Le Front de gauche et les chrétiens

mercredi 28 juin 2017.
 

Jean-Luc Mélenchon a indiqué dans une interview à la Vie qu’il lisait les encycliques.

Nous avons fait de même. Et il est vrai qu’un examen attentif des encycliques qui fondent la doctrine sociale de l’Eglise catholique depuis 1891 est très instructif.

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Préambule

Par-delà les différences de philosophies, de religions, d’idéologies entre formations sociales, existent des valeurs morales ou éthiques qui peuvent être communes telles, par exemple, le respect de la personne humaine, de la dignité, la liberté de conscience, etc.

Mon objectif est de déterminer si de telles convergences existent entre les textes chrétiens fondamentaux et les valeurs que l’on trouve dans le programme du FDG "L’Humain d’abord !"

D’une manière plus "terre à terre", j’examine s’il existe des convergences de vues entre les analyses économiques actualisées du pape Benoît XVI et celles du Front de gauche.

Pourquoi une telle démarche ?

L’Eglise catholique a constitué un corps de doctrine sociale depuis la parution de l’encyclique de Léon XIII en 1891. Cette doctrine évolue comme l’explique Paul VI dans son encyclique Sollicitudo rei socialis parue en 1987.

"Ainsi, en commençant par l’apport remarquable de Léon XIII, enrichi par les contributions successives du Magistère, s’est constitué un corps de doctrine actualisé qui s’articule à mesure que l’Eglise interprète les événements dans leur déroulement au cours de l’histoire à la lumière de l’ensemble de la Parole révélée par le Christ Jésus3 et avec l’assistance de l’Esprit Saint (cf Jn 14, 16 26 ; 16, 13-15). Elle cherche de cette façon à guider les hommes pour qu’ils répondent, en s’appuyant sur la réflexion rationnelle et l’apport des sciences humaines, à leur vocation de bâtisseurs responsables de la société terrestre."

http://www.vatican.va/holy_father/j...

On constate donc que cette construction doctrinale, selon la papauté, s’appuie sur trois éléments : la parole du Christ, le cours des événements historiques, l’apport de la raison au travers les sciences humaines. Il faut donc se garder de toute vision caricaturale et définitive des positions prises par les papes successifs.

D’autre part, l’évolution du Parti Communiste Français depuis 1970, l’écroulement de l’empire soviétique, le développement planétaire du néolibéralisme depuis 30 ans avec ses impacts destructeurs sur le corps social et l’environnement, la création du Parti de Gauche en 2008 et du Front de Gauche en 2009 demandent de reconsidérer les rapports idéologiques entre le Front de gauche et l’Eglise catholique. Rares sont les adhérents ou sympathisants du Front de gauche qui connaissent les positions économique et sociales de l’Eglise et inversement rares sont les chrétiens qui ont pris la peine de prendre connaissance des positions économiques et sociales du Front de gauche.

En complément de cela, je passe en revue les valeurs clés considérées traditionnellement comme communes au catholicisme et à l’idéologie de droite. Je fais remarquer que ces valeurs revendiquées sont totalement ou partiellement niées par les partis de droite en raison de la mise en application de mesures économiques et financières désastreuses et qui sont en contradiction totale avec ces principes.

J’avais le choix entre faire un exposé comparatif ex cathedra sur les conceptions des uns et des autres ou imaginer un dialogue en relation avec la campagne électorale actuelle. J’ai choisi cette deuxième solution du moins pour la première partie, de manière à donner plus de vie au texte.

*****

Après une randonnée fatigante, nous nous retrouvâmes tous les trois Holly, Melchor et moi-même Debonrivage attablés dans le bar-auberge des trois faisans. (dans la suite du texte, on utilise des initiales. Toute ressemblance des prénoms avec le nom des candidats aux présidentielles, n’est que le fruit du hasard).

Le patron du bar s’approche et nous demande : « que désirez-vous ? »
- D : une bière d’abbaye
- Quelle marque ?
- D : peu importe, du moment qu’il s’agit d’une bière d’abbaye !
- M : même chose pour moi !
- H : un sirop de grenadine avec beaucoup d’eau !
- M : arrivé au rocher du diable, j’étais exténué ! J’ai perdu l’habitude de marcher longtemps.

Bible et encycliques

- H : tu préfères animer les ateliers bibliques du groupe "Rencontres chrétiennes".
- M : il n’y a pas que la Bible, il faut aussi faire connaître les encycliques…
- D : ah oui ? c’est si intéressant que ça ces …encycliques, Melchor ?
- M : mais oui ! Elles constituent un repère spirituel fondamental pour les chrétiens catholiques.
- H : eh bien j’espère que ces bonnes lectures vont cette fois-ci te faire voter Hollande et non pas Sarkozy !

Une erreur regrettable !

- M : ne remue pas le couteau dans la plaie ! Fallait-il que je sois naïf et s’ignorant pour avoir voté pour un tel bonimenteur ! Quand je l’ai vu, au soir des élections, se précipiter au Fouquet’s, j’ai tout de suite eu le pressentiment que je m’étais planté !
- H : naïf ? en tout cas, tu votes toujours à droite !

L’ordre.

- D : et pourquoi tu votes à droite ?
- M : je suis issu d’une famille catholique qui est traditionnellement attachée à l’ordre et qui a peur des changements politiques.
- D : mais la droite actuelle, avec une politique qui soutient le néolibéralisme échevelé et le pouvoir de la finance créée un désordre économique sans précédent, et les crises se succèdent aux crises.

