Le 2 avril 1981 Grève de la faim contre la double peine des immigrés

lundi 9 février 2009.
 

Expulsions, aide au retour, durcissement des conditions d’entrée et de séjour, la fin des années 1970 marque un durcissement de la politique migratoire en France. Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour alerter sur le sort des jeunes immigrés. Parmi elles, celle de Christian Delorme, un jeune prêtre catholique de 30 ans.

Celui que l’on surnomme « le curé des Minguettes » (quartier populaire de Vénissieux dans la banlieue lyonnaise) a alors déjà un passé de militant auprès des minorités. Il est notamment en charge pour l’Eglise « des relations avec les jeunes issus de l’immigration musulmane ». Au printemps 1981, il décide de se lancer dans une grève de la faim illimitée pour dénoncer les expulsions de jeunes immigrés qui ont grandi en France et s’opposer à la double peine (un délit mineur peut alors condamner à une expulsion). Il est accompagné par Jean Costil, un pasteur protestant membre de la Cimade. Un travailleur algérien en instance d’expulsion, Hamid Boukhrouma, se joint finalement à eux et les trois hommes débutent leur jeûne le 2 avril 1981 au Centre Chrétien Universitaire de Lyon.

« Nous avons choisi de mener cette action un peu dure, cette grève de la faim pour obtenir du Ministère de l’Intérieur une circulaire stipulant que ne peuvent pas être expulsés des jeunes qui sont nés ou qui ont passé plus de la moitié de leur vie en France ». Prêts à mettre leur santé en danger, les grévistes agissent par altruisme, ne se mobilisant pas pour leur propre sort mais pour celui de milliers d’autres. Malgré les critiques de certaines associations d’aide aux migrants, jugeant une circulaire insuffisante ou refusant d’instaurer une distinction entre immigrés, les appuis se multiplient. En effet, un comité de soutien très actif mobilise partout en France (pétitions, manifestations, jeûnes de protestation…).

En pleine campagne présidentielle, François Mitterrand se range derrière la cause. Le 29 avril, alors que l’état de santé des grévistes se dégrade, le gouvernement annonce de son côté la suspension des expulsions (sauf en cas de crime ou délit grave) et la formation d’un groupe de travail sur le sujet. Après 28 jours de mobilisation, bien que ne s’estimant satisfaits qu’à « 70% », les trois hommes décident de mettre fin à leur grève. Avec l’élection de François Mitterrand l’expulsion d’étrangers nés en France ou arrivés avant l’âge de dix ans est interdite.

Matthieu Lépine


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