4 novembre 1530 Les habitants de Neuchâtel (Suisse) votent majoritairement leur adhésion au protestantisme

jeudi 21 décembre 2017.
 

1) Ce vote confirme le lien entre émancipation communale, humanisme de la Renaissance, révolution bourgeoise et Réforme protestante

Dès 1214, les bourgeois de la ville obtiennent une charte de franchises communales. En 1400, ils se mobilisent pour obtenir de nouveaux droits.

Une tradition de démocratie directe par assemblées générales des bourgeois de la ville se développe, ici comme dans de nombreux autres bourgs commerçants.

Comme l’écrit Olivier Christin, "le vote du 4 novembre s’inscrit dans le contexte... de l’activisme des communautés d’habitants qui entendent déterminer elles-mêmes leur destin religieux".

Il est vrai que les communautés protestantes apparaissent comme un prolongement des communautés villageoises et urbaines. Le premier des 12 articles célèbres de mars 1525 stipule que les croyants ont "le pouvoir et l’autorité pour toute la communauté de choisir et d’élire le pasteur et aussi le pouvoir de le déposer s’il se conduit de façon indisciplinée."

Au début du 16ème siècle, l’humanisme bourgeois de la Renaissance diverge majoritairement du catholicisme clérical lié à Rome. En 1516, le suisse Zwingli rencontre le hollandais Erasme. En 1517, Luther publie ses 95 thèses de Wittenberg ; en 1521 1522, il est excommunié par la papauté puis mis au ban du Saint Empire.

2) Neuchâtel, première capitale protestante de langue française

En 1523, Zwingli rejoint la Réforme protestante ; bientôt, les villes de Zurich, Berne puis Bâle, Glaris suivent la même voie. L’expansion rapide la Réforme s’explique par le glissement de nombreux intellectuels (y compris religieux comme Zwingli) de l’humanisme culturel au Protestantisme mais aussi par le contexte politique des cantons suisses, première révolution bourgeoise importante.

Dans ces années 1525 1530, Guillaume Farel gagne de plus en plus de bourgeois de Neuchâtel aux idées nouvelles. Le clan catholique local se groupe autour de sa souveraine, la comtesse de Hochberg et de son gouverneur. Tension extrême, procès, agressions... se multiplient entre les deux confessions.

La décision d’organiser un vote pour décider de la foi commune des habitants de Neuchâtel est assez logique dans la tradition politique des Communes faisant appel au vote sur chaque choix collectif important.

3) Le vote du 4 novembre 1530

Il est organisé au château ce qui laisse penser que la souveraine et son gouverneur augurent d’un vote en faveur du catholicisme qui leur donnerait carte blanche pour éliminer efficacement le protestantisme.

Le dépouillement du vote émis par 320 électeurs donne en fait dix-huit voix de plus aux Protestants.

Un tel vote à la majorité est contradictoire avec la tradition catholique récemment rappelée par Benoît XVI "La vérité ne peut pas être déterminée par un vote majoritaire."

La vérité, non, cher Benoît, mais la meilleure procédure pour qu’une collectivité humaine choisissent son avenir immédiat n’est-elle pas la souveraineté populaire effective. De ce point de vue, le vote du 4 novembre 1530 présente évidemment des lacunes importantes puisque les femmes, les pauvres, les étrangers... en sont exclus.

Jacques Serieys


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