Afghanistan : un enfer pour les femmes

samedi 15 décembre 2018.
 

A) Afghanistan : un enfer pour les femmes (Jacques Serieys)

De tous temps quelle que soit la religion dominante institutionnalisée, la place des femmes a oscillé entre enfer et enfermement. Leur situation avait progressé en Afghanistan à l’époque où la gauche était au pouvoir.

Afghanistan 1978 1992 Quand la gauche était au pouvoir

Cependant, les Moudjahidines armés par les USA et leurs alliés faisaient sauter les écoles de filles car leur non scolarisation constitue pour eux un principe divin. Ce seul fait aurait dû pousser les dirigeants politiques et les médias occidentaux à être prudents dans leur soutien à de tels conservateurs arriérés. Les fondamentalistes moudjahidin, tels que Gulbaddin, Rabbani, Masood, Sayyaf, Khalili, Akbari, Mazari et leur complice criminel Dostum ont commis les crimes les plus odieux et les plus perfides qui soient contre les femmes afghanes.

Un fait récent indique le degré d’arriération de ces fondamentalistes dits "modérés" actuellement au pouvoir à Kaboul grâce au soutien des occidentaux. Des députés avaient proposé récemment une loi visant à sanctionner les violences contre les femmes ; ils ont été obligés de retirer leur texte que les moudjahidin considéraient comme typique des influences occidentales contrevenant à la charia.

L’Afghanistan est aujourd’hui classé en tête des pays les plus dangereux pour les femmes, suivi de la République Démocratique du Congo, du Pakistan, de l’Inde et de la Somalie.

B) Le sort atroce 
des femmes 
en Afghanistan

Elles sont jeunes, mariées de force. Certaines ont été défigurées, d’autres violées, quand 
ce n’est pas 
les deux à la fois. 
Elles témoignent 
pour l’Humanité 
du sort atroce 
des femmes 
en Afghanistan, 
pays où 57% d’entre elles sont mariées 
de force avant l’âge de seize ans.

A priori, dans ce quartier de Kaboul que l’on nous a demandé de ne pas nommer, rien ne distingue cette bâtisse de quelques étages des maisons alentour. Il y a bien une petite guérite à l’entrée mais, après tout, ce pourrait être un endroit où vit une personnalité afghane. Les récents attentats dans la capitale ont montré que la sécurité était toute relative. Même pour y accéder, il nous a fallu montrer patte blanche. Venir une première fois, se présenter, expliquer notre demande puis revenir le lendemain. La porte s’ouvre. L’homme jette un regard circulaire sur l’extérieur. Un garde nous fouille. Huma Safi nous attend à l’étage.

Nous sommes dans l’un des rares centres créés pour accueillir les Afghanes en difficulté. Responsable de Women for Afghan Women, Huma Safi explique que l’endroit a été ouvert en 2007. « Au départ, il s’agissait d’un simple bureau ouvert à Kaboul surtout pour tenter des médiations entre les familles et, si besoin, leur fournir un avocat. Mais tout de suite nous nous sommes rendu compte qu’il fallait un foyer pour ces femmes qui, pour une raison ou pour une autre, avait dû fuir leur domicile ou leur famille. » Le besoin est si fort que les responsables de l’association ouvrent, en 2008, une antenne au nord du pays, à Mazar e-Sharif. Et en 2009, l’association s’installe à Kapisa. Cette année, ils espèrent bien faire de même à Kundunz et à Jalalabad. « Nous nous occupons de plus de 1 200 cas, souligne Huma Safi. La plupart du temps, il s’agit de mariages forcés, de mariage d’enfants, c’est-à-dire de jeunes filles qui n’ont pas seize ans, de violences diverses, de divorces et de viols. »

La jeune femme, qui – on ne le réalise pas suffisamment – risque sa vie pour s’occuper de ces femmes en difficulté, estime qu’« en Afghanistan la violence contre les femmes est élevée. Les écoles pour filles sont régulièrement brûlées par les talibans. Lorsque Najibullah (communiste – NDLR) était au pouvoir, les moudjahidin faisaient la même chose. On ne peut pas dire que la situation est bonne, même s’il y a eu quelques changements. Même la Commission pour les droits de l’homme estime que les témoignages que nous rapportons sont infimes par rapport à la réalité ». Consciente des difficultés, elle dit  : « Ce qu’on fait permet d’obtenir quelques changements. Mais les problèmes sont grands et les changements petits. » De la même manière, s’agissant de la communauté internationale, Huma Safi regrette qu’il y ait « beaucoup de rapports mais peu d’actions. Or, ici, les gens sont illettrés. Les femmes ne connaissent pas leurs droits ».

