Les hippies, produits de la crise idéologique du capitalisme de 1963 à 1973

mardi 27 avril 2021.
 

Le 29 avril 2008, la président Nicolas Sarkozy a cru politiquement malin de rassembler la droite sur une dénonciation de l’héritage de 1968. J’ai rédigé aussitôt un premier article en réponse

Sarkozy, la morale et Mai 68 (29 avril 2007 Discours de Bercy)

Je n’ai pas assez insisté sur la dimension de crise idéologique représenté par 1968, crise idéologique qui continue à miner le capitalisme en raison de son illégitimité démocratique et morale venant s’ajouter à ses contradictions objectives.

Plutôt que d’écrire une article général, je vais en mettre en ligne plusieurs, chacun centré sur une facette de la crise idéologique. Pour aujourd’hui, un premier jet sur le phénomène des hippies.

Les hippies naissent dans le contexte des USA

Cette nation vit sur une idéologie prétendument fondée sur la démocratie, la liberté, l’initiative individuelle, l’imagination.

Or, sa mythique Déclaration des droits est contemporaine de l’esclavage de masse des Afro-Américains, contemporaine de la spoliation suivie de sociocide et génocide des peuples amérindiens.

Dans les années 1965 à 1970, le racisme à l’encontre des Noirs est encore terrible. Aussi, le premier acte militant de Jerry Rubin, un cofondateur du mouvement US hippie, c’est de protester contre un épicier de Berkeley refusant officiellement d’embaucher des Noirs.

Dans les années 1965 à 1970, la réalité des USA, c’est une "méga-machine" dont les rouages se nomment profit, productivité, puissance militaire, pillage du monde, ayant pour seul but de se survivre, quitte à générer des coups d’état militaires et des régimes fascistes partout où le butin des multinationales risque le moindre danger.

Jerry Rubin analysait parfaitement cette contradiction « L’Amérique dit : l’histoire est finie ; intégrez-vous, nous avons inventé le meilleur des systèmes... conséquence : l’Amérique souffre d’un cancer généralisé qui s’appelle l’apathie ».

Pour les jeunes Américains des années 1965 à 1970, la réalité des USA, c’est l’incorporation de plus en plus massive dans les troupes qui combattent au Vietnam suite au refus de Washington de laisser se dérouler les élections prévues par le Traité de Genève. La réalité des USA, ce n’est plus le rêve émancipateur de prétendus fondateurs mais des crimes de guerre guère différents des SS nazis durant la Seconde guerre mondiale.

Aussi, un Jerry Rubin cofonde le VDC (Vietnam Day Committee), et organise les premières manifestations contre la guerre du Viet Nam.

Les Etats-Unis des années 1965 à 1970 étant la nation capitaliste la plus avancée avec sa concentration des richesses, son urbanité, sa valorisation du succès individuel et du progrès technique, son mépris de la nature et des valeurs humaines, la rupture idéologique entre la société et sa jeunesse s’élargit de plus en plus.

Ainsi naît une contre-culture fondée :

- sur l’hédonisme de l’être avec la place centrale de l’amour (LOVE) plutôt que sur celui de l’avoir et du profit

- sur un christianisme retrouvant les valeurs d’origine des Evangiles

- sur l’exaltation de la sensibilité culturelle plus que sur la rationalité des livres de comptes.

- sur une mode vestimentaire marquée par des symboles comme les fleurs, les colliers, les couleurs vives (y compris pour les pantalons masculins)...

- Les groupes de rock nous unissaient dans un défoulement tribal, nous, une secte, une famille,une civilisation, avec notre musique, nos fringues, nos règles de vie (Jerry Rubin ; Do-it, Le Seuil)

- la valorisation de la fête, et du festival de musique comme moment de bonheur...

Woodstock, 15 août 1969, rassemblement symbolique des années hippies, plus grand festival de l’histoire de la musique

Le mouvement hippie gagne un petit écho international d’où la fondation du Youth International Party, par Jerry Rubin, entre autres.

Dans un ouvrage intitulé Les Hippies paru en 1968 J.P. Brown résume bien l’effarement de la société étatsunienne devant le comportement contestataire de sa jeunesse « Qu’avons-nous fait pour avoir des enfants qui prennent tellement au sérieux ce qui n’aurait dû être pour eux qu’un simple piment culturel ? »

Dans son Journal de Californie, Edgar Morin ajoute que le phénomène hippie est « une réaction anthropologique provoquée par la civilisation industrielle, urbaine, bourgeoise ; un néotribalisme a surgi de la pointe la plus avancée de la modernité. Ils veulent être de bons sauvages... La dose de richesse a été trop forte pour ces fils de puritains en même temps que la dose de misère dans le monde qu’ils découvraient... était trop forte pour ces fils de riches ».

Il s’agit d’un courant de contre-culture construit en réaction à celle de l’idéologie dominante US « Une culture d’arnaque, de triche, de mensonge, de fraude, d’exploitation, d’affaires et d’argent. Le Rêve américain, qui dit que nous allons tous devenir riches, est une pathologie. » (article du Daily Best)

Le mouvement hippie se développe comme phénomène de masse en 1966 1967

En quelques mois, il va passer d’une contre-culture à une forme de contre-société.

Janvier 1966 : Sept communautés hippie se mettent en place, essentiellement autour de San Francisco, dans les forêts et sur les plages de Californie. En plein été 1966, la presse estime à environ 200000, les jeunes qui suivent cet exemple.

Le 6 octobre de la même année, le premier love-in rassemble 30000 jeunes sur le terrain de golf du Golden Gate Park à San Francisco. Dans les mois suivants d’autres love-in ( rassemblement public pacifique axé sur la méditation, l’amour, la musique, le sexe et / ou l’utilisation de drogues psychédéliques) voient le nombre de participants progresser de façon fulgurante ( 200000, 360000, jusqu’à 450000 pour les revues Time et Newsweek).


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