Une histoire du non-travail.

dimanche 21 novembre 2021.
 

L’histoire du travail comprend aussi l’histoire des moments où l’on ne travaille pas.

France Culture a consacré quatre émissions à cette question.

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France culture dans son émission « Le cours de l’histoire » a consacré quatre épisodes sur l’histoire du nom travail. (Du 4 aux 7 octobre 2021). On y traite notamment de l’histoire du chômage et de la grève.

Les quatre épisodes sont accessibles en utilisant le lien suivant :

https://www.franceculture.fr/emissi...

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Épisode 1 : La paresse est-elle l’oreiller du diable ?

LE 04/10/2021

Critique morale ou revendication politique, l’idée de paresse occupe autant les communautés monastiques médiévales, les humanistes de la Renaissance que les penseurs révolutionnaires du prolétariat. Regarder la paresse à travers les siècles révèle comment les hommes et les femmes ordonnent le temps.

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La paresse serait-elle l’oreiller du diable ? En 1921, le peintre Kazimir Malevitch écrit « La Paresse comme vérité effective de l’homme ». Il explique que « l’homme n’est déjà plus seul : la machine l’accompagne ; demain, il ne restera que la machine ou quelque chose qui en tiendra lieu. Alors il n’y aura plus qu’une seule humanité, assise sur le trône de sa sagesse préétablie, sans chefs, sans souverains et sans faiseurs de perfection ; tout cela sera en elle ; de la sorte, elle s’affranchira du travail, atteindra la paix, l’éternel repos de la paresse ». Malevitch est le peintre du célèbre tableau Carré blanc sur fond blanc, une œuvre pour laquelle il a été moqué, traité de paresseux, alors qu’il s’agit d’un jalon dans l’histoire de l’art. Xavier Mauduit

La paresse compte, selon l’adage populaire, au rang des péchés capitaux. Ce n’est en réalité pas la paresse, mais l’acédie qui a pu être mentionnée dans la liste de ces péchés à la tête de tous les autres : l’acédie, ou cette tendance du moine solitaire à s’endormir sur sa prière et à ainsi gaspiller le temps que lui accorde Dieu. La paresse a donc une histoire, qui la voit tour à tour s’appeler fainéantise, indolence, apathie, torpeur, mollesse, nonchalance ou oisiveté.

Chez les Chrétiens, la paresse désigne le moment où le moine abandonne la contemplation de Dieu. Il est frappé par un démon qui tout à coup l’attaque. Le paresseux, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas un homme heureux. Il est tiré des deux côtés. De l’un, il abandonne ce qu’il aimait jusqu’ici, en l’occurrence Dieu, et de l’autre, il souffre intérieurement parce que ça crée en lui une sorte d’angoisse, de grande peur de lui-même (...).

Chez Évagre le Pontique au IVe siècle, par exemple, la paresse est définie comme une réalité spirituelle, qui surgit dans les esprits. Le plus grave pour le moine qui s’assoupit n’est pas l’assoupissement mais qu’il se sente abandonné en même temps qu’il abandonne Dieu. Il est alors pris d’une sorte de chagrin. André Rauch

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Episode 2 Réécouter Histoire du non-travail : Et le salariat créa le chômage

51 MIN

LE 05/10/2021

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À la fin du XIXe siècle, le droit et la science statistique inventent une nouvelle catégorie sociale : le chômage. La manière de dénombrer les populations actives et inactives marque un tournant dans l’histoire du travail et devient un enjeu politique.

Le chômage est souvent présenté comme un des fléaux de nos sociétés ; son taux illustre pour certains la santé économique des pays et la part de justice sociale des politiques qui y sont menées. Si cette notion reflète aujourd’hui une situation sociale, elle a aussi une histoire.

L’aide aux sans emploi était déjà instaurée dans les sociétés industrielles, soit par philanthropie, soit par secours municipaux ou cléricaux. Il y avait des aides ponctuelles sous forme de nourriture, de charbon, etc. pour les familles touchées par le chômage. La crise des années 1880 marque énormément les esprits. Elle pose la question sociale et fait peur aux élites. Les syndicats et mouvements ouvriers en Europe se constituent et se renforcent. Une de leurs revendications est d’être assuré en temps de chômage. Isabelle Lespinet-Moret

La figure du chômeur émerge à la fin du XIXe siècle à l’orée des recensements statistiques qui cherchent à représenter au mieux la nouvelle réalité sociale engendrée par l’industrialisation et la modernisation du monde du travail. Jusqu’alors, le terme « chômeur » désignait les « saltimbanques, vagabonds, bohémiens, filles publiques », une population en marge de la société et associée à une grande pauvreté. En 1896, suite au développement du droit et de la science statistique, le chômeur devient celui qui se trouve dans une situation de suspension temporaire de travail.

