LETTRE A PASCAL PERRI, ECONOMISTE DES GRANDES GUEULES SUR RMC

jeudi 3 avril 2014.
 

1) Lettre initiale de Robert Mascarell à Pascal Perri

Je suis un auditeur fidèle des « GG » sur RMC. Je vous y entends souvent. Ce 22 septembre 2010, vous avez donné sur cette antenne l’adresse de votre site internet. Je me suis donc fait le plaisir de le consulter aussitôt. Je me suis confirmé que, décidément, vous étiez un économiste très engagé, ça ne me gêne pas, et que vous aviez l’indignation sélective, ça c’est plus gênant.

Ce 22 septembre, les billets consultables sur votre site ont été écrits entre le 18 juillet 2010 et le 22 septembre 2010. Il y en a neuf. Apparaît aussi sur votre site la publicité pour trois de vos livres. L’un sur la bataille du pouvoir d’achat, l’autre sur le scandale de la SNCF, le troisième sur le scandale de l’EDF. Y apparaît, enfin, une invitation à aller vous lire ou vous entendre sur les nombreux médias qui vous accueillent.

Les neuf billets portent sur :

* les arrêts maladie des fonctionnaires,

* le CE d’EDF,

* la grève du 7 septembre (beaucoup de fonctionnaires),

* les dépenses publiques,

* l’Etat mauvais actionnaire,

* l’augmentation du prix de la baguette,

* la critique du modèle social français à partir du cas de l’île française de Saint-Martin,

* la SNCF.

Avant même d’analyser le contenu de vos chroniques, la seule énumération de vos centres d’intérêts suffit, pour n’importe quel citoyen objectif, à dire que vous êtes un économiste hémiplégique.

Cet été, nous avons appris que les bénéfices des entreprises du CAC 40 avaient bondi de 85 % au 1er semestre de l’année 2010 par rapport au 1er semestre de l’année 2009.

Pas un mot de vous à ce sujet.

Cet été nous avons appris, via « Le Canard Enchaîné », mais également selon la revue ultragauchiste « L’Expansion », que Madame Liliane Bettencourt n’était imposée qu’à hauteur de 9 %.

Pas un mot de vous à ce sujet, jusqu’à ce 22 septembre, où, répondant à une auditrice des « Grandes Gueules » sur RMC, vous interpelant sur l’aberration de vos raisonnements économiques, vous avez osé prendre ouvertement la défense de Madame Bettencourt. Pour vous cette dame paie trop d’impôts, 250 millions d’€ avez-vous dit, moins 30 millions d’€ qui lui ont été remboursés au titre du bouclier fiscal. Oubliant, évidemment volontairement, que cette héritière, qui n’a eu que le mérite de naître, fraudait allègrement le fisc de son pays, sans que ses amis Sarkozy et Woerth n’y trouvent à redire.

Ah ! Ce bouclier fiscal, que vous tenez pour une mesure de justice. Payer plus de 50 % de ses revenus en impôts. Quel scandale ! Brayez-vous, sur le ton de l’évidence. Comme si l’on pouvez comparer les revenus d’un citoyen lambda avec ceux des Bettencourt et autres Bouygues, Arnault, Lagardère, Dassault,........

Puisque de toute évidence votre culture économique est très lacunaire, à moins que ce ne soit votre mémoire qui défaille ou pire encore, que vous agissiez délibérément, je ne résiste pas au plaisir de vous informer ou de vous rappeler que dans le grand pays communiste qu’est les Etats-Unis d’Amérique, le président Franklin Roosevelt a fait monter le taux d’imposition sur le revenu à 79 % en 1935, jusqu’à 94 % en 1944. Sous la présidence de Truman, en 1948, ce taux est tombé à 82 %, pour remonter à près de 90 % en 1953, sous la présidence d’Eisenhower, jusqu’à la fin des années 50. Ce n’est qu’à partir de 1981, sous la présidence de Reagan, que ce taux tombera à 50 %, pour descendre même jusqu’à 28 % en 1986 et remonter à 31 % en 1990, sous George Bush père.

Mais, revenons en France. Payer plus de 50 % d’impôts quand on gagne 1500 ou 2, 3, 4, et même 5000 € par mois, ce serait évidemment spoliateur, mais quand on gagne 50 ou 100 millions d’euros par an, voire plus, si l’Etat vous prend 90 % de vos revenus, comme aux Etats-Unis dans les années 50, il vous reste 5 ou 10 millions d’€, soit de quoi vivre très largement.

Mais peut-on espérer de vous, que vous ayez simplement du bon sens ?

Pour vous, le mal ce sont les fonctionnaires, c’est l’Etat, l’EDF, la SNCF,.....

Il ne faut surtout pas toucher aux héritiers Arnaud Lagardère, Serge et Olivier Dassault, Martin Bouygues, Liliane Bettencourt, et consorts. Ils risqueraient de quitter notre pays. Oh, la, la ! Ce serait un malheur insurmontable.

Ce raisonnement, vous le tenez sans fard dans votre billet du 30 juillet 2010, consacré à l’île Saint-Martin, l’île des grandes fortunes, où vous étiez « pour une étude sur la gestion de l’article 74 de la Constitution ». Je comprends mieux pourquoi la retraite à 62 ans, et même à 70 ans, ça ne vous gêne pas. Bref, vous étiez dans votre monde. On est tellement bien entre soi.

Donc, dans ce billet, intitulé « Saint-Martin, la petite France », vous regrettez qu’ait été créé un impôt local, par les élus itou. Et de pleurer sur la perte de compétitivité des entreprises, confrontées à la concurrence des territoires « low cost » environnants.

De ce cas, concernant un très petit caillou antillais, vous tirez une règle générale : « Le cas de Saint Martin pose une double question : le modèle social français est-il soluble dans la compétition internationale et comment soutenir l’exception française dans ce domaine ? »

Je vous le demande, comment soutenir l’exception française ? Une seule solution : il faut urgemment que la France aligne tous les salaires et les impôts sur ceux de la Chine ou du Bengladesh, sauf pour votre amie Bettencourt et la kyrielle des héritiers de grandes fortunes.

Aucun problème pour vous, puisque les travailleurs ne créent pas de richesse, non, non « ce sont les entreprises du secteur marchand qui créent de la richesse et qui la partagent. ». Parfaitement ! Vous en avez même perdu le sens du ridicule. Chez vous, je ne sais ce qui le dispute le plus : est-ce l’inculture, est-ce la perfidie, est-ce la bêtise ? A moins que ce ne soit les trois à la fois.

Mais j’arrête là mes remarques acerbes, parce que quand même, dans un effort de sincérité, vous vendez la mèche, et je vous en sais gré.

Vous reconnaissez que, non loin de Saint-Martin, existe une petite île indépendante : « Anguilla montré du doigt par le rapport sur les paradis fiscaux remis en début d’année à Mme Lagarde. », mais qui manifestement n’a rien changé à ses habitudes, avec la complicité de Mme Lagarde.

