Grève générale étudiante en GRECE contre la marchandisation de l’enseignement (25 janvier 2007 )

lundi 3 février 2020.
 

Comme nous l’avions annoncé sur ce site en novembre 2006, les facultés grecques sont entrées début janvier en grève générale illimitée contre la privatisation de l’enseignement. Il s’agit d’une véritable grève de masse du Sud au Nord du pays, jusque dans les plus petits chefs lieux. Les enseignants sont également en grève. La bataille s’annonce rude ; le refus de la marchandisation mondiale de l’enseignement voulue par les libéraux et nombreux sociaux-libéraux se joue à présent en Grèce, pays symbolique dans l’histoire de la culture.

Le combat des jeunes grecs sera d’autant plus difficile que la réforme qu’ils combattent a été proposée voici deux ans par l’actuel président de l’Internationale socialiste, Georges Papandréou. Ses arguments doivent être dénoncés comme ceux d’un suppôt du grand capital international et des cléricalismes de toutes sortes alléchés par une privatisation de l’enseignement : " La révision de l’Article 16 est indispensable pour l’amélioration du système public d’enseignement. Grâce à la création d’établissements non étatiques et sans but lucratif les universités publiques seront contraintes à rationaliser et devenir plus efficaces dépassant ainsi les phénomènes de bureaucratie et stagnation. »

Que dit cet article 16 de la constitution grecque aussi haï par Georges Papandréou : il garantit un enseignement de qualité, gratuit et surtout public pour tous les citoyens grecs.

L’alliance de la droite et de la direction du parti socialiste grec sur ce sujet rend le débouché politique de la grève générale extrêmement aléatoire. Aussi, le mouvement s’est généralisé très vite, s’est durci très vite avec occupation des locaux (274 facs occupées), piquets de grève durs, manifestation se dirigeant sur le Parlement, heurts violents. L’assez forte participation de travailleurs à la manifestation nocturne athénienne est-il le signe d’une possibilité de soutien dans le salariat ? Si tel était le cas, la réforme de l’article 16 serait à nouveau repoussé et une nouvelle gauche apparaîtrait en Grèce ; heureusement !

L’article ci-dessous a été mis en ligne sur ce site en novembre pour donner des informations sur ce qui risquait de se passer. Il garde son actualité.

Vive les jeunes grecs !

Jacques Serieys le 25 janvier 2007

La Grèce fait partie de ces pays, avec la France et l’Espagne où les liens entre religion et fascisme ont rendu très sensible la question de la laïcité de l’enseignement.

La droite, le patronat et les milieux cléricaux grecs n’ont jamais pardonné au mouvement étudiant d’avoir fait chuter en 1973 la dictature militaire. De plus le mouvement jeune a fait preuve d’un tel héroïsme cette année-là ( massacre face aux tanks de la junte pour tenir leur fac occupée) qu’il y a acquis une crédibilité politique majeure et une forte politisation à gauche. Des dizaines de milliers de jeunes grecs ont participé au dernier Forum Social Européen d’Athènes.

Quand la droite a été au pouvoir, elle a sans cesse cherché à casser ce mouvement, en particulier en essayant d’imposer une privatisation progressive de l’enseignement supérieur. Ainsi, elle voulut imposer en 1990 un vaste projet de création de facs privées. La grève puis l’occupation de centaines de facs et lycées, malgré une répression dure, ont fait retarder la concrétisation de cet objectif.

Au printemps 2006, la droite au pouvoir a repris une proposition de Georges Papandréou et présenté une loi dont les objectifs sont triples :

- permettre un grand développement des facs privées

- limiter l’accès à l’université pour les milieux populaires (frais d’études, durcissement de l’examen d’entrée en supérieur...)

- diminuer le coût de l’enseignement supérieur pour l’Etat, en particulier en se délestant de nombreuses facs publiques "rurales".

Ce projet avait de grandes chances de passer vu les encouragements en ce sens d’institutions européennes. Quant au président du parti socialiste (PASOK), unique et grand président de l’Internationale socialiste, Georges Papandréou, il s’est illustré en argumentant encore et toujours la nécessité de cette privatisation mais en demandant qu’elle soit "raisonnable".

Heureusement,un mouvement étudiant énorme s’est développé jusqu’en juin, avec assemblées générales quotidiennes, occupation des locaux, coordination nationale...

Les jeunes du PASOK ont mené une bataille soutenue en défense de la laïcité. La réaction de la direction de leur parti et en particulier de Georges Papandréou, président de l’Internationale socialiste ne s’est pas faite attendre : l’organisation des jeunes du PASOK a été dissoute.

En ce mois de janvier 2007, le gouvernement Caramanlis va présenter un projet de loi au Parlement pour modifier l’article 16 de la constitution grecque qui limitait le développement du privé. Papandréou a redit son accord mais il laissera les députés de son parti voter selon leur conscience.

Solidarité avec le mouvement étudiant grec.

Solidarité avec l’ex-organisation jeune du PASOK.

Jacques Serieys le 6 novembre 2006

( article d’origine en date du 6 novembre 2006 complété fin décembre ; chapeau de l’article en gras du 25 janvier 2007)


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