’une extrême violence qui voit beaucoup d’Allemands basculer du côté du Mal. Ce pogrom, qui se déroule dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 - « NovemberPogrom » -, a été baptisé avec ironie « Nuit de Cristal » par les badauds berlinois par allusion aux nombreuses vitrines cassées.

Hitler pense dès lors en finir avec les derniers Juifs du Reich (300.000 en 1940) en les réinstallant à Madagascar ! L’idée ne scandalise pas outre-mesure les contemporains ; Staline n’a-t-il pas créé aux confins de la Mongolie une pseudo-République du Birobidjan pour ses propres Juifs ?

Vers l’extermination

Le 30 janvier 1939, tandis que se fait jour l’imminence d’un conflit généralisé, le Führer évoque pour la première fois en public, devant le Reichstag (Parlement allemand), le projet d’exterminer les Juifs et non plus seulement de les chasser dans l’hypothèse où ils menaceraient son projet politique : « Si la juiverie internationale devait réussir, en Europe ou ailleurs, à précipiter les nations dans une guerre mondiale, il en résulterait, non pas la bolchevisation de l’Europe et la victoire du Judaïsme, mais l’extermination de la race juive ».

Aucun auditeur ne prend à la lettre le propos, d’autant que tout semble réussir au Führer avec l’occupation sans coup férir de la Bohême-Moravie, de la Pologne puis de la France.
- dépeçage de la Pologne :

Le traitement de la Pologne occupée s’avère très vite kafkaïen. Au printemps 1940, la plus grande partie est intégrés au « Nouveau Reich » avec l’objectif de la germaniser au plus vite. Quant au reste de la Pologne, autour de Cracovie, Varsovie et Lublin, elle est constituée en un « Gouvernement général », avec vocation de récupérer tous les Polonais et les Juifs restants.

Le 25 mai 1940, sur instruction de Hitler, le chef de la SS Himmler organise dans la Pologne occupée un « triage racial » en restreignant l’enseignement secondaire aux enfants « racialement purs ». Il s’agit de réduire les Polonais tant catholiques que juifs à l’état d’esclave.
- vers la « ghettoïsation » :

La tonalité change au printemps 1941, quand l’Allemagne se retrouve en guerre contre l’Angleterre de Winston Churchill et l’URSS de Staline. Son gouvernement doit renoncer au projet « Madagascar ».

Himmler songe à regrouper les Juifs de l’Est dans des « réserves » autour de Lublin, dans le Gouvernement Général (ex-Pologne sous occupation allemande). Cette démarche reçoit un début d’application avec la ghettoïsation, à commencer par la ville de Lodz. Elle est officiellement justifiée par le souci de protéger les Juifs contre le typhus ! De fait, elle vise à accélérer la disparition des Juifs en exposant ceux-ci à la famine et aux exactions de toutes sortes. Premiers massacres de masse

A l’été 1941, lorsqu’est déclenchée l’opération « Barbarossa » contre l’URSS, quatre Einsatzgruppen (« groupes mobiles d’intervention » de la SS) suivent l’armée allemande en Pologne puis en URSS. Ils entreprennent de « nettoyer » l’arrière pour éviter que des francs-tireurs ne s’en prennent aux soldats. Pour cela, ils fusillent préventivement les commissaires politiques du parti communiste et les juifs en âge de combattre.

Un groupe mobile d’intervention ou Einsatzgruppen à Kraigonev, en 1941

Très vite, dès le mois d’août 1941, avec l’encouragement tacite mais non formel des chefs de la SS, Himmler et Heydrich, qui multiplient les visites d’inspection sur le terrain, les Einsatzgruppen étendent leur action aux femmes et aux enfants juifs.

Les massacres par balles, souvent filmés et photographiés par les bourreaux SS eux-mêmes, prennent une dimension apocalyptique, comme à Babi Yar (Kiev) : 33.000 victimes en deux jours, les 29 et 30 septembre 1941.

Le commandant d’un Einsatzgruppe qui a participé précédemment, en Allemagne, à l’élimination par le gaz des handicapés mentaux, étend la méthode aux Juifs, au début en les asphyxiant avec les gaz d’échappement d’un camion. Il s’ensuit qu’à la fin de l’année 1941, 300.000 à 400.000 Juifs, hommes, femmes et enfants, ont déjà été assassinés de différentes façons sans qu’aucun projet planifié d’extermination n’ait encore été mis en oeuvre. Le génocide et la guerre

À ce moment-là, dans les plaines russes, la Wehrmacht piétine devant l’arrivée de l’hiver et la résistance des partisans. La défaite se profile à Stalingrad. D’autre part, les États-Unis entrent en guerre contre l’Axe qui réunit l’Allemagne, l’Italie et le Japon.