Stabilité et sécurité.

- M : oui, je me suis rendu compte de cela. Et moi, qui était attaché à une certaine stabilité, sécurité pour la vie des gens, je me suis aperçu que la politique de la droite conduisait à la précarité généralisée.
- D : c’est la seule raison ?

La famille et l’éducation des enfants.

- M : non, évidemment. Je suis profondément attaché à la structure familiale, à la vie de famille et aux soins à apporter pour l’éducation des enfants. Or, l’attitude hostile de la droite concernant les 35 heures m’a complètement révolté. duLes gens ont besoin de temps libre pour s’occuper de leurs enfants, pour avoir le temps de dialoguer avec eux, de veiller à leur éducation. Et de ce fait, la mesure des 35 heures, du point de vue humain, était une excellente chose. Mais la droite, en réalité, se moque totalement de cette dimension : les seuls mots qui les obsèdent c’est : productivité, compétitivité, faire du chiffre ! Et pour faire des économies, sur le dos des enfants, elle a supprimé des milliers de postes dans l’éducation nationale et aussi des postes d’éducateurs dans les collectivités territoriales. La droite ne défend plus la famille, ne défend plus la qualité de l’éducation des enfants.
- H : tu vas voter Hollande !
- M : non ! Pas Hollande ! Mais pour Mélenchon !
- H : ah ! Ah !ah ! on aura tout vu !

L’autorité.

- D : en effet, c’est peu conforme avec le vote des catholiques pratiquants (70 % ont voté Sarkozy en 2007) qui par ailleurs, attachés à l’ordre établi, ont un réflexe d’obéissance ou de respect par rapport à celui qui gouverne, à celui qui a le pouvoir.
- M : en effet, jusqu’à présent, c’est dans cette tradition que je me situais. "Être du côté du manche" en quelque sorte en espérant récolter quelques grosses miettes. D’ailleurs ma grand-mère, vu parfois mon comportement turbulent, me faisait réciter les préceptes de Pierre dans la Bible. Je m’en appelle encore ! H : et ça donne quoi ? M : Pierre 2:13 "Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien".

Pierre 2:18 "Serviteurs, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont d’un caractère difficile."

Pierre 5:5 "De même, vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens. Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d’humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il fait grâce aux humbles."

La prise de conscience.

- H : eh bien, dis donc, maintenant tu vires à la rébellion !
- M : exactement ! Et ce n’est pas par hasard ! Je me suis tellement planté en votant Sarkozy que j’ai décidé de réfléchir avec ma tête et pas avec celle des autres et surtout pas avec celle des médias qui ont orienté mon vote vers une voie sans issue !
- D : mais comment as-tu fait ?
- M : Internet est un fantastique moyen d’information si l’on sait l’utiliser et que l’on est motivé pour chercher et croiser les informations. Il est vrai que cela demande un peu de temps, surtout au début. Mais au lieu de passer des heures à écouter regarder des balivernes devant mon écran de télévision, il m’a semblé plus intéressant d’utiliser Internet. D’abord, j’ai varié mes supports : au lieu de continuer à m’enfermer dans la presse de droite, je me suis référé aux données de l’INSEE, de la DARES, de l’OFCE, d’EUROSTAT, de telques rapports de la Banque de France, les rapports d’information du Sénat ou de l’assemblée nationale, etc, qui constituent des sources d’informations de première main.. J’ai aussi consulté sur le net une plus grande variété de presse. J’achète les Échos et Alternatives économiques. Parfois le Monde diplomatique, mais il est un peu plus intellectuels que le courrier international. J’ai alors vite pris conscience que les anciens supports : le Pèlerin, La Croix, le Figaro, le Point, etc. me confinaient dans un véritable carcan idéologique qui ne faisaient que conforter mes idées de droite et m’enfoncer progressivement dans une sorte de sénescence intellectuelle. Et puis j’ai regardé des vidéos sur Internet et c’est là que…
- H : tu as découvert Jean-Luc Mélenchon ! Aï ! Aï ! Aï !

Le partage, la solidarité.

- M : exactement, et à plusieurs reprises une chose m’a frappé en visualisant ses meetings : c’est son obsession du partage ! partage ! Partage ! Le partage des richesses produites par le travail des Français ! La valeur travail et aussi la solidarité ! Et cela, ce sont aussi des valeurs chrétiennes !
- D : Ah, bon ?
- M : quoi, ah bon ?
- D : on trouve ça dans la Bible ?
- M : ignare ! Évidemment ! Par exemple, dans les Actes des Apôtres (4, 32-37)

"Personne ne dit : « Cela, c’est à moi ! », mais ils mettent tout en commun. […] Parmi eux, personne ne manque de rien. En effet, tous ceux qui ont des champs ou des maisons les vendent, ils apportent l’argent de ce qu’ils ont vendu et ils le donnent aux apôtres. Ensuite, on distribue l’argent, et chacun reçoit ce qui lui est nécessaire. Il y a ainsi un certain Joseph, un lévite né à Chypre. Les apôtres l’appellent Barnabas, ce qui veut dire « l’homme qui encourage ». Il a un champ, il le vend, il apporte l’argent et le donne aux apôtres" Je pourrais citer d’autres exemples :

"Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun" Ac 2,44-45

"Lorsque tu feras la moisson dans ton champ, si tu oublies une gerbe au champ, ne reviens pas la chercher. Elle sera pour l’étranger, l’orphelin et la veuve, afin que Yahvé ton Dieu te bénisse dans toutes tes œuvres" . Dt 24,19-22