Je ne sache pas que vous ayez consacré une seule de vos interventions à dénoncer cette énième rodomontade de Nicolas Sarkozy, qui avait osé dire à la télévision que « Les paradis fiscaux c’est fini. » De multiples exemples démontrent le contraire. A quand un billet de votre part ? A moins que vous me démentiez. Je n’ai pas tout entendu, ni lu de vous.

Je suis certain d’une chose, vous préférez réserver votre hargne à l’encontre des fonctionnaires et de tout ce qui de près ou de loin peut ressembler à un service public.

Même que c’est à cause d’eux que notre pays est en si grande difficulté :

les fonctionnaires trop nombreux et trop souvent en grève,

le droit du travail trop contraignant,

les syndicats trop politisés et trop archaïques,

la fiscalité trop lourde,

les dépenses sociales trop élevées, d’où trop d’assistés,

les dépenses publiques trop fortes,

les services publics trop mal gérés,

l’Etat trop tentaculaire,......

Bref, tout ça fait de la France un pays à la traîne des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, des pays de la « nouvelle Europe » (les anciens Pays de l’Est), par opposition à la vieille Europe, dont nous sommes le premier représentant.

Dommage pour vous, mais en dépit des tares, du moins selon vous, notre pays reste très attractif.

Même que je l’ai lu dans un journal révolutionnaire : « Les Echos », le 2 juin 2010, sous la plume de Frédéric Schaeffer. En 2009, la France a été la deuxième terre d’accueil en Europe des investisseurs étrangers.

Ces investisseurs ne sont pas des philantropes, ils sont obsédés par l’idée de réaliser le maximum de profits dans le temps le plus court. Et pourtant, ils ne sont pas arrêtés par toutes les « tares » que vous ne cessez de mettre en avant. Ils ont compris que, grâce à ces tares, mais surtout grâce à un peuple qui se bat pour ne pas que notre pays devienne une jungle inhumaine, où la liberté consiste à laisser le renard libre dans le poulailler, leurs activités y étaient rentables, d’autant plus que les travailleurs français sont parmi les plus productifs au monde.

Notre peuple est d’autant plus remarquable, même si 53 % des votants a fait l’erreur de porter la bande à Sarkozy au pouvoir, que justement cette bande, en tandem avec le Medef, est en train de tout casser. Ce qui permet à des économistes penseurs à courte vue, comme vous, ou complices, de gloser sur les dysfonctionnements de l’Etat et des services publics. Comment pourrait-il en être autrement, puisque, précisément, ceux qui sont à la tête de l’Etat et des services publics sont des ennemis de l’Etat et des services publics. L’Etat a pour vocation de privilégier l’intérêt général contre les égoïsmes particuliers, encore faut-il que ceux qui le dirigent inscrivent leur action dans cette logique. Ce n’est pas le cas depuis au moins 2002, et même avant sous Jospin, mais à un degré moindre. Plus ou moins lentement, en fonction des résistances populaires, mais méthodiquement, ils les mettent en état de dysfonctionnements. Dans l’espoir que le peuple en vienne à réclamer leur privatisation ou à la laisser faire.

Pour cela, il faut commencer à discréditer les fonctionnaires et surtout leurs syndicats. Ces gréviculteurs, attachés à leurs privilèges.

Votre dernier billet, sur le contrôle des arrêts maladie des fonctionnaires, est de ce point de vue très éclairant. Bien sûr, vous applaudissez des deux mains, et vous ajoutez : « On va encore nous dire qu’il ne faut pas monter les Français les uns contre les autres. On le dit en général pour protéger des situations acquises, des droits particuliers. »

Je ne résiste pas au plaisir de vous demander : Que pensez-vous de tous ces cadres supérieurs, genre Proglio, qui, lorsqu’ils changent d’entreprises, réclament, au nom de leur situation antérieure, que leur soit attribué une retraite chapeau, des stocks options,un salaire mirobolant, même si à leur départ, ils ont mis l’entreprise à genoux ? C’est en tout cas, en faisant référence à ses avantages chez Véolia, que Proglio a obtenu qu’EDF casse sa tire-lire.

Le premier qui dit que Proglio et ses semblables sont des privilégiés, attachés à leurs avantages acquis, n’est qu’un archaïque, un jaloux. Non, non, il faut dire que ce sont des capitaines d’industrie, prenant tous les risques, au service des intérêts de la France. Tant pis s’ils planquent quelque argent dans les paradis fiscaux. C’est à cause des impôts trop lourds.

Ces mauvais esprits, ne peuvent être que des syndicalistes, pire, de la CGT.

Et là, j’en viens à un autre de vos paradoxes. Les syndicats ne sont pas représentatifs, dites-vous. Même chez les fonctionnaires. Où est le problème alors ? Puisqu’ils ne représentent rien.

Avec cette courte vue qui caractérise vous et vos semblables, vous restez figés sur le nombre d’adhérents des syndicats et oubliez sciemment ou pas, qu’ils ont des électeurs beaucoup plus nombreux, un peu à la manière des partis politiques, qui ont encore moins d’adhérents que les syndicats, mais qui ont des électeurs. Est-ce qu’il vous viendrait à l’idée de discuter leur représentativité ?

De la même façon, dans votre raisonnement à propos des salariés du secteur privé, vous faites comme s’ils étaient contre les syndicats. D’ailleurs, ils ne participent pas aux grèves. Ca suffit à vous rassurer.

Ma longue vie militante (j’ai 68 ans) a fait de moi un spécialiste du droit du travail, mettant ses compétences bénévolement au service des salariés en bute aux manquements de leur employeur (petits, moyens et grands). Dans mes permanences juridiques, tenues à Rodez, 90 %, au moins, des salariés que je reçois ne sont pas syndiqués. 95 %, au moins, travaillent dans le secteur privé, et dans de petites entreprises de 2 à 20 salariés.

Pourquoi ne sont-ils pas syndiqués ? Tout simplement parce que c’est trop risqué, pour autant, ils ne sont pas hostiles aux syndicats. La réalité, c’est que l’essentiel, des petites et moyennes entreprises sont des zones de non-droit, beaucoup plus que dans les grandes entreprises, où il existe des syndicats.

Vous vous rassurez à bon compte, en pensant que les salariés du secteur privé sont uniformément contre les syndicats. Ils sont souvent conscients que ceux qui peuvent faire grève, la font pour eux. Par procuration, comme on disait en 1995. Ca reste vrai aujourd’hui.

Robert Mascarell croit plus en l’existence de la lutte des classes qu’en celle de dieu.

le 23/09/10

Ci-après, voici le lien où vous pourrez me lire :

http://web.me.com/smascarell/Piblog...

2) 16 novembre : 1ère Réponse de Pascal Perri à la lettre de Robert Mascarell

Cher Monsieur,

je prends connaissance ce jour de votre lettre et j’y réponds. Vous semblez être un auditeur assidu des GG sur RMC. Vous n’avez donc pas manqué les séquences au cours desquelles j’ai appelé à la fin du bouclier fiscal en rappelant au passage que le Pt Roosevelt avait en 1934 décidé d’imposer à hauteur de 80% les revenus des Américains qui gagnaient à l’époque plus de 200 000 USD par an. Je ne crois d’ailleurs pas que les Etats-Unis représentent un idéal libéral. Au contraire, on ne fait pas plus protectionniste que l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui. Je prends en général l’exemple du Farm bill, la loi d’orientation agricole qui a fixé à 300 milliards de dollars l’enveloppe des subventions fédérales aux agriculteurs américains. Nous aurions en effet bien tort d’accepter les leçons de libéralisme des Américains.

