10 mars 1976 Le Juge et l’Assassin de Tavernier

jeudi 8 août 2019.
 

C’est l’histoire d’un assassin. Un homme terrible qui parcourt la France du XIXème siècle, semant le viol et la mort derrière lui. Un homme qui tue parce que de sa tête, où est logée une balle, la raison a fui. L’homme, c’est Bouvier. Amoureux éconduit, il a voulu tuer Louise sa fiancée, puis se suicider. C’est raté. On l’enferme en asile. Puis on le relâche, comme étant sain d’esprit. Il s’en va sur les routes, Bouvier. Hanté par le souvenir de celle qu’il aime encore, et qui ne veut pas de lui. Alors, il tue, il tue encore. Des enfants, des petites, des petits aussi, qu’il laisse là, massacrés, étranglés, violés. Douze. Douze victimes qui chaque fois le ramènent à sa Louise.

Un juge, tout au fond de l’Ardèche le traque. On diffuse un des premiers portraits-robots de l’histoire. Et Bouvier est arrêté. Il clame avoir obéi à Dieu pour réveiller le pays écrasé d’injustices. Le juge, son juge comme il le nomme, est de son temps. Antidreyfusard, épris de jeunes demoiselles que sa fonction éblouit, ambitieux, ambigu. Bien plus ambigu que Bouvier finalement. Bouvier qui clame sa folie. Mais qui est déclaré sensé. Puisqu’on ne peut pas condamner un fou… Et la guillotine gagnera contre la médecine.

Rien n’est anodin dans ce film. La fugace image d’un hôpital de pauvres, un cafard courant sur l’oreiller, l’évocation des colonies à travers la figure d’un fonctionnaire dissimulant mal sa passion des petits Annamites, comme on le disait à l’époque, la jolie fille aimée par le juge tentée par une ascension sociale facile, mais qui rejoindra sa classe. La fin ? Seul Tavernier pouvait nous la servir ainsi. Un soulèvement ouvrier, un appel à l’union avec l’armée, une chanson de lutte, des enfants qu’on abat. Et l’histoire qui poursuit son chemin, après Bouvier. Les notables gagnent, déjà. Les travailleurs perdent, déjà. Toujours. Et cette phrase terrible, rappelant qu’en même temps que 12 enfants étaient massacrés par Bouvier, plus de deux mille autres mouraient dans les mines du capital, dans les usines des patrons, ce capital et ces patrons qu’une justice de classe protège.

Un immense réalisateur, un grand film aussi. Avec de l’amour, de la haine, de la lutte. C’est notre histoire commune que nous raconte Tavernier : une époque, un milieu, un pays. Ces drôles de chemin qui ont fait notre société ce qu’elle est aujourd’hui. Le spectacle intemporel d’un monde en mutation. Car si nous ne sommes pas tous les enfants de Bouvier, nous sommes tous nés de ces bouleversements sociaux-là.

Brigitte Blang

Source : https://heuredupeuple.fr/le-10-mars...


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