Airbus : rendement financier pour les actionnaires, austérité et licenciements pour les salariés

vendredi 28 juin 2019.
 

Pourquoi mettre en ligne des articles concernant les entreprises et les grèves ouvrières sur ce site ?

- parce que la réalité du capitalisme se lit dans la répartition des profits, dans les revenus mirobolants des grands "chefs d’entreprise", dans les rendements succulents des actions entraînant austérité salariale, conditions de travail aggravées par la réduction des "coûts", licenciements et même trop souvent fermetures d’usine.

- parce que la réalité du capitalisme se lit dans son quotidien contradictoire avec l’intérêt général humain
- parce que le coeur de l’opposition au capitalisme ne se rencontre pas dans les manifestations de rue mais dans la réalité du rapport salarial qui rend contradictoire l’intérêt immédiat et à long terme du salarié et de son employeur.

Nous prenons ci-dessous l’exemple de l’entreprise EADS, Airbus avec un premier article de mai 2006, des liens puis des textes plus récents (fin 2016)

D) Liens

2014 EADS : L’ére des pourris Délit d’initiés et vols en série du grand patronat ? (réaction de Jean Luc Mélenchon, Force Ouvrière, L’Humanité, G Filoche)

2013 EADS pillé ! Ayrault et Montebourg regardent ailleurs !

2012 EADS bradé : C’est Florange et Gandrange multiplié par cent ! (Jean Luc Mélenchon)

2007 EADS Les capitalistes sont-ils comme les chats : ils ne volent pas, tant qu’on ne les quitte pas des yeux, leur raison d’être est l’accumulation, la vertu, chez eux, est contre-nature ?

2007 EADS : le fonctionnement classique du capitalisme (par ATTAC)

C) La logique d’Airbus (fin décembre 2016)

Pourquoi l’un des deux leaders mondiaux de l’aéronautique, avec un carnet de commandes à hauteur de 1000 milliards d’euros, 140 000 salariés dans le monde dont 54 000 en France et des résultats financiers en hausse constante, annonce-t-il la suppression de plus de mille emplois  ? La réponse, la voici  : depuis 2010, les dividendes versés par le groupe à ses actionnaires ont été multipliés par six et son objectif est affiché en toute clarté sur son propre site  : « En 2013, Airbus Group a formalisé sa politique de dividendes en s’engageant à générer de solides rendements pour ses actionnaires. » Derrière la formidable réussite industrielle et technique du groupe, c’est la logique financière qui est aux commandes et les salariés qui ont contribué à cette réussite sont jetés par-dessus bord pour un délestage.

Ce n’est pas seulement le problème d’Airbus, c’est le mal de l’économie mondiale et c’est, plus encore, un mal français. Des chiffres, là encore. En 2015, les dividendes versés par les entreprises françaises à leurs actionnaires ont augmenté de 11 %. À titre de comparaison, dans cette Allemagne qu’on nous donne en permanence en exemple, ils n’ont augmenté que de 3 %. Mais là-dessus les donneurs de leçons du capital restent muets, qui n’en discourent pas moins à tout-va sur la fiscalité qui accable, selon eux, nos entreprises plus que d’autres, les réglementations qui les entravent.

On s’inquiète vivement, et il le faut, de l’avenir de la fonction publique et des services publics, mais ce n’est pas tout. L’objectif du nouveau champion de la droite, c’est le même que celui d’Airbus, le service des actionnaires et parmi eux des plus puissants. Face à cela, le petit jeu Valls-Hollande est pathétique. C’est pendant ce quinquennat que des dizaines de milliards sont allés vers les entreprises et vers cette explosion des dividendes. Ils en appellent aujourd’hui au rassemblement de la gauche  ! Désolés, Monsieur le président, Monsieur le premier ministre, mais notre ennemi, c’est la finance et la compromission avec la finance.

Maurice Ulrich, L’Humanité

B) Aéronautique. Le choix du cash peut mener Airbus au crash

Avec la suppression de 1 200 postes et la fermeture du site de Suresnes, Airbus s’attaque désormais à la recherche-développement. Le fruit d’une stratégie visant à séduire les actionnaires.

« Nous serons impitoyables sur la marge de 10 %.  » Cette promesse, lancée en juin dernier par le PDG d’Airbus Group, Tom Enders, aux analystes financiers lors du Salon aéronautique du Bourget, résume l’objectif désormais assigné à l’entreprise. Peu satisfait de la rentabilité de 6,1 % du géant de l’aéronautique, le patron d’Aibus a mis en piste le plan Gemini. L’objectif : de 300 à 350 millions d’euros d’économies par an, 1 164 emplois supprimés dont 640 en France et la fermeture du site de recherche basé à Suresnes (Hauts-de-Seine) et celui d’Ottobrunn, près de Munich, en Allemagne.

