Trois critiques du Livre noir de la Révolution française (Jean-Clément Martin, Mona Ozouf, Pierre Assouline)

vendredi 8 janvier 2016.
 

A) Livre noir de la Révolution française : « une manipulation » (par Jean Clément Martin)

Source : http://contrejournal.blogs.liberation.fr

« Une France coupée en deux avec les catholiques d’un côté, les révolutionnaires athées le couteau entre les dents de l’autre : le Livre noir de la révolution française donne une vision totalement faussée » affirme Jean-Clément Martin, professeur d’histoire de la Révolution française à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne et directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française (CNRS). La publication aux éditions du Cerf, début janvier, du « Livre noir » de la révolution provoque l’indignation des historiens, qui dénoncent « l’absurdité » de certains chapitres. « On peut faire de l’idéologie, certes, mais on ne peut pas expliquer le passé avec ça, souligne Jean-Clément Martin. On est clairement en présence d’une critique catholique de la Révolution, proche de l’intégrisme même. »

Le Livre noir sort-il des rails de l’histoire « officielle » de la Révolution française ?

Il n’y a pas, ou plus, d’histoire officielle de la Révolution française. Y en a-t-il eu d’ailleurs ? Je dirais plutôt qu’il existe plusieurs histoires convenues, au sens où tout le monde s’accorde à parler d’événements identiques : la prise de la Bastille, la Déclaration des Droits de l’Homme, la mort du Roi... C’est comme dans un grand jeu de l’oie, on passe toujours par là ! Ensuite il y a les cases subalternes : la Constitution Civile du clergé, la fuite à Varennes, l’insurrection de la Vendée... sur lesquelles on insiste plus ou moins.

Grosso modo, trois écoles "classiques" existent sur ces événements. La première est consensuelle, plutôt libérale centre droit : la Révolution débute en 1789, tourne mal en 1792, et vire dans le sang en 1794. Heureusement, il y a une session de rattrapage en 1799, et on reste dans un Etat démocratique. Cette vision présente les violences mais aussi les gains de la Révolution. Une deuxième vision, plutôt à gauche, insiste sur la défaite de la Révolution à cause des traitres qui ont pris le pouvoir. La Révolution finit dans un système bourgeois qui débouche sur Bonaparte. Enfin, dans la 3ème vision, 1789 découle des faiblesses de l’Ancien Régime, des difficultés économiques, et du travail de « sape » des philosophes. Et ce n’est pas une vraie Révolution, c’est d’abord et avant tout du sang ! C’est une position partagée par exemple par François Furet qui souligne l’inutilité de la Révolution qui n’appelle que le sang.

Le Livre noir entre dans cette dernière vision en l’aggravant. Non seulement la Révolution de 1789 est sanguinaire, mais elle est même scandaleuse. Il ne faut donc pas s’étonner si ensuite, tout va mal ! Dès le chapitre introductif, Pierre Chaunu décrit le désordre et le malheur de la Révolution en les rapprochant des merveilles du vaccin de Jenner découvert à la même époque. La révolution de Jenner, qui a sauvé des millions de vies, doit donc primer sur la Révolution française qui ne fut que destruction. Le Livre noir va encore plus loin : tout ce qui est révolutionnaire est mauvais. Il faudrait donc revenir aux valeurs tirées de la contre-révolution, et plus précisément de son aile radicale et clairement catholique.

C’est donc un point de vue religieux sur la révolution.

On est clairement en présence d’une critique catholique de la Révolution, proche de l’intégrisme même. Les vrais ennemis des auteurs du Livre noir, ce sont finalement tous les individus qui ont accepté de critiquer la monarchie, au nom d’un catholicisme éclairé des Lumières.

Le Livre noir donne une vision totalement faussée de la Révolution : une France coupée en deux avec les catholiques d’un côté, les révolutionnaires athées le couteau entre les dents de l’autre. Les catholiques des Lumières et les révolutionnaires modérés sont totalement absents ! (comme l’Abbé Grégoire, l’abbé Fauchet, ou l’abbé Lamourette). Même les catholiques massacrés par les révolutionnaires, mais qui avaient adhéré à l’origine à la Révolution, ne sont jamais cités. C’est une déclaration de guerre à tous ceux qui, d’une certaine façon, avaient accepté que le monde ait pu changer. Cette vision est parfaitement erronée, n’apporte rien et ne permet pas de comprendre l’histoire. On peut faire de l’idéologie, certes, mais on ne peut pas expliquer le passé avec ça.