"N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé, héberger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le vêtir, ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ?" Is 58,7-11

- D : oui, ça va, j’ai compris ! Et cela reste dans la tradition chrétienne ?
- M : bien sûr ! Voici un exemple qui va te faire plaisir, Saint Basile de Césarée écrit au 4ème siècle : "Comment s’enrichissent les possédants, sinon en accaparant les choses qui appartiennent à tous ? Si chacun ne prenait que selon ses besoins, laissant le reste aux autres, il n’y aurait ni riches ni pauvres". En fait, j’ai compris que la charité envers les pauvres n’était pas simplement une démarche individuelle mais aussi une démarche collective. Repartager les richesses d’une manière plus équitable et faire de telle sorte que la pauvreté disparaisse c’est faire œuvre de charité. Pour moi, voter Mélenchon, c’est un acte de solidarité et de charité envers les couches sociales les plus démunies, les plus pauvres. Mais pour arriver à faire cela, compte tenu de tous les obstacles à surmonter, il faut beaucoup de détermination et Mélenchon est le seul à en avoir réellement. Je pense que j’ai un devoir moral de cohérence entre ma foi et mon engagement civil et politique
- D : Mais la référence aux apôtres, dont tu viens de parler, n’est peut-être plus d’actualité !
- M : ce serait une erreur de croire cela ! Ainsi, dans son encyclique Caritas in veritate, Benoît XVI, en faisant référence à une encyclique de son prédécesseur Paul VI, au paragraphe 10 indique : « Le point de vue correct est donc celui de la Tradition de la foi des Apôtres, patrimoine ancien et nouveau hors duquel Populorum progressio serait un document privé de racines et les questions liées au développement se réduiraient uniquement à des données d’ordre sociologique ».

Les fondements de l’antisocialisme et l’anticommunisme chrétien.

- H : arrête ! Tu vas tout de même pas me faire croire que la papauté est communiste !
- M : qui a dit cela ? Ce principe de partage n’est pas érigé en système politique totalitaire !
- H : mais il me semble que l’Eglise catholique a condamné le communisme !
- M : en effet ! Et je peux même te répondre de manière très précise, car à chaque fois que j’aborde cette question du partage dans les ateliers – foi, on me harcèle avec cette question ! La condamnation du communisme est explicitée par l’encyclique Divini redemptoris de Pie XI du 19 mars 1937. il faut aussi replacer cette encyclique dans son contexte historique où les chrétiens étaient persécutés et l’athéisme érigé en système totalitaire d’État dans l’URSS stalinienne. D’ailleurs, je peux rappeler à cet effet ce que disait Pie XI : « Même les ennemis les plus acharnés de l’Eglise, qui dirigent de Moscou cette lutte contre la civilisation chrétienne, témoignent, par leurs attaques incessantes en paroles et en actes, que la Papauté continue fidèlement, encore de nos jours, à défendre le sanctuaire de la religion chrétienne et qu’elle a mis en garde contre le péril communiste plus souvent et d’une manière plus persuasive que n’importe quel autre pouvoir public de ce monde… Léon XIII, d’immortelle mémoire, dans son Encyclique Quod Apostolici muneris, définissait le communisme : " Une peste mortelle qui s’attaque à la moelle de la société humaine et qui l’anéantirait" » Te voilà satisfaite, Holly ?
- H : oui, d’accord !
- D : Moi non, pas tout à fait mon cher Melchor ! Cet anticommunisme ne date pas seulement du stalinisme mais est encore antérieur : si ma mémoire est bonne, l’encyclique novarum … je ne sais plus quoi de JacquesXIII s’opposait avec fermeté au socialisme.

- M : dis donc mon cher Hervé, il faudrait tout de même te souvenir que l’encyclique novarum machin s’appelle Rerum novarum et a été rédigé par Léon XIII, et non pas Jacques XIII ! Tu es impardonnable, quand l’on sait que cette encyclique est fondatrice de la doctrine sociale de l’Eglise. ! Et rappelle-toi bien cette date : elle a été rédigée le 15e jour du cinquième mois de l’année 1891 !
- D : entendu, mon très bon maître ! Mais que dit cette encyclique ?
- M : je vais te citer un passage intéressant, car il commence par une dénonciation de l’avidité des riches par Léon XIII et embraye ensuite sur le socialisme. Mais Je vais me connecter au Vatican avec mon Smartphone, pour retrouvé le texte !
- D : tricheur ! Tu ne connais même pas par cœur cette encyclique fondamentale ! Misérable !
- M : allez arrête de grogner, je ne connais pas par cœur la totalité des encycliques. Bois une gorgée de ta sainte bière et écoute ceci : "Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Eglise, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires. Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre les riches. Ils prétendent que toute propriété de biens privés doit être supprimée, que les biens d’un chacun doivent être communs à tous, et que leur administration doit revenir aux municipalités ou à l’Etat. Moyennant ce transfert des propriétés et cette égale répartition entre les citoyens des richesses et de leurs avantages, ils se flattent de porter un remède efficace aux maux présents. Mais pareille théorie, loin d’être capable de mettre fin au conflit, ferait tort à la classe ouvrière elle-même, si elle était mise en pratique. D’ailleurs, elle est souverainement injuste en ce qu’elle viole les droits légitimes des propriétaires, qu’elle dénature les fonctions de l’Etat et tend à bouleverser de fond en comble l’édifice social." http://www.vatican.va/holy_father/l...