Sur le fonds de vos remarques, je n’entends pas nier mes inclinations idéologiques. J’accepte d’ailleurs très volontiers de les discuter dans un cadre contradictoire avec des économistes (ou non) hostiles à mes positions. Je le ferai par exemple ce vendredi devant des dirigeants d’entreprise avec Pierre Laroutourou qui plaide pour la semaine des 32H00. Je suis ouvert au dialogue. Je ne prétends d’ailleurs pas avoir raison sur tout, mais je dispose quand même de quelques certitudes.

Avant d’y venir permettez moi de vous dire que vous auriez tort de considérer mon petit article sur Saint Martin comme significatif. Je me suis rendu sur place pour tourner un documentaire pour la télévision sur la gouvernance constitutionnelle de l’article 74 ! Je ne suis pas à Saint Martin chez moi, pas plus que je n’y suis au milieu des miens. Sur le fonds donc, je pense qu’un pays qui consacre 56% de son PIB à des dépenses publiques n’est pas en proie au danger libéral. Je pense aussi que les statuts publics hérités de la Libération devraient être revus pour être adpatés, enfin, je pense que des services publics qui ne sont jamais évalués ne peuvent pas être efficaces.

Je pourrais citer des exemples précis et proprement ahurissants de la gabegie de l’argent public. Chaque euro des Français dépensé doit l’être utilement. Enfin s’agissant des entreprises du CAC 40, je me réjouis de leurs profits mais je regrette que les revenus soient si mal partagés. J’ai écrit en 2008, dans "La bataille du pouvoir d’achat" Ed Eyrolles, que le glissement de 6% du PIB des salaires vers le capital représentait un immense problème. Je suis très attaché à un capitalisme équitable qui rémunère le travail à son juste prix. A l’inverse, vous admettrez que nous n’attirerons pas les investisseurs en leur promettant du sang et des larmes. L’économie de marché est un contrat, un compromis qu’il faut réactualiser. Je serai de votre coté pour soutenir une économie politique et non mathématisée, je serai aussi de votre coté si vous souhaitez que le politique reprenne en main la gouvernance de nos sociétés.

Pour en revenir à RMC, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai cité les mots de Salvator Allende à la tribune de l’ONU en 1972. M. Allende dénonçait la prise de pouvoir d’entreprises "transnationales" dans les Etats souverains (et en particulier le sien). Les années 70 ont été un tournant. Mais l’histoire repasse parfois les plats. Je pense cependant que l’alternative au capitalisme actuel n’est pas le socialisme scandaleux que décrivent les mannuels d’histoire du 20e siècle et que vos alliés communistes ont couvert et soutenu, mais un modèle proche du capitalisme réglementé, tel que je me le représente. Bien à vous. P. Perri.

3) 19 novembre Lettre de Robert Mascarell après la 1ère REPONSE DE PASCAL PERRI

Cher Monsieur Pascal Perri,

J’ai lu très attentivement votre réponse à la lettre que je vous ai adressée le 23 septembre 2010, mais que je n’avais pas pu mettre sur votre site, probablement à cause de la longueur de mon texte. Ce que voyant, j’ai mis ce texte sur le blog de notre ami, par ondes interposées, Karim Zéribi, me disant que, possiblement, il vous le transmettrez. Je ne sais si ce fut le cas. Peu importe, puisque vous avez pris connaissance de ma lettre, par un chemin inconnu de moi.

Avant de vous répondre, je dois vous dire que je vous sais gré de votre ton courtois, en me saluant lors de l’émission des Grandes Gueules sur RMC du 17 novembre 2010.

Tout d’abord, je vais m’apesantir sur vos silences.

MME LILIANE BETTENCOURT Celui concernant votre défense de la « contribuable délinquante » Liliane Bettencourt est particulièrement éloquent. Oui ou non, considérez-vous toujours que cette dame paie trop d’impôts, alors qu’il est établi qu’elle a fraudé le fisc ? Contesterez-vous que, même si elle avait scrupuleusement respecté nos règles fiscales, elle n’aurait de toute façon pas payé des impôts à hauteur de 50 %, puisque les lois, faites pour les riches, lui permettent de bénéficier de nombreuses niches fiscales ? J’attends que vous osiez dire ces vérités incontestables sur RMC. Si vous ne le faites pas, je devrais en tirer la conclusion que vous trompez sciemment les auditeurs de cette radio et des autres médias où vous intervenez.

BOUCLIER FISCAL A propos du bouclier fiscal, vous me dites que vous l’avez dénoncé à la radio. Je vous dis que ce n’est pas vrai. Vous avez toujours défendu le principe d’une imposition ne devant pas dépasser 50 % des revenus. Si aujourd’hui vous êtes hostile au bouclier fiscal, c’est à la manière sarkozyste : supprimer simultanément l’alouette bouclier fiscal ET le cheval impôt sur la fortune. Soit un cadeau encore plus scandaleux aux riches.

ETATS-UNIS A propos de la fiscalité aux Etats-Unis, si vous reconnaissez qu’elle était de 80 % en 1934, sous entendu, comme conséquence du krach de 1929, vous semblez faire accroire que cette politique fiscale n’a duré qu’une année. Elle a été maintenue pendant au moins quarante ans. C’est-à-dire, pas seulement en période de crise, mais également en période d’expansion économique.

Oh certes, comme vous sentez bien le piège, par une magnifique pirouette, vous prétendez que les Etats-Unis n’est pas le parangon du libéralisme. C’est vrai, le libéralisme aux Etats-Unis n’y est pas appliqué avec la pureté doctrinale professée par Friedrich Hayek et son disciple Milton Friedman. Dont les théories fanatiques ont été mises en pratique par Pinochet au Chili, scandaleusement porté au pouvoir par les Etats-Unis.

Allez, un peu de courage Monsieur Perri, assumez que le modèle des Etats-Unis et du Royaume-Uni vous est plus proche que celui des pays de l’Europe du Nord et, a fortiori, que celui de notre pays, même si Nicolas Sarkozy fait tout ce qu’il peut pour s’en rapprocher.

Il me semble d’ailleurs, qu’en 2007, comme lui, vous n’aviez d’yeux que pour les crédits hypothécaires, responsables des fameux subprimes. Si ce que je dis n’est pas vrai, vous vous donnerez le plaisir de me produire un article de vous, d’avant l’éclatement de la bulle, le 15 septembre 2008, en fait en juillet 2007, condamnant ce type de crédits.

