Cranach, peintre et humaniste de la Renaissance

samedi 10 septembre 2016.
 

Le peintre des nus graciles aux yeux en amande était un humaniste et un moderne dans l’Allemagne de la Renaissance. Le monde qu’il peint est à venir.

Né en 1472 à Kronach (d’où dérive son nom) en Haute-Franconie et mort à Weimar en 1553, Lucas Cranach est un homme de la Renaissance et de la réforme. Peintre certes, graveur, mais aussi propriétaire d’une pharmacie, ce qui n’est pas si évident à l’époque, mais aussi d’une imprimerie, un peu plus d’un demi-siècle après l’invention de Gutenberg. On connaît de lui un portrait peint par son fils, Lucas Cranach le jeune, en 1550. C’est un homme à la position assise, à la barbe blanche, au regard sûr et impérieux, un peu figé peut-être dans la représentation que s’en fait son fils. Son portrait, au crayon, par Dürer en 1524, est beaucoup plus parlant. Beau visage, aux traits accusés, sourcils marqués, regard comme acéré.

En son temps, Cranach est un moderne. Dans le souffle de la Renaissance, il peint aussi bien des scènes religieuses que des scènes profanes, bien entendu beaucoup de portraits de puissants dont aucun, même son portrait de Martin Luther, n’égale cependant son « portrait d’un homme » de 1529, d’une force impressionnante. L’un de ses tableaux les plus riches d’enseignements sur l’esprit du temps, et le sien, est sans doute l’Âge d’or peint vers 1530. C’est un âge de félicité ou hommes et femmes nus et égaux dansent dans une nature apaisée. On pense à Matisse et à la Danse, à Cézanne et ses baigneuses qui ont vu, sans doute, ce tableau de Cranach.

Mais ce qui fait que l’on reconnaît un Cranach, entre tous, c’est évidemment l’érotisme troublant de ses portraits et ses nus féminins. Ces jeunes femmes aux corps allongés et graciles, qui semblent à peine pubères mais dont le regard coulé entre des paupières en amande semble une promesse et un mystère. De ce point de vue, Cranach ne semble pas être embarrassé de considérations religieuses. Son modèle féminin, son idéal peut-être, est le même, qu’il s’agisse d’Ève, de Vénus, de Diane ou des trois grâces, que ce soit celles du Louvre ou d’autres, ou encore de Judith, habillée - mais quel regard ! - présentant sur un plateau la tête d’Holopherne. Il y a chez ces femmes-là, une vraie liberté. En 1531, Cranach avait fait son autoportrait. Il a la tête penchée sur le côté, un peu en arrière, il nous regarde, directement, mais il voit un monde à venir.

Maurice Ulrich, L’Humanité


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