21 janvier 1793 Louis XVI guillotiné

dimanche 14 janvier 2018.
 

- A) 16 janvier 1793 La Convention vote la mort

16 et 19 janvier 1793 La Convention nationale vote la mort de Louis XVI

- C) 20 janvier 1793 : Lepeletier assassiné par un royaliste

Le procès de Louis XVI

Procès du roi Louis XVI :

- Le contexte : quand un roi perd la confiance du peuple
- De quoi Louis Capet est-il accusé ?
- Quel tribunal pour un roi ?
- L’exception et la règle (Daniel Bensaïd)

Les 17 et 18 janvier, la Convention débat, dans une ambiance tendue et même violente, d’une proposition de surseoir à l’exécution, défendue particulièrement par les Girondins.

Le 19, les Girondins lancent un nouvelle proposition pour retarder l’exécution : que tous les membres de la famille royale soient simultanément expulsés du pays. L’Assemblée décrète finalement la mise à mort de Louis XVI dans les 24 heures par une majorité de 380 voix (310 contre).

Janvier 1793 La Convention nationale vote la mort de Louis XVI

- A) De quoi Louis Capet est-il accusé ?
- B) Le procès du roi Louis XVI
- C) Comment se déroule le procès ?
- D) Quelle peine pour Louis Capet ?
- E) 16 et 19 janvier 1793 La Convention vote la mort

B) La réaction parisienne à la condamnation à mort

Les sources donnent des informations très différentes selon que l’auteur était favorable ou non à la condamnation du roi.

Pour un dénonciateur des Montagnards « La nouvelle fut bientôt connue de tout Paris et le calme de la terreur se répandit dans toute la ville ; l’on ne voyait dans les rues que des figures tristes et sombres ; on n’entendait dans les lieux publics que des opinions incertaines, des conversations à voix basse ; Paris, enfin, jadis si folâtre, si bruyant, si agité, paraissait être devenu tout à coup le séjour silencieux de la stupeur et de l’effroi. » (Charles-Aimé Dauban)

Le journal "Les Révolutions de Paris" apporte un témoignage totalement différent sous le titre "Arbre de la fraternité"

Tandis que la Convention prononçait solennellement la peine de mort contre le tyran... des fédérés marseillais et de plusieurs autres départements, réunis à leurs frères de Paris, sous l’oeil de magistrats, chantaient l’hymne de la liberté et l’air ça ira, dansaient de gaies farandoles, et ne formaient qu’une seule chaîne de plusieurs milliers de citoyens des deux sexes se tenant par la main.

C’est la section des Arcis qui eut, la première, l’heureuse idée de célébrer cette espèce de fédération impromptue. Le conseil municipal s’y rendit avec empressement, précédé de Santerre et de plusieurs détachements de deux gendarmeries, tous à pied et sans armes. Le procureur de la commune et les officiers municipaux présidaient la fête montés sur des pierres. La table des droits de l’homme, placée au centre, servait comme point de ralliement et d’arche d’alliance.

On fit le serment prêté par les fédérés de Marseille à la maison commune, précisément la veille du 10 août, et on prononça d’exterminer tous les tyrans et toutes les tyrannies sous toutes les dénominations. On s’y promit de coeur et de bouche fraternité inviolable, et chacun des participants donna le baiser d’union à ses voisins ; on se serra dans les bras l’un de l’autre ; c’était un spectacle touchant d’une belle sincérité.

... La commune arrêta qu’un grand chêne serait planté sur la place du Carroussel en mémoire de cette fédération... Le conseil général de la commune doit en faire l’inauguration dimanche 27 et cet arbre sacré s’appellera le chêne de la Fraternité.

C) 20 janvier 1793 : Lepeletier assassiné par un royaliste

Cet assassinat révèle l’exacerbation des tensions en cette veille de la montée du roi sur l’échafaud.

Michel-Étienne Le Peletier de Saint-Fargeau n’avait aucune raison personnelle de participer à la Révolution française : marquis, grand juriste, avocat général et élu Président à mortier du Parlement de Paris avant 1789. Cependant, franc-maçon du Grand Orient de France, il participe aux espérances des intellectuels des Lumières. Dès juillet 1789, il devient un ardent avocat de la cause du peuple et de ses aspirations.

Le 19 juin 1790, jour de la suppression des titres de noblesse, il fait voter qu’aucun citoyen ne pourra porter d’autre nom que celui de sa famille réduit à sa plus simple portion. Rapporteur du comité de jurisprudence criminelle, le 30 mai 1791, il présente un projet de code pénal. Triomphalement élu à la Convention par le département de l’Yonne, il s’intègre dans le groupe des Montagnards et déploie une activité politique considérable. Le 30 octobre 1792, il prononce un discours louant la liberté de la presse. En décembre, il rédige un mémoire sur l’éducation de l’enfance. Tout en étant un opposant de longue date à la peine de mort, il la vote pour Louis XVI pour des raisons de contexte politique.