L’ILE SAINT-MARTIN Vous me dites que j’aurai tort de considérer votre « petit article sur Saint Martin comme significatif ». Je veux bien qu’il ne soit pas représentatif de votre pensée, mais alors pourquoi l’avoir titré : « Saint-Martin la petite France » ? Le corps de ce papier vous permet de faire, à travers le cas de cette petite île franco-néerlandaise, la critique du modèle social français. Que dites-vous de ce passage tiré de votre article : « Dans un monde ouvert aux autres, en compétition avec des territoires "low cost", comme la partie hollandaise de l’île, les impôts qui frappent les entreprises et le travail sont contre productifs. Ce sont les entreprises du secteur marchand qui créent de la richesse et qui la partagent. Leur imposer des impôts lourds revient à offrir un avantage compétitif aux concurrents. Saint Martin fonctionne comme l’espace européen. » ? Vous le trouvez anodin ? Pas moi. Votre raisonnement revient à dire, qu’au nom de la compétitivité, tous les pays, dont la France, doivent aligner leurs règles sociales, fiscales et environnementales sur les pays « low cost ».

Permettez-moi donc de vous dire que cet article est plus que significatif de votre conception de la société. Assumez !

PARADIS FISCAUX Au fait, vous ne dites rien de mon interpellation sur les paradis fiscaux. Je la réitère : Je ne sache pas que vous ayez consacré une seule de vos interventions à dénoncer cette énième rodomontade de Nicolas Sarkozy, qui avait osé dire à la télévision que « Les paradis fiscaux c’est fini. » De multiples exemples démontrent le contraire. A quand un billet de votre part ? A moins que vous me démentiez. Je n’ai pas tout entendu, ni lu de vous.

Alors, Monsieur Perri, les paradis fiscaux c’est utile ou pas ? C’est scandaleux ou pas ? Ont-ils disparu ou pas ?

ARGENT PUBLIC A propos de votre capacité à citer des « exemples précis et proprement ahurissants de la gabegie de l’argent public », je vous propose un exemple générique : celui des milliards d’euros versés, sans contrôle, par l’Etat français et des collectivités territoriales, depuis des décennies, aux employeurs, les premiers assistés de France, sous forme de subventions et d’exonérations fiscales et sociales, soi-disant pour créer des emplois. En pure perte, évidemment. Pire, ces responsables publics vont même jusqu’à donner de l’argent, sans contrôle, à des entreprises étrangères pour qu’elles viennent s’installer sur notre territoire. Beaucoup l’empochent et s’en vont dès que possible. Est-ce que vous oserez dire que ce que je dis là est faux ?

Par comparaison, les scandales de l’EDF (du CE surtout) et de la SNCF, que vous aimez tant fustiger, c’est de la gnognotte. A quand un livre de vous, sur la dilapidation des deniers publics par ceux qui, en même temps qu’ils dirigent l’Etat, n’ont qu’une idée en tête : créer les conditions de sa faillite, pour justifier la privatisation de toutes les activités ? Et si vous n’êtes pas vous-même un de ses dirigeants, vous êtes un ardent défenseur de ces saboteurs.

Que vaut, dans ces conditions, votre affirmation un tantinet démagogique : « chaque euro des Français dépensé doit l’être utilement » ?

REVENUS DU CAPITAL ET DU TRAVAIL Comme vous, je me réjouis que les entreprises du CAC 40, et pas seulement elles, fassent des profits. Mais à une condition, que ces profits soient réinvestis dans l’économie réelle de notre pays, et non sur le marché spéculatif international, ou dans des délocalisations favorisant le dumping social, environnemental et fiscal.

C’est pourquoi, tant que vous n’exigerez pas que les profits nécessaires doivent être réinvestis dans l’économie réelle de notre pays, je ne croirai pas une seule seconde à votre regret « que les revenus soient si mal partagés ».

Vous parlez d’un glissement de 6% du PIB des salaires vers le capital, et vous ajoutez fort justement que cela représente un immense problème.

La réalité est encore plus scandaleuse.

Entre 1983 et 2006, l’INSEE a évalué à 9,3 pour cent du PIB les richesses qui ont glissé de la poche des salariés vers celle des actionnaires en une sorte de hold-up silencieux.

D’après le FMI, dans les pays membre du G7, la part des salaires dans le PIB a baissé de 5,8 pour cent entre 1983 et 2006 !

D’après la CE, au sein même de l’Europe, la part des salaires a baissé de 8,6 pour cent dans la même période !

Dans le même temps, la part des dividendes dans la valeur ajoutée est passé de 3,2 pour cent à 8,5 pour cent ! (un quasi triplement).

Le PIB français s’élève à 2000 milliards par an . DONC il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros qui ont glissé du travail vers le capital.

TROUS DE LA SECU ET DES CAISSES DE RETRAITE Même avec des estimations basse, le seuil des 100 milliards est dépassé. De quoi combler, aisément, à la fois le trou de la sécu et celui des caisses de retraite !!!! Vrai ou pas vrai, Monsieur Perri ?

Si votre honnêteté vous pousse à reconnaître que ce que je dis là est vrai, pourquoi ne le dites-vous jamais au cours de vos prestations médiatiques ?

Non, vous préférez nous servir l’argumentaire gouvernemental et du directeur du FMI sur l’allongement de la vie justifiant la réforme de la retraite.

A ce compte là, jamais l’abaissement de l’âge de la retraite, quel qu’il soit, n’a été justifié.

La durée de vie en France a, en effet, plus que triplé en deux siècles et demi, passant de 25 ans en 1740 à plus de 80 ans aujourd’hui, selon l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques). La progression de la durée de vie moyenne n’a été interrompue que pendant quatre périodes, celles des guerres : guerres napoléoniennes, guerres de 1870, 1914-1918 et 1940-1945.

Dans notre histoire, ce qui fait que les progrès sociaux n’ont jamais cessé, jusqu’à un passé récent, ce sont les luttes populaires, doublées d’une amélioration ininterrompue de la productivité du travail, grâce à l’amélioration de la santé des travailleurs et à l’automatisation de leurs tâches.

Alors, pourquoi ne pas aborder, en 2010, le débat sur l’âge de la retraite, à partir de l’idée avancée, entre autres, par Jean-Luc Mélenchon, démontrant que deux salariés aujourd’hui produisent plus que quatre salariés il y a trente ans ? Sur une plus longue période, un(e) salarié(e) travaille deux fois moins aujourd’hui, mais produit seize fois plus que son homologue du début du 19ème siècle.

INVESTISSEURS ETRANGERS Quant à l’accueil d’investisseurs étrangers dans notre pays, je m’en réjouis, mais la seule promesse qu’on puisse leur faire c’est la bonne qualité professionnelle de nos travailleurs et la bonne qualité de nos infrastructures. D’où la nécessité de services publics revalorisés.

Déjà, les investisseurs étrangers ne s’y trompent pas, en dépit que nos services publics soient inexorablement détricotés par les ennemis de l’Etat placés à sa tête. Ils font de la France la deuxième terre d’accueil en Europe. Améliorons le sort de nos salariés ainsi que nos services publics et ils afflueront plus nombreux encore.

CAPITALISME ET SOCIALISME Comme vous, je pense « que l’alternative au capitalisme actuel n’est pas le socialisme scandaleux que décrivent les manuels d’histoire du 20ème siècle », malheureusement trop longtemps couvert et soutenu par les communistes, aujourd’hui alliés du Parti de Gauche, dont je suis membre.