Un plan choc annoncé le 29 novembre et qui vise à alimenter les besoins des actionnaires. L’appétit de ces derniers ne se contente plus des milliards dilapidés en rachat d’actions, une opération financière qui consiste à reprendre ses propres actions pour en faire gonfler le prix. Un premier programme a été lancé en 2013, rapportant près de 3,7 milliards d’euros.

De telle sorte qu’Airbus figurait aux côtés de Total, Sanofi, GDF Suez et EDF dans le top 5 des groupes du CAC 40 à avoir le plus rémunéré leurs actionnaires. Insuffisant, apparemment. En 2015, une nouvelle salve est lancée pour un milliard de plus. À cela s’ajoutent les dividendes qui ont tout simplement doublé entre 2012 et 2015. Mais les opérations financières ne s’arrêtent pas là.

Cet été, Airbus a vendu une partie de ses actifs, dont ceux détenus dans Dassault Aviation pour 2,37 milliards d’euros. «  On a un peu de mal à voir la logique stratégique, on voit surtout la logique financière  », a résumé Jean-Marc Escourrou, secrétaire du syndicat FO chez Airbus.

Le virage du tout financier est grossier et coïncide avec la prise de fonction du nouveau PDG, Tom Enders, qui a succédé à Louis Gallois, mais surtout au changement de capital du groupe. Depuis la création, en 2000, d’EADS (devenu Airbus Group en 2014), l’actionnariat a fortement évolué. Les États français, allemand et espagnol se sont progressivement désengagés au fil des années. Si bien qu’aujourd’hui le socle d’«  actionnaires stables  » ne représente plus que 30 % du capital du groupe, contre 65 % début 2000, dont 11 % pour l’État français. À l’inverse, le capital flottant, regroupant les actionnaires privés qui comptent essentiellement des fonds d’investissement, possède désormais 70 % d’Airbus Group.

Le choix de rentabilité financière

Dès sa création, EADS était voué à se transformer en machine à cash, ou du moins à se développer au bon gré de ses seuls actionnaires privés. En témoignent les différents pactes d’actionnaires successivement conclus le 14 mai 1999 puis le 8 juillet 2000, qui ont contraint l’État à ne pas posséder plus de 15 % du capital et à ne plus participer directement aux instances de direction d’EADS. La France charge alors le groupe Lagardère, propriétaire de Matra Hautes Technologies et qui détient 30 % d’Airbus, de représenter les intérêts de la France. Après le décès de Jean-Luc Lagardère, en 2003, son groupe évolue, les opérations financières décidées par son fils Arnaud se multiplient. En 2006, les fonds d’investissement deviennent majoritaires dans le capital de Lagardère. C’est à ce moment-là que les actionnaires de Lagardère, porte-voix des intérêts français, décide de vendre la moitié de leurs actions dans Airbus, soit 15 % du capital, en deux fois, pour mieux se recentrer sur les télécommunications, une activité jugée plus rentable. Son partenaire allemand Daimler fait de même et se tourne vers l’automobile. Leurs départs permettent aux actionnaires flottants d’Airbus de devenir majoritaires, en portant leur poids à 57,5 %. Le cours de l’action s’effondre.

7 900 emplois supprimés entre 2007 et 2011

Quelques mois plus tard, en 2007, le plan de restructuration Power 8 est annoncé, avec l’ambition de supprimer 10 000 postes, 5 000 dans le groupe et 5 000 dans la sous-traitance. 7 900 seront finalement supprimés, le plus gros sera réalisé dans la sous-traitance. Chez Airbus, les fonctions supports (administration, informatique…) sont les plus touchées. La chasse aux «  doublons  » est déjà d’actualité. Le plan est un succès… pour la direction. 2,5 milliards d’euros d’«  économies  » sont réalisées, 10 milliards d’euros de cash dégagés, au-dessus des niveaux exigés respectivement fixés à 2,2 milliards d’euros et 5 milliards. Face à la pression du donneur d’ordres pour obliger les sous-traitants à réduire leurs marges et à supporter une partie du risque de change (les fluctuations entre l’euro et le dollar), «  certains ont délocalisé, d’autres se sont regroupés, énormément ont gelé les salaires et supprimer des emplois  », résume un syndicaliste de la CGT. Avec le plan Gemini, Airbus s’attaque désormais à la recherche-développement, et plus particulièrement à la recherche avancée. Avec un plan de charge pour dix ans, la production, poule aux œufs d’or du groupe, est préservée.

Airbus n’est pas isolé, dans leur duel suicidaire contre l’emploi, Boeing a lancé, en mars dernier, un plan de 4 000 suppressions de postes dans la division commerciale, envisageant même de porter la charrette à 8 000, soit 10 % de ses effectifs du nord-ouest des États-Unis. Pour justifier cette casse de l’emploi, Boeing a chargé son concurrent européen : «  L’arme la plus importante qu’(Airbus) utilise est le prix. Le résultat, c’est que nous sommes dos au mur  », explique le patron de la branche commerciale de Boeing, Ray Conner, à ses salariés. D’ailleurs, le Wall Street Journal affirmait récemment que le géant américain a consacré 19 milliards de dollars sur les trois dernières années au rachat de ses propres actions. «  Si nous sommes compétitifs, c’est grâce à notre fiabilité, parce que nos avions consomment moins de carburant  », insiste Michel Molestin, délégué syndical central de la CGT Airbus.