Ce livre oublie même de rappeler que la Révolution française a permis la régénération du catholicisme Français ! Ce sont les catholiques qui le disent : Joseph de Maistre affirmant que cette Révolution a participé du plan de Dieu. Cette épreuve aurait fait rejaillir le sang neuf catholique. C’est quelque chose qui aurait mérité d’être rappelé : cet évènement a été une épreuve terrible, certes, mais une épreuve qui a renforcé le catholicisme romain !

Le dérapage le plus évident semble être le lien établi entre la Révolution Française et l’antisémitisme voire le futur fascisme.

Comparer Saint Just au fascisme est absurde. Il n’y a pas la hiérarchisation des individus, ou l’échelle des êtres, qu’il y avait dans le fascisme. De même assimiler la Révolution à un mouvement antisémite n’a aucun sens. Les communautés juives d’Alsace, ou les négociants juifs bordelais étaient déjà victimes de persécutions auparavant. Au contraire, la Révolution donne l’égalité aux juifs, conservée sous Napoléon. Les juifs allemands ne s’y trompent pas à l’époque, et approuvent l’occupation française car ils apprécient cette égalité. Il est vraiment impossible de faire passer la Révolution française pour antisémite, c’est un tour de passe-passe considérable. À ce sujet, le Livre noir fait véritablement de la manipulation.

Les auteurs se livrent à d’autres comparaisons, du côté des régimes communistes... En particulier sur la question de la Terreur.

On ne peut pas parler d’un régime de Terreur sous la Révolution, comme cela a existé en Russie soviétique, dans le Cambodge de Pol Pot, ou sous la Chine de Mao. Quand on regarde les textes, la Terreur n’a jamais été « à l’ordre du jour ». Robespierre lui-même n’en voulait pas, ainsi que la quasi-totalité des conventionnels. Si la violence existe, un régime de Terreur n’est pas la même chose : c’est la centralisation de la violence par l’État, qui l’organise et l’applique. Ce n’est pas le cas de 1789 à 1793 ! Et le Tribunal Révolutionnaire, centralisé ensuite, ne correspond pas à la Terreur : les procédures juridiques persistent et de nombreux accusés sont acquittés. Ce ne sont pas les purges staliniennes, ni les mises à mort systématiques dans les camps de concentration cambodgiens ! Pire qu’un raccourci, c’est une invention pure et simple, appuyée sur la dénonciation opérée par quelques Conventionnels après Thermidor que ce qui s’était passé auparavant s’appelait « la Terreur ». Ce n’est pas non plus parce que Lénine ou Trotski se seraient inspirés de la Révolution Française qu’on peut assimiler les deux régimes.

L’analogie avec le terrorisme d’aujourd’hui n’est donc pas valable ?

On comprend que le terrorisme puisse s’enraciner dans le souvenir de la Révolution et de la terreur, telle que le Directoire et la Restauration la dénoncent ensuite. Cependant, les textes de l’époque sont explicites : la Terreur est une arme employée par l’Ancien Régime, et les Conventionnels affirment en 1793 qu’ils ne puniront que « la loi à la main ». Ce n’est pas du terrorisme, ce sont les pratiques violentes d’une époque. Des mesures répressives vont être employées, mais moindres par rapport aux pratiques précédentes dans la mesure où la justice monarchique, elle, utilisait la Terreur avec de nombreux supplices. Si la justice révolutionnaire, c’est la guillotine, c’est aussi le refus du supplice et une mort quasi-médicale. Ce qui a été perçu à l’époque comme un aménagement de la peine de mort, comme une peine adoucie. L’utilisation politique de la guillotine dans la répression a changé la perception de cette mise à mort, en oubliant que l’Angleterre se livre à la même époque à des supplices bien pires, et ce jusqu’en 1832 ! Ce dont le Livre noir ne parle évidemment pas. De même qu’il ne fait aucune comparaison avec les répressions abominables sous Napoléon par exemple.