Il y a une véritable fièvre classificatoire à la fin du XIXe siècle. On cherche à mesurer et à classer dans tous les domaines des sciences sociales. Pour le recensement de 1896, les statisticiens imaginent la manière de dénombrer les chômeurs à partir du travail salarié et se posent la question de savoir qui est salarié d’un établissement. Bénédicte Reynaud

Face à l’émergence du phénomène, la question du chômage devient internationale. Au sortir de la Grande Guerre, la création de l’Organisation internationale du travail fait du travail, et donc de la lutte contre le chômage, un moyen de maintenir la paix sociale. Dans quel contexte le chômage émerge-t-il au XIXe siècle ? Dans quelle mesure les critères du recensement de 1896 marquent-ils un tournant dans l’histoire du travail ? Quelle nécessité motive la création de l’Organisation internationale du travail en 1919 ? Nos invitées, Bénédicte Reynaud et Isabelle Lespinet-Moret, retracent l’histoire de l’invention du chômage.

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EPISODE 3 Histoire de la grève, débrayer pour mieux travailler

51 MIN LE 06/10/2021

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Valorisation des salaires, sécurité des ouvriers, réduction du temps de travail, les mouvements ouvriers se saisissent de la grève comme outil révolutionnaire pour protester contre une organisation du travail oppressante, affirmer un contrepouvoir et renverser le système capitaliste.

Débrayer pour mieux travailler et pour mieux vivre : c’est la grève ! Nous voici plongé dans un univers mécanique, car débrayer signifie que nous supprimons la liaison entre deux arbres précédemment embrayés. Au moment d’appuyer sur la pédale de débrayage d’une voiture, la boîte de vitesse est disjointe du moteur, justement pour changer de vitesse. Débrayer, c’est aussi se laisser aller, être en roue libre. Les travailleurs ne se laissent pas aller quand ils se mettent en grève, quand ils arrêtent le travail pour appuyer leurs revendications, autrement dit quand ils débrayent. Comment s’est opéré le passage de la révolte à la grève ? Comment les mouvements ouvriers ont-ils fait de la grève un outil révolutionnaire ? Xavier Mauduit

Des avancées sociales considérables ont lieu durant le dernier tiers du XIXe siècle : la loi Waldeck-Rousseau de 1884 autorise les syndicats professionnels, celle de 1892 limite à 11 heures par jour le temps de travail des femmes et des enfants et celle de 1898 crée un régime spécial d’indemnisation des victimes d’accidents du travail. Ces différentes législations s’inscrivent dans le cadre de mobilisations ouvrières extrêmement soutenues. Les syndicats ouvriers et les partis socialistes s’affirment et font de la grève un outil de revendication politique majeur.

Au début des années 1900, cette ligne offensive de la classe ouvrière se renforce encore. Les succès des révolutionnaires russes, l’unification de plusieurs branches du socialisme au sein de la SFIO mais aussi le choc provoqué par la grande catastrophe minière de Courrières en 1906 accentuent encore le choix d’un syndicalisme révolutionnaire. Celui-ci trouve son plein accomplissement lors du congrès d’Amiens de la CGT, où la grève générale est érigée en principe fondateur du mouvement ouvrier et se présente comme un acte révolutionnaire visant à renverser le système capitaliste. La grève générale permet à la fois la défense de revendications urgentes et l’inscription dans un processus révolutionnaire et universel de plus long terme.

Comment la grève a-t-elle été érigée en principe politique révolutionnaire ? Quel est le contexte social, intellectuel et politique qui permet l’émergence de partis socialistes et de syndicats ouvriers à la fin du XIXe siècle ? Quels droits et quelles avancées ces nouveaux modes d’actions syndicales ont-ils permis de revendiquer ? De quelle manière les pouvoirs publics ont-ils réagi aux grandes vagues de grèves de la fin des années 1900 ? Nous en discutons avec notre invitée, Marion Fontaine.