Cela dit, je vous propose un petit exercice d’honnêteté intellectuelle.

Souvenez-vous, du temps de l’Union Soviétique et de ses turpitudes, la droite française n’avait de cesse d’en rendre également responsables les communistes français. Elle avait raison, puisque le PCF osait défendre le « bilan globalement positif » de l’URSS et de ses pays satellites d’Europe orientale.

Un peu de rigueur intellectuelle et morale voudrait qu’aujourd’hui, devant les dégâts provoqués par la crise du capitalisme mondialisé, les thuriféraires de ce système, Nicolas Sarkozy et sa bande, en tête, fassent acte de contrition.

Mais assez de naïveté. Ce monde-là est intrinsèquement amoral. Il n’a d’yeux que pour l’argent. Chacun son dieu.

Ainsi, que font Nicolas Sarkozy et ses suppôts ? Ils se disent victimes de la crise du capitalisme. Si leur politique est si dure pour le peuple, ce n’est pas de leur faute, mais celle de la crise, disent-ils. Ils n’en peuvent mais. Ils sont bien obligés de faire avec. Mais c’est la crise du système qu’ils chérissent. Ils en sont donc co-responsables. De la même façon que les communistes français supportent encore aujourd’hui la responsabilité de ce qui c’est passé en URSS.

J’oublie un petit détail, leurs copains de classe ne souffrent pas du tout de la crise, au contraire.

L’honnêteté intellectuelle commande de reconnaître, qu’aujourd’hui, les communistes français critiquent vivement leur aveuglement d’antan.

J’attends que de l’autre côté, ils en fassent autant.

REFORME DU CAPITALISME Quant à votre croyance en l’instauration d’un « modèle proche du capitalisme réglementé », il s’agit d’une bluette pour jeunes filles de couvent. Le capitalisme est amoral et irréformable. Sa logique infernale et inexorable repose sur l’accumulation sans limite des capitaux et sur les concentrations industrielles et financières incessantes. Les plus gros mangent les plus petits et imposent la loi de la jungle.

En outre, votre quête d’un capitalisme réglementé me paraît antinomique avec votre hymne à un libéralisme effréné. Puisque qu’à vos yeux, même les Etats-Unis n’est pas assez libéral. Peut-être vous sentez-vous plus proche du Royaume-Uni ? Bon appétit. Si vous deviez vous y exiler, comme certaines têtes folles seulement avides d’argent, vous auriez toujours la ressource de venir vous faire soigner en France. Mais sachez que je vous souhaite une excellente santé.

Voilà j’en ai terminé. Comme vous, je suis ouvert au débat respectueux, mais sans concession. Si vos pérégrinations vous amènent en Aveyron, je suis prêt à une joute en public ou en privé. Il m’arrive souvent de « monter » à Paris, où j’ai fait toute ma carrière professionnelle. Un terrain de confrontation pourrait y être trouvé.

CONSEILS DE PRUD’HOMMES Pour terminer vraiment, et sans qu’il y ait un rapport avec notre actuel débat, je tiens à rectifier un de vos propos tenus au micro de RMC le 17 novembre dernier, dans l’émission « Les Grandes Gueules ». Vous avez prétendu que 90 % des jugements rendus par les conseils de prud’hommes étaient favorables aux salariés. Que voilà une affirmation péremptoire, dite à l’emporte-pièce, éloignée de la vérité. Le dernier chiffre connu fait état de 71 %. Et encore, s’agit-il d’un chiffre en données brutes, en quelque sorte. Mon expérience de défenseur prud’homal bénévole me permet de dire que cette statistique recouvre des situations tellement disparates qu’elle n’a pas grand sens. Mais ce serait un trop long débat, que je suis prêt à engager à l’occasion d’un autre échange.

Votre affirmation fantaisiste n’est pas innocente. Il vous faut absolument démontrer qu’en France, les vrais privilégiés ne se trouvent pas dans la classe patronale, mais plutôt du côté des salariés, fonctionnaires plus particulièrement. Encore que les conseils de prud’hommes ne soient accessibles qu’aux salariés et patrons du secteur privé ou assimilé.

Au fait, il existe un mot fourre-tout à la mode pour caractériser ces propos intempestifs : populisme. En l’espèce, il s’applique bien à vous.

Cordialement.

A vous lire et à vous écouter.

Robert Mascarell croit plus en l’existence de la lutte des classes qu’en celle de dieu

Le 19 novembre 2010

4) 21 novembre 2ème REPONSE DE PASCAL PERRI A LA 2ème lettre de Robert MASCARELL

Monsieur Mascarell,

oin de moi l’idée de polémiquer, mais celle de dialoguer. Le dialogue comporte toutefois quelques exigences dont celles de l’écoute et du respect. Je ne vous tiens pas cher Monsieur comme un dangereux subversif et je vous demande par conséquent de ne rien pré-supposer à mon sujet. Je crois qu’en matière de populisme, le camarade Mélenchon que j’ai pu rencontrer récemment aux GG, pourrait bien nous donner des leçons à tous. Aussi, sur des bases incontestables, et pour compléter votre information et vous renvoyer à un peu de lecture, voici qqs références sur mes propositions ;

1. En 2008, je propose dans La bataille du pouvoir d’achat, Ed Eyrolles, l’interdiction ou à défaut l’encadrement de la spéculation sur les matières premières alimentaires.

2. En 2010, dans une note publiée par la Fondation pour l’innovation politique (libérale et européenne) je persite et réclame le classement de certaines MPA en produits stratégiques non "spéculables". Cette proposition est reprise au G20 par le président de la République.

3. Dans le domaine de la fiscalité : relisez ma note FONDAPOL sur le pouvoir d’achat, pages 18 et suivantes sur le retour d’un impôt républicain( assiette large et taux faible) et la fin des exceptions fiscales. Oui, c’est une fondation libérale et européenne qui le dit.

4. D’accord avec vous pour taxer les riches dans ces conditions non punitives (le succès des entreprises du CAC 40 sur les marchés étrangers est une chance pour nous) mais j’espère que vous le serez aussi pour réaliser les économies suivantes : fin des 35H00 et des 25 milliards € d’accompagnement qu’elles nous coutent chaque année, fin des versements des Français aux caisses de retraite de la SNCF, 3 milliards par an, fin des subventions de compensation au régime de retraite des agents de la RATP pour plus d’1 millliard par an... On a déjà gagné 30 milliards par an.

Avec un peu d’imagination, on pourrait réduire le déficit et redistribuer du pouvoir d’achat aux Français ! N’est ce pas ? Je n’ai pas l’habitude de ma cacher derrière mon petit doigt. J’ai horreur des caricatures. Je suis universitaire depuis plus de 15 ans et je cherche sans à priori, non pour documenter une thèse choisie à l’avance, mais pour identifier des pistes de progrès pour notre HUMANITE. Oui, je préfère la liberté à l’égalité et je n’apprécie pas l’égalitarisme qu’une partie de la gauche défend. Enfin, pour conclure cette réponse à la réponse, j’ai été pendant 4 ans dirigeant d’une grande entreprise de l’agroalimentaire dans l’Est de la France. Nous avions des points de vente où les salariés étaient en contact du cash !!!. Sur les 10 procès engagés contre des collaborateurs qui se servaient dans la caisse je n’en ai gagné aucun, en dépit des éléments probatoires non discutables présentés aux audiences. Tous ces collaborateurs ont déclaré devant les prud’hommes que les avoeux leurs avaient été arrachés par la menace et tous ont été entendus. Les prud’hommes sont une honte pour la justice de ce pays. Bien à vous cher Monsieur.

