La censure rampante à l’encontre de Mélenchon vise à neutraliser le FG puis France Insoumise par le Front National.

vendredi 21 juin 2019.
 

La France est-elle devenue une république bananière ?

Réponse à l’article : la situation se dégrade pour le front de gauche à la TV.

http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

La censure rampante des médias à l’encontre du Front de gauche peut trouver évidemment des explications politiques :

- ils sont placés entre les mains de groupes privés contrôlés par des groupes financiers et des grandes fortunes,

- ils sont contrôlés par des directeurs de chaînes en connivence avec le pouvoir politique, lui-même lié à ces mêmes puissances économiques

Il s’agit là d’une évidence pour une partie croissante de la population. Ce phénomène est d’ailleurs l’un des éléments explicatifs majeurs de la perte de crédibilité des journalistes.

Le fait que Mme Le Pen soit passée en prime Time sur TF1 à l’émission du 5 mars : "Parole de candidat" et ait pu bénéficier d’un temps de parole beaucoup plus long que celui alloué à Jean-Luc Mélenchon (qui dut se contenter du créneau horaire 22h30 – 23h30 alors que Mme Le Pen put s’étendre confortablement sur la plage 20h50–22h30, soit environ 40minutes de plus) montre très clairement l’instrumentalisation de l’outil télévisuel privé sur l’échiquier politique.

Car évidemment il s’agit ici d’une stratégie politique assumée consistant à neutraliser le Front de Gauche par le Front National. Certes, cette émission a battu un certain record d’audience avec 4,8 millions de Français devant leur téléviseur, pour une part d’audience de 19,8%. Mais encore faudrait-il avoir le détail de l’audience par tranche horaire. (source : http://elections.lefigaro.fr/flash-... )

C’est dans la nature même du Front National de jouer ce rôle historique de neutralisation.

27 juin 1972 : signature du programme commun de gouvernement de la gauche.

5 octobre 1972 : création du Front National.

La mission de ce nouveau parti est clairement affichée dès le début : lutter contre la coalition "socialo–communiste" et l’empêcher d’accéder au pouvoir. Et évidemment, les financiers et leurs médias le savent mieux que quiconque et surtout beaucoup mieux que ces millions de Français qui se laissent abuser par les discours du Front National, discours véhiculés par ces mêmes médias.

Mais une telle explication économico – politique de la censure larvée des grands médias à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon ne peut suffire.

Une atteinte aussi grave à la démocratie, qui fausse le principe même de la compétition électorale puisqu’il existe une disproportion énorme des moyens mis à la disposition des candidats, peut conduire à la remise en cause de la légitimité même de ceux qui seront élus. Il s’agit donc en fait d’une quasi-rupture du contrat républicain.

Pourrait-on considérer comme vainqueur une équipe de foot dont les joueurs de l’équipe adverse, pendant toute la durée du match, auraient eu à traîner une chaîne et un boulet à un pied ? Evidemment non ! Dans toute compétition sportive ou intellectuelle (concours), ne peut être considéré comme vainqueur un tricheur ou une personne ayant bénéficié d’un trucage dans l’organisation de la compétition. C’est pourtant ce qui se passe ici par la mise en place d’un système de censure sophistiqué notamment contre Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly.

Une situation aussi gravissime, ne provoque aucune réaction ni de la part des professionnels du milieu journalistique, ni de la population. Comment un tel état d’apathie est-il possible ?

Pour répondre à cette question, il faut se poser la question du Droit et de la Justice dans notre pays. La France est l’un des pays les plus arriérés du monde économiquement développé dans le domaine de la justice.

1) La France au 37ème rang sur 43 pour son budget consacré à la Justice.

La Commission Européenne pour l’Efficacité de la Justice (CEPEJ) avait dévoilé le 25 octobre 2010 son rapport comparatif sur les systèmes judiciaires européens. Source du texte qui suit : Union Syndicale des Magistrats (USM)

http://www.union-syndicale-magistra...

"La France, déjà classée il y a deux ans (2008) au 35ème rang des pays du Conseil de l’Europe pour le budget public annuel total alloué au système judiciaire (tribunaux, ministère public et aide juridictionnelle) rapporté au Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant, a reculé de deux places. 37è sur 43 pays, elle se situe désormais derrière l’Azerbaïdjan et l’Arménie...