La propriété et le bien commun.

- D : me voilà repu ! Si je comprends bien, l’Eglise est à fond pour la propriété privée !
- H : Eh ! Nous, au PS, on n’est pas contre la propriété privée !
- M : je m’en fous du PS ! La question est assez complexe. La doctrine sociale de l’Eglise repose sur un pilier fondamental : la notion de bien commun. Jean XXIII l’a définit ainsi : Le bien commun est l’« ensemble des conditions sociales qui permettent et favorisent dans les être humains le développement intégral de la personne ».

Il faut regarder la propriété privée comme un prolongement de la liberté humaine. Elle stimule l’exercice de la responsabilité, et constitue l’une des conditions des libertés civiles ».Elle doit être équitablement accessible à tous dit l’encyclique Centesimus Annus (6 : 800-801). Mais la tradition chrétienne n’a jamais reconnu le droit à la propriété privée comme « absolu ni intouchable » . Voilà ce que dit l’encyclique Laborem exercens de Jean-Paul II (1981)…
- H : sans ton Smartphone, tu serais perdu : toujours connecté au Vatican !
- M : mais oui ! Ecoute, en silence, Le Saint pontife : "En outre, la propriété, selon l’enseignement de l’Eglise, n’a jamais été comprise de façon à pouvoir constituer un motif de désaccord social dans le travail. Comme il a déjà été rappelé plus haut, la propriété s’acquiert avant tout par le travail et pour servir au travail. Cela concerne de façon particulière la propriété des moyens de production. Les considérer séparément comme un ensemble de propriétés à part dans le but de les opposer, sous forme de « capital », au « travail » et, qui plus est, dans le but d’exploiter ce travail, est contraire à la nature de ces moyens et à celle de leur possession. Ils ne sauraient être possédés contre le travail, et ne peuvent être non plus possédés pour posséder, parce que l’unique titre légitime à leur possession - et cela aussi bien sous la forme de la propriété privée que sous celle de la propriété publique ou collective - est qu’ils servent au travail et qu’en conséquence, en servant au travail, ils rendent possible la réalisation du premier principe de cet ordre qu’est la destination universelle des biens et le droit à leur usage commun."
- D : mais cela exclut-il toute socialisation partielle des moyens de production selon l’Eglise ?
- M : la suite du texte répond exactement à ta question : " De ce point de vue, en considération du travail humain et de l’accès commun aux biens destinés à l’homme, on ne peut pas exclure non plus la socialisation, sous les conditions qui conviennent, de certains moyens de production. Dans l’espace des décennies nous séparant de la publication de l’encyclique Rerum novarum, l’enseignement de l’Eglise a toujours rappelé tous ces principes, en remontant aux arguments formulés dans une tradition beaucoup plus ancienne, par exemple aux arguments connus de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin "(14) http://www.vatican.va/holy_father/j...

Jean-Paul II et le capitalisme.

- H : mais par rapport au système capitaliste, quelle est finalement la position de l’Eglise ?
- M : il faut se référer à une autre encyclique de Jean-Paul II : Centesimus annus. Quelques instants… Voilà : "Est-ce ce modèle (le capitalisme) qu’il faut proposer aux pays du Tiers-Monde qui cherchent la voie du vrai progrès de leur économie et de leur société civile ? La réponse est évidemment complexe. Si sous le nom de « capitalisme » on désigne un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l’entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu’elle implique dans les moyens de production, de la libre créativité humaine dans le secteur économique, la réponse est sûrement positive, même s’il serait peut-être plus approprié de parler d’« économie d’entreprise », ou d’« économie de marché », ou simplement d’« économie libre ». Mais si par « capitalisme » on entend un système où la liberté dans le domaine économique n’est pas encadrée par un contexte juridique ferme qui la met au service de la liberté humaine intégrale et la considère comme une dimension particulière de cette dernière, dont l’axe est d’ordre éthique et religieux, alors la réponse est nettement négative."

Par ailleurs, il indique : "La propriété des moyens de production, tant dans le domaine industriel qu’agricole, est juste et légitime, si elle permet un travail utile ; au contraire, elle devient illégitime quand elle n’est pas valorisée ou quand elle sert à empêcher le travail des autres pour obtenir un gain qui ne provient pas du développement d’ensemble du travail et de la richesse sociale, mais plutôt de leur limitation, de l’exploitation illicite, de la spéculation et de la rupture de la solidarité dans le monde du travail (87). Ce type de propriété n’a aucune justification et constitue un abus devant Dieu et devant les hommes." (43) http://www.vatican.va/edocs/FRA0072...

Une économie hybride pour le Vatican, une économie plurielle pour le FDG.

- D : en clair, l’Eglise est pour "un capitalisme à visage humain"
- M : formule trop simpliste, car on pourrait croire alors qu’elle est pour un libre marché laissé à lui-même et qui, par autorégulation, deviendrait humain ! Or déjà dans une citation précédente, on constate la nécessité d’une intervention extérieure au marché, qui en soit, n’est ni bon ni mauvais, mais n’est qu’un instrument qu’il faut correctement orienter.