P. Perri.

5) 23 novembre Lettre DE R. MASCARELL après la LA 2EME REPONSE DE P. PERRI

Monsieur Perri,

Je suis d’accord pour dialoguer. Comme vous, je considère que le dialogue comporte quelques exigences dont celles de l’écoute et du respect. Je ne conteste pas que vous me respectiez, quant à l’écoute il en va tout autrement.

Ma première note a été écrite en réaction à votre prestation du 22 septembre dernier, sur RMC, dans l’émission « Les Grandes Gueules », dont je suis toujours un auditeur assidu. Dans cette note, je réagissais également à vos neuf billets écrits entre le 18 juillet 2010 et le 22 septembre 2010, publiés sur votre site, dont je venais tout juste d’apprendre l’existence de votre bouche même.

Dans cette note, je vous interpellais sur :

-  Votre silence sur l’accroissement considérable des bénéfices des entreprises du CAC 40, au 1er semestre de l’année 2010.

-  Votre défense de Madame Liliane Bettencourt, payant trop d’impôts selon vous.

-  Le bouclier fiscal. Et à ce propos, je vous rappelais quel fut le régime fiscal en vigueur aux Etats-Unis, pendant plus de 40 ans. Presque du communisme.

-  Votre billet consacré à l’île Saint-Martin.

-  Les paradis fiscaux.

-  L’attractivité de la France pour les investisseurs étrangers.

-  Les cadres supérieurs, genre Proglio, attachés à leurs avantages acquis.

-  La représentativité des syndicats, comparée à celle des partis politiques.

SILENCES ET CHUCHOTEMENTS

Dans votre réponse à ma première interpellation, votre sens de l’écoute vous a conduit à faire l’impasse absolue sur :

-  La contribuable délinquante Liliane Bettencourt.

-  Les paradis fiscaux.

-  L’attractivité de la France pour les investisseurs étrangers.

-  Les cadres supérieurs, genre Proglio, attachés à leurs avantages acquis.

-  La représentativité des syndicats, comparée à celle des partis politiques.

Vous n’avez répondu que sur :

-  Le bouclier fiscal. Vous me dites que vous êtes pour sa disparition, mais vous oubliez de préciser que vous la voulez accompagnée de celle de l’impôt sur la fortune.

-  La fiscalité aux Etats-Unis, mais en 1934 seulement, oubliant les plus de 40 ans qui ont suivi.

-  L’île Saint-Martin. Mais c’est pour dire que ce que vous avez écrit n’était pas significatif. Ce que je conteste formellement. Tant le raisonnement que vous tenez serait grave de conséquence, pour le cas où vous occuperiez des responsabilités gouvernementales. Vous défendez crument l’idée qu’au nom de la compétitivité, tous les pays, dont la France, doivent aligner leurs règles sociales, fiscales et environnementales sur les pays « low cost », c’est-à-dire, par exemple, sur la Chine, le Bengladesh, ou autres pays dits « émergents ». Rien que ça. Pour votre défense, j’admets que ce raisonnement est dur à assumer.

-  Les bénéfices considérables des entreprises du CAC 40. Pour vous en réjouir, moi aussi. Mais j’ajoute, à condition qu’ils soient réinvestis en grande partie dans l’économie réelle de notre pays.

J’en viens maintenant à votre réponse à ma première réponse. Là aussi, votre sens du respect est incontestable. Beaucoup moins votre qualité d’écoute.

Vous ne dites toujours rien sur la contribuable délinquante, Liliane Bettencourt. Paie-t-elle trop d’impôts ou pas ? C’est-à-dire, plus ou moins 50 %, selon la loi Sarkozy pour les riches ? Les paradis fiscaux ont-ils disparu ou pas ? La France est-elle le deuxième pays d’accueil, en Europe, des investisseurs étrangers ou pas ? Les cadres supérieurs, genre Proglio, sont-ils attachés à la préservation de leurs avantages acquis, comme de vulgaires fonctionnaires, ou pas ? Les syndicats de salariés ont-ils plus d’adhérents que les partis politiques ou pas ?

Je comprends votre silence. En effet, la seule réponse possible, conforme non à ma vérité, mais à la vérité incontestable, à chacune de ces cinq questions, bat en brèche tout ce que vous dites aux Grandes Gueules ou dans vos écrits.

SUR VOS 1ERE ET 2EME PROPOSITIONS

Dans votre deuxième réponse, vous me demandez de ne rien présupposer vous concernant. Mais je ne présuppose rien, vous avez le mérite de ne pas manier la langue de bois. Sur RMC aussi, d’ailleurs. Je vous en sais gré. Donc je n’ai besoin de rien présupposer. De la même façon, vous n’avez rien à présupposer à mon propos. Puisque, comme vous, je me refuse à me cacher derrière mon petit doigt. A votre différence, toutefois, je ne fuis aucune question. Mêmes les gênantes.

J’en viens donc aux propositions que vous formulez dans votre deuxième réponse.

Sur vos deux premières propositions, relatives à l’encadrement, voire à l’interdiction de la spéculation sur les matières premières alimentaires, elles ne sont pas pour me déplaire. Tout ce qui peut mettre un frein à la spéculation est bon à prendre. Encore faudrait-il que je connaisse le détail de vos deux propositions. Le fait qu’elles soient reprises au G20 par le président de la République française me fait craindre le pire. Vous vous souvenez qu’il a déclaré que « Les paradis fiscaux c’est fini ».

Vous excipez de votre qualité d’universitaire et de votre passé de dirigeant d’une grande entreprise de l’agroalimentaire. Mon seul titre « universitaire » c’est le certificat d’études primaires. Et bien longtemps après, je suis sorti major de la promotion 1973 du Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes, à Paris. Je ne suis donc pas un spécialiste de l’agroalimentaire. Aussi, je ne me hasarderai pas à un débat pointu sur ce point avec vous.

Reste que ma petite culture macro-économique et mon bon sens populaire, m’amènent à proposer que l’encadrement, voire l’interdiction de la spéculation, ne se limite pas aux matières premières alimentaires.

Vous n’êtes pas sans savoir que la crise économique systémique du capitalisme, dans laquelle le monde est toujours plongé, depuis au moins 2007, est le résultat de l’éclatement de la bulle immobilière (les subprimes) et de la bulle financière (les produits dérivés). Vous n’êtes pas sans savoir que la bulle financière est en train de se reconstituer à vitesse grand V et que son éclatement est inéluctable, mais ce coup-ci, seront en première ligne non les banques, mais les Etats souverains. Puisque la solution adoptée par tous les gribouilles à la tête des Etats capitalistes a abouti à l’extraordinaire prodige de transformer la crise de la dette privée en crise de la dette publique. Et maintenant, les spéculateurs crient « sus aux Etats ! ». Et, le pire, c’est que vous, dont je ne sais si vous êtes un boursicoteur, et la plupart de vos confrères, vous criez avec les loups. La spéculation sur les matières énergétiques, telle que le pétrole, devrait, elle aussi, être au moins encadrée.