Dans une pièce avoisinante, une jeune femme nous attend. Elle ne montrera pas son visage. On nous demande également de ne pas inscrire son nom. La peur des représailles est réelle. L’histoire monstrueuse, affreuse, inhumaine. Nous sommes dans la province d’Uruzgan. La jeune fille n’a que seize ans. Appelons-la Shakiba. Sa famille était en conflit avec une autre. Un meurtre avait eu lieu. Pour éviter une vengeance, la famille de Shakiba décide de la donner ainsi que sa sœur de dix ans. C’est ce que l’on appelle le « baad ». Shakiba, la mort dans l’âme, quitte alors son foyer pour s’installer dans l’autre famille. On la prévient ainsi qu’elle sera mariée avec l’un des garçons qui, pour le moment, se trouve au Pakistan, à Karachi. Les semaines qui suivent, Shakiba va vivre un véritable calvaire. Rien à côté de ce qui va lui arriver par la suite. Huma Safi raconte  : « Elle était battue tous les jours par les autres membres de cette famille. Alors, quand deux voisines lui ont proposé de l’aider à s’enfuir, elle a cru son drame terminé. » En fait, ces deux femmes ont voulu la vendre à Kandahar, la grande ville du sud de l’Afghanistan pour 200 000 afghanis (environ 4 000 dollars). Arrêtées par la police, les trois femmes se retrouvent en prison. Shakiba pour s’être enfuie de la maison  ! Une fois relâchée, elle est contrainte de retourner dans la famille où elle doit se marier. Pour la première fois, elle y rencontre celui qui va être son mari et qui vient de rentrer du Pakistan. Furieux et sans doute pressé de montrer son pouvoir d’homme, il emmène Shakiba dans la montagne. Il a fait venir les talibans. Ils ont coupé le nez et les deux oreilles de la jeune femme. Âgée aujourd’hui de dix-neuf ans, elle s’est enfuie. Elle a trouvé refuge à Kaboul. L’association tente de l’aider, notamment à bénéficier d’une chirurgie plastique.

L’histoire de Raihana n’est guère plus réjouissante. Elle vient du district de Ghorband, dans la province de Parwan. Elle aussi a trouvé dans ce centre un havre de paix. « Quand j’avais treize ans, on m’a mariée avec un cousin qui avait onze ans, ici à Kaboul. C’était un baad, un arrangement. Je me suis donc retrouvée dans la famille de mon “mari”. Là-bas, tout le monde me battait. Un an après, on m’a forcée à mendier dans la rue. Puis nous avons quitté Kaboul pour Ghorband. Il y a trois mois, au milieu de la nuit, je suis allée à la station de bus et je suis allée à la Commission indépendante pour les droits de la personne en Afghanistan (AIHRC) parce que j’avais entendu des gens dire que c’était un organisme qui pouvait aider les femmes. Maintenant, je veux divorcer. » Huma Safi précise  : « Selon la loi afghane, ce mariage n’est pas légal. »