Le soir du 20 janvier 1793, Michel Lepeletier mange chez un restaurateur nommé Février. Lorsqu’il approche du comptoir pour payer son dû, il est apostrophé par un inconnu :

- Vous avez voté la mort du roi, Monsieur Lepeletier ?

- Oui, monsieur, et j’ai voté d’après ma conscience ; que vous importe ?

L’inconnu est en fait un ancien garde du roi nommé Philippe Nicolas Marie de Pâris ; il cache un sabre sous son manteau, le sort, l’enfonce dans le poitrail du député qui meurt aussitôt.

D) 20 janvier 1793 : préparatifs pour l’exécution du ci-devant roi

Lors de la journée révolutionnaire du 10 août 1792, l’assemblée nationale avait suspendu le roi et renvoyé ses ministres. Elle avait installé dans leurs fonctions, un Conseil exécutif provisoire, sorte de gouvernement provisoire.

Le 20 janvier 1793, ce Conseil exécutif provisoire arrête les décisions suivantes :

- l’exécution du jugement de Louis Capet se fera lundi 21 janvier

- l’échafaud sera dressé sur la Place de la Révolution, ci-devant place Louis XV

- Louis Capet quittera le Temple à huit heures du matin afin que tout soit terminé à midi

- Des commissaires du département de Paris, des commissaires de la municipalité, deux membres du Tribunal criminel assisteront à l’exécution

- Le Conseil exécutif provisoire siègera en séance permanente toute la journée. Les commissaires, membres du tribunal et le secrétaire-greffier viendront lui rendre compte sitôt leur tâche accomplie.

Pourquoi autant de précautions ? Les Montagnards ont été échaudés par le meurtre de Lepeletier, un des leurs, fort connu et respecté. Ils craignent surtout une opération militaire de royalistes pour délivrer l’ex-roi sur le trajet, du Temple à la Place de la Révolution. Un article d’époque précise « On a su très positivement que plus de six mille individus avaient été payés pour se réunir, crier grâce et tenter d’arracher le tyran au supplice ; mais les nombreuses et nombreuse patrouilles qui se faisaient partout les empêchèrent d’opérer leur réunion et d’exécuter le plus léger mouvement. (Le Magicien) »

Aussi, non seulement le Conseil exécutif provisoire siège en permanence mais :

- des gendarmes seront présents dans la voiture qui porte le roi lui-même

- le contingent autour de ce véhicule sera renforcé : plusieurs détachements de cavalerie et même une forte artillerie.

- des hommes sûrs dirigeront sur place l’opération comme Santerre et Roux.

E) La journée du 21 janvier 1793 à Paris

Tous les témoignages concordent sur un point. La nuit et le matin de ce 21 janvier, le ciel est couvert ; il pleut en permanence ; la température est fraîche.

Dès quatre heures du matin les tambours battent le rappel général ; chaque garde national de Paris rejoint le poste qui lui a été affecté dans la rue du Temple et surtout sur les boulevards par où doit passer le cortège.

A huit heures trente, Santerre, Roux pénètrent dans la cour du Temple accompagnés des commissaires et surtout d’une forte unité de gendarmerie à cheval.

A neuf heures, le cortège s’ébranle.

Les sabots des chevaux et bandes de roulement (en métal) entourant les roues des canons font un bruit terrible et lugubre sur les pavés de la capitale par un temps pareil.

Le peuple massé sur le parcours fait preuve d’une retenue étonnante comme si chaque personne présente avait du mal à réaliser le saut historique dans l’inconnu que représentait l’exécution d’un roi en exercice.

Après être monté sur l’échafaud, le roi veut s’adresser à la foule. Aussitôt, Santerre donne l’ordre aux cent tambours de battre à tout rompre. Le roi comprend dès lors qu’il ne peut rien faire et se prépare. Il est aussitôt décapité.

Voici le récit de cet évènement par le citoyen Rouy l’Aîné, témoin oculaire, dans le Diurnal, reproduit ensuite dans Le Magicien républicain :

A neuf heures précises, Louis descendit de la Tour avec un visage assez calme, vêtu d’un habit de drap couleur violette, coiffé à son ordinaire, et couvert d’un petit chapeau à trois cornes auquel était attachée une cocarde nationale toute neuve. Il monta ainsi dans la voiture du maire de Paris, ayant son confesseur à sa gauche, et deux gendarmes sur le devant.