La stratégie financière visant à séduire les actionnaires peut mettre en péril ces fleurons industriels. «  Rien n’est éternel, on peut arriver à mettre l’outil en difficulté  », prévient le syndicaliste de la CGT. Un cri d’alarme lancé également par son collègue de la CFE-CGC : «  La recherche, c’est prendre le risque de perdre des savoir-faire et des compétences, notamment dans les bureaux d’études dont l’objet est de construire les futurs avions, avec le risque dans dix à quinze ans, quand il s’agira de lancer de nouveaux programmes, de ne plus être en capacité de le faire  », prévient le coordinateur adjoint du syndicat de la confédération des cadres chez Airbus Group, Thierry Préfol.

Clotilde Mathieu

A) Soutenons les salariés grévistes d’EADS contre les profiteurs licencieurs (Jacques Serieys, mai 2006)

Le 12 mai 2006, le conseil d’administration de l’entreprise EADS a annoncé soudainement la fermeture du site de Mérignac entraînant le licenciement de 1100 salariés et la destruction d’environ 3000 emplois de sous-traitance.

Cette entreprise a-t-elle des difficultés financières ? Que non ! Entre 2003 et 2006 l’action EADS a été multipliée par sept. L’entreprise affiche en 2005 un résultat net de plus de 2 milliards d’euros. L’Assemblée générale des actionnaires, réunie à Amsterdam vient de juger la situation financière tellement bonne qu’elle vient début mai d’octroyer un dividende supplémentaire par action.

L’entreprise EADS a-t-elle rencontré des difficultés dans le maintien de son plan de charge ? Oui. En 2002, l’armée de l’air lui a retiré le contrat d’entretien des avions C130 qui courait depuis 15 ans en faisant valoir que la société portugaise Ogma offrit des coûts plus avantageux. Plusieurs autres armées sont devenues réticentes à maintenir leur contrat avec la Sogerma à partir du moment où la France même se passait de ses services.

Depuis la mi-mai, la lutte des 1100 salariés de la SOGERMA est devenue le symbole de la résistance aux licenciements.

- Leur lutte est symbolique du combat nécessaire face à la mondialisation capitaliste. EADS fait valoir comme raison principale de la fermeture de Mérignac les prix de maintenance plus faibles sur le marché international. Cependant, les choix de cette entreprise créée par les pouvoirs publics ne doivent pas seulement prendre en compte le moins-disant international sur une activité. La crédibilité d’EADS repose sur toute la gamme des activités aéronautiques.

- Leur lutte est symbolique des intérêts contradictoires entre l’entreprise et les actionnaires, entre les salariés et les actionnaires.

Apporter notre soutien aux grévistes par des motions syndicales ou sous toute autre forme, c’est aussi contribuer au rapport de force global des salariés français et européens face aux licenciements utilisés comme variable économique d’ajustement.

Les organisations syndicales se battent pour le maintien des emplois en argumentant que "la maintenance des avions est encore rentable en France" et qu’elle se fait en garantissant la meilleure sécurité possible. Le député-maire socialiste de Mérignac, Michel Sainte-Marie, a dénoncé l’attitude de la direction d’EADS, "entreprise florissante" qui pourrait "aider sa filiale girondine" à sortir d’une difficulté conjoncturelle. Il a également mis en cause Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, qu’il alerte depuis 2002 et qui n’a rien fait. Quant au contact direct du gouvernement avec la direction de l’entreprise elle est venue bien tard : "Je pense que la rencontre avec Noel Forgeard aurait dû avoir lieu dans les semaines qui ont précédé l’arrêt et non dans la semaine qui suit". De nombreux autres élus de gauche ont fait valoir la nécessité d’une intervention de l’Etat, propriétaire de 15% des actions EADS. Dominique de Villepin en a profité pour essayer de redorer son blason terni depuis le CPE et Clearstream.

Cette lutte pose à nouveau la question du rôle possible de l’Etat et des collectivités publiques, globalement sur le terrain économique et plus précisément fce à des licenciements décidés par une entreprise alors qu’elle engrange de gros profits. lionel Jospin a perdu une manche décisive de la présidentielle 2002 en déclarant à propos des licenciements grotesques de Michelin : "L’etat ne peut pas tout". Dominique de Villepin, plus "communicant" sur cette question, s’est posé en défenseur des salariés victimes des décisions brutales de leurs dirigeants. Il se replace ainsi sous le drapeau du "patriotisme économique" qu’il brandit depuis depuis plusieurs mois : "Que d’un trait de plume, on décide de supprimer 1100 emplois, cela est inacceptable".

Pour l’élection présidentielle, devant les électeurs comme face à la droite, la gauche devra proposer des choix clairs plutôt que des habiletés rhétoriques.


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