- D : mais je ne comprends pas ce qui t’as conduit à diriger ton choix vers le Front de gauche ? Le partage, d’accord, c’est important mais quoi d’autre ?
- M : nous y sommes ! Tout simplement parce l’analyse économique de Benoît XIII coïncide avec celle du Parti de gauche !
- H : Ah, la bonne blague ! Mélenchon – Benoît XVI, même combat ! Le délire !
- M : quand on ne prend pas la peine comme toi, de lire avec précision, sans lunettes déformantes, l’encyclique de Benoît XIII , le programme du Front de gauche et le livre de Jacques Généreux : L’Autre société, on se fait discrète ! Voici ce que dit Benoît XVI dans l’encyclique Caritas In Veritate

"Mon prédécesseur Jean-Paul II avait signalé cette problématique quand, dans Centesimus annus, il avait relevé la nécessité d’un système impliquant trois sujets : le marché, l’État et la société civile . Il avait identifié la société civile comme le cadre le plus approprié pour une économie de la gratuité et de la fraternité, mais il ne voulait pas l’exclure des deux autres domaines. Aujourd’hui, nous pouvons dire que la vie économique doit être comprise comme une réalité à plusieurs dimensions : en chacune d’elles, à divers degrés et selon des modalités spécifiques, l’aspect de la réciprocité fraternelle doit être présent. À l’époque de la mondialisation, l’activité économique ne peut faire abstraction de la gratuité, qui répand et alimente la solidarité et la responsabilité pour la justice et pour le bien commun auprès de ses différents sujets et acteurs. Il s’agit, en réalité, d’une forme concrète et profonde de démocratie économique. La solidarité signifie avant tout se sentir tous responsables de tous , elle ne peut donc être déléguée seulement à l’État.

À côté de l’entreprise privée tournée vers le profit, et des divers types d’entreprises publiques, il est opportun que les organisations productrices qui poursuivent des buts mutualistes et sociaux puissent s’implanter et se développer. C’est de leur confrontation réciproque sur le marché que l’on peut espérer une sorte d’hybridation des comportements d’entreprise et donc une attention vigilante à la civilisation de l’économie. La charité dans la vérité, dans ce cas, signifie qu’il faut donner forme et organisation aux activités économiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique de l’échange des équivalents et du profit comme but en soi. Le binôme exclusif marché-État corrode la socialité, alors que les formes économiques solidaires, qui trouvent leur terrain le meilleur dans la société civile sans se limiter à elle, créent de la socialité." (38)

- D : impressionnant ! On retrouve ici le concept "d’économie plurielle" développées par Jacques Généreux et le programme " L’Humain d’abord" ! Concernant la gratuité, par exemple le FDG préconise que pour les consommations de gaz, d’électricité, d’eau, les premières tranches soient gratuites, de manière à satisfaire les besoins de base. Gratuité pour la santé et l’éducation et de certains moyens de transport.

Pour revenir à l’économie plurielle, je peux te lire l’extrait concernant le livre de Jacques Généreux, car j’ai toujours son livre dans mon sac à dos.
- H : Ta Bible, quoi !
- D : presque ! C’est pour moi le meilleur livre de philosophie politique écrit depuis un demi-siècle ! Alors voici l’extrait : "Une économie plurielle est constituée par une grande variété d’organisations productives : associations d’économie solidaire, coopératives, mutuelles, entreprises individuelles, PME privées, grandes entreprises publiques ou mixtes, sociétés de personnes et de capitaux, etc. Le progrès humain passant notamment par la sociodiversité et le progrès de la coopération, les politiques publiques doivent favoriser la libre création des formes multiples d’organisations productives fondées sur l’association et la solidarité de leurs membres." Peut-on lire dans son livre l’Autre société (p. 353–54)

L’évolution du parti communiste.

H : oui, mais Mélenchon est allié avec les communistes… Et eux, ils veulent presque tout nationaliser ou étatiser ! D : tu as au moins 30 ans de retard… Le PCF n’est plus collectiviste depuis fort longtemps. Certes il est pour la nationalisation de quelques grands groupes qui contrôlent des biens ou services fondamentaux, mais certainement pas pour toute l’économie ! D’ailleurs, le développement de nouvelles formes de propriété sociale dont l’économie sociale et solidaire est expliquée dans le programme populaire partagé du FDG aux pages 46 et suivantes. Ce chapitre intitulé : " Encourager d’autres formes de propriétés rejoint la notion d’économie plurielle mentionné par Jacques Généreux. Il ne faut pas juger les positions du Front de gauche à partir de fantasmes plus ou moins médiatiquement construits mais à partir de ses publications. Je rappelle tout de même que Marie George Buffet, à plusieurs reprises, a indiqué qu’il fallait aider les TPE et les PME avec une fiscalité plus juste et par la constitution d’un pôle public de crédit pour leur accorder des prêts intéressants. J’ai du mal à voir ici une position bolchevique.

