L’ETAT EN SOI, CE N’EST PAS SUFFISANT !

samedi 29 août 2015.
 

Remarques après l’émission Ripostes (Mars 2009)

Il serait naïf de croire que les libéraux, obligés d’admettre l’échec de leur système chéri, le rejettent, même lorsque certains d’entre eux mettent en avant les nationalisations temporaires comme solution à la crise.

Déjà, quelques-uns commencent à relever la tête. Ceux-là émettent la thèse que la crise mondiale que nous subissons n’est pas le fruit de trop de libéralisme, mais au contraire de trop d’Etat. Et d’expliquer que la crise des subprimes est le résultat de la volonté de l’Etat américain de permettre aux plus pauvres d’accéder à la propriété de leur habitat, au moyen des fameux crédits subprimes (crédits faciles à risques).

Formellement, ces libéraux ont raison. L’Etat américain a joué le rôle initiateur dans la mise en œuvre de ces crédits faciles. Il y a vu une façon de ne pas augmenter les salaires.

C’est pourquoi, je ne fais pas de l’Etat le garant absolu de l’intérêt général. Par nature, l’Etat est une entité politico-économico-administrative, politiquement et économiquement non engagée. Son orientation dépend de qui le dirige. S’il s’agit d’un libéral, l’Etat sera tout entier mis au service des grandes entreprises privées et des plus fortunés. S’il s’agit d’un anticapitaliste, l’Etat sera tout entier mis au service de l’intérêt général. Evidemment, ce raccourci simplificateur mériterait d’être explicité, mais ce n’est pas mon propos pour l’heure.

Ainsi, le fait que l’Etat américain soit à l’origine de la crise du système capitaliste ne dédouane pas les libéraux de leurs responsabilités, voire même de leur culpabilité.

En France, il est illusoire d’attendre du chef de l’Etat actuel la moindre solution dans le sens de l’intérêt du peuple. Pour moi, qu’il nationalise ou pas le secteur bancaire, provisoirement ou définitivement, qu’il désigne François Pérol ou un autre à la tête de la Caisse d’Epargne et de la Banque Populaire, ne changera rien au cours des choses. Libéral il est, libéral il restera. Et tout ce qu’il dirige avec. Directement ou indirectement.

Il ne faut pas inférer de mes propos, que je tiens l’Etat pour quantité négligeable. Au contraire. Il sera le moyen indispensable pour que, le jour venu, le plus tôt sera le mieux, les anticapitalistes, enfin parvenus au pouvoir, puissent réorienter la politique intérieure et extérieure et l’économie dans le sens exclusif de l’intérêt général.

En revanche, si, quelles que soient les circonstances, je ne tiens pas l’Etat pour quantité négligeable, je ne le pare de beaucoup de vertus que mis au service de l’intérêt général, sinon, il peut être l’ennemi du peuple.

Il en va de même de la liberté. Ce magnifique concept philosophique n’a de sens qu’affublé d’un qualificatif ou d’un attribut. Qui ne souhaite pas être libre ? Mais libre de quoi ? Selon le qualificatif, la liberté peut recouvrir la pire ou la meilleure des choses. N’oublions pas que c’est au nom de la liberté d’entreprendre que les patrons s’arrogent le droit d’exploiter les salariés. Que c’est au nom de la liberté de posséder que des propriétaires s’accaparent du bien public.

Dussé-je susciter l’indignation, je considère que la liberté doit être parfaitement encadrée. Le célèbre principe républicain : « Ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui » ne me satisfait pas pleinement. Il n’empêche pas les aigrefins de s’en réclamer pour couvrir leurs turpitudes. Je lui préfère cette citation tirée du « Journal d’instruction sociale » de Condorcet : « Il ne peut y avoir ni vraie liberté ni justice dans une société si l’égalité n’est pas réelle. ».

Robert Mascarell le 10 mars 2009


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