Qu’est-ce qui anime à votre avis les auteurs du Livre noir ?

Que cela plaise ou non, la Révolution française a bâti le monde moderne. On peut dénoncer cet évènement sans expliquer pourquoi il a eu lieu. Mais toute lecture manichéenne insistant sur des « méchants » n’explique rien, et traduit sans doute une grande insatisfaction de ne pas trouver des réponses simples à des questions compliquées.

La Révolution française est un chantier considérable et il y a toujours besoin de retravailler sur ce moment historique. Il faut continuer à creuser les mécanismes culturels, politiques, religieux… qui ont fait que ces Français sont entrés en Révolution. À l’inverse, ce livre participe à ce mouvement de repentance, très à la mode actuellement, qui laisse dans une sorte de désespérance continue, à propos de tout et n’importe quoi, contre-productive et dangereuse. La réponse passe alors par le retour au travail historique, l’érudition et la vulgarisation. Sans doute, faut-il accepter de penser que les historiens ont eu des responsabilités en privilégiant des ouvrages scientifiques très « pointus », en oubliant le public cultivé à qui ce livre noir est destiné. Ils ont un rôle à jouer en écrivant des livres de vulgarisation historique permettant de rendre compte simplement de la complexité des choses, sans rien oublier des violences par exemple, mais sans non plus être aveuglé par elles. Cela permet d’éviter les raccourcis : ce qui arrive aujourd’hui n’est pas le résultat direct de ce qui s’est passé avant ! De la même façon, entre la Révolution française et la révolution russe, il y a eu de nombreuses étapes intermédiaires qu’il convient d’expliciter. C’est le seul moyen de lutter contre ce genre de théories du complot absurdes.

Jeter en pâture une période historique, seulement pour montrer du doigt les coupables, n’apporte rien. L’Histoire n’est souvent qu’un tissu de sang, alors des Livres noirs on peut en faire autant qu’on veut. D’ailleurs, je ferai bien le Livre noir des livres noirs ! »

Propos recueillis par CAMILLE STROMBONI

Jean Clément Martin est l’auteur :

La Révolution française, Editions le Cavalier Bleu, collection Idées reçues, 2008

La révolte brisée, femmes et hommes dans la Révolution française et l’Empire (1770-1820), Armand Colin, 2008


B) Pour en finir avec la révolution ? Non, Danton n’est pas Hitler !

Par Mona Ozouf

Selon les auteurs du « Livre noir de la Révolution française », la guillotine annoncerait le nazisme, et les révolutionnaires auraient inventé l’antisémitisme. N’importe quoi

Ce gros livre en habit de deuil, on le reçoit comme on découvre dans sa boîte aux lettres un cercueil menaçant. L’air du temps a soufflé sur cet objet lugubre, nouvel avatar de l’histoire justicière : après nous avoir mis en demeure de nous repentir de la traite négrière, du génocide arménien, de la colonisation, nous voici conviés à faire pénitence pour la Révolution française. Défilent donc ici les têtes au bout des piques, les prêtres massacrés, les colonnes de Turreau, le calvaire du petit Louis XVII. Et de l’autre côté, car toute histoire noire appelle sa bibliothèque rose, Louis XVI, « le seul grand homme de la Révolution », Marie-Antoinette, « âme mozartienne, priante et héroïque ». John Adams lui-même est convoqué pour célébrer, chez les Bourbons pris en bloc, « le lait de la tendresse humaine ».

Livre d’époque donc, qui rêve d’une société où l’Eglise informerait à nouveau les cadres de l’existence collective : derrière lui, on voit se profiler un autre livre noir, de la laïcité cette fois, qui devrait plaire au chanoine de Latran. Livre d’époque encore, qui désigne à la vindicte publique les « historiens », espèce nuageuse occupée à cacher, travestir, « occulter » les vérités déplaisantes, comme le sacrifice du roi, « biffé par la normalisation historienne ». La Révolution, nous est-il confié, a joui jusqu’à ce jour du « singulier privilège de rester en dehors de l’inventaire, à jamais intouchable ». Intouchable ? Qui peut le croire, après deux siècles de mises en examen, de procès, de preuves accablantes exhibées au prétoire, et l’armada des procureurs, de Joseph de Maistre à Léon Bloy ?