SUR VOTRE 3EME PROPOSITION

En ce qui concerne votre troisième proposition, je n’ai pu accéder aux pages 18 et suivantes de votre note sur le pouvoir d’achat, spécifiquement sur la fiscalité. Je ne peux donc formellement y répondre.

Mais j’ai ma petite idée sur l’augmentation du pouvoir d’achat.

Je ne l’attends pas prioritairement de la voie fiscale. Je l’attends de :

-  la création de l’équivalent du SMIC, mais à l’autre bout, pour les hauts salaires. Un salaire maximum plafonné. De un à trente. Cela vous va ?

-  la revalorisation de tous les minimas sociaux,

-  la revalorisation des salaires et de la revalorisation du travail,

-  l’adoption d’une loi permettant que les salaires versés aux salariés et les dividendes versés aux actionnaires soient augmentés automatiquement dans les mêmes proportions, au moins. Cela aura pour effet, soit de favoriser le réinvestissement des profits dans l’économie réelle de notre pays, et par là, de créer de l’activité industrielle et donc de l’emploi, et du pouvoir d’achat global pour l’ensemble des salariés, soit du pouvoir d’achat direct pour les salariés des entreprises concernées, dans le cas où les actionnaires tiendraient à percevoir leurs dividendes.

Cette proposition créerait un autre moyen de réduire les déficits des caisses de retraite, de la maladie, du chômage.

-  le rétablissement de l’indexation des salaires sur l’indice des prix, autrefois appelée « échelle mobile des salaires », supprimée en 1983. C’est le seul moyen d’empêcher que les augmentations de salaires soient très vite annulées par les employeurs, augmentant les prix des produits fabriqués par les salariés de leurs entreprises.

Plus lointainement, l’augmentation du pouvoir d’achat, pour le plus grand nombre, passera par le bouleversement de l’échelle des valeurs professionnelles et donc des salaires et revenus, toutes professions libérales et salariales comprises. Le critère absolu à retenir étant celui de l’utilité sociale, c’est-à-dire de l’intérêt général. Pour me faire comprendre, et sans entrer dans le détail, un débat pourrait y pourvoir, doivent être placés au firmament les professions liées à la recherche scientifique, notamment médicale, les métiers de l’enseignement, les métiers de la santé, tous les métiers physiquement pénibles. Vous avez compris que tous les métiers liés à la spéculation financière, foncière, immobilière, à la publicité, à la mode, etc… présentent des critères d’utilité sociale moindres.

Tous les métiers que je place en haut de l’échelle, notamment les métiers physiquement pénibles, s’ils étaient revalorisés en salaire, mais également en conditions de travail, attireraient à nouveau de nombreux volontaires pour les exercer. Et nous n’aurions plus la noria d’entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics, entre autres, se plaignant, dans les médias et particulièrement sur RMC chez Jean-Jacques Bourdin, de ne pas trouver de bons professionnels.

Mon petit doigt me dit que vous vous demandez : Comment notre production va-t-elle être commercialisée ? Il est vrai, et là je reprends la parole, qu’aujourd’hui on veut vendre avant d’avoir produit. Ce qui fait que les libéraux de tout poil n’ont d’yeux que pour les écoles de commerce. Des vendeurs, il en faut, pas seulement pour notre marché intérieur, mais pratiquant aussi les langues étrangères, afin de faciliter nos exportations. Je prétends que les meilleurs vendeurs ce ne sont pas ceux qui ont été formés spécifiquement pour cela, dans ces écoles de commerce généralistes, mais ceux qui connaissent admirablement les procédés de fabrication des produits qu’ils vendent.

SUR VOTRE 4EME PROPOSITION

Votre quatrième proposition, sur la taxation des riches, est, à mes yeux, la plus sujette à caution. Vous vous dites d’accord, mais avec des conditions qui gâchent tout.

Avant de commenter votre pensée sur cette question, je veux étrangler un canard que vous et vos alter ego balancent, trop souvent, comme une évidence : « le succès des entreprises du CAC 40 sur les marchés étrangers est une chance pour nous ». Ce serait vrai, si elles réinvestissaient dans notre pays. Ce n’est pas le cas, la plupart préfèrent se placer sur le marché spéculatif international et/ou aller vers les pays favorisant le dumping social, fiscal et environnemental.

La taxation des riches, dites-vous, passe par la « fin des 35h et des 25 milliards d’€ d’accompagnement qu’elles nous coûtent chaque année ». Cette réflexion me donne l’occasion de vous dire que j’ai vainement tenté de vous transmettre sur votre blog un commentaire à votre billet titré : « Niche sociale et productivité », daté du 20 novembre 2010. Sachez que, comme je n’arrive pas à vous transmettre mes commentaires sur votre blog, pour des raisons techniques que je ne m’explique pas, je mettrai systématiquement mes commentaires à vos billets, sur mon blog, dont voici le lien, évidemment si cela vous intéresse : http://web.me.com/smascarell/Piblog....

Evidemment, je ne peux souscrire à votre idée d’en finir avec les 35 heures, en tant que conquête sociale, même si je regrette qu’elle ait été payée, trop souvent, du prix de la flexibilité du travail. En revanche, je suis d’accord pour revenir sur les 25 milliards d’€ alloués chaque année aux employeurs.

La taxation des riches passe par la « fin des versements des Français aux caisses de retraite de la SNCF, 3 milliards par an, fin des subventions de compensation au régime de retraite des agents de la RATP pour plus d’1 millliard par an... »., ajoutez-vous.

Obsession pour obsession, je vous en propose une bien plus juteuse, que j’ai déjà évoquée dans ma réponse à votre première réponse, et à laquelle vous opposez un silence gêné. C’est celle des dizaines de milliards d’euros (en fait très près de 100) versés, sans contrôle, par l’Etat français et des collectivités territoriales, chaque année, depuis des décennies, aux employeurs, les premiers assistés de France, sous forme de subventions et d’exonérations fiscales et sociales, soi-disant pour créer des emplois. En pure perte, évidemment. Pire, ces responsables publics vont même jusqu’à donner de l’argent, sans contrôle, à des entreprises étrangères pour qu’elles viennent s’installer sur notre territoire. Beaucoup l’empochent et s’en vont dès que possible. Est-ce que vous oserez dire que ce que je dis là est faux ? Je n’ai pas entendu votre réponse, comme dirait Nicolas Sarkozy à Claire Chazal.

Manifestement, les petites « anomalies », à supposer qu’elles en soient, ce qui mériterait débat, dont bénéficie le petit peuple ou qui concernent les organes publics qu’il a payés de ses impôts, et dont il est théoriquement propriétaire, provoquent plus facilement votre ire que les énormes scandales dont bénéficient les employeurs, les spéculateurs et les rentiers. Vous êtes de ceux qui voient la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre dans leur propre œil. Ouvrez les yeux !