Le budget total annuel alloué aux services judiciaires n’a augmenté en France que de 0,8% entre 2006 et 2008. Dans le même temps, ce budget augmentait de 26,8 % en Espagne de 24,5 % au Portugal, de 20,1 % en Autriche, de 10,3 % en Belgique et de 7,7 % aux Pays Bas, la moyenne européenne étant fixée à 17,7 % ! La France compte 3 procureurs pour 100 000 habitants, soit à peine plus qu’en 2008, alors que ce chiffre est en moyenne de 10,4 dans les autres pays du Conseil de l’Europe. Ainsi seuls Malte et l’Irlande ont un ratio inférieur à celui de la France.

La France compte 9,1 juges professionnels pour 100 000 habitants (soit une baisse depuis le précédent rapport qui fixait ce chiffre à 11,9), alors que ce chiffre est en moyenne de 20,6 dans les autres pays du Conseil de l’Europe. Désormais seuls le Royaume Uni (où le système judiciaire est très différent), le Danemark et les pays du Caucase ont un ratio inférieur à celui de la France. La France reste classée 39ème sur 45 concernant le nombre de fonctionnaires de justice pour 100 000 habitants. Avec 29,1 fonctionnaires de Justice pour 100 000 habitants, la France est ainsi derrière l’Arménie et la Géorgie...

Ainsi, la France continue à régresser dans les classements européens. Les annonces budgétaires récentes, qui conduisent à une diminution du nombre de magistrats, ne pourront qu’aggraver cette situation.

L’USM dénonce depuis des années l’insuffisance criante des moyens accordés à la Justice. Rapport après rapport, la CEPEJ vient confirmer que le gouvernement français ne donne pas à la Justice française les moyens de fonctionner. L’USM constate avec intérêt qu’au-delà de l’auto satisfaction affichée, la CEPEJ relève que « la France note un effet de ciseaux sur le budget de la justice judiciaire, entre une évolution négative ou stagnante des crédits et une évolution croissante des besoins, qu’il s’agisse des personnels, des crédits de fonctionnement ou des frais de justice ».

Depuis le début de l’année 2010, l’USM a visité la quasi-totalité des juridictions métropolitaines. Elle a ainsi pu constater les difficultés auxquelles magistrats, fonctionnaires, collaborateurs de justice et justiciables sont confrontés quotidiennement en raison de l’indigence du système judiciaire français. Un bilan détaillé de ces visites, sous forme de livre blanc sera très prochainement publié. L’USM appelle d’ores et déjà le Ministre de la Justice à prendre la mesure de la crise humaine et financière que traverse la Justice française et à mettre en place un plan pluriannuel de rattrapage des retards accumulés depuis 20 ans. "

Fin de l’article de l’USM

2) Et le droit du travail se trouve lui aussi dans une misère noire.

Rappelons que pour faire respecter le droit du travail, la France disposait en 2009 de 2190 agents de contrôles (dont 767 inspecteurs et 1423 contrôleurs) relevant du ministère du travail) pour 18 millions de salariés relevant du secteur privé. http://fr.wikipedia.org/wiki/Inspec...

Il existait, jusqu’à fin 2008, 271 conseil de prud’hommes mais la réforme de la carte judiciaire menée par la ministre de la justice, Rachida Dati, a conduit à la fermeture de 63 d’entre eux. http://fr.wikipedia.org/wiki/Consei...’hommes_(France)

Tel est l’état de misère la Justice et tel est donc le peu de considération accordé par le gouvernement pour la justice. Et l’on ne juge pas celui-ci sur ses belles déclarations mais sur ses actes dont la motivation principale est de faire des économies de moyens sous prétexte de la réforme de la carte judiciaire, réforme qui n’a pas amélioré grand-chose dans le fonctionnement de la justice.

Mais un tel état catastrophique qui perdure depuis plus de 10 ans sans provoquer de protestations massives de la population, révèle que l’idée même de justice n’est plus au cœur des préoccupations de nos concitoyens qui ont probablement intégré dans leur majorité une multitude de situations d’injustice permanente, ce qui leur ont fait oublier que la justice pouvait exister et que la justice pouvait être l’enjeu d’un combat. Mais il est vrai que la situation de précarité professionnelle qui se généralise peut écraser ce genre de préoccupation.

Ce n’est donc pas par hasard qu’Eva Joly, qui pourtant symbolise un dévouement total pour la justice, ne réalise qu’un score de misère dans les sondages : dans quel monde vivons-nous ? Serait-ce Marine Le Pen qui constituerait le meilleur fer de lance contre la corruption, contre les injustices ? Misère de la justice, misère du score d’Eva Joly..

3) Les multiples condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’homme.

