Néolibéralisme : la parabole du code de la route

lundi 11 mai 2009.
 

Il était une fois une période que l’on appelait les Trente Glorieuses. Le niveau de revenu et de niveau de vie du milieu populaire progressait même si c’étaient surtout les plus riches qui en profitaient. Chacun pouvait espérer que la condition de ses enfants soit meilleure que la sienne. Le capitalisme encadré par l’Etat ne représentait ni une société juste, ni une société émancipatrice ; mais régnait une certaine maîtrise des équilibres nécessaires à la vie en société (revenus, services publics...).

Un code de la route obsolète

La route des Trente Glorieuses comportait de nombreux feux rouges, ronds-points, stops et autres règles qu’il convenait de respecter. L’Etat se chargeait de sanctionner généralement les contrevenants. Mais un jour, certains demandèrent l’abrogation de ces règles. Leur argument était simple : en supprimant tous les ronds-points, feux rouges, stops et autres laisser passer, il serait possible d’accroître la vitesse de passage et l’efficacité du système de transport.

Les partisans de l’abrogation des règles affirmaient que chaque individu était capable d’estimer quel était son meilleur intérêt et qu’à un croisement, une « main invisible » miraculeuse permettrait à chacun de s’insérer dans le trafic de manière harmonieuse et efficace pour tout le monde. Leur calcul mathématique montrait qu’en évitant tout arrêt, il était possible de largement augmenter le trafic pour un même réseau, assurant ainsi d’une meilleure efficacité pour le bénéfice de tous.

Les partisans de la fin du code de la route parvinrent à faire passer leur argument en s’appuyant sur des arguments simples mais percutants. Ils mirent en avant le temps perdu à des feux rouges inutiles où personne ne passe en face… En outre, ils soulignèrent que ce code de la route imposait des forces de police qui pourraient être occupées à des activités plus utiles.

Le code de la jungle

La suppression des règles fut progressive, pour permettre une familiarisation de la population. Les feux rouges devinrent de simples laissez-passer avec priorité et petit à petit, la notion de priorité fut retirée des endroits avec une bonne visibilité. Assez naturellement, une nouvelle règle se mit en place : le plus gros et le plus rapide avait la priorité sur le plus petit, qui laissait toujours passer plus fort que lui. Dès lors, les gros devinrent de plus en plus gros pour profiter de cette priorité.

En fait, plus on était gros et forts, plus on pouvait imposer sa volonté sur des petits qui ne pouvaient pas se risquer à passer, de peur d’être tout simplement écrasés par un plus gros qui n’aurait pas fait attention. Pire, les plus gros étaient devenus tellement gros qu’en cas de pannes ou d’accidents, ils bloquaient totalement le passage, imposant progressivement aux petits de les aider pour se sortir de l’ornière à moins de rester bloqués derrière eux sans pouvoir avancer.

Après de nombreux accidents consécutifs à la vitesse excessive des plus gros camions (les 900 tonnes), qui avaient fini par bloquer de plus en plus souvent les routes, les hommes finirent par constater que le « laissez faire » et le "laissez passer » provoquaient de grandes injustices et des crises violentes. C’est pourquoi ils finirent par décider de revenir à leur ancien code de la route, qui s’il était un peu frustrant parfois, garantissait à tous un droit de circuler plus sécurisant.

La morale de l’histoire

La déréglementation économique que nous vivons depuis 30 ans, c’est un peu comme si nous avions renoncé à tout code de la route économique en pensant que l’absence de règles n’empêcherait pas la création spontanée d’un équilibre qui pourrait être profitable à tout le monde. La crise actuelle montre bien qu’un tel équilibre n’est pas possible, que seule une minorité profite de l’absence de règles et que l’absence de cadre économique provoque des crises de plus en plus violentes.

Nota bene : Notre site a modifié le texte d’origine émanant du site agoravox.


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