Premier Mai 68 à Prague : « Le socialisme démocratique en marche... »

jeudi 11 janvier 2018.
 

Réponse à l’article Premier Mai 68 en Haute Garonne comme en Aveyron : ça commençait bien !

C’étaient des jours étonnants. L’histoire avait quitté les pages des livres pour se mêler à la vie. Nous sommes douze ans après le XX° congrès du Parti communiste de l’Union Soviétique. Nous sommes douze ans après l’écrasement du « printemps hongrois en octobre. » Nous sommes douze ans après la défaite du « printemps polonais. »

Nous sommes quinze ans après la mort de Staline. Quinze ans seulement ! L’histoire s’accélère.

Nous sommes quatre mois après la démission du « dernier stalinien tchèque » Antonin Novotny, remplacé, le 5 janvier, par Alexander Dubcek, à la tête du Parti communiste tchécoslovaque. Le terme « printemps de Prague » est déjà présent partout. Pourtant, l’hiver de 1967-1968 fut rigoureux. Les bruits de tentative de putsch militaire couraient. A présent, nous ressentons de façon exacerbée la couleur du ciel.

Depuis plusieurs semaines, nous avons rendez-vous avec la vérité. « Toute la vérité sur les procès politiques staliniens des années 50. » Les victimes témoignent dans la presse, à la radio, à la télévision. Depuis que le gouvernement a aboli la censure, de légers tressaillements parcourent la presse de Moscou. Nous sommes confiants. Qui oserait toucher à la Tchécoslovaquie socialiste, dont le président, Ludvik Svoboda, est « un ancien du front de l’Est », de la Deuxième guerre mondiale ?

Ce fameux Premier Mai 1968 ! Il n’est donné à l’homme qu’une fois dans sa vie de vivre des moments tels que ceux-là. La jeunesse a senti sur son visage le souffle de l’Histoire. Le défilé a duré plusieurs heures. Les dirigeants du Printemps de Prague sont applaudis à la tribune. L’agglomération pragoise est dans la rue. Les ouvriers sont tous dans la rue. Les étudiants sont tous dans la rue. Les militants communistes sont là, aux côtés des « sans-parti. » Les soldats et officiers sont tous dans la rue, endimanchés, en uniformes sans armes, se mêlant à la population. Les forces de sécurités sont là, mobilisées, qui encadrent le défilé, qui règlent la circulation. Nous les saluons. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Josef Pavel, est un ancien combattant dans les brigades internationales en Espagne en 36-38, ancien prisonnier politique dans les années 50, libéré, réhabilité, il commence l’épuration de ses services.

L’essentiel du socialisme allait-il connaître un changement irrévocable ? Nous en étions convaincus.

C’est alors que tout bascula quatre mois après, le 21 août.

Ceux, qui « au nom du socialisme » ont détruit le socialisme démocratique dans le pays où je suis né, nous les connaissons. Nous avons exprimé nos idées au sujet des espoirs socialistes déçus depuis 1968, de manière que je puisse me croire dispensé d’y revenir.

Non à l’oubli, ces quelques lignes pour mes amis soixante-huitards en France ma terre d’exil !

Karel Kostal.


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