Comme je l’avais déjà indiqué dans un article précédent, la France est l’un des pays les plus condamnés de l’Europe occidentale par la Cour européenne des droits de l’homme.

Généralement, elle est classée au troisième ou quatrième rang des pays les plus condamnés après l’Italie et la Grèce, si l’on considère l’Europe occidentale, et entre le huitième et 12e rang si l’on inclut les 43 pays de l’Europe orientale et la Turquie. Voir informations statistiques publié par la cour européenne des droits de l’homme. http://www.echr.coe.int/ECHR/FR/Hea... pour les tableaux des violations de 2006 à 2011 dont les données complètent celle de mon article : http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Indiquons, à cette occasion, que la CEDH est actuellement gravement menacée car ses décisions indisposent notamment David Cameron en raison des différentes condamnations dont l’Angleterre a été l’objet. Un projet de réforme devait être discuté en avril 2012. http://www.lemonde.fr/societe/artic...

Avec un président qui se proposait de dépénaliser le droit des affaires et de supprimer les juges, le tableau est complet et disons-le, sombrement cohérent.

Dans un tel pays "où la loi du plus fort est toujours la meilleure", il ne faut donc pas s’étonner que la censure larvée des médias à l’encontre du Front de gauche, censure qui fausse complètement le jeu démocratique des élections, répétons-le, s’apparente à des techniques utilisées par une république bananière très corrompue. Et quand je dis cela je n’exagère pas.

4) La corruption.

La France est placée au 25e rang des pays les moins corrompus. (Depuis 1995, l’ONG Transparency International publie chaque année un indice de perception de la corruption (CPI) classant les pays selon le degré de corruption perçu dans un pays. L’indice est élaboré à l’aide d’enquêtes réalisées auprès d’hommes d’affaires, d’analystes de risques et d’universitaires résidant dans le pays ou à l’étranger.). Là encore elle n’est pas bien placée parmi l’ensemble des pays économiquement développés. http://fr.wikipedia.org/wiki/Indice...

Ces journalistes qui veulent donner des leçons de droits de l’homme au monde entier devraient déjà balayer devant la porte de leur rédaction, de leurs studios, de leurs plateaux.

5) Un facteur culturel propre à la France favorise les dérives et "les combines entre copains"

Contrairement à de nombreux pays, la condamnation par la justice d’un homme politique pour faute grave, n’empêche pas celui-ci de continuer sa carrière politique. On peut se référer par exemple à un article de State.fr intitulé : " Quand condamnation rime avec élection". http://regionales2010.slate.fr/arti...

6) Une connivence et une interpénétration étroite entre le monde des affaires et le monde politique.

Nous avons commencé cet article en mentionnant cet aspect politique mais peut-être que la presse étrangère donne plus de visibilité à cette zone d’ombre. Certes, cette situation n’est pas propre à la France mais est particulièrement marquée dans notre pays.

Là aussi, la presse étrangère peut être étonnée ou amusée. On peut par exemple consulter Global Spin, blog d’informations de politique internationale de la revue américaine Time http://globalspin.blogs.time.com/20... L’article rédigé par Bruce Crumley est intitulé : " Real Political Scandals Top France’s Autumn Entertainment Ratings" et date du 29 septembre 2011. Il traite des démêlés de l’Élysée avec l’affaire Bettencourt et Karachi. C’est "du Dallas !". Philippe Courroye fait aussi partie du "feuilleton". Voici le début de l’article

"When a real life saga or news event involving a teeming cast of elite characters spins out of control in improbable directions—and with dramatic consequences–the French have a special expression to describe the situation : C’est du Dallas…. These days, France has another show-stopping Dallas-sur-Seine on its hands, as legal investigations into pair of complex scandals have snaked out to ensnare a rising number of rich, famous, and powerful French figures—most of whom have close ties to the Elysée and President Nicolas Sarkozy…."

Le lecteur qui lit l’anglais, en s’aidant éventuellement du traducteur Google ou autre, pourra continuer de lire cet article assez instructif.

C’est dans un tel contexte général de délabrement du fonctionnement des institutions rendant la justice, dans un tel contexte d’abandon de l’idée même de justice qu’il faut comprendre le peu de conscience et de réactions concernant la censure obstinée contre le Front de gauche organisée par les grands médias.

Et je reprends alors à mon compte le titre du bon livre d’Eva Joly : "Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? " (2003 – édition les arènes). Non ? Alors : "Qu’ils s’en aillent tous ! Vite la révolution citoyenne ! "( Jean-Luc Mélenchon ; 2011–éditions Flammarion)

Hervé Debonrivage


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