M : je comprends la réaction de Holly. J’ai été probablement plus anticommuniste qu’elle, puisque le PS s’était tout de même allié au PCF pour gouverner avec lui, à deux reprises. Pour les raisons expliquées ci-dessus, nombreux chrétiens sont anticommunistes et ont été profondément marqués par la guerre froide. Il m’a fallu pas mal de temps pour me pencher sérieusement sur l’histoire du PCF pour relativiser les choses. Que ce parti se soit laisser aveugler par l’URSS jusqu’au début des années 70, c’est évident. Mais cela ne retire rien de son mérite pour son engagement dans la lutte contre le nazisme qui lui a occasionné une perte de plusieurs dizaines de milliers de vies humaines et ne retire rien non plus à son mérite dans la constitution du programme du Conseil National de la Résistance qui a donné naissance à ce que l’on a appelé le " modèle social français". D’autre part, on peut même se demander, comme le font les gauchistes, si ce parti est encore un parti communiste !
- H : tu crois que tu n’exagères pour un peu ?
- M : non ! les faits suivants ont été très peu relayés par les médias et de ce fait, de nombreuses personnes ont une représentation dépassée de ce parti. En 1976, au XXIIe congrès, le PCF abandonne la référence au modèle soviétique pour s’orienter vers une ligne de type eurocommuniste. Il abandonne la référence à la doctrine de la « dictature du prolétariat » affirme son indépendance vis-à-vis de Moscou et son attachement aux libertés publiques : Le but du PCF, « parti de la nation et internationaliste », est « la transformation de la société capitaliste en une société socialiste, société fraternelle sans exploiteurs ni exploités ». En 1979 au XXIIIe congrès, le PCF abandonne la référence au « marxisme-léninisme », ce qui se conclut notamment par la disparition du Centre d’études et de recherches marxistes (CERM) En 1994, au 28ème congrès il abandonne la notion de "centralisme démocratique" En 1996 au 29ème congrès, il abandonne "la lutte pour le socialisme" qui est remplacé par la lutte pour le dépassement du capitalisme.
- D : tout cela me semble exact. Mais où as-tu eu toutes ces informations ? dans le Figaro ? Dans le Nouvel observateur ?
- M : tu sais bien que non ! Non, tout simplement dans Wikipédia, l’encyclopédie libre en ligne. - H : Et du coup, tu n’as plus peur du PCF ? Tu vas y adhérer ?
- M : non certainement pas, mais je n’ai plus de raison objective d’être anticommuniste par rapport aux communistes français.

En tant que chrétien, je considère comme normal de faire un effort d’ouverture sur les autres pour savoir ce qu’ils sont, au-delà de mes préjugés. D’ailleurs, j’aimerais que ceux qui prétendent que les communistes français sont dangereux pour nos libertés, qu’ils me citent une seule loi votée depuis 1945 à l’assemblée nationale par le groupe communiste qui ait porté atteinte aux libertés publiques. Personnellement j’ai cherché, je n’ai rien trouvé, ce qui n’est absolument pas le cas pour les partis de droite.

Les inégalités croissantes et la concentration des richesses.

- H : partage, partage … Oui, il y a peut-être 10 millions de personnes qui ont du mal à terminer leur fin de mois mais il y a 44 millions d’électeurs et la majorité ne vit pas si mal que ça !
- D : mais c’est vrai, mais les inégalités croissent tout de même : à un pôle, une pointe absence accélérée des richesses, à un autre pôle, un accroissement de la pauvreté et de la précarité.

En 25 ans, entre 8,6 et 10 % de la richesse produite (PIB) en France sont passés de la poche des salariés vers les coffres des actionnaires, ce qui représente une somme colossale de 150 à 190 milliards d’euros par an.

Les revenus de la propriété représentaient 24,7 % du PIB en 2000 et représentent 32,7 % en 2010. Même tendance pour les dividendes dont ils font partie : 12,5 % du PIB en 2000 et 21,5 % en 2010. Les revenus de la propriété, les très hauts salaires ont augmenté beaucoup plus vite que le salaire médian qui actuellement ne s’élève qu’à environ 1450 € par mois nets.

Les 10% de ménages ayant le revenu fiscal de référence le plus élevé ont concentré 77% des revenus du patrimoine en 2006, et même 79% en 2007. Les 10 %les plus riches reçoivent près de deux tiers de leurs revenus des revenus du patrimoine et quatre cinquièmes des revenus exceptionnels. Ces mêmes 10 % détiennent environ la moitié du patrimoine total de la France.

Les 1 % des ménages les plus riches capitalisaient 42,6 % des revenus immobiliers en 1998 puis 55 % en 2005 ; capitalisaient 45,6 % des plus-values en 1998 puis 56 % en 2005, la concentration s’est encore accentuée depuis. Le revenu des cadres de la finance a été multiplié par 8,7 depuis 1996 alors que les cadres en dehors de la finance ont eu leur revenu multiplié par 3,6.

Le nombre de ménages très riches a augmenté considérablement comme l’indique le nombre de ménages imposables sur l’ISF. Le nombre de redevables s’élevait à environ 179 000 en 1997 et 566 000 en 2008. Cela correspond à une augmentation de 216 % soit une multiplication par plus de trois

Depuis 1991, les exonérations de cotisations sociales pour les entreprises ont été multipliées par 14 avec plus de 54 dispositifs ! Le montant de ces exonérations s’élève à environ 30 milliards d’euros par an.

Les dividendes reçus et les produits assimilés ont été multipliés par plus de quatre entre 1995 et 2006. il n’y a pas que les PDG du CAC 40 dont les revenus peuvent atteindre 650 000 € par mois qui ont accru leurs revenus.

Les inégalités de revenus ne sont plus devenues un facteur de dynamisme économique comme une certaine idéologie de droite voudrait le faire croire mais a installé au contraire une économie de rentiers qui placent leurs bénéfices dans les activités spéculatives et destructives au lieu de les investir majoritairement dans la production et de contribuer ainsi à développer le secteur industriel.

Et il est vrai que le seul candidat qui veut, avec une ferme et claire détermination, mettre un terme à cette financiarisation spéculative de l’économie en répartissant mieux les richesses produites, c’est Jean-Luc Mélenchon.

