30 septembre 1977 WALTER ROSSI est assassiné par des fascistes en Italie

dimanche 30 septembre 2012.
 

Walter Rossi était un jeune communiste romain, assassiné à Rome le 30 septembre 1977 par un groupe de fascistes, en présence d’un blindé de la police, tandis qu’il distribuait des tracts protestant à cause des agressions subies les jours précédents par quelques militants et sympathisants de gauche

Italie, en paroles démocratique et consciente de ses passages sombres, de facto soumise à un réalisme politique à faire peur. Ne dérangeons pas l’Histoire pour répéter des choses archiconnues, pour répéter que le fascisme n’est jamais mort dans la Péninsule. Même avec la création d’un parti nostalgique, amas de criminels de guerre et de jeunes fanatiques, mais surtout jamais mort dans les organismes de l’Etat et dans l’esprit de ceux qui siégeaient sous d’autres sigles dans les fauteuils du Pouvoir.

Naturellement, il y a eu une autre Italie. L’Italie idéologique et passionnelle qui ne se bradait pas, ne comprenait pas l’amnistie de Togliatti et, plus tard, le compromis historique, descendait dans les rues et laissait des morts à Reggio Emilia, s’insurgeait à piazza De Ferraris [place de Gênes où, comme à Reggio Emilia, la même année 1960, la police tira des coups de feu sur des manifestants antifascistes, NdT]. A partir des années des massacres d’Etat – qui soumettaient les citoyens à un climat sud-américain par des bombes qui semaient la mort et une droite militaire frémissant dans l’attente du coup d’Etat – l’Italie recommença à chasser les fascistes des sièges d’où partaient des raids meurtriers.

Au début des années soixante-dix, l’antifascisme militant fut une façon de résister à la politique de l’assassinat qui voyait le fascisme d’Etat armer la main des groupes de choc d’Almirante, Fini e Rauti tandis que ces messieurs siégeaient au Parlement. Une pétition populaire pour bannir le MSI collecta des centaines de milliers de signatures et fut lourdement boycottée à gauche par le PCI. Il y avait aussi la défense des cortèges, les meeting, la propagande, des initiatives de lutte contre la vie chère comme l’occupation de logements et l’auto réduction des factures de l’électricité, du gaz, du téléphone. Un mouvement de peuple très large qui n’était que la cible du plomb. Du plomb fasciste et policier.

Les « années de plomb » tant discutées ont eu cette prémisse, des dizaines de victimes et, avec les massacres, des centaines de victimes, et ce qui a été l’engagement et la lutte pour la démocratie et la participation sociale de ces années-là ne peut pas être catalogué comme une adhésion au parti armé. Une sorte de révisionnisme historique passe aussi sur cette phase plus récente de la politique italienne. L’expérience, bien que conclue et défaite de la gauche extraparlementaire qui dirigea des luttes historiques dans la décennie qui suivit Soixante-huit, est refoulée pour ne parler que de Brigades rouges et de lutte armée. Les années Soixante-dix ne furent pas ça.

Ne furent pas cela les mouvements ouvrier, estudiantin, des chômeurs, des femmes, de Turin à Palerme. Les cortèges de FIAT Mirafiori, les Comités unitaires de base de la PIRELLI, les casques jaunes de l’ITALSIDER, les occupations à Fulvio Testi, San Basilio, Casalbruciato [banlieues de Rome, NdT]. Les rébellions antifascistes au meurtre Varalli, le cortège romain du 2 février dont naquit le mouvement ’77. Formidables ces années-là, écrivait un ex leader de 68 quand il commença à vivre en rentier. Ils furent formidables pour une génération qui ne voulait pas baisser la tête malgré le feu ennemi. Et elle répondait avec la fierté de l’utopie et l’envie de subversion. Elle répondait par la lutte collective, sûrement pas pacifique parce qu’elle ne croyait pas aux « We shall overcome » des campus états-uniens.

La rébellion italienne, bien que vivace et créative, ne se réfugiait pas dans les communes lysergiques, elle essayait d’entrer dans les problèmes sociaux, se liait aux contradictions de classe du capitalisme, au monde d’exploiteurs et d’exploités reproposé en Italie après les malheurs du fascisme et l’illusion du boom économique. Le beau drapeau d’un monde nouveau, que le PCI avait abandonné pour s’acheminer sur une voie qui n’a jamais été même social-démocrate, était récupéré par les jeunes aux T-shirt à rayures, par les bleus de l’automne chaud, par les jeunes de 68 et de 77. Walter en était un.

Nous avons le devoir de raconter cela aux jeunes de Gênes et de l’après Gênes. A ceux qui ont encore envie de ne pas baisser la tête et plier le dos. Et pour ne pas rappeler la mort mais les idéaux qui animaient Walter et ses camarades, pour aller au-delà du témoignage, un premier objectif praticable peut être celui de demander à la magistrature de rechercher ses assassins. Qui sont pourtant présents dans les souvenirs des si nombreux Cœurs noirs posés sur les étagères des librairies italiennes. Des souvenirs des publicistes postfascistes et même pas trop post qui dissertent du haut des sièges parlementaires et institutionnels dont on leur a fait cadeau ces quinze dernières années. C’est un des services que nous pouvons rendre à la mémoire de Walter et de ceux qui croient à une société pouvant se libérer du cancer fasciste.

Enrico Campofreda

traduit de l’italien par Karl&Rosa (Bellaciao)


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