Gulghatai, elle, arrive de Jalalabad avec sa fille aujourd’hui âgée de huit ans. Gulghatai a aussi été mariée de force avec un homme qui avait déjà une épouse. Elle tombe enceinte et accouche. « Je ne voulais plus avoir de relations avec lui, il me maltraitait, avoue-t-elle. Comme je me refusais à lui, il m’a jeté de l’eau bouillante sur le corps. La deuxième fois, il m’a donné des coups de couteau dans les reins. » L’homme décide alors de prendre une troisième épouse. « Moi, il ne me donnait plus rien, même pas à manger. Ni à moi ni à ma fille », confie Gulghatai. Combative, elle obtient le divorce au bout de six ans. Elle n’était pourtant pas au bout de ses peines. Confiante, elle se rend chez sa sœur, à Kaboul, en attendant d’obtenir « un appartement que le ministère m’avait promis. Il fallait juste que j’attende un peu. C’est ce qu’on m’avait dit ». Elle se met à pleurer. Huma Safi demande à la petite de sortir. « Chez ma sœur, son mari et son fils nous ont violées, moi et ma fille qui n’avait que six ans. » Gulghatai ne veut pas se laisser faire. Elle se rend au ministère de la Femme. On lui conseille de déposer plainte auprès de la police. Les policiers ne la croient pas et demandent un examen médical. Il est alors bien établi que la gamine a perdu sa virginité. Les deux hommes sont maintenant en prison. Gulghatai, qui a du mal à vivre seule avec sa fille dans une société aussi patriarcale et machiste, accède à la proposition de sa deuxième sœur  : prendre un nouveau mari. Celui-ci va tenter de la vendre. L’intervention des personnels de l’AIHRC mettra l’homme en échec. « J’ai vingt-six ans, j’en parais quarante, éclate Gulghatai. Je ne veux pas que ma fille connaisse ce que j’ai enduré. »

Dans un témoignage recueilli par Human Rights Watch, la militante féministe afghane Wazhma Frogh soulignait  : « Huit ans après la chute des talibans et la mise en place du gouvernement Karzai, la situation des Afghanes reste une des pires au monde. Les factions politiques qui dominent l’Afghanistan restent idéologiquement hostiles à de nombreux droits que beaucoup de femmes ont commencé à apprécier depuis la chute des talibans, comme la liberté de mouvements, celle de travailler et le droit à l’éducation. » La commission afghane indépendante des Droits de la personne estime que de 60 % à 80 % de tous les mariages sont des mariages forcés en Afghanistan et qu’environ 57 % des jeunes filles sont mariées avant l’âge de seize ans.

En mars 2006, la commission de la Condition de la femme des Nations unies soulignait que « les rapts, la séquestration, les meurtres dits d’honneur, l’échange de filles et de femmes pour régler une dette ou une querelle restaient une partie importante de la vie des femmes et des filles en Afghanistan et figuraient au nombre des multiples obstacles à leur habilitation et à la parité. L’insuffisance de l’appui et de l’aide aux femmes victimes de violence a été liée à la fréquence des suicides par le feu (…) en 2005. Souvent, on décourage ou on interdit la poursuite par les femmes d’activités hors du foyer. On a également signalé (…) des cas de prostitution forcée et de traite d’étrangères, d’Afghanes et d’enfants afghans ».

Pierre Barbancey, L’Humanité

C) La vie épouvantable des Afghanes sous le régime taliban (par la Revolutionary Association of the Women of Afghanistan)

Selon les talibans, les femmes n’ont aucun autre rôle à jouer que celui de procréer, satisfaire les besoins sexuels des hommes ou de s’atteler aux tâches domestiques.

Source : http://www.rawa.org/rules_fr.htm

Les restrictions et brutalisations des talibans incluent :

1- L’interdiction totale du travail des femmes hors de chez elles, y compris pour les enseignantes, les ingénieurs et la plupart des professions. Seules quelques femmes médecins et infirmières sont autorisées à travailler dans quelques hôpitaux de Kaboul.

2- L’interdiction totale de l’activité des femmes hors de chez elles si elles ne sont pas accompagnées par un mahram (parent masculin).

3- L’interdiction pour les femmes de traiter avec les marchands masculins.

4- L’interdiction pour les femmes de se faire soigner par un médecin homme.

5- L’interdiction d’aller à l’école, à l’université ou dans quelque autre organisme éducatif. (Les talibans ont converti les écoles de filles en séminaires.)

6- L’obligation de porter un long voile (Burqa), les recouvrant de la tête au pied.

7- Les femmes qui ne portent pas ce voile ou ne sont pas accompagnées d’un mahram sont fouettées, battues et insultées.

8- Les femmes dont on voit les chevilles sont fouettées en public.