Le cortège se mit alors en marche, passant par la rue du Temple, et suivant les boulevards jusqu’à la place de la Révolution ; la voiture dans laquelle il était se trouva escortée de plus de douze à quinze mille hommes bien armés, et plus de cent mille autres formaient deux chaînes impénétrables depuis le boulevard du Temple jusqu’au pont de la Liberté ; des canons étaient braqués de distance à distance et il fut ordonné à tous les locataires de fermer toutes les croisées qui donnaient sur le passage ; enfin, le tout avait été si profondément concerté pour maintenir le calme, que tous les efforts des malveillants restèrent sans le moindre succès.

Jamais, non, jamais l’univers ne vit un spectacle si imposant et si majestueux. L’ordre et la tranquillité qui régnaient partout furent des sujets de surprise et d’admiration pour tous ceux qui en furent témoins ; pas une seule personne n’élevait la voix ; tous, au contraire, conservaient le plus morne et religieux silence, lequel, avec le temps calme mais sombre et nébuleux qu’il faisait alors, produisait un effet le plus surprenant que jamais mortel puisse voir ; aucun autre bruit que celui des tambours et des trompettes ne s’était fait entendre pendant tout l’espace de temps qu’employa le cortège pour se rendre à destination.

C’est au milieu de ce calme imposant que la voiture arriva à dix heures et un quart au pied de l’échafaud qui était dressé sur la place de la Révolution... dont toutes les avenues et passages étaient défendus par plusieurs pièces de canon. Etant arrivé à ce lieu terrible, Louis Capet fut livré aux exécuteurs des jugements criminels, lesquels... lui demandèrent par trois fois différentes s’il croyait quelque chose de plus à dire ou à déclarer à son confesseur. Ayant persisté à répondre que non, celui-ci l’embrassa et lui dit en le quittant : Allez, fils de Saint Louis, le Ciel vous attend ! Alors on le fit monter sur l’échafaud...

Le glaive vengeur tomba sur la tête coupable et la sépara de son corps ; l’un des exécuteurs la prit aussitôt par les cheveux et la montra au peuple à diverses reprises par les quatre côtés de l’échafaud. Au même instant se firent entendre de toutes parts les cris mille fois répétés de Vive la République ! Vive la liberté ! Vive l’Egalité ! Périssent ainsi tous les tyrans ! Les citoyens ne sachant comment exprimer leur joie de se voir délivrés du fléau de la royauté, s’embrassèrent tous avec l’épanchement de la plus douce union et de la plus heureuse fraternité ; après quoi ils chantèrent des hymnes à la Liberté, en formant des ronds de danses à l’entour de l’échafaud et sur toute la place de la Révolution...

Jacques Serieys, le 17 avril 2008

F) De Louis XVI guillotiné aux banquets à la tête de veau

Louis Capet, ci-devant roi des Français, a été condamné à mort pour « conspiration contre la liberté publique et attentat contre la sureté de l’État » par les représentants du peuple siégeant en Convention Nationale, à une majorité de près de 140 voix (et non pas une comme le veut une légende contre révolutionnaire). Comme la révolution a décrété dans une démarche égalitaire : « tout condamné à mort aura la tête tranchée », il en sera ainsi pour le citoyen Capet, guillotiné le 21 janvier 1793, place de la Révolution.

Le roi est mort

Vive la révolution.

Alors, comment on est on venu à manger de la tête de veau les 21 janvier ? La tradition est à la croisée de plusieurs imaginaires et pratiques politiques. Depuis l’échec de sa fuite en juin 1791, le roi était caricaturé sous les traits d’un roi cochon, image dépréciative qui dit la déception du peuple et le discrédit dont il jouit désormais. Dès le 21 janvier 1794, le citoyen Palloy propose en conséquence que l’on mange de la tête de cochon farci pour marquer l’anniversaire. La proposition ne semble pas avoir été trop suivie, mais elle était lancée et elle nourrit par ailleurs dans les milieux contre-révolutionnaires tous les fantasmes de cannibalisme politique des sans-culottes.

En 1816, dans le cadre de la Terreur blanche qui s’abat contre les Montagnards et les bonapartistes, le maréchal d’Empire Mouton Duvernet est condamné à mort après un procès inique. A Lyon, des placards portent le dernier jour du procès : « si vous tuez le Mouton nous égorgerons le cochon ». Quatre jours plus tard, il est passé par les armes. En réaction, un banquet de l’opposition met au menu du rôti de porc, et les suivants, des têtes de cochon. Il faut savoir que dans le régime hybride de la Restauration, les banquets restaient un lieu de liberté et donc d’expression politique. Tout faisait sens alors, les toasts portés bien sûr, mais aussi le décor, et le menu.

À partir de là, la tradition s’enracine, se fixe pour l’anniversaire de la mort, et le veau remplace le cochon par habitude culinaire et goût des élites. Elle se perpétue dans les terres radicales, dans les sociétés républicaines ainsi que dans les familles.

Mathilde Larrère pour la partie F (https://www.lepartidegauche.fr/educ...)


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