Livre d’époque toujours, pour entonner l’air à la mode : des Lumières est sorti le Goulag, Lénine procède de Rousseau, et le totalitarisme nazi a ses racines dans la Révolution française. Il en inverse pourtant radicalement les principes, mais ici nul ne se soucie de ce détail, et cette simplification inspire les morceaux les plus extravagants de l’ouvrage. On apprend que la Révolution a inventé l’antisémitisme ; que « ce que les révolutionnaires ont voulu faire (faire disparaître les juifs), Hitler l’a réussi en Europe ». Un syllogisme implacable préside à certaines de ces démonstrations folles : on reconnaît, comme vous savez, les fascistes à quelques traits génériques, fulgurance, audace, insolence, laconisme, sobriété ; or Saint-Just possédait ces caractères ; ergo, Saint-Just est un précurseur du fascisme. Un hasard, dites-vous ? Détrompez-vous, « il n’y a pas de hasard ».

On pouvait espérer qu’une exploration du versant noir de la Révolution ferait surgir de grandes questions, toujours ouvertes : pourquoi les Français ont-ils fait du rejet radical de leur passé le principe de la Révolution ? Pourquoi la conception autoritaire du pouvoir y a-t-elle triomphé si tôt de l’inspiration libérale ? Et comment mener la comparaison entre la France et les pays qui ont fait l’économie d’une révolution, question héritée de Pierre Chaunu (auquel on a emprunté, pour ouvrir ce recueil dépourvu d’introduction, un texte du bicentenaire qui résume la Révolution française en quatre vocables : « rancune, ignorance, fatuité, bêtise ») . Mais n’espérez pas voir ici ces grands sujets traités. L’escouade d’« essayistes », de « dramaturges », d’« historiens » et de « philosophes » que ce livre rassemble s’emploie, non à comprendre, mais à juger le passé national ; et pour l’avenir, à formuler des vœux : d’abord, que « le XXIe siècle finissant voie un retour en force de la foi chrétienne » ; puis que surgisse enfin le principe salvateur capable de garantir l’unité du pays. Et « pourquoi ne serait-ce pas un roi ? ». L’ouvrage s’achève sur ce frémissant espoir.

Le coordonnateur négligent de ce livre bâclé, jargonneur de surcroît (on n’hésite pas, ici, à définir la Révolution comme « un prisme qui s’autorèfracte »), a senti le besoin de l’orner de quelques grandes signatures. Jean Tulard et Emmanuel Le Roy Ladurie se sont donc exécutés, sans grand entrain m’a-t-il semblé. Sur Napoléon et la Révolution, pour le premier, sur le climat, pour le second, ils ont rendu des copies honorables, mais hors sujet, pierres incertaines apportées à l’édifice. Certes, Emmanuel Le Roy Ladurie nous apprend qu’il a fait un temps de cochon pendant l’année 1788, coups de chaleur d’un printemps torride, grêle et pluies d’un été pourri. La Révolution pourtant, il le reconnaît de bonne grâce, a éclaté pour des raisons complexes, « qui n’ont rien à voir avec notre présent exposé ». Une conclusion que pourraient reprendre à leur compte presque tous les contributeurs fatigués d’un livre grisâtre.