Appréhendant une nouvelle défaite après celle de 1918, le Führer éprouve le besoin d’engager totalement le peuple allemand à ses côtés. Alors prend forme le projet d’extermination totale des juifs d’Europe. Ce sera la « Solution finale de la question juive » (en allemand : Endlösung der Judenfrage).

Au vu de quelques correspondances de chefs nazis, il semble, selon différents historiens, que Hitler ait validé avec Himmler le principe d’une extermination systématique des Juifs le 9 novembre 1941, au cours d’une réunion privée. Ses aspects logistiques sont définis lors de la fameuse réunion de Wannsee, le 20 janvier 1942.

Outre son caractère inhumain et dément, ce projet a pour les militaires l’inconvénient d’employer des moyens de transport qui seraient plus utiles sur le front soviétique. Mais l’antisémitisme l’emporte sur le sens pratique chez Hitler et ses acolytes...

Foin d’empirisme ! Ils mettent sur pied une gigantesque organisation de type industriel qui va conduire à la disparition en moins de quatre ans d’un total de six millions d’innocents. Avant tout conçue pour exterminer les juifs d’Europe, elle va aussi être dirigée contre les Tziganes, du moins ceux qui sont restés fidèles au nomadisme (plusieurs dizaines de milliers de victimes), et même contre les homosexuels, tombés en défaveur au milieu des années 1930 dans les milieux nazis.

C’est ainsi qu’à l’est de Minsk (Biélorussie), les Einsatzgruppen poursuivent sans faillir les fusillades à ciel ouvert jusqu’en 1944. Du côté occidental, à l’ouest de Cracovie (Pologne), les nazis prennent davantage de précautions pour ne pas heurter de plein fouet l’opinion publique : ils mettent en place une puissante organisation logistique au centre de laquelle figurent des camps de travail forcé et des camps d’extermination avec chambres à gaz et fours crématoires dont Auschwitz est le cruel symbole. Dans la zone intermédiaire, entre Minsk et Cracovie, les bourreaux s’adaptent au contexte...

Des simples citoyens aux SS en passant par les soldats de la Wehrmacht, beaucoup d’Allemands se compromettent peu ou prou dans cet indicible crime. Environ 100.000 y sont directement associés dans un rigoureux fractionnement des tâches (recensement, regroupement, convoyage, élimination...) qui donne à chacun une perception limitée de sa responsabilité.

Malgré le secret dont elle est entourée, l’immense entreprise d’extermination des juifs est rapidement connue à l’étranger. Mais l’opinion démocratique se refuse jusqu’au bout à y croire tant les faits paraissent invraisemblables.

II/ Les aspects du génocide

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A) Les camps de concentration

Ouverts par les nazis dès 1933, ces camps sont destinés aux prisonniers de droit commun et surtout aux opposants du régime ; ils accueillent après 1940 une masse sans cesse croissante de détenus venus de toute l’Europe occupée ( communistes, résistants, Juifs… ). Tout est conçu pour déshumaniser le prisonnier : il n’est plus qu’un « stück » ( un « morceau », une « pièce » ) tatoué d’un matricule. A partir de 1942, les déportés sont utilisés comme main d’œuvre pour le Reich. Les privations, les brutalités, les maladies, les « expérimentations médicales », les exécutions expliquent l’effrayante mortalité ( selon les camps et l’époque, le taux de mortalité a varié de 30 à 60% ). B) Les camps d’extermination

Les nazis construisirent 6 camps d’extermination en Pologne occupée, ou à partir de 1941, dans le cadre de la « solution finale », les Juifs sont acheminés pour y être systématiquement liquidés par de véritables méthodes industrielles dans les chambres à gaz ; les cadavres étant ensuite brûlés dans des fours crématoires. Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Auschwitz – Birkenau et Maïdanek deviennent ainsi de véritables « usines de mort ». ( Auschwitz et Maïdanek sont à la fois camps de concentration et d’extermination ). III/ Les conséquences A) Combien de victimes ?