9- La lapidation publique des femmes accusées de relations sexuelles extra-maritales. (Nombre d’entre elles ont été lapidées jusqu’à la mort).

10- L’interdiction de se maquiller. (On a tranché les doigts de beaucoup de femmes aux ongles vernis).

11- L’interdiction de parler ou de serrer la main d’hommes autres que les mahram.

12- L’interdiction de rire de manière audible. (Aucun étranger à la famille ne doit pouvoir entendre la voix d’une femme).

13- L’interdiction de porter des chaussures à talons, pour ne pas faire de bruit en marchant. (Un homme ne doit pas entendre les pas d’une femme.)

14- L’interdiction de se déplacer en taxi sans un mahram.

15- L’interdiction d’être présentes à la radio, à la télévision ou lors d’événements publics d’aucune sorte.

16- L’interdiction de faire du sport ou d’entrer dans un club ou un centre sportif.

17- L’interdiction de faire de la bicyclette ou de la mobylette, même accompagnées d’un mahram.

18- L’interdiction de porter des habits aux couleurs vives. Les talibans sont d’avis qu’il s’agit de "couleurs qui incitent au sexe."

19- L’interdiction de se rassembler lors de fêtes populaires ou pour tout motif récréatif.

20- L’interdiction de laver le linge près des rivières ou en public.

21- La modification de tous les noms de lieux comportant le mot "femmes." Par exemple, "jardin des femmes" a été renommé "jardin printanier".

22- L’interdiction d’apparaître au balcon de leur maison ou appartement.

23- L’obligation de peindre toutes les fenêtres, pour éviter que les femmes soient vues de l’extérieur.

24- L’interdiction pour les tailleurs hommes de prendre les mensurations d’une femme ou de lui coudre des habits.

25- L’interdiction pour les femmes de se baigner en public.

26- La séparation des hommes et des femmes dans les transports en commun. Les bus portent la mention "réservé aux hommes" ou "réservé aux femmes".

27- L’interdiction de porter un pantalon large, même sous la burqa.

28- L’interdiction de photographier et de filmer les femmes.

29- L’interdiction d’imprimer des photos de femmes dans les journaux et les livres ou d’en accrocher sur les murs des maisons ou des magasins.

À part ces restrictions sur les femmes, les talibans ont :

- Interdit d’écouter de la musique, pour les hommes comme pour les femmes.

- Interdit de regarder des films, la télévision et des vidéos pour tout le monde.

- Interdit de célébrer le nouvel an traditionnel (Nowroz) le 21 mars, qui a été proclamé jour férié non islamique.

- Abrogé la fête du travail (le 1er mai), qu’ils ont qualifiée de "fête communiste".

- Exigé que les personnes ne portant pas un nom islamique changent de nom.

- Imposé des coiffures pour les jeunes afghans.

- Exigé que les hommes portent des habits islamiques et se couvrent la tête.

- Exigé que les hommes ne se rasent pas et ne se taillent pas la barbe tant qu’elle ne descend pas de la largeur d’un poing à partir de l’extrémité du menton.

- Exigé que tout le monde assiste aux cinq prières quotidiennes dans les mosquées.

- Interdit de garder des pigeons et de jouer avec les oiseaux, car c’est une attitude non islamique. Les fauteurs seront emprisonnés et les oiseaux tués. Il est aussi intedit de jouer au cerf-volant.

- Exigé des spectateurs de manifestations sportives qu’ils encouragent en incantant Allah-o-Akbar (Dieu est grand) et a interdit les applaudissements.

- Interdit certains jeux, comme le cerf-volant, considérés comme "non-islamiques" par les talibans.

- Toute personne en possession d’écrits répréhensibles sera exécutée.

- Tout musulman qui se convertira à une autre religion sera exécuté.

- Tous les écoliers et étudiants (masculins) doivent porter un turban. "Pas de turban, pas d’éducation".

- Les minorités non musulmanes doivent porter un badge distinctif ou coudre un morceau de tissu jaune sur leurs habits. Exactement comme les nazis l’ont exigé des juifs.

Etc...

