Mal-logement en France 2020 : Stupéfiant rapport de la fondation Abbé Pierre

dimanche 23 février 2020.
 

Vendredi 31 janvier, la Fondation Abbé Pierre présentait son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. Le constat qu’ils dressent est un terrible réquisitoire contre Macron. Le rapport égrène les records de mal vivre battus depuis le début du mandat. L’année 2018, la dernière pour laquelle on ait des chiffres à ce sujet, a été celle où on l’a expulsé le plus de personnes de leur logement. Près de 16 000 ménages l’ont été avec le concours de la police. Mais davantage de monde quitte généralement les lieux sans attendre l’intervention policière. On peut estimer le nombre de familles expulsées cette année-là entre 30 000 et 50 000.

Depuis 2012, il n’y a plus de statistiques officielles sur le nombre total de SDF, mais tout indique qu’il se situe lui aussi à un niveau plus haut que jamais. Les coupures de gaz et d’électricité ont elles aussi atteint des sommets. 2,1 millions de personnes sont en France sur liste d’attente pour obtenir une HLM. Là encore, c’est du jamais-vu. Ainsi se paye la politique du tout pour les riches pratiquées par Macron : par un appauvrissement généralisé de la société française. 2019 a marqué une année record de nombre de nuitées hôtelières utilisées chaque nuit pour héberger des sans-domicile : presque 50 000

Le rapport de la Fondation sert à donner cette alerte. À rappeler, à travers les chiffres qu’ils donnent mais aussi des récits de personnes généralement invisibilisées par l’officialité, les conséquences réelles du néolibéralisme. Il a aussi le mérite de montrer la place centrale du logement dans la dégradation du niveau de vie de nombreux groupes sociaux. Le mal-logement, c’est d’abord une pauvreté insupportable qui saute aux yeux et soulève les cœurs.

Une pauvreté qui avait disparu et qu’on pensait ne jamais revoir dans un environnement aussi riche que la société française. En novembre dernier, le président de la fédération des acteurs de la solidarité parlait dans une tribune de « retour au temps médiéval » à propos des 700 enfants qui dorment dans la rue chaque nuit à Paris. Le rapport rappel cette cruelle réalité et celle des 683 personnes mortes à la rue recensées par le collectif du même nom.

Une autre des manifestations les plus impressionnantes de la dégradation des conditions de logement en France est la multiplication des cas d’habitats indignes, de logements pourris ou dangereux. Ce phénomène a éclaté à Marseille et s’est transformé en crise sociale, humanitaire et politique depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, le 5 novembre 2018. On a découvert son ampleur. Depuis, 400 arrêtés de péril imminent ont été pris et 4000 personnes ont dû être évacuées de leur logement dans la ville. Mais cela ne concerne pas que Marseille. 600 000 logements sont dans cet état dans toute la France, selon la Fondation Abbé Pierre. Ils sont entre 900 000 et 1,3 millions à vivre dedans.

Depuis le début des années 2000, le cout du logement a augmenté de façon spectaculaire. En moyenne, se loger est 2,5 fois plus cher aujourd’hui que ça ne l’était en 2000. C’est une augmentation de 150%. Dans le même temps, le revenu des ménages a augmenté de 40%. Ces deux chiffres aident à comprendre comment le rôle qu’a joué la bulle immobilière dans l’appauvrissement des Français.

Mais l’augmentation des prix n’est pas aussi importante partout dans le pays. À Paris, les prix ont augmenté de 350%. Dans les agglomérations de plus de 10 000 habitants, en moyenne de 220%. L’immobilier a aussi augmenté la ségrégation territoriale, le tri entre quartier et villes de riches et quartiers et villes pour les pauvres. À Paris, les ouvriers ne représentaient plus en 2018 que 4% des acquéreurs de logements. Le prix du logement exclut le peuple des espaces centraux très bien connectés aux réseaux collectifs. Il aide les riches à faire sécession du reste de la société.

La cause de cette situation est simple. Le logement est considéré comme un bien de marché. Et comme beaucoup de marchandises, il a été ces deux dernières années connectées à la bulle financière. En effet, celle-ci s’est beaucoup nourrie des crédits immobiliers des ménages. C’est même l’origine de la crise de 2008. En France, la dette immobilière des ménages en fonction de leur revenu a doublé depuis 2000. Elle atteint 1100 milliards d’euros. Cette addiction à l’économie de la dette sans fin a créé un appel d’air formidable pour la spéculation immobilière.

Pour sortir de la crise du logement, de l’appauvrissement du peuple par le logement, de la ségrégation terrible qu’il entraine, il faut donc que le logement ne soit plus une marchandise financière. Il s’agit d’en faire un bien commun. Parmi les capitales européennes, il en est une où le marché n’est pas la principale puissance du logement. À Vienne, 60% des logements sont des logements sociaux. Les loyers y sont en moyenne trois fois moins cher qu’à Paris et la mixité sociale des arrondissement centraux touristiques y est bien supérieure que chez nous. On pourrait aussi citer Berlin qui, sous la pression des mouvements sociaux et des élus Die Linke à la mairie, vient de mettre en place un blocage des loyers privés.

En France, nous avons besoin d’une série de mesures fortes qui agissent sur la construction de logements sociaux, la régulation des loyers privés et la traque des marchands de sommeil. C’est ce que je défendrai très bientôt dans une proposition de loi sur le droit au logement.


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