On estime que ce génocide a fait entre 5 et 6 millions de victimes parmi les Juifs d’Europe ( soit les 3/5 ). Environ 250 000 Tziganes ( soit le tiers de ceux qui vivaient en Europe en 1939 ) furent aussi exterminés.

I / Pourquoi le génocide ?

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A) La conséquence d’une doctrine raciste

Le nazisme se fonde sur une idéologie raciste. Hitler est convaincu de l’inégalité des races et de la supériorité de la « race aryenne », dont les Allemands seraient les meilleurs représentants. Il faut la préserver en éliminant les « Allemands dégénérés » : handicapés physiques et mentaux et les races considérées comme inférieures : Juifs, Slaves, Tziganes… De 1933 à 1939, les Juifs allemands sont persécutés et exclus progressivement de la société ( ex : par les Lois de Nuremberg de 1935 ).

B) Une mise en place progressive

Avec la conquête de la Pologne et l’invasion de l’URSS, les nazis occupent des territoires où vivent d’importantes communautés juives. Les juifs polonais sont alors rassemblés dans des quartiers spécifiques : les ghettos ( à Lodz, Varsovie… ) où ils meurent lentement de privations et de maladies. Ces ghettos seront progressivement vidés pour alimenter les camps de la mort entre 1941 et 1943. En 1943, les ghettos de Varsovie se soulève dans un ultime sursaut de désespoir.

Lors de l’avancée allemande en URSS, les prisonniers de guerre soviétiques succombent par millions, victimes de la faim, d’exécutions ( environ 3,3 millions de morts ) et des groupes spéciaux ( les einsatzgruppen ) de la SS ou même de la Wehrmacht sont chargés en secret d’exterminer les populations juives présentes sur ces territoires ( environ 1,5 million de victimes ). C’est au cours de la seconde moitié de l’année 1941 que l’extermination totale des Juifs d’Europe est décidée : c’est la « solution finale ». En janvier 1942, à la conférence de Wansee ( banlieue de Berlin ), les dignitaires nazis planifient l’opération.

Avons-nous réellement compris les causes de la Shoah ?

https://www.jforum.fr/avons-nous-re... ("portail juif francohone")

On suppose souvent que l’infrastructure antisémite de longue durée qui a servi de trame au nazisme et à leurs alliés est évidente et permet de comprendre comment elle débouche sur la Shoah : de nombreux siècles de diabolisation des Juifs ont forgé cette atmosphère particulière par laquelle l’Europe a rendu possible la tache des Nazis d’aller jusqu’à commettre un génocide contre les Juifs.

Au cours des siècles, le Christianisme a systématiquement diabolisé les Juifs. Cette diabolisation a pris naissance dans la théologie catholique romaine. Après la Réforme, une partie du monde protestant, Martin Luther et ses disciples, en particulier, ont aussi fait la promotion d’une haine antisémite extrême. Le regretté Robert Wistrich, l’historien dominant de notre génération sur la question de l’antisémitisme, a décrit l’histoire de la diabolisation des Juifs à partir du moment où le Christianisme a perdu le monopole intellectuel au sein de la société européenne.

Un rôle central a d’abord été joué par Voltaire et d’autres philosophes français dits “des Lumières”. Il sont été suivis de peu par les Idéalistes allemands et d’autres philosophes, autant par les socialistes français du 19ème Siècle que par Karl Marx. Beaucoup d’autres se sont joints à la fête de la promotion de la haine à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècles[1]. Même après la Shoah, le principal philosophe de l’Europe demeurait l’antisémite allemand et ancien membre du Parti Nazi, Martin Heidegger [2].

Les explications pourraient n’être pas aussi simples qu’on le pense. En 2015, l’archevêque anglican Justin Welby remarquait à quel point l’antisémitisme est un sujet difficile et complexe, ajoutant qu’il est encore profondément enraciné “dans notre histoire et notre culture de l’Europe de l’Ouest[3]“. Le sociologue anglo-polonais Zygmunt Bauman, récemment décédé, affirmait qu’il existe une infrastructure supplémentaire bien plus opaque menant à la Shoah et qu’on a omis de mentionner auparavant.

E) Sitographie

Rousseau et la question juive sous l’Occupation

http://rousseaustudies.free.fr/arti...

Débat entre historiens intenti : tout était-il programmé dans la destruction des Juifs d’Europe ?

http://d-d.natanson.pagesperso-oran...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histo...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Relat...

https://www.cairn.info/revue-revue-...


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