D) 2016 « La situation des femmes en Afghanistan est pire que sous les talibans » Entretien

Quelle est la situation des femmes en Afghanistan ? Vous sentez-vous libérées ?

Malalai Joya La situation des femmes en Afghanistan est malheureusement encore plus désastreuse qu’à l’époque des talibans. Les Afghanes et les Afghans ne sont pas du tout libérés. Ils souffrent d’injustices, d’insécurité, de la corruption, du chômage et de la pauvreté. Les femmes et les enfants sont encore plus mal lotis. Si la situation catastrophique des femmes a été une très bonne excuse pour l’OTAN pour occuper notre pays, le régime des seigneurs de la guerre, qui a remplacé celui des talibans, est tout aussi néfaste pour nous. Ils vont main dans la main avec les talibans et trompent le peuple afghan sous leur déguisement de démocrates.

Le dramatique cas de Farjunda, une jeune fille de 27 ans accusée d’avoir brûlé un Coran, illustre la situation de désastre absolu des femmes. Le 19 mars 2015, elle a été brutalement lynchée en plein jour, à seulement quelques kilomètres du palais présidentiel et à proximité de la police afghane et des troupes étrangères. Après avoir reçu des coups, elle a été écrasée par une voiture. Son corps a été brûlé et jeté dans une rivière voisine. Dans les zones rurales, c’est encore pire. La violence contre les femmes a empiré.

Il y a 15 ans, les femmes et les hommes de notre pays avaient un ennemi, qui était les terroristes talibans, mais avec l’occupation, notre peuple en affronte quatre : les seigneurs de guerre, les talibans, les forces d’occupation et Daech. S’il est vrai que dans certaines grandes villes comme Kaboul, Herat ou Mazar-i-Sharif, certaines femmes ont accès au travail et à l’éducation, c’est surtout pour légitimer l’occupation. Mais dans les zones rurales, le régime n’a rien fait.

Comment votre vie a-t-elle changé depuis l’occupation ?

Durant la période des talibans, j’étais enseignante clandestine et portais la burka. Aujourd’hui, je dois encore porter cet horrible vêtement. Je pense qu’il est un symbole de l’oppression, mais il me donne la sécurité, ainsi qu’à des milliers d’autres femmes, en particulier celles qui sont militantes. Il leur permet de cacher leur identité.

Les femmes afghanes avaient certains droits dans les années 1960 et 1970. Elles étaient habillées plus ou moins à l’occidentale, avaient un rôle dans la société, marchaient même dans la rue sans foulard. Après quatre décennies de guerre, ce sont elles qui ont le plus souffert. Elles courent beaucoup de dangers, en particulier les militantes.

On a essayé plusieurs fois de me tuer. Je ne peux pas rester dans un endroit, je dois aller d’une maison à l’autre et je ne peux pas vivre avec ma famille. Ce sont des problèmes qui touchent toutes les autres militantes afghanes. On a voulu me faire taire, parce que je dénonce ces fondamentalistes à la population et que j’expose à la lumière leurs crimes de guerre parrainés par les États-Unis et de l’OTAN, qui soutiennent le pouvoir en Afghanistan.

Je vous ai montré la photo d’Angela Merkel dans le bureau d’un de ces seigneurs de guerre fondamentalistes, Atta Mohammad Noor, gouverneur de Mazar-i-Sharif dans le nord de l’Afghanistan. C’est un seigneur de guerre très puissant, qui a participé à la guerre civile de 1992 à 1996. Il a maintenant appris à se raser et à mettre costume et cravate. Il reçoit des millions de dollars des gouvernements occidentaux. Il a une sorte de gouvernement à l’intérieur du gouvernement. Le Washington Post l’a signalé comme un célèbre trafiquant de drogue et un homme corrompu, qui a volé des millions de dollars à la « communauté internationale », destinés à la reconstruction et à l’éducation. Des centaines de millions de dollars que le gouvernement a reçu des Occidentaux ont été volés par ces politiciens corrompus qui sont au pouvoir, mais aussi par des ONG, qu’elles soient afghanes et étrangères.

Pourquoi les gens fuient-ils l’Afghanistan et deviennent des réfugiés ?

