21 décembre 1880 : Ouverture des lycées aux filles

dimanche 1er octobre 2017.
 

Le 21 décembre 1880, le député Camille Sée, ami de Jules Ferry, fait passer une loi qui ouvre aux filles l’accès à un enseignement secondaire public. Jusque-là, les jeunes Françaises qui désiraient prolonger leurs études n’avaient d’autre solution que les établissements confessionnels.

Dans les lycées publics qui leur sont ouverts, les cours de religion sont remplacés par des cours de morale. L’Église n’a plus le monopole de la formation des filles. Mais les cours qui leur sont proposés visent à éduquer les futures mères, et non à émanciper les femmes. Le rapport présenté et discuté au Sénat exprime la considération progressiste certes, mais encore largement patriarcale, du projet :

« Messieurs, la pensée qui a inspiré le projet de loi soumis aux délibérations du Sénat est de celles qui s’imposent à tous les esprits éclairés dans une nation civilisée. Elle n’est pas politique, elle est sociale dans la plus haute et la plus pure acception du mot, car la société repose sur la famille, et la famille est ce qu’en fait la femme. Pendant que l’homme lutte et travaille au dehors, la femme élève les enfants. Comme elle a allaité leur corps, elle allaite leur esprit ; elle est leur première et quelques fois leur seule institutrice [...] mais il ne s’agit pas de leur donner toutes les connaissances qu’elles sont aptes à acquérir ; il faut choisir ce qui peut leur être le plus utile, insister sur ce qui convient le mieux à la nature de leur esprit[...]. »

L’année suivante, Camille Sée fait voter la création de l’École Normale Supérieure de jeunes filles, à Sèvres, en vue de former des professeures pour ces lycées car il n’est pas encore question de mixité. La militante féministe Hubertine Auclert le déplore, et critique l’absence de matières utiles à l’autonomie professionnelle en ces termes : « Aussi longtemps que l’instruction ne sera pas pour la femme un moyen de ressources pécuniaires, les parents ne songeront pas à faire des sacrifices pour instruire leurs filles, mais pour les doter. »

Les langues anciennes et la philosophie sont exclues de leur programme et l’enseignement scientifique n’est qu’élémentaire. Les filles découvrent les langues vivantes, la littérature et l’histoire, sans pouvoir aller jusqu’au baccalauréat. Il faut attendre la loi Bérard de 1924 pour qu’elles puissent préparer les matières nécessaires pour passer le diplôme dans les lycées ou les collèges publics de jeunes filles, la coéducation dans les classes du lycée n’étant mise en place, quant à elle, qu’après 1968.

Bérénice Hemmer


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