- M : je ne connaissais pas tous ces chiffres. Ils sont accablants ! Tu les as eu où ?
- D : comme tu le vois, j’étais connecté grâce à mon Smartphone, au site du Parti de gauche de Midi-Pyrénées où figure l’article : "Prix, salaires, profits, partie 3 (les profits)" http://www.gauchemip.org/spip.php?a... signé d’un certain Debonrivage.
- M : ce qui apparaît ici, c’est que le travail est loin d’être la source principale de revenus pour les gens riches ! Or, il apparaît à maintes reprises dans les encycliques que le travail devrait être la seule ressource de la richesse.

La valeur travail . La valeur travail est l’une des valeurs clés du christianisme. Par exemple dans son encyclique Laborem exercens(1981), Jean-Paul II écrit : "…le travail humain est une clé, et probablement la clé essentielle, de toute la question sociale, si nous essayons de la voir vraiment du point de vue du bien de l’homme. Et si la solution - ou plutôt la solution progressive - de la question sociale, qui continue sans cesse à se présenter et qui se fait toujours plus complexe, doit être cherchée dans un effort pour « rendre la vie humaine plus humaine » , alors précisément la clé qu’est le travail humain acquiert une importance fondamentale et décisive."(3)

Or il se trouve que le travail, tant valorisée en paroles par les hommes politiques de droite est en réalité complètement foulée aux pieds par ces derniers. Aucune mesure économique et politique sérieuse n’a été prise contre le stress et la souffrance au travail. Au contraire, au nom de la sacro-sainte productivité ou compétitivité, le travail s’est intensifié dans une multitude professions, les salariés sont devenus des variables d’ajustement pour les actionnaires, faisant perdre ainsi le sens même du travail qu’ils font.

En outre, ces beaux parleurs, ne font rien contre le fait suivant : le travail est en moyenne fiscalisé à 40 % et le capital en moyenne à 18 % !

D : tu as raison, la droite n’est maintenant plus crédible pour défendre la valeur travail.

La solidarité citoyenne.

- M : autre chose m’interpelle : c’est la stigmatisation des populations les plus fragiles et les plus pauvres : Roms, chômeurs, RMIrstes, immigrés par Sarkozy et Le Pen. La pauvreté n’a jamais été aussi alarmante en France alors que les superprofits explosent. Dans un livre coup de poing, les cinq présidents des plus importantes associations de solidarité françaises unissent leur voix pour dénoncer la logique d’exclusion et de stigmatisation des plus fragiles.

Le président du Secours Catholique, François Soulage, est co-auteur de "Nous pouvons (vraiment) vivre ensemble" .qui vient de paraître le 5 avril. Il lance un cri d’alarme auprès des candidats à la présidentielle avec les cinq associations rédactrices de ce livre : CCFD-Terre solidaire, Emmaüs France, ATD Quart Monde, la Cimade. Ils ont organisé le 12 avril une soirée débat sur le thème : "Nous voulons une société citoyenne et solidaire". au Temple de l’Étoile, à Paris, dans le 17e arrondissement.

- D : le thème de la solidarité citoyenne est central dans le programme du FDG.
- M : en fait, un événement déclencheur qui a fait basculer mon opinion en faveur de Mélenchon à été le suivant : 12 février, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de Radio France Politique. Il a dé¬noncé les dérives extrême-droitistes de la majorité, illustrées par les récentes déclarations de Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Il a salué la prise de position de François Bayrou et en a appelé aux chrétiens : « Il est temps quand même que des chrétiens, comme lui, commencent à dire que, au fond, il y a deux christianismes, celui des croisades et celui de saint Martin : partager son manteau sans aller demander les papiers à celui à qui on donne le morceau pour qu’il ait chaud. ».

François Bayrou.

- H : mais justement, pourquoi ne t’es-tu pas tourné vers François Bayrou ?
- M : François Bayrou est un homme honnête et un vrai démocrate mais la politique économique qu’il préconise, une ponction de 100 milliards d’euros essentiellement sur le dos des salariés va conduire à une récession économique sans précédent par restriction de la demande intérieure.

Ce genre de recette a déjà été plusieurs fois essayé : c’est un échec dans tous les cas. La plupart des économistes indépendants, y compris libéraux, dénoncent ce genre de politique d’austérité. D’ailleurs, Mélenchon a l’appui de plus d’une cinquantaine d’économistes professeurs d’université, fait qui n’est pas diffusé par les médias.

- D : oui, c’est vrai, Bayrou est probablement l’un des hommes politiques les plus démocrates de la droite mais c’est un grand naïf sur le plan économique. Il ne faut tout de même pas oublier, que quelqu’un de la même famille politique que lui : Giscard d’Estaing, est l’auteur d’une loi parue en janvier 1973 et qui a obligé l’État depuis lors, de ne pas emprunter directement à la banque de France à taux réduit mais sur les marchés financiers. Depuis 1974, la dette n’a cessé de croître et cette mesure, soi-disant anti inflationniste, à été reprise par le traité européen qui interdit à la banque centrale de prêter directement aux états. Il est donc très mal placé pour donner des leçons sur la résorption de la dette.

On pourrait faire la même critique envers Sarkozy, qui, avant son élection en 2007, et dès 2005, préconisait le vote d’une nouvelle loi sur le crédit hypothécaire semblable qui aurait instauré des subprimes à la française, subprimes qui on plongé le monde dans une crise financière gigantesque. Je suis encore étonné qu’il puisse faire plus de 1 % dans les sondages après une erreur économique aussi colossale. Si une telle loi avait vu le jour, tout le système bancaire français se serait écroulé.

La dette.