La situation en Afghanistan est catastrophique. Surtout du fait de l’insécurité et du manque d’emploi. 60% de la population est au chômage, peut-être même plus. Ils quittent le pays pour vivre une vie sûre et obtenir un emploi. Lorsqu’ils s’en vont sur des routes dangereuses, ils affrontent la discrimination et la cruauté. Et cela non seulement dans les pays occidentaux, mais également dans les pays voisins. Ils doivent faire face à la dictature de l’Iran et du Pakistan. Ce que nous voulons, c’est le respect des conventions internationales sur les droits humains, les réfugiés et l’asile. Quand ils sont renvoyés vers l’Afghanistan, ces requérants finissent par être forcés de choisir entre s’enrôler dans les rangs des talibans ou de Daech, qui paient 600 euros par mois, ou devenir toxicomanes.

La responsabilité de cette crise, non seulement en Afghanistan, mais aussi dans d’autres pays comme l’Irak, le Yémen, la Somalie ou la Libye, est le fait des USA et de l’OTAN. Le terrorisme a été utilisé par les hommes politiques pour leur propre stratégie et pour leur intérêt politique et économique. Le peuple en est la victime. Depuis 15 ans, ils ont joué avec le destin des Afghans. Ils ont envahi l’Afghanistan au nom de la guerre contre le terrorisme, en tuant des innocents, dans une prétendue guerre contre les talibans. Ils utilisent l’Afghanistan pour leurs propres intérêts, pour contrôler d’autres puissances asiatiques comme la Chine, l’Iran, la Russie, etc et pour avoir un accès facilité au gaz et au pétrole des états d’Asie. Et, en même temps, gagner des centaines de millions de dollars avec le trafic d’opium. Celui-ci est plus dangereux qu’al-Qaïda et le terrorisme, car il y a plus de trois millions d’Afghans opiomanes, en particulier chez les jeunes.

Le peuple manifeste-il sa colère face à cette situation ?

Nous avons un dicton en Afghanistan qui dit : « Où il y a de la cruauté, il y a aussi de la résistance ». Les gens en ont assez de cette situation désastreuse. Chaque jour, plus de voix s’élèvent contre l’occupation et le régime. Le 11 novembre 2015, par exemple, une mobilisation historique a eu lieu en Afghanistan, suite à la décapitation d’une fillette de neuf ans et de six autres jeunes personnes appartenant à la minorité ethnique des Hazaras. Les responsables de ces crimes sont les talibans et Daech. Quand on a ramené leurs corps à Kaboul à minuit, des dizaines de milliers de personnes de différentes ethnies ont défilé jusqu’au palais présidentiel pour protester. Mais personne ne les a écoutés. Malgré la pluie, ils sont restés là jusqu’au lendemain, jusqu’à ce que le gouvernement, qui a essayé de manipuler la mobilisation, fasse quelques promesses vides.

Chaque jour, ce type de résistance augmente. La guerre en Afghanistan n’est pas seulement affaire d’invasion militaire, mais aussi de propagande. Nous croyons qu’aucune nation ne peut apporter la libération à une autre. La libération se fera par les Afghans. Mais il faut que les Etats-Unis et l’OTAN nous laissent tranquilles, cessent de mettre des criminels de guerre au pouvoir et de négocier avec les terroristes talibans. Les gens détestent ces fondamentalistes. S’ils cessent de les soutenir, nous croyons qu’ils deviendront « orphelins », sans leur pilier fondamental. La seule alternative pour un avenir de paix en Afghanistan réside chez les forces progressistes, les intellectuels.

Le Parti de la solidarité d’Afghanistan, par exemple, représente un espoir pour la jeunesse qui est la première victime de la guerre. C’est un parti laïc, qui lutte contre l’occupation et le fondamentalisme. Il organise des manifestations et compte des militants actifs et très courageux, qui risquent leur vie. Il est nécessaire que les personnes progressistes en Espagne, aux Etats-Unis ou d’autres pays membres de l’OTAN fassent pression sur leurs gouvernements. Que les alliances de gauche de ces pays nous soutiennent, en particulier en ce qui concerne l’éducation, qui est la clé contre l’occupation et contre l’ignorance.


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