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Épisode 4 : Ce jour-là, même Dieu se reposa

LE 07/10/2021

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Jour sanctifié par le christianisme, le dimanche est traditionnellement consacré au recueillement pieux. À partir du XVIIIe siècle, le jour du Seigneur laisse progressivement place à de nouvelles activités dominicales.

Le dimanche... malgré la progression du travail dominical, ce jour demeure particulier. « La paresse est une valeur humaine qui est en train de disparaître », expliquait Jean Renoir, le cinéaste qui a réalisé Partie de campagne. Il ajoutait : « C’est fou qu’à notre époque, les gens peuvent être actifs, que quelques amis se réunissent le dimanche pour un bon déjeuner. À peine la dernière bouchée avalée, il se trouve toujours quelqu’un pour demander alors qu’est ce qu’on fait ? » Il est vrai que le dimanche est un jour de repos, de loisirs, jour du Seigneur, jour chômé. Comment le dimanche est il devenu ce moment suspendu avec sa propre temporalité ?

Paradoxalement, dans nos sociétés contemporaines, le débat public n’aborde le dimanche que lorsqu’il s’agit de parler de travail. Pourtant, malgré la progression du travail dominical, le dimanche conserve encore aujourd’hui une temporalité qui lui est propre, un flottement qui en fait un jour à part. Mais comment le dimanche est-il devenu ce moment suspendu dans le flot du temps ? Quels rôles respectifs les autorités religieuses et laïques ont-elles joué dans cette instauration ? Le dimanche a-t-il toujours été un jour consacré au repos ? L’historien Alain Cabantous identifie trois textes de l’Ancien Testament, la Genèse, l’Exode ou le Deutéronome, où Dieu se repose le septième jour : « Il y a un jour suspendu, où la Création est entre parenthèses. Cela permet à l’homme de réfléchir au sens de sa création. C’est un peu le sens du Premier Testament », explique-t-il.

Faire l’histoire du dimanche, c’est ainsi se pencher sur un double mouvement. Un premier mouvement, tout au long du Moyen Âge, voit les autorités religieuses chrétiennes affirmer l’importance du dimanche : assister à l’office devient peu à peu obligatoire, quand de nombreux travaux se trouvent interdits ce jour-là. Toutefois, Alain Cabantous souligne que les messes jusqu’au XIXe siècle, ou la cène chez les Protestants, ne ressemblaient pas à l’image qu’on s’en fait aujourd’hui. « Les gens sont assis pêle-mêle. Ils se lèvent, s’agenouillent un peu n’importe comment et sont assez serrés. Ils ne comprennent pas ce que représente la célébration puisque, tout au moins chez les Catholiques, elle est en latin. (...) La nef n’est que le prolongement du parvis. Les gens y continuent leurs affaires. J’ai vu des bagarres continuer dans l’église alors que la messe était commencée. D’autres viennent avec leurs chiens, les chasseurs avec leurs faucons. On prise du tabac, on mange, on flirte ».

Un deuxième mouvement, qui s’amplifie aux XVIIe et XVIIIe siècles, voit le jour du Seigneur se muer, peu à peu, en un jour de repos, de promenades et de distractions. « La promenade est d’abord un loisir aristocratique » note Alain Cabantous. L’historien explique que Marie de Médicis importe le corso à l’italienne au XVIIe siècle. Un espace particulier est dédié aux attelages, réservés à la noblesse, longés sur les côtés par des allées où l’on pouvait aller à pieds et se montrer. « Le reste de la population urbaine va progressivement adopter la promenade, poursuit Alain Cabantous. L’aristocratie voire la haute bourgeoisie ne voulant pas se mêler aux communs désertent la promenade à mesure que l’on avance dans le XVIIIe siècle, et privilégient les folies, des maisons de campagne à quelques lieues de leur résidence principale ».

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À PLUS PROPOS DE LA SÉRIE

Une histoire du travail… par le non-travail : la paresse serait-elle l’oreiller du diable ? Le salariat aurait-il inventé le chômage ? Quand l’ouvrier se met en grève, ne serait-ce pas pour mieux travailler ? Avec un jour chômé car ce jour-là, même Dieu se reposa…

Une programmation en lien avec la 24e édition des Rendez-vous de l’histoire qui se tient à Blois du 6 au 10 octobre 2021 sur le thème du travail.

Voir à ce sujet :

https://rdv-histoire.com/programme/... au début

** HD


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