Mona Ozouf


C) La contre-Révolution bouge encore

par Pierre Assouline

Source : http://passouline.blog.lemonde.fr

Comment des historiens chevronnés à la réputation aussi établie que Emmanuel Le Roy-Ladurie et Jean Tulard ont-ils pu la mettre en péril en se laissant embarquer dans cette galère ? Plus on s’enfonce dans la lecture du Livre noir de la Révolution française (882 pages, 44 euros, éditions du Cerf), moins on comprend. Même si le premier s’est cantonné à traiter du climat à l’époque, et le second de Napoléon et la Révolution. Et Jean-Christian Petitfils, Stéphane Courtois et quelques autres, savaient-ils au juste où ils mettaient les pieds et sous quel pavillon ils allaient voguer ? On ignore si le postulat de l’entreprise était aussi clair au départ qu’il l’est à l’arrivée : rien moins que présenter la France de 1789 comme un pays coupé en deux, méchants révolutionnaires athées contre bons catholiques. Une vision binaire et manichéenne qui voudrait se frayer un chemin dans un air du temps favorable à la repentance nationale… On la croyait révolue, l’historiographie ayant fait des progrès depuis Louis de Bonald et Augustin Cochin. Les initiateurs de ce gros ouvrage collectif publié sous la direction de Renaud Escande, dominicain et éditeur au Cerf, l’ont voulu démystificateur et iconoclaste. Ils ont manifestement lu les travaux de François Furet mais ils ont poussé sa réflexion à de tels extrêmes qu’elle en ressort dénaturée puisqu’ils réduisent la Révolution à un évènement exclusivement violent et sanguinaire. Il paraît que cela plaît si l’on en juge par les réimpressions dont on se félicite sur le site de l’Union royaliste Bretagne Vendée militaire.

Entendons-nous bien : le révisionnisme historique est une bonne chose. Saine même et indispensable. Sur tous les sujets sans exclusive. Encore faut-il que la remise en question ne soit pas systématique jusqu’à tourner à l’absurde. Car il ressort de cette critique catholique de la Révolution qu’il faut tout jeter, le bébé et l’eau du bain. Au fond, ils ne détestent rien tant que les catholiques qui ont osé conserver alors le meilleur des Lumières pour critiquer la monarchie. Ici, on peut les chercher en vain, l’abbé Grégoire et les autres, dans le bilan positif de la fin du XVIIIème siècle.“Ce livre oublie même de rappeler que la Révolution française a permis la régénération du catholicisme Français ! Ce sont les catholiques qui le disent : Joseph de Maistre affirmant que cette Révolution a participé du plan de Dieu. Cette épreuve aurait fait rejaillir le sang neuf catholique” tenebr14.1205797360.JPGsouligne l’un des meilleurs spécialistes de la période Jean-Clément Martin dans sa critique implacable de ce “livre noir” bâclé à l’appareil critique défaillant et à la méthodologie sans rigueur. Et l’historien de dénoncer les nombreux abus et manipulations idéologiques qu’il y a repérés : Saint-Just assimilé à un fasciste, la Révolution présentée comme un mouvement antisémite, la Terreur comparée à celles de Staline, Mao et Pol Pot, 1789 et suivantes comme terreau des totalitarismes, la théorie du complot mise en avant… On a alors l’étrange impression d’être revenu longtemps en arrière, en des temps d’obscurantisme que l’on croyait révolus.

Il en faudrait davantage pour en finir avec la Révolution. “N’importe quoi !” s’indigne l’historienne Mona Ozouf. Sa réflexion vise le fond mais elle pourrait se limiter au plan :”Les faits” (des notices historiques), “Le génie” (florilège des penseurs de la contre-Révolution), “Textes inédits” (une anthologie) sans oublier un ahurissant “Divers” où l’on s’est débarrassé de tout ce qui n’entrait pas ailleurs ! Même si l’on connaît déjà bien ses vues sur la question, on croit tout de même se souvenir que Pierre Chaunu a été d’ordinaire plus nuancé, il y a longtemps, il est vrai. On a du mal à le voir se mêler à un ensemble d’où il ressort qu’au fond, la Révolution française a été pour l’essentiel la matrice du Goulag et des camps d’extermination nazis. Quoique, à la réflexion, Chaunu ayant en 1989 réduit la Révolution à “rancune, ignorance, fatuité, bêtise” ainsi que ce livre le rappelle dès l’entame, il y est tout à fait à sa place. Nombre de collaborateurs de l’ouvrage, familiers des nébuleuses nationalistes et monarchistes, également. A quand un livre collectif ni noir ni blanc pour rendre la Révolution française à sa complexité ?


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