Je préfère l’égalité à la liberté. L’égalité, au sens juridique du mot, est bonne en soi, la liberté ne l’est que dans certaines conditions. La liberté d’expression, d’aller et venir, c’est bon. La liberté du renard libre dans le poulailler libre, je suis contre. Au fond, je suis rassuré que nous nous séparions sur cette élémentaire réflexion de bon sens. Vous voyez bien que je n’ai pas besoin de présupposer ce que vous êtes. Vous dites benoitement le fond de votre pensée. Je vous en sais gré.

SUR VOS MESAVENTURES JUDICIAIRES

J’en viens maintenant à vos mésaventures judiciaires.

Avant d’y répondre, sachez que je suis un défenseur prud’homal, à haute dose, mandaté par mon syndicat préféré, la CGT, et par les salarié(e)s qui me confient la défense de leurs intérêts. Sachez aussi, qu’il est un principe auquel tout juriste digne de ce nom se doit, c’est de ne pas s’en tenir qu’aux dires d’une des parties en cause. Le noble principe du contradictoire veut que l’opinion ne peut se forger qu’après connaissance des dires, moyens de preuves et de droit de toutes les parties en cause. Je me garderai donc de prendre pour argent comptant vos dires.

Toutefois, vos dix mésaventures judiciaires, sont la marque que votre service de recrutement n’était pas très performant. De plus, être maltraité par la justice une fois, ça peut arriver, deux fois, ça reste plausible, au-delà, il faut que vous regardiez la poutre qui est probablement dans votre œil. D’autant que les bureaux de jugement des Conseils de prud’hommes sont constitués de quatre juges : deux juges par ailleurs employeurs et deux juges par ailleurs salarié(e)s, et qu’ils sont composés différemment d’une audience à l’autre. Une décision de justice ne peut être obtenue qu’à la majorité. Cela veut dire que, dix fois sur dix, vous concernant, il s’est trouvé, chaque fois, au moins un juge employeur, différent d’une audience à l’autre, qui n’a pas été convaincu par vos arguments. Mais en tout état de cause, vous pouviez faire appel de ces dix décisions défavorables. Si vous avez fait appel, ce sont des juges professionnels qui ont statué. Là aussi, ils peuvent être différents d’une audience à l’autre. Apparemment, ils vous ont donné tort aussi. Etre incompris par tant de juges, consulaires ou professionnels, ce n’est probablement pas de l’injustice, mais de la cohérence.

Alors, pourquoi dire que « les prud’hommes sont une honte pour la justice de ce pays » ? Parce qu’il s’agit d’une justice populaire ? Attention, vous allez vous mettre mal avec votre bien aimé président de la République, qui veut mettre des jurés populaires, même dans les tribunaux correctionnels. Il me paraît bien plus honteux de défendre une contribuable délinquante richissime ou de ne pas être choqué, ou que très modérément, par les malversations de beaucoup des spéculateurs qui siègent dans les conseils d’administration des sociétés cotées en bourse. Il est vrai que là, on touche au cœur du système économique que vous chérissez. Peu importe, les morts qu’il provoque à travers le monde, par famine, maladie, détresse.

SUR JEAN-LUC MELENCHON

Enfin, je ne veux pas laisser sans réponse l’allusion que vous faites à mon camarade Jean-Luc Mélenchon.

Oui, vous avez raison, celui-ci peut nous donner des leçons, à vous comme à moi. Y compris de populisme. Mais au sens noble que ce mot a, selon la définition du Grand Robert, je ne parle pas de moi, mais du dictionnaire : « Importance donnée aux couches populaires de la société ».

Vous vous honoreriez à vous soucier plus du sort des couches populaires, que de défendre les turpitudes des puissants de ce monde.

Je suis effaré, moi, le journaliste retraité, de constater la médiocrité dans laquelle sombre bien de mes confrères, surtout les plus en vue médiatiquement. Quelle honte pour ma profession, que de voir les trois journalistes : Claire Chazal, Michel Denisot, David Pujadas, se comporter comme des toutous devant les provocations et les contrevérités du président de la République. Il y en a bien d’autres comme eux, pas tous heureusement. Je profite de cette tribune, pour dire à mon camarade Mélenchon : t’en fais pas Jean-Luc, nous sommes bien plus nombreux que tu ne le penses à te soutenir face à la horde des pleutres qui t’agonisent d’injures. Je veux bien sûr parler des Huchon, Valls et Cohn Bendit. Encore ceux-là ont-ils le courage de te dire toute leur haine. Nous savons à quoi nous en tenir avec eux. Il en est bien d’autres, dans leurs organisations ventripotentes, qui te vouent silencieusement la même haine, sans avoir le courage de l’exprimer. Ceux-là sont plus redoutables. On a du mal à les voir venir.

Quitte à te choquer, cher Jean-Luc, je suis moins indigné que les insultes qui te frappent proviennent d’hommes de droite déclarés que de ces « socialistes » bulles de savon, qui brillent de l’extérieur, mais qui explosent en vol dès l’approche du moindre obstacle, du genre « je quitte la France si tu touches à mes avoirs ». Le caviar, c’est trop consistant pour ces personnages qui n’ont que du vent à vendre.

Je ne te donne qu’un conseil Jean-Luc : Ne t’énerve plus contre ces journalistes soumis. Ils ne sont rien que des jouets dans les mains de ceux qui les payent. Nos seuls adversaires ce sont les Bouygues, Lagardère, Dassault, maintenant Sarkozy. Ce sont les vrais dirigeants des instruments médiatiques et des perroquets qui, à l’antenne, répètent en boucles, les éléments de langage mis au point au plus haut niveau. Nos vrais adversaires, ce sont les penseurs économiques du système, les donneurs d’ordres boursiers, pas les traders, qui sont à l’économie ce que sont les journalistes pleutres à la politique : des factotums intellectuels.

Je te comprends, Jean-Luc, il est difficile de garder son calme devant des criailleurs, courageux devant un opposant, qu’ils tiennent pour irresponsables, sans avoir pris la peine de connaître ses textes, et apeurés devant les puissants. Souviens-toi du référendum de 2005. Les mêmes journalistes et bien d’autres (95 %) ânonnaient en faveur du oui et nous prenaient pour des demeurés xénophobes. La suite nous a montré qu’ils se fichaient du peuple, mais étaient serviles aux ordres, ou pas, de leurs maîtres. En toute objectivité bien sûr.

Je reviens à vous, Monsieur Perri. Je suis prêt à parier que vous ricanez sur mon état d’esprit belliqueux. Je suis comme l’ex-président du MEDEF, Ernest-Antoine Seillère, de la famille De Wendel, la lutte des classes existe. Là s’arrête notre accord. Elle est implacable. Des millions d’ouvriers dans le monde l’ont payé de leur vie, ou en souffrent toujours, en France aussi. Nous ne sommes pas au pays des bisounours.

Cordialement.

Robert Mascarell croit plus en l’existence de la lutte des classes qu’en celle de dieu

Le 23 novembre 2010


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