Mais il me semble que dans la Bible, il y a un texte qui parle de la dette et des pauvres.
- M : exact ! C’est d’ailleurs un argument de plus qui va me faire voter Mélenchon, car celui-ci n’a pas du toute l’intention de rembourser la totalité de la dette dont il examinerait en détail le contenu pour déterminer la partie légitime et la partie illégitime. Il rappelle avec juste raison que la durée moyenne de la dette en France est de sept ans et 31 jours. En effet, sur cette question, la Bible explique, que pour empêcher le développement de la pauvreté, les créanciers doivent annuler le montant de leur dette au bout de sept ans !
- H : c’est une blague, ou quoi ?

- M : non point ! Voilà ce que dit le Deutéronome (15:1-2) « Tous les sept ans, tu feras relâche. Et voici comment s’observera le relâche. Quand on aura publié le relâche en l’honneur de l’Éternel, tout créancier qui aura fait un prêt à son prochain se relâchera de son droit, il ne pressera pas son prochain et son frère pour le paiement de sa dette. »

D : Bon, Bayrou devrait relire la Bible et ne pas se laisser vassaliser par une dette imposée par les spéculateurs de la finance.

L’entreprise n’est pas seulement une entité économique.

Mais je voudrais revenir sur le point précédent : Benoît XVI ne considère donc pas l’entreprise de type capitaliste comme la seul possible ? M : non, absolument pas . Voilà ce qu’il dit dans le paragraphe 41 de l’encyclique déjà citée : "Dans le contexte de ce document, il est utile d’observer que l’entrepreneuriat a et doit toujours plus avoir une signification plurivalente. La prééminence persistante du binôme marché-État nous a habitués à penser exclusivement à l’entrepreneur privé de type capitaliste, d’une part, et au haut-fonctionnaire de l’autre. En réalité, l’entrepreneuriat doit être compris de façon diversifiée. Ceci découle d’une série de raisons méta-économiques. Avant d’avoir une signification professionnelle, l’entrepreneuriat a une signification humaine

Ce n’est pas sans raison que Paul VI enseignait que « tout travailleur est un créateur » [101]. C’est justement pour répondre aux exigences et à la dignité de celui qui travaille, ainsi qu’aux besoins de la société, que divers types d’entreprises existent, bien au-delà de la seule distinction entre « privé » et « public »."

L’entreprise n’est pas simplement une machine à produire mais un collectif de travail qui doit respecter la dignité humaine à tous ses échelons.

- D : je constate ici une convergence totale de vue sur cette question fondamentale qui est celui du fondement du fonctionnement économique de la société et de la nécessité d’une pluralité des formes de propriété.
- M : mais il existe encore de nombreuses autres convergences de vue mais qu’il serait trop long de discuter ici.
- D : tu pourrais m’en faire un résumé que je pourrais publier ?
- M : oui, bien sûr, mais publier où ?
- D : sur le site du Parti de Iauche de Midi-Pyrénées.
- M : Ah, bon ? Ie ne connais pas. Mais il est pas antichrétien ce site ?
- D : non, pas du tout. Il n’est pas non plus anti bouddhiste, anti musulman. Il ne fait pas non plus de prosélytisme pour les religions. Il est seulement attaché à la laïcité, dont l’un des principes fondamentaux est la liberté de conscience.
- M : je vais finir par adhérer au Parti de gauche …

Le droit à l’avortement.

- H : Ah, oui ? avec un Mélenchon qui ne cesse de répéter qu’il faut inscrire dans la constitution le droit à l’avortement, alors que le Saint-Siège a toujours été contre le droit à l’avortement !
- M : il ne faut pas que l’arbre cache la forêt ! Quel que soit l’organisation à laquelle on puisse appartenir, on ne peut jamais être d’accord à 100 % sur tout ! Si je suis d’accord avec 199 propositions sur 200, et suis d’accord, par exemple, avec des mesures politiques et économiques combattant le pillage par les multinationales des pays pauvres, prédation conduisant à la mort de milliers de personnes dont des milliers d’enfants frappés par la famine et la maladie, je ne vois pas où est le problème.

D’autre part, il me paraît tout à fait naturel que la plus haute autorisée de l’Eglise, qui est le gardien des valeurs fondamentales du christianisme , dont les 10 commandements avec celui-ci : « tu ne tueras point », et ce en toutes circonstances, puisse avoir cette position concernant l’avortement, sachant que pour le pape, l’embryon, dès les premières divisions cellulaires, est considéré comme un être humain créature de Dieu, dont personne n’a le droit de porter atteinte à son existence. C’est une position de principe qui transcende les aléas de la misérable et la miséricordieuse vie des êtres humains.

On peut d’ailleurs ici souligner la contradiction de certains chrétiens qui, d’un côté s’insurgent contre l’avortement, et de l’autre, défendent la peine de mort. Sur ce point, le pape parfaitement cohérent et n’accepte pas la peine de mort.

Et puis, faire de l’avortement un droit, qui permet à chaque femme d’avoir une libre disposition de son corps, ne signifie pas d’en faire un devoir ou une pratique banale. Ce ne peut être qu’un ultime recours dans des situations exceptionnelles.

La suite de l’histoire…

- D : donc tu me communiqueras par Mel des extraits de l’encyclique avec tes annotations concernant le programme L’Humain d’abord, n’est-ce pas Melchor ?
- M : d’accord ! Mais n’oublie pas le site du PG Midi-Pyrénées, que pour le coup, j’irai visiter !

A suivre …